‹ Les éléments de l'ancienne constitution françaiseChapitre 29 sur 40 · LES FORCES MORALES · texte numérisé non relu

LES FORCES MORALES

Nous pourrions borner ici notre exposition des éléments sociaux qui ont concouru à la formation de la constitution française. Après avoir fait connaître les hommes et les institutions, le pouvoir et les sujets, on peut formuler une conclusion. Il y a pourtant des points sur lequel il n'est pas inutile de s'arrêter, afin de rendre moins incomplète une étude qui présentera toujours des lacunes.

Pour réaliser un grand dessein, il faut des forcep diverses concourant à un môme but. L'unité de l'ensemble résulte de la variété des détails. La France, « le plus beau royaume après celui du ciel. » (1) s'est formée

par la lente élaboration du temps « cette étoffe dont la vie est faite , » (2) et grâce à un ensemble d'éléments qu'aucun peuple n'a réunis en aussi grand nombre, ni amenés à une aussi haute perfection.

Si la beauté littéraire résulte « de l'accord des partis entre elles et du rapport du tout avec sa destination, » (3)

(1) Grotius. De jure belli et pacis. Ep, ad Lud. X1IL

(2) Franklin.

(3) WlNCELMAN.

la beauté d'une constitution sociale dépend de l'harmonie des forces qui agissent.

Au premier rang, il faut placer les forces morales. La foi religieuse en est la source ; la grandeur prospère d'une nation en est la conséquence. C'est moins dans des faits particuliers, que dans l'esprit général qu'il faut en chercher le caractère.

Mais elles ne suffisent pas. « L'homme est une substance raisonnable, née pour vivre dans un corps et lui être intimement unie. » (1) Il a donc des besoins auxquels correspondent des forces, dont chacune, suivant son développement, a sa place et son rôle. « L'homme ne vit pas seulement de pain. » Ce n'est pas uniquement d'intérêts matériels, d'industrie et de commerce de guerres et de traités, de conquêtes et d'argent, de bien-être et de luxe, que vit une nation.

S'il fautà l'homme, pour qu'il atteigne sa destinée, « la parole qui sort de la bouche de Dieu , » (2) il faut aux sociétés, pour quelles accomplissent leur mission , des vérités qui les éclairent, et une inspiration qui les dirige. Lorsque l'équilibre est parfait entre ces forces , le peuple est grand et son influence dans le monde est durable.

(1) Bossuet. Connaissance de Ùieu et de soi-même.

(2) S'-Math. iv, 4.

Là foi catholique

La loi est la règle de conduite imposée pour son bien à un être libre, par celui qui a autorité.

Elle résulte des rapports nécessaires qui existent entre les droits du créateur et les devoirs de la créature. Elle est immuable, et l'homme cesserait d'être, qu'elle resterait , parce qu'elle tient à l'essence de Dieu.

Dieu a placé dans la conscience de l'homme les prescriptions principales de cette loi ; nous les retrouvons dans tous les temps et chez tous les peuples. Elle sont la preuve de l'existence du créateur et de la commune origine, de la commune subordination et de la commune destinée des hommes. Les anciens le savaient et le théâtre le disait: « Ces lois ne sont point écrites et ne sauraient être effacées. Ce n'est pas d'hier quelles existent : elles sont de tous les temps ; et personne ne peut dire quand elles ont commencé. » (1)

Aristote qui, à propos de tout, « remue toutes choses » (2) parle de cette justice naturelle « qui existe indépendamment des lois humaines. » (3) Cicéron énonce cette vérité dans un plaidoyer célèbre (4) et il la démontre dans un traité, où, pour la faire respecter par

(U Sophocle. Anligone.

(2) Montaigne. Essai, liv. i, ch. 3.

(3) R/iélorique, i, 13.

(k) Pro Mitone. 41.

l'incrédulité et la corruption de son temps, il en a exposé le caractère sacré et l'origine divine. (1)

De cette loi primordiale, établissant les rapports de l'homme avec Dieu, découlent celles qui règlent les relations des hommes entre eux. En créant l'homme, Dieu a créé la famille et, par là môme, la société,. réunion des familles, ne résulte ni d'une convention faite après des épreuves, comme, le croit Rousseau, (2) ni d'un accord élaboré par plusieurs générations obéissant à un même programme, et suivant un même dessein, comme on a essayé de le dire, de nos jours, afin d'amoindrir Dieu et de grandir l'homme.

L'autorité du père fut longtemps la seule : elle est restée la plus sainte. De la première, elle s'étendit à la seconde et à la troisième génération. Puis, « les hommes ayant vu une image du royaume dans l'union de plusieurs familles, sous un père commun, se portèrent à faire des sociétés de famille, sous la conduite de rois qui tenaient lieu de pères. » (3) Et de même que la loi imposée à l'homme, s'étendit à la famille, de même, la loi qui avait fait la paix, la grandeur et la fécondité du foyer domestique, porta ses bienfaits dans le royaume.

Le premier homme reçut la religion tout entière, c'est-à-dire la pleine connaissance de Dieu, de luimême, de son origine, de son devoir, de sa destinée. Sa chute diminua considérablement cette vérité, et si ses descendants devinrent la proie des erreurs les plus

(i) De Legibust

(2) Contrat social, ch. v et vr*

(3) Bossuet. Politique tirée de V Ecriture sainte : h. art. 1.

grossières, si bientôt « tout était Dieu, excepté Dieu lui-même, » (1) il n'en resta pas moins dans l'âme, comme la marque de l'ouvrier imprimée sur son œuvre d'une manière ineffaçable.

Toute société doit donc reposer sur une foi religieuse , et pratiquer les devoirs qui en découlent. En effet, « la religion met Tordre dans la société, parce que, seule, elle donne la raison du pouvoir et du devoir. » (2) La première période de l'histoire de tous les peuples est théocratique. L'homme est trop près de Dieu pour l'oublier, il a trop le sentiment de sa faiblesse, pour ne pas chercher un appui, et le bienfait est trop présent, pour qu'il puisse se montrer ingrat.

La tradition populaire, image dénaturée, mais incontestable, de la vérité primitive, montre Dieu ou les Dieux au berceau des nations. L'homme échappe à cette tutelle, parce que l'indépendance est le fond de sa nature, et la révolte l'usage le plus habituel de sa liberté; mais il n'est ni plus libre, ni plus heureux. Il a seulement changé de maître.

La fortune du peuple romain est la plus grande que présente l'histoire. Polybe (3) l'explique ainsi v « Les Romains l'emportent sur les autres peuples, uniquement à mon avis, par l'idée qu'ils ont des Dieux. » Et l'on peut affirmer que, si toutes les nations n'ont pas de pareilles destinées, aucune n'atteint à la grandeur , aucune n'est heureuse , qu'à la condition de donner à la religion sa place, et d'en faire

/l) Bossûet. Discours sur V/iist, universelle i suite de la religion, nu (?) De Bonald. Le divorce au XIX* siècle. Disc, prélim. 42. '3) flist.génér. vi. 56.

l'inspiratrice de ses actes privés, comme l'honneur de sa vie publique. . C'est ce qu'avait affirmé Xénophon : « Les villes et les nations les plus attachées au culte divin, ont toujours été les plus durables et les plus sages, comme les siècles les plus religieux ont toujours été les plus distingués par, le génie. » (1)

Après le baptême de Clovis, la France fut nonseulement chrétienne, mais catholique. Si l'arianisme dominait au Sud et à l'Est, la foi catholique avait acquis un défenseur dont l'exemple fut suivi par cette France qui «n'a pas d'aversion à la lumière divine, qui n'aima jamais les ténèbres, et qui ne les aime pas aujourd'hui. » (2)

C'est par Dieu que régnèrent nos rois; et s'ils se firent une gloire de donner à leur pouvoir cette haute origine, que S-Paul avait signalée, (3) ils y trouvèrent le devoir de respecter ses lois, d'étendre son empire et d'être, auprès de leurs sujets, ses ministres pour le bien.

On s'incline sans être humilié devant l'homme dont le pouvoir est une délégation d'en haut; mais on se sent froissé dans sa dignité, incapable par conséquent d'obéissance et de respect, si ce pouvoir s'exerce uniquement au nom de la force ou de l'habileté. On peut

plier et se taire sous la volonté d'un homme qui corn-

• mande en son propre nom; mais on ne lui donnera

jamais l'adhésion raisonnée de son esprit, ni l'hommage

indépendant de son cœur.

(1) Mémoires sur Socrate i, 4*

(2) Préambule de la loi saliqué.

(3) Non est enim pôles tas, nisi a Deo. (Ad Romanos, Xtlt. t.)

'IlOIi

cà-

loti-

onme û te

Si, au contraire, l'homme commande au nom de Dieu, la soumission n'abaisse pas. S'il abuse de son pouvoir, on n'est pas sans force contre lui; s'il oublie l ),lls ses devoirs, on a le moyen de les lui rappeler. Là où

l'homme sera oppresseur ou opprimé, apparaît une puissance qui défend le faible contre le fort , et par la conscience, ramène à la justice. (1)

Là où la souveraineté de Dieu sera reconnue, la souveraineté de l'homme, quels que soient ses vices, sera infiniment plus tolérable, parce que la crainte d'un juge suprême est toujours salutaire, et que ceuxlà seulement sont redoutables qui ont dit dans leur cœur : « Il n'y a point de Dieu. » (2)

Toute notre histoire témoigne de la foi du peuple français à cette notion du pouvoir. Elle a maintenu les sujets dans l'obéissance, et souvent arrêté les rois sur la pente dangereuse, pour tous, du pouvoir absolu.

En déclarant sa foi, un état ne se condamne pas à la persécution. L'intolérance pour les doctrines n'est pas la compagne inséparable de l'intolérance pour les personnes. La vérité est une; elle ne se rencontre pas dans des affirmations diverses, et à plus forte raison, opposées. Elle ne se divise pas. Le peuple qui a reçu la vérité religieuse, a le devoir de ne point la laisser s'amoindrir, et, comme il a des tuteurs à qui incombe le soin de le défendre, leur sollicitude est légitime et elle doit être incessante.

(1) « Je ne voudrais pas avoir affaire à un prince athée qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier. Je suis bien sûr que je serais pilé. Voltaire. Correspondance, éd. de Kehl. 42 e vol. p. 375.

(2; Dixit ijisipicns in corde sno : non est Deiis. » Psaumes Mil, i,

— aeo —

- Il y a une barrière à opposer aux fausses doctrines, comme il y a des restrictions à mettre à la vente des poisons. L'Etat sait ce qu'il peut permettre, et ce qu'il doit empêcher. Que la tolérance pour l'homme, s'accorde avec la fermeté de la foi. Il faut qu'il prévienne pour n'avoir pas à sévir. Ce droit lui vient de la possession de la vérité, et cette mesure lui est imposée par la charité.

La France croit avec une confiance inébranlable ce qu'une tradition ininterrompue, qui remonte jusqu'au berceau de l'humanité, a enseigné au monde.

Elle croit ce que la raison, dégagée des intérêts qui l'obscurcissent et des passions qui l'égarent, considère comme irréfutable.

Elle croit ce que ses pères ont défendu avec une ardeur chevaleresque, étudié avec une patience infatigable, et propagé avec un amour filial.

Elle croit ce que les esprits les plus éclairés, les cœurs les plus droits, les génies lçs plus puissants ont proclamé comme une vérité nécessaire au genre humain.

Ou la vérité est là, ou elle n'est nulle part. Et si la vérité religieuse n'existait pas, pour les intelligences et les cœurs, que serait donc l'humanité?

Aucun peuple n'a pu croire, sans compromettre sa grandeur et sa paix, que. « la loi est athée, » (1) et cependant c'est la conséquence nécessaire de l'indifférence doctrinale. Dès qu'il n'a pas de symbole, % pù est la limite qui sépare le vrai du faux, ce qui est

(1) C'est ce qui a été dit à la Chambre des députés, après 1830.

permis de ce qui est défendu? Où est la source féconde et pure, d'où s'échappe la vie morale?

On ne saurait trop flétrir toute persécution pour des croyances individuelles, renfermées dans la conscience, ou dans le cercle infranchissable de la famille. Là , l'homme est libre de croire et de faire ce qu'il veut, pourvu que. l'intérêt d'autrui, individuel ou social, ne soit pas compromis. Il n'y a qu'une justice qui puisse atteindre ses pensées et ses actes secrets, et cette justice, que n'abandonnent jamais ni la bonté ni la miséricorde, n'est pas de ce mondé.

Mais la théorie est plus facile que la pratique, et l'on a pu dire avec raison que « les hommes ne sont jamais ni aussi bons ni aussi mauvais que leurs principes. » (1) Où doit-on s'arrêter, pour rester dans les limites de la défense ? Jusqu'où a-t-on le droit d'aller , pour ne pas mentir à la charité?

Comme l'erreur n'existe, pour la loi sociale, que lorsqu'elle est publiquement formulée dans des paroles, des écrits ou des actes, il est difficile de l'atteindre, de la prévenir ou de la réprimer , sans frapper l'homme. Il ne peut donc y avoir à cet égard aucune règle précise, et l'abus est bien près de l'usage. C'est ce qui explique les persécutions contre lesquelles on s'élève avec une ardeur qu'anime la haine de la vérité, et que devrait tempérer l'examen impartial des personnes , des temps, des conjonctures et des lieux.

Charlemagne croyait être agréable à Dieu et utile à l'Eglise, en contraignant les Saxons à se faire chré-

(l) Rqyer-Collard. Discours,

tiens. Les rudes conquérants du Nord, en se jetant sur notre Midi, au nom de l'Eglise, pour combattre une hérésie aussi redoutable au point de vue social qu'au point de vue religieux, prétendaient assurément accomplir un devoir social, et servir Dieu par leurs violences, bien mieux que S-Dominique par. sa charité. (1)

La charité évangélique dit ; « Vouloir en fait de religion et de conscience user de force et d'autorité , cela n'a point de lieu, parce que la conscience est comme la palme, laquelle tant plus elle est pressée, tant plus elle résiste, et ne se laisse commander que par la raison et bonnes remontrances. » (2) Mais que de considérations étrangères, que de nécessités sociales contraignent les plus conciliantes dispositions!

Que Ton mette en présence ce que nos idées actuelles approuvent dans la conduite des peuples et des souverains, à l'égard des infidèles et des hérétiques, et ce qu'elles condamnent. Ce jugement ne serait jamais complètement impartial, parce qu'il reposerait sur un point de vue exclusif; et pourtant, nous l'acceptons sans crainte, pour l'honneur de l'Eglise et de notre patrie. S'il y a des actes d'intolérance et des périodes, de persécution, par quels bienfaits n'a-t~on pas compensé des excès que rien ne justilie, mais que tout explique !

(1) C'est ce que prouve la lettre écrite par Innocent 111, le 10 mars 1208, aux archevêques de Toulouse, d'Arles, etc. pour leur demander de venger le sang de Pierre de Casteinau « sur les hérétiques qui cherchent à arracher la vie du corps, comme celle île l'âme. » UisL générale de Languedoc, liv. xxi, ch. 40.

(2; L'abbé de Bois-Aubhay, grand vicaire de Tours, député aux

remiers Etats-généraux d'Orléans,

Si nous déplorons une Saint-Barthélémy, massacre exclusivement politique, œuvre d'une reine étrangère, qui n'avait rien de l'esprit français, ni de l'esprit catholique, si nous regrettons les conséquences de la révocation de Tédit de Nantes, combien de preuves ne pouvons-nous pas recueillir, dans une longue durée de siècles, que l'amour l'a emporté sur la haine et que la tolérance a enchaîné le zèle!

Quant aux abus et aux excès, ils sont d'autant plus grands et plus regrettables, que la vérité ou l'institution à laquelle il* s'attachent, est plus pure et plus sainte. Aussi Montesquieu réfutant un « paradoxe de Bayle » a-t-il dit : « C'est mal raisonner contre la religion, de rassembler dans un grand ouvrage, une longue énumération des maux qu'elle a produits, si l'on ne fait de même celle des biens qu'elle a faits. Si je voulais raconter tous les maux qu'ont produits dans le monde les lois civiles, la monarchie, le gouvernement républicain, je dirais des choses effroyables. » (1)

« Quand tu combats, écrivait un évêque (2) à Clovis, c'est à nous qu'est la victoire, » et toute notre histoire répète cette parole. Soldat de Dieu, la France a plus fait, pour le triomphe et l'expansion de la foi catholique, qu'aucune nation du monde. Cette unité religieuse a été le modèle de l'unité politique et cette influence morale que tous les peuples ont plus ou moins subie, mais qui est inscrite dans leurs lois, leur littérature, leurs monuments, leurs arts, leurs

(1) Montesquieu- Esprit des lois, liv, xxiv, ch, %,

Cl) Avitus, de Vienne.

métiers, leurs modes même, a été secondée par le caractère universel que le catholicisme a conservé dans toute l'Europe jusqu'au XVI e siècle.

La pitié est une vertu naturelle. L'homme éprouve instinctivement le désir de soulager ceux qui souffrent. Il se trouve heureux d'avoir, par son secours; adouci ou fait disparaître le mal. A Rome, sous le Pape Corneille, (251-252) l'Eglise entretenait plus de 1,500 pauvres. (1) A Antioche, S l -Chrysostôme raconte que l'Eglise en nourrissait plus de 3,000. (2) En Gaule, les dons atteignirent d'immenses proportions, et le soin des pauvres fut toujours l'objet de la sollicitude la plus active de ceux qui s'honoraient du titre de chrétiens.

Que de créations utiles! Que de précautions touchantes! L'aumône,, largement distribuée pendant la vie, se continue au-delà du tombeau, et les testaments des rois, des évêques, des seigneurs, des bourgeois, prouvent combien l'on aime Dieu dans la personne de tous ceux que le monde a déshérités.

Ce n'est- pas assez pour la charité chrétienne. Elle devient la servante de ceux qui souffrent; elle donne pour les soulager, son temps, ses plaisirs, son argent; elle sacrifie son repos, ses répugnances, et s'il le faut, sa vie. Aussi dans les villes et dans les campagnes, pour toutes les infirmités, pour toutes les misères, pour tous les délaissements, se sont élevés des édifices, où des âmes privilégiées ont appelé et reçu ceux à qui elles s'étaient dévouées.

(1) Eusèbe. Hist. eccl. liv. vi, ch. 63, P) Homélie, sur S^Mathieu, 3.

Pendant que, sous l'inspiration de la foi catholique, les rois, les seigneurs , les villes, les corps, les particuliers, élevaient des hôtels où Dieu devait résider dans la personne de ses pauvres, de ses malades, de ses fous, de ses muets, de ses paralytiques, il se formait «ne armée de jeunes hommes et de jeunes filles, que l'aspiration vers une récompense éternelle rendait capables de tous lies héroïsmes. La France n'a pas été moins grande par sa charité que par ses armes, et cette gloire est d'autant plus précieuse qu'elle n'a coûté qu'à ceux qui l'ont acquise.

C'est le caractère de toutes les œuvres de charité. C'est le caractère spécial des Missions étrangères. Cette gloire acquise par nos ancêtres, doit nous être d'autant plus chère que, de nos jours, nous l'avons largement augmentée. Nous n'avons pas été moins généreux de nos sacrifices et de notre sang, pour Dieu, que pour notre patrie , et les conquêtes pacifiques faites au sein de la barbarie, et qui ont donné la vérité aux âmes, sont, pour nous, un fondement de notre, gloire et une garantie de notre avenir.

Il y a aujourd'hui en France 1,577 hospices ou hôpitaux, dont la plupart ont été fondés avant 1789. (1) La France a reçu du catholicisme 'plus qu'elle ne lui a donné ; et c'est sa gloire. L'empreinte catholique est si profonde en elle , que les révolutions sont Impuissantes à l'effacer. On peut rompre avec là Papauté , fermer les églises, chasser , emprisonner , immoler les prêtres, on peut nourrir l'enfance de pré- Ci) Charles Dupin, au sénat de l'Empire.

jugés, la jeunessse d'ignorance et l'âge mûr d'incrédulité, on. peut désigner un but à la haine: Dieu, et un autre à la vie : le plaisir. Tout cela trouve un écho dans notre nature; mais le vieil esprit reparaît, nous sommes si bien la nation privilégiée , que tout nous ramène vers la foi de nos pères , et si Pascal a dit: « Elle (la religion) doit être tellement l'objet et le centre où toutes choses tendent, que qui en saura les principes puisse rendre raison et de toute la nature de l'homme en particulier et de toute la conduite du monde en général , « (1) nous ne pouvons suivre le développement de notre histoire et en comprendre l'économie, qu'en reconnaissant l'influence prépondérante de la foi catholique.

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