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LES FORCES INTELLECTUELLES

Une conviction religieuse profonde, un amour ardent de la vérité , un respect constant pour la tradition , la vertu individuelle et les vertus de famille , base des mœurs publiques et principe des institutions, telles sont les conditions de bonheur pour les hommes et de prospérité pour les peuples.

Mais l'homme tout entier n'est pas là. Il y a des facultés que Ton peut employer ou laisser inactives , appliquer à un bon ou à un mauvais usage. Ces facultés sont: l'imagination qui sent le beau, et le reproduit , la raison qui discerne le vrai et le met en lumière, l'intelligence qui s'empare de tout ce qui est en nous , et hors de nous , dans la nature , et en fait d'utiles ou agréables créations.

L'homme a reçu ces dons excellents. Il est de son devoir de les cultiver par le travail , et de répondre ainsi à la générosité divine.

Les facultés sont les mêmes pour tous, mais avec des degrés , et c'est une grande leçon de la Providence à ceux que tourmei te un désir absolu d'égalité.

Les corps ont les mêmes organes , mais avec iné-

La Ôaiite primitive réunissait dans ses écoles sacrées bëiix « dorlt lé savoir et la (Japadité étaient constatés par de longues épreuves. » (1) Les Druides enseignaient « sous leurs ombrages sacrés , une jëuriësse d'élite. > (2) Ils n'écrivaient pas et confiaient à la mémoire de leurs adeptes un nombre prodigieux de vers qui leur coûtaient jusqu'à vingt années d'étude. » (3)

La Gaule Romaine eut des écoles, qui ne furent pas sans éclat. On y enseigna les lettres et on les y cultiva. Les avocats parlèrent, parce que les orateurs politiques étaient muets, et les poètes ne naquirent pas, parce que les versificateurs étaient les maîtres, et que leurs ingénieuses combinaisons suffisaient aux exigences de l'esprit. Mais cette gloire relative consola notre patrie de la liberté perdue.

L'invasion de la Germanie étouffa momentanément tout ce qui ne secondait pas ses vues. Mais l'Eglise veillait. Elle avait compris ce que Ton a si bien dit au siècle dernier. « J'ai toujours cru qu'on réformerait la société , en réformant l'éducation de la jeunesse ; car tout sort de là , le bien , le mal , les croyances , les opinions , les m eurs , les sentiments , les habitudes ; en elle est l'avenir tout entier. » (4)

Chargée de transformer le monde, quand il était païen , et , quand il eut reçu la lumière divine , de réformer des abus toujours renaissants, elle n'avait pas de moyen plus sûr, et plus digne de l'homme, que l'instruction.

(ï) Henri Martin. Hist. de Fr. 1. 59

(2) ib. p. 62. id.

(S) César. Comment, vi. 14.

(4; Leibniz. Nouveaux essais sur V entendement.

Aussi retrouvons-nous de bonne heure , dans tous les pays chrétiens , des traces d'écoles primaires. Elles existent au IV e siècle et sont tenues par des prêtres; (1) l'église ne laisse à personne l'accomplissement de ce ministère sacré. L'Italie d'ottriait l'exemple. Les écoles épiscopales ne suffisaient pas , et d'autres furent établies dans les églises principales. (2) Les Conciles de la Gaule, où se trouvaient réunies toutes les autorités morales , pour organiser une nation formée d'éléments divers , s'occupent avec un soin pieux et une vigilance incessante, des écoles tenues par les prêtres. Ils imposent des obligations. Ce sont les clercs qui ont reçu la mission d'enseigner ; il ne leur est permis ni de l'oublier , ni de le négliger, (3)

Les monastères se multiplient. La règle de S'-Benoit discipline des multitudes qui abandonnent le monde , pour prier et travailler. Le travail dompte le corps et lame. On défriche, les terres, on dessèche les marais, source de maladies, on éloigne la disette , si redoutable avec le système d'isolement des états et les difficultés des chemins. On prépare les intelligences à une fécondité nouvelle.

C'est par l'espérance des récompenses d'une autre vie, que l'on combat la paresse. « Autant de lignes écrites, autant de piqûres sur le corps du diable. » Le moine copie avec respect l'Ecriture-Sainte , qui est lue tous les jours , enseignée publiquement au peuple , et expliquée aux clercs. Il conserve et repro-

(1) Palladius. Vie de SWean-Chrysoslôme.

(2) Ep. He S'-Remi à Falcon.

(3) 2 e Concile de Vaison. Sirmond. Tome i, p. 2 H.

duit les ouvrages de l'antiquité. Il sait que le beau est toujours un hommage rendu à Dieu, et il ne s'effraie pas des licences qui peuvent troubler son imagination ; c'est l'antiquité qui parle.

Chaque couvent est une école. (1) Les uns y apprennent les éléments de la lecture et de l'écriture, les autres y pénétrent les profondeurs de la science. « Le maître pieux se fait lui-même petit enfant, afin de pouvoir conduire son disciple de l'enfance à la maturité. Peut-être quelqu'un pourra s'étonner de voir le maître s'abaisser ainsi ; mais un père ne s'en étonne pas, une mère ne s'en moque pas. Non, ce n'est pas de la folie pour celui qui connaît l'amour. » (2) Et celui que l'amour rapetisse, comme il rapetissa autrefois le prophète , (3) aborde les plus grands problêmes. Il agite dans . les profondeurs du cloître , les questions les plus hautes et les plus subtiles; il essaie de pénétrer dans les secrets de Dieu et de l'âme.

Le clergé séculier ne répudie pas cette charge. Il la remplit pour les enfants et pour ceux à qui il faut un « lait plus substantiel. »

Le Concile de Vaison (4) ordonne aux prêtres « de recevoir dans leurs maisons autant de jeunes clercs qu'ils pourront en trouver.... ils devront se considérer comme leurs pères, les nourrir spirituellement, leur apprendre à chanter des psaumes, à lire assidûment

(i) Les monastères de Marmoutiers, de Primuliac et de Lénns eurent leurs écoles. Ceux qui les suivirent ou qui naquirent d'eux les imitèrent, et prodiguèrent l'instruction, non seulement aux moines, mais encore aux enfants du voisinage, et surtout aux pauvres-

(2) Palladius. Vie de S'-Jean-CIuysostônie.

(3) Bois, livre iv, en. 4, 32

(4; Sirmond. Concil. anU Gall. tome i, p. 284.

les divines, leçons-, et les instruire dans la loi de Dieu.

En 718, Ausberg, évéque d'Autun, écrit à son clergé : « Nous vous ordonnons de fonder des écoles dans les villages et dans les hameaux ; ne refusez aucun des enfants qu'on veut vous confier : apprenez-leur la lecture, récriture et le calcul, sans négliger la science capitale de la religion. »

Si Ton considère la rareté des livres , si l'on se rappelle que les pauvres sont l'objet de cette sollicitude, il est facile de comprendre quels sacrifices accompagnaient le dévouement personnel.

En 732, Doinnole , évêque de Mâcon, enjoint aux archiprêtres de s'assurer si chaque prêtre a un clerc capable d'enseigner les enfants de sa paroisse. En ^40, il menace de suspendre ceux qui seraient convaincus de négligence. En 779, Humbert, évêque de Chalon-sur-Saône, ordonne aux prêtres qui ne pourraient bâtir d'écoles, de recevoir les enfants chez eux, en aussi grand nombre que possible.

En 776 , Leydrade , archevêque de Lyon , l'ami de Charlemagne et son collaborateur dans la restauration des études, rédige un programme de l'enseignement primaire , qui ne paraîtrait pas incomplet aujourd'hui-,

Charlemagne fait naître autour de lui une salutaire émulation. Il a dans son palais une école , et il y montre , comme auditeur , autant de respect que d'affection pour les maîtres, On y apprend , sous les noms de triviwn et de quadrivium > qui indiquent que ces sciences aont un moyen , et non un but , la grammaire , la rhétorique et la philosophie; l'arithmétique, la géo-

niétrie , la musique et l'astronomie. On y discute , dans une académie , où chacun a un nom historique , toute sorte de questions. Le moine et l'évêque y siègent à côté du soldat et du capitaine; car la science est pour tous , et un capitulaire ordonne , dans toutes les parties de l'empire , « d'ouvrir les écoles et d'y appeler , non-seulement les fils de serfs, mais ceux des hommes libres. » (1) La science était ainsi offerte à ceux qui avaient cru, jusqu'alors, la force suffisante pour gouverner le monde.

La décadence suit de près , quoique Louis le Débonnaire dise au clergé: (2) « Scholœ sane ad filios instruendos,... in congruis locis ad multorum utilitatem et profectum à vobis ordinari non ncgligantur. »

Mais les Conciles veillent. En 859 , ils s'efforcent de restaurer les « lettres divines et humaines. » En 882 ," apparaît l'école épiscopale de Paris, et l'étude de l'antique trouve dans une riche bibliothèque des trésors immenses pour le temps.

Après une nouvelle éclipse , un nouvel éclat. Le XII e siècle voit l'aurore d'une renaissance. Les écoles préparent et secondent ce réveil. Elle se multiplient, et leur enseignement s'élève. 702 monastères sont créés , et chacun a son école. Au XIII e siècle, on en compte 287 nouveaux. Il y en a partout. Les évoques, les villes , les couvents, élèvent à l'envi ces foyers d'études. Au moment où va se fonder l'Université de Paris, quarante mille étudiants fréquentent les dix ou douze écoles qui entou-

(2) Ordonnances citées par Pasquier, artr 5.

rent la montagne S-Geneviève, et la première gloire de, la capitale de la France, c'est d'être une ville où Ton devient savant.

Le 4 e Concile de Latran, (1) en 1215 porte dans son 18 e canon : « L'Eglise de Dieu doit , comme une honne mère, subvenir aux besoins intellectuels des âmes, aussi bien qu'aux besoins du corps. Afin donc que les pauvres qui ne peuvent pas compter sur les secours de leurs parents, ne soient pas privés de la possibilité de s'instruire et de se perfectionner, on devra, dans chaque Eglise cathédrale, pourvoir d'un bénéfice suffisant un maitre chargé de donner l'instruction gratuitement aux clercs de cette église et à tous les pauvres. . . . que personne n'ose exiger d'argent pour accorder la permission d'enseigner, ni demander de rétribution pour l'exercice de l'enseignement. »

Touchante sollicitude dont nous retrouvons la preuve à chaque pas, pour les humbles, les pauvres, les délaissés , et qui a formé des générations si croyantes, et si fortes !

Cette parole de l'Eglise universelle, la France l'avait fait constamment entendre dans ses conciles. Le XIII e siècle montra combien elle avait été comprise, et quels fruits elle produisait.

Pendant la guerre de cent ans, les écoles se maintiennent, elles ont même des périodes brillantes, mais elles ne suivent pas l'admirable progression de la période précéd ente. La décadence des corps religieux devait entraîner celle des écoles.

Un esprit nouveau commençait à souffler. A la libre

(2) Voir L'abbë x, col. io&h

servitude, (1) du moyen-âge , succède un désir d'émancipation. Une révolution se prépare. Les écoles s agitent, et la société va recevoir son impulsion.

« L'épée et la lance sont les armes offensives, disait Ghales VIII, la cuirasse, et la targe sont les défensives? mais les bonnes lettres sont les offensives et les défensives, tout ensemble. » Les « bonnes lettres » allaient recevoir une direction nouvelle.

La chute de Constantinople jeta dans l'Occident des savants qui, échappés à la domination musulmane, offrirent en échange d'une hospitalité généreuse, des trésors avidement accueillis. L'enthousiasme fut extrême. L'Italie et la France , par un élan qui dépassa le but , supprimèrent les siècles et allèrent chercher à Rome et en Grèce , les- modèles du beau littéraire dans tous les genres. L'admiration était justifiée par des chefs-

d'œuvre. Elle eut le tort d'être exclusive. Le moyenâge, dans sa science bornée, mais profonde, était resté chrétien. La renaissance fut païenne dans les écoles, comme dans toutes les productions intellectuelles et artistiques.

Vers 1550, il y avait à Paris 72 collèges fondés par des villes, des évêques ou des provinces, quelques-uns par des étrangers, Allemands, Lombards, Ecossais, Suédois, Anglais. Leur enseignement s'étendait, à mesure que s'ouvraient devant l'intelligence humaine , des horizons nouveaux.

En quelques années, les Oratoriens et les Jésuites ont presque partout des écoles. Chacun de ces Ordres a son

(1) Libéra servitua*

ratio studiorum La dernière édition de celui des Jésuites est de 1832. (1) Il est par l'esprit et par le but assigné aux hommes chargés de l'enseignement , ce qu'il fut dès les premiers jours.

L'expérience apportera certainement à une autre édition, des modifications et des additions consacrées par une longue pratique. La discipline, l'art de former l'esprit et le cœur, les exercices qui éveillent, éclairent, assouplissent les facultés intellectuelles et forment l'homme moral et religieux, sont restés les mêmes.

L'Université de France, fondée le 17 septembre 1808, a pris une partie du système.

La méthode du moyen-âge et les objets sur lesquels elle s'exerçait, n'était pas arrivée sans modifications au XVIi a siècle. Sainte-Beuve (2) attribue la réforme à Port- Royal. Elle avait été appliquée en 1639 à Juilly, par le P. de Condren , de l'Oratoire. Port Royal s'en empara, mais le ratio studiorum de l'Oratoire de 1634, et celui de 1645, en donnent toute l'économie.

Richelieu l'avait fait suivre en 1640, au collège du Plessis, dont il était le bienfaiteur. En voici les principales lignes.

1° Etude approfondie de la langue française ;

2° Enseignement de toutes les matières dans cette langue ;

3° Etude du grec aussi complète que celle du latin ;

4° Enseignement combiné des sciences et des lettres.

([) 25 Juillet. Une lettre du Général ratifie les modifications introduites, et en annonce d'autres selon les besoins. (î) Port- Royal. Tom. ni, p. 425.

5° Etude comparée des langues grecque, latine, française, italienne et espagnole ;

6° Etude de la chronologie, de l'histoire et de la géographie.

Ce programme et celui des Jésuites, fondés l'un et l'autre sur l'étude de l'antiquité , s'est maintenu jusqu'à nos jours. Le XVIIP siècle y puisa une éducation païenne qui

fut due au mouvement des esprits, plutôt qu'au système , aux élèves plutôt qu'aux maîtres, à la société, plutôt

qu'au collège, et elle ne fut pas sans influence sur la

révolution.

Alors venait de naître une œuvre modeste , mais utile. En donnant généreuseuïènt l'instruction, on avait en vue de ne laisser perdre aucune supériorité. Une autre idée se fait jour. On veut rendre accessible aux plus humbles conditions une science élémentaire et pratique.

Un prêtre forme un institut spécialement consacré à l'éducation du peuple, et le Pape, tout entier aux intérêts moraux et religieux, le félicite de ses efforts, loue son but, approuve ses règles et constate que « l'ignorance est la source de tous les maux, surtout par les ouvriers. » (1)

Il y a eu en France, depuis 1215, un enseignement supérieur, dont le nom indique l'étendue \ et dont l'influence a été puissante pour le mouvement des esprits la connaissance de la religion , le progrès littéraire et la gloire de la France. Nous avons dû le signaler à part, à cause de son importance. Nous avons nommé l'Université, ou plutôt les Universités.

Dès le premier jour, les Universités se distinguent

(1) Lettre de Benoit XIV, au B. Lasalle.

des autres écoles. Elles deviennent une puissance, et leur organisation leur permet de côtoyer tous les pouvoirs, sans être absorbé par aucun.

Sous Louis VII, le Concile provincial de Reims, (1) obéissant à la pensée d'Eugène III et à la parole de S 1 - Bernard, demandait, dans les principales villes du royaume , l'érection « d'écoles et études publiques. » L'accès donné aux étrangers, dans quelques bibliothèques de couvents, leur assistance à quelques cours , et l'affluence des étudiants , dans certaines écoles , mon* trent la nécessité d'un enseignement public. Après avoir parlé de la Bibliothèque de St- Victor, Pasquier (2) ajoute : « Comme aussy est la vérité que l'on ne faisoit en ce temps là exercice des lettres et des leçons

gu'en la maison épiscopale, ny pour tout cela

n'estoit lors l'université formée. (3) C'estoit un embryon que l'église de Paris couvoit dans son sein , pour en esclore l'Université, de laquelle elle fut la mère , sous l'autorité de noz rois : et de là est venu que les degrez de doctorie et de licence ont accoutumé d'estre pris au logis de l'évesque. »

Les premiers statuts de l'Université , sont donnés en août 1215, par Philippe -Auguste , et approuvés par le Pape Innocent III. Mais c'est à l'évoque de Paris, Pierre Lombard , que « l'on en doit les premières promotions. » (4)

A Montpellier , « aucun règlement ne pouvait s'éta-

(2) Recherches, liv. M. c. 3.

>3) Au temps d'Abailard 1079 — 1142.

(4) Pasquier. liv. m. ch. 23.

blir , ni aucune affaire se traiter , s agit-il d'une affaire criminelle, sans la participation de Tévêque de Maguelonne. (1) Il était naturel que les évêques qui avaient été de tous temps les organisateurs des écoles et les protecteurs des maîtres et des élèves , conservassent leurs droits de surveillance et de direction. . Les privilèges sont nombreux et importants. Les Papes et les rois montrent ainsi leur désir de voir la science répandue et approfondie. Ils traitent avec l'Université •commç avec une puissance qu'ils ont eux-mêmes formée : ils élèventainsi et assurent sa domination morale.

L'Université s'administrait et se jugeait elle-même. Les écoliers formaient la corporation la plus considérable de Paris , d'après ce fait , emprunté par Pasquier , à Juvénal des Ursins (2) « Ayant faict une procession en l'an 1405 , de l'Eglise de Saincte-Geneviève à celle de Sainet-Denis, pour l'assopissement des troubles, qui adoncques régnoient par la France , l'assemblée se trouva si grande que le Recteur estoit encore devant les Mathurins, lorsque ceux qui tenoient lés premiers rangs estpient en la ville de Sainct-Denis. »

Tout attire les écoliers. Ils ont la vie et le logement à bon marché. Ils entendent les maîtres les plus renommés, et les grades qu'ils acquièrent sont estimés partout. Ils sont protégés dans leurs plus chers intérêts. Ils ne doivent pas être compris dans les emprunts laits « pour nécessité de guerre » (3) Leurs

(1) A Germain. HisL de la commune de Montpellier, in. 44*

(2) Recherches, liv. ni. ch. 23.

(3) Phiiippe-le-Bel. 1295.

meubles ne peuvent être retenus pour dettes. (ï) Ils sont exemptés de péages, tailles,- impositions, coutumes et charges personnelles, et ne peuvent être appelés en procès hors Paris. (2)

Us restent en communication avec leurs familles, grâce à des courriers régulièrement établis, et qui, jusqu'à la fin du XVII e siècle, font concurrence à la poste de l'état , organisée par Louis XI , (3) pour « les affaires du roi et celles du Pape. »

a A quel propos donc tant de biens? se demande Pasquier. Non certes pour autre raison, sinon pour allécher, par telles prorogatives, un chacun à l'estude des bonnes lettres, sans lesquelles ny plus ny moins que le corps ne faict aucune opération de ses membres , estant dénué de son âme , aussi la république est vaine. « (4)

L'Université était partagée en quatre facultés: théologie , décret , médecine , arts. Cette dernière désignation comprend les sciences et les lettres. Le beau traité de Magistro (5) inspiré par cette pensée que « le Christ enseigne à l'intérieur , et que l'homme transmet son enseignement par la parole , » paraissait avoir présidé autant à cette division , qu'à l'esprit dont les maîtres étaient animés.

Tout , dans l'Université , avait un caractère religieux. « L'autorité' ecclésiastique était alors* le grand pouvoir universitaire , en même temps que le grand pouvoir

(1) 1299. Ordonnances de Philippe-le-Bel.

(2; Philiope vi. 1340.

(4) Le pourparler du prince.

(5) S'- Augustin, voir H° 46 T

social: elle régnait en souveraine sur les écoles, comme sur les intelligences. » (1) L'origine , le but , le personnel , les études , jusqu'aux costumes , tout se rattachait à une même pensée. Les maîtres devaient être orthodoxes. « Uuniversitas magistrorum et auditorum » devait , quoique la Sorbonne ait été constituée en 1250, pour l'enseignement théologique , ne pas perdre de vue que la première science , la mère de toutes , à qui toutes les autres doivent être soumises ,'est la science religieuse. (2) De là l'admirable unité qui a présidé à ses leçons, et lui a donné, dans les terrips les plus troublés , une autorité toujours respectée.

C'est par des privilèges qu'une institution pouvait être aidée. Ils ne manquèrent ni aux maîtres, ni aux écoliers. L'Université obéit à des statuts et les défend contre ceuxlà même de qui elle les tient. Si Charles V la déclare « la fille aînée des rois , » elle n'hésite pas à se montrer

ferme quand il le faut , contre ceux-là même à qui elle ne marchande pas sa reconnaissance. Aucun corps ne s'est montré plus jaloux de ses prérogatives ; aucun n'a été plus fidèle à son devoir.

Nous devons aux Universités le renom de science qui donne aux étrangers une si haute idée de notre pays. On s'honore d'avoir fait partie de l'Université de Paris , et les hommes les plus illustres veulent se rattacher à

elle. La création d'autres universités dans le royaume, ne lui porte pas ombrage et ne diminue en rien son

(l) A. Germain. Histoire de la commune de Montpellier, ni. 44.

(2)« Sacra doctrina omnium scienliarum simpliciter dignissima est quœomnes speculalivas, ut speculativa, et omnes practicas ut praclica longe excedit. » S. Thora. Smn. théol, p, 1. q. 1. art. 5.

éclat. Elles se forment de la même manière , d'après les mêmes principes , et celle de Paris semble se refléter dans chacune d'elles , par son esprit , ses études , son organisation , ses privilèges.

En examinant la date de leur institution, on trouve presque toujours — ce fait a été déjà remarqué pour les parlements, — qu'elle est comme une récompense ou une consécration de l'entrée dans la grande famille française, (1) et c'est une preuve que les rois savaient que le haut enseignement est un des plus fermes appuis des trônes.

Les abus se produisent dans l'Université comme dans toutes les institutions. On exagère ses droits, on oublie ses devoirs. C'est l'infirmité commune que ne pardonnent pas ceux-là seulement qui ne connaissent pas l'humanité, ou qui s'obstinent à s'estimer plus qu'ils ne valent.

Aussi la réforme est-elle commandée par les Papes et les évêques. Aussi, la main des rois est-elle quelquefois sur les Universités. L'ordonnance de Blois en 1579, réforma les Universités de province; celle d'Octobre en 1600 l'Université de Paris. Elles restèrent toujours une grande famille dont les membres étaient étroitement unis , en vertu même de la hiérarchie qui allait du recteur au dernier écolier. L'enseignement y était libre, pourvu que la condition de grades et de la moralité fut remplie. L'accès en était facile à tous,' et les plus pauvres , même quand ils ne pouvaient entrer dans des collèges fondés pour eux, trouvaient le moyen de s'abreuver abondam-

(i) Notamment pour Toulouse, 1229; Montpellier 1289; Bordeaux 1472; Besançon 1676; Nancy 1769,

ment à cette grande source de science. Une charité qui n'avait rien de blessant , savait pourvoir à leurs besoins. (1)

Les Universités de France, comme toutes les institutions du passé furent renversées par la Révolution. « Elles étaient au nombre de 23 ; il y avait 562 collèges où étaient inscrits 72,747 écoliers. Le nombre de ceux qui y recevaient l'éducation ou l'instruction, soit entièrement , soit partiellement gratuite, excédait 40,000 » (2)

Il faut y joindre ceux qui commençaient leurs études dans les écoles des frères , dans les couvents , dans les presbytères, et qui les continuaient dans les séminaires institués en vertu des prescriptions du concile de Trente, (3) ou les achevaient dans les Universités. « Avant 1789, le nombre des écoliers fréquentant les écoles était triple et quadruple de ce qu'il est aujourd'hui. Il y avait alors un plus grand nombre de bourses dans une seule province, dans la Franche-Comté, par exemple, qu'il n'y en a aujourd'hui, dans la France entière. Sans vouloir calomnier notre siècle et me rendre suspect de partialité, en faveur de l'ancien régime, il me sera permis de dire qu'aujourd'hui, il est plus difficile qu'autrefois à un jeune homme capable, mais pauvre, de surgir intellectuellement. Tout enfant qui annonçait des dispositions était aisément distingué par le clergé, et obtenait non moins aisément, son admission gratuite dans un des

(1) Fondation du collège des 12 médecins à Montpellier par Urbain V, ancien évoque de Mende, en faveur des étudiants de ce diocèse. 1369. A. Germain. ÏMst. de la commune de Montpellier, m. 105 — Mémoires de la société de la Lozère : Urbain V.

(2) M. Fayet. Inspecteur d'académie , discours au collège de la Châtre. 1861.

(3) Session V. relative à l'enseignement de la théologie.

nombreux collèges dirigés par des ordres religieux. » (1) Un pareil témoignage glorifie le passé. Il n'enlève rien à ce qui a été fait au XIX e siècle, pour* la diffusion et le perfectionnement de l'enseignement à tous les degrés.

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