INFLUENCE GENERALE
Il y a clans le monde moderne une puissance plus légitime et plus bienfaisante que celle dont l'histoire de tous les peuples nous offre le spectacle à leur berceau : c'est l'Eglise catholique.
La Gaule , l'Egypte , l'Inde et la Perse ont été gouvernées par des castes sacerdotales qui se servaient des
(1) "ÏOtfNG* NuilS.
(î) Balmès. Du protestantisme, p* 30*
(3) CiQÉRONi De finibusi Omnia religione moventun
(4) Lamennais* Essai? L (5; Machiavel. Du prince*
(6) De Bonald. Pensées 1 p. 60.
dispositions de l'homme , « naturellement religieux , » (1) pour asseoir leur domination , et détourner à leur profit , les forces vives des peuples et des rois. Il y a eu en effet , des abus à côté des bienfaits , et , trop souvent , l'intérêt a dominé le devoir. Peut-on s'en étonner lorsqu'on sait que l'homme « est quelque chose et n'est pas tout? » (2)
L'Eglise catholique a un but et des moyens plus dignes d'elle, de celui dont elle enseigne la doctrine, et de ceux qu'elle dirige vers leurs destinées immor« telles. Elle a. sauvé le monde à l'invasion des Barbares* Par son .action sur les âmes, elle a transformé les vainqueurs et régénéré les vaincus. Elle a substitué la puissance du droit et de la vérité, à la domination de la force et de la ruse; elle a été l'intermédiaire entre les rois et les peuples, entre les Etats, et si son action bienfaisante n'a pas toujours été accueillie avec reconnaissance et docilité, elle n'en a pas moins été un tempérament pour la barbarie, et un flambeau dans les ténèbres.
En échange de ces bienfaits, que devaient à la religion chrétienne, la royauté et la nation? La seule chose que l'Eglise ait jamais demandée: la liberté! Un grand évêque exprimait cette pensée au XII siècle, quand il disait : Nihil tam dihgit Dois qumn Ubcrtatem ecclcsiœ. (3) C'est le cri de tous les temps.
Cette liberté, l'Eglise naissante la demandait aux empereurs Romains. Elle l'acclama, lorsque par son.
(\) Animal religiosum.
(2) Pascal. Pensées, en. I.
(3) S'-Anbelme cleCantorbéry*t033-1103,
édit de 313, Constantin lui permit de vivre ailleurs que dans les catacombes, les prisons, les mines, et l'arracha aux tortures, aux gladiateurs et à la dent des bêtes féroces. Elle la réclamait des Barbares conquérants, avant qu'elle les eût soumis par la foi et régénérés par la charité. Elle l'imposait aux sociétés nouvelles nées de la fusion d'un élément jeune, et de ce débris de lois, de mœurs et d'institutions, qui survivait à l'empire tombé. Elle s'en servait avec la modération qu'inspire l'amour du bien, avec la fermeté que donne la conscience du droit. Elle constituait par l'énergie et la vitalité de ses préceptes et de ses inspirations, les états nouveaux.
« Nulle religion n'a deviné comme le christianisme, quel est le secret moyen de gouverner l'homme ; nulle n'a rendu, par la manière dont elle agit envers lui, un hommage plus solennel à la dignité humaine. Le christianisme, en effet; est parti constamment de ce principe, que la première chose à faire, lorsqu'on prétend s'emparer de l'homme tout entier, est de s'emparer de son intelligence. Soit qu'il entreprenne d'extirper un mal , ou de produire un bien , il choisit tout d'abord pour point de départ les idées; par là, il a donné le coup de mort au système de la violence , lequel domine partout où le christianisme n'existe pas. Il a proclamé cette vérité salutaire, que lorsqu'il s'agit de diriger l'homme , le moyen à la fois le plus indigne et le plus faible , c'est la force. Vérité bienfaisante et féconde qui ouvrait à l'humanité un avenir nouveau et fortuné! » (1)
(1) Balmés. 9u protestantisme, 1 , p. 1844
Les ennemis eux-mêmes de l'Eglise proclament ce qu'elle a fait, depuis les temps où elle était honorée comme une reine et respectée comme une mère , jusqu'à ceux où nous l'avons vue calomniée, découronnée et proscrite.
« C'est au clergé composé essentiellement de plébéiens, que l'espèce humaine doit les progrès faits par la civilisation, depuis Hildebrand jusqu'au XVI e siècle....
« C'est le clergé catholique qui a déterminé tous les défrichements qui se sont effectués dans les Gaules, dans la Germanie et dans tout le Nord de l'Europe.
« C'est le clergé qui a rendu les Européens susceptibles de faire des progrès en intelligence , par le soin qu'il a eu pendant tout le moyen-àge , d'entretenir dans toutes les parties de l'Europe , des écoles où l'on enseignait à lire et à écrire.
« C'est le clergé qui a conservé tous les monuments de science , de littérature et de beaux-arts. . a C'est encore le clergé qui a mis un frein à l'humeur guerrière des chefs du pouvoir temporel , en établissant la trêve de Dieu. C'est lui qui a commencé à faciliter les communications, en suscitant la construction des ponts et des chemins.
« C'est lui qui a introduit en législation, les formes conservatrices des intérêts particuliers, dans les procès civils et criminels.
« Enfin, c'est lui qui a exclusivement cultivé les sciences et les autres travaux intellectuels. » (1)
(1) Saint-Simon. De Vètat de V administration chez les peuples de t 'antiquité , et de ses progrès chez les peuples du moyen-âge» 1824,
Si ce tableau < présente les bienfaits généraux du christianisme , il est impossible de méconnaître que les
lignes en sont toutes empruntées à notre histoire.
De nos jours, le révolutionnaire de génie qui a prononcé cette parole impie : « Dieu c'est le mal , » Proudhon a dit , en parlant de la religion chrétienne : « C'est la religion qui cimenta les fondements des sociétés, qui donna l'unité et la personnalité aux nations, qui servit de sanction aux pouvoirs législateurs , anima d'un souffle divin les poètes et les artistes, et, plaçant dans le ciel la raison des choses et le terme de notre espérance , répandit à flots sur un monde de douleurs , la sérénité et l'enthousiasme....
Comme elle sut ennoblir le travail, rendre la douleur légère , humilier l'orgueil du riche , et relever la djgnité du pauvre ! Que de courages elle échauffa de ses flammes ! que de vertus elle fit éclore ! que de dévouements elle suscita! Quels torrents d'amour elle versa aux cœurs des Thérèse , des François de Sales , des Vincent de Paul, des Fénélon, et de quel lien fraternel elle embrassa les peuples en confondant dans sa tradition et ses prières, les temps, les langues et les races ! » (1)
La religion qui a fait de si grandes choses pour l'état social , l'état politique, la famille et l'individu , a une forme visible. Gardienne de la foi , organe de la justice, maîtresse de la morale, l'Eglise unit la terre au ciel. Elle enseigne , elle inspire , elle commande. Nous la trouvons au berceau de la nation française. « Le
(1) Confessions flun révolutionnaire*
Christ aime les Franks, » (1) et les Franks au récit de Ses souffrances ou de celles de son Eglise, ont plus d'une fois mis la main sur leur épée, en s'écriant comme leur premier roi : « Ah ! si j'avais été là ! » Naïve et touchante pitié , qui oubliait que le Christ devait souffrir pour sauver le monde, et qu'à son exemple, l'Eglise doit être persécutée, pour conquérir les âmes !
L'Eglise fut l'inspiratrice de nos rois. Elle ne les flatta pas, même au temps de leurs plus grandes prospérités et au milieu d'un enivrement universel ; (2) elle les combatit , non par caprice ou par intérêt, mais par raison et par devoir. Comblée de biens par eux, elle n'aliéna jamais sa liberté. Atteinte dans des privilèges qu'elle considérait comme la garantie de^ son action spirituelle , elle sut les défendre , sans jamais sacrifier le patriotisme ou le devoir à l'intérêt.
Au déclin de cette race qui t laissait l'autorité à des mains plus viriles, elle favorisa et sanctionna un changement qui nous valut Gharlemagne. Lorsque les enfants dégénérés du chrétien, du conquérant et du civilisateur, laissèrent tomber leur sceptre , elle ne permit pas qu'il fut ramassé par un prince étranger ; (3) elle mit son influence au service de l'intérêt national. Celui qu'elle avait appelé de ses vœux , et appuyé de sa puissance, reçut d'elle l'onction sainte, au moment
([) Préambule de la loi saiique.
f2) Nous n'exceptons pas le siècle de Louis XIV, où, pour s'envelopper de louanges, la vérité ne parle pas moins haut par la bouche de Bossuet, de Bourdaloue et de Massillon.
(3) Vo»r le Regestum et les lettres de Gerbert. M. OUeris, doyen de la faculté de Clermont. 1867,
où son pouvoir sauveur venait d'être reconnu par les seigneurs et les prélats représentants de la nation. • Aussi Thistoire de l'Eglise est-elle étroitement unie à celle de la royauté. Elle inspire les lois , consacre les institutions, modère la puissance, protège la faiblesse. Elle donne aux rois des ministres: S l -Arnould de Metz , S-Grégoire de Tours , S-Eloi de Noyon, S l - Loup de Rouen, S l -Léger d'Autun, S-Lézin d'Angers, Rigobert de Metz. Sous Charlemagne, indépendement d'Alcuin et d'Eginard , S-Chrodegand de Metz, Théodulphe d'Orléans, Leidrade et Agobard de
Lyon; un peu plus tard, Odon de Vienne, Hincmar et Gerbert de Reims, Fulbert et Ives de Chartres. Suger est le ministre, l'ami de Louis VI , le conseiller indépendant de Louis VII; et, après des siècles qui ne ne . furent fpas stériles en hommes utiles, Richelieu et . Mazarin, montrent comment on sert l'état.
Sans doute, « les gens d'Eglise » ont commis des fautes ; ils n'ont pas été toujours dignes de leur caractère ; les questions d'argent ont occupé dans leur préoccupations une trop grande place ; le désir de la domination leur a fait trop souvent oublier que leur royaume « n'est pas de ce monde ; » (1) et ceux qui ont été chargés d'édifier les autres, les ont trop souvent scandalisés. Mais il est certain que le bien l'emporte sur le mal, et que si la faiblesse inhérente à l'humanité ne disparaît pas, elle n'arrive jamais à compromettre les bienfaits que l'Eglise a versés avec une abondance inépuisable, sur cette « France pour qui, dit Bossuet,
Q) S 1 - Jean, XVI II, 36 ,«
Dieu semble avoir ressenti dans tous les temps, quelque chose de plus paternel et de plus tendre que pour les autres nations. »