‹ Les éléments de la diplomatique pontificaleChapitre 10 sur 17 · V.pr · texte numérisé non relu

V.pr

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LES ÉLÉMENTS DE LA DIPLOMATIQUE PONTIFICALE. li

L'usage des apostilles devint de plus en plus fréquent, et dès le pontificat de Grégoire X, de 1271 à 1276 \ il était absolument entré dans les pratiques de laChancellerie, sans être néanmoins ni général ni constant.

Au xiv» siècle on les multiplie, et Ton commence à en étendre l'objet en dehors des premières destinations, par des mentions ou des signes dont les fonctionnaires de la chancellerie devaient connaître seuls la portée. On en trouve souvent sur le repli, dans l'intérieur du pli et au dos de la môme pièce. A la fin du siècle, apparaissent les mentions comme celle-ci qu on ne rencontrerait pas, semble-t-il, au xiiie : Gratis^ de miindato domini nostri Papx ^ Au xv® siècle, lorsqu'il y eut des Bulles et des Brefs, les apostilles s'appliquèrent à l'une et à l'autre sorte de documents. On ajoutait quelquefois aux simples signatures de Courtes attestations constatant que les Bulles avaient été lues à la Chancellerie en présence des témoins dénommés. D'autres certifiaient qu'elles avaient été enregistrées à la chambre apostolique ; qu'elles avaient été expédiées gratuitement par ordre du pape, qu'on en avait exécuté deux copies originales, ou autres circonstances d'exécution et d'enregistrement qui impli-r quent nécessairement l'entente et la coopération simultanée de plusieurs bureaux de la Chancellerie. C'est là le sens des formules suivantes que l'on voit inscrites au bas d'une bulle d'Eugène IV : Registrata in caméra apostolica.etc. Duplicata, Gratis de mandata domini nostri Papx, Jo. deStecatis ^ L'attestation de la lecture en présence de témoins avait une date particulière, dans laquelle figurait Tindiction, notion chronologique qui n'était plus marquée alors dans la véritable date de la Bulle. En quelques pièces, on déclarait que la Bulle avait été publiée aux portes de la chambre apostolique. Vers la fin du siècle, on annonça qu'elles avaient été publiées et affichées aux portes de l'audience et au champ de Flore, par tel courrier ou par le maître des courriers du Pape On peut lire dans le Nouveau traité de Diplomatique *, Les renseignements concernant les certificats descourriers apostoliques sur l'affichage et la publication au champ de Flore des pièces apostoliques aux xvi^ etxvii« siècles.

* Nouveau traité, t. V. p. 301.

* Nouveau traité, t. V. p. 301, 304.

« Nouveau traité, t. V. p. 312, 314.

* Tome V, p. 323, 324, 333.

§ III. Bureau de l Enregistrement ou du Registre.

Les employés de ce bureau s*appelaient Registratores, L enregistrement se faisait sur la production même des originaux, et la transcription s'opérait sur des cahiers ou registres répondant généralement à une année du pontificat. Quelquefois, pour constater Tenregistrement de la grosse, on traçait au bas ou au dos du parchemin un grand R, ou le commencement du mot Registrata, Quelquefois la grosse recevait un numéro d'enregistrement, qui s'appelait Capitulum, Les Archives nationales à Pavis possèdent l'original de la lettre d'Innocent IV adressée de Pérouse au trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers, le 12 des calendes d'avril, dixième année de son pontificat, c'est-à dire le 21 mars 1253. Klle porle au dos cette mention-ci : R. DLXV capitula, Anno X^. On a vérifié aux archives du Vatican que cet original esten effet transcrit et se trouve sous le n** 545 (folio 254 verso) du registre de la dixième année du pontificat d'Innocent IV ^

Il est bien difficile de dire quelles étaient les règles qui présidaient à l'enregistrement des actes de la Chancellerie apostolique, et l'on peut même se demander s'il y avait des règles bien établies à cet effet. On suivait des usages, on conservait des habitudes, mais ces usages et ces habitudes n'avaient rien de fixe, rien d'impératif. Il est incontestable qu'on ne transcrivait pas toutes les bulles. Tantôt l'enregistrement se faisait à la demande des parties, tantôt il avait lieu d'office par les ordres même de la Chancellerie. Dans l'un et l'autre cas, la transcription s'opérait sans qu'il y eût eu préalablement un classement bien rigoureux des pièces fi copier. Il est visible qu'on ne suivait pas absolument l'ordre de date. Aussi n'est-on pas autorisé à reconstituer la date positive d'une pièce non datée de son insertion entre deux pièces datées. C'est une induction, et pas davantage.

Généralement cependant, on suivait un certain ordre chronologique, parce qu'il est probable qu'avant d'envoyer les bulles au bureau de l'enregistrement, on les rangeait à peu près dans Tordre dt* date. Mais si une bulle venait à êtn» retenue trop longtemps,soit au sceau,soit pour une révision,soit pour un motif

1 M. Berger, Bibl. de V École des Chartes, 1884, p. 367; Cf. M. Delisle, Actes d*Innoc.f p. 34.

LES ÉLÉMENTS DE LA DIPLOMATiOUE PONTIFICALE. 13

quelconque, on passait outre et on transmettait à l'enregistrement celles dont Texpédition était sollicitée. Quelquefois, on faisait des paquets des lettres relatives à un môme établissement ou à une même affaire et on les remettait toutes ensemble à la transcription. Il est arrivé plus d'une fois, mais rarement pourtant, qu'on a inséré dans un cahier, parmi les pièces d'un semestre, des pièces d un autre semestre, et même d'une tout autre année.

L'enregistrement ne s'effectuait donc pas, comme Ion voit, d'après des principes rigoureux.il était facultatif, et le non enregistrement n'entraînait ni pénalité, ni amende, ni invalidation du titre non entériné'. Aucun argument ne peut être tiré contre la sincérité et la valeur d'une bulle de son absence des registres apostoliques. Et cependant une pièce enregistrée avait un signe d'authenticité de plus que les autres; et le Saint-Siège lui-même, dans les débats portés à sa barre, accueillait avec une faveur "marquée et attribuait une autorité particulière aux bulles qui avaient été enregistrées avant d'être envoyées aux parties.

L'histoire diplomatique du xiii® siècle en offre un exemple bien remarquable. Le pape Clément IV, ou Guy Foulquois, originaire de la ville de Saint-Gilles, dans le Bas Languedoc, avait comblé de bienfaits la célèbre abbaye. Les religieux avaient reçu, entre autres, un privilège dont ils voulurent,danslasuite,tirerdes conséquences dommageables aux Templiers et aux Hospitaliers de Saint-Gilles. Ceux-ci portèrent leurs réclamations au Saint- Siège, et Nicolas IV, successeur de Clément IV, saisi du débat, en 1291, n'approuva pas les exigences des religieux, et il en donna les raisons suivantes. Il déclara qu'il ne fallait pas interpréter trop largement le privilège invoqué par les moines, attendu qu'il était de notoriété publique que le pape Clément IV avait traité l'abbaye de sa ville natale avec une bienveillance excessive, que nulle personne à la cour romaine n'avait souvenir du privilège invoqué, et que d'ailleurs ce document ne se trouvait pas dans le registre du pape Clément IV, où il aurait dû être inséré suivant l'usage, juxta morem Romanorum pontificum ^

^ « De quo privilegio ab aliquibus de nostra curia sive in regesto ipsius predecessoris Clementis, in quo, juxta morem Romanorum pontificum, talis privile§'»i ténor inseri debuerat, non potuerit haberi copia vel alia memoria inveniri. » M. Delisle, compte rendu du Cartulaire de Saint-Gilles, publié par M. l'abbé' Gtoiffon. Nîmes, l%^2t, Biblioth, de V École des Chartes, 1883, p. 209.

14 LÉS ÉLÉIISIIITS DR LA DIPLOMATIQUE POKTIFICALB.

Ces dernières paroles de Nicolas IV, qui semblent bien formelles, ne sont point décisives. Un usage, môme habituel, n'est pas une condition impératiye. Le fait même auquel se réfère Nicolas IV prouve que l'enregistrement n'était pas obligatoire à la validité de la bulle. Autrement Clément IV n'eût pas manqué de faire enregistrer les actes de tous les privilèges qull accordait à Saint-Gilles. C'est donc l'excès de la bienveillance pontificale à l'égard de ces religieux, plutôt que Tinsuffisance ou l'irrégularité du titre invoqué par eux,qui motiva le sage tempérament apporté par Nicolas IV aux concessions de son prédécesseur.

Si le Saint-Siège eût conservé la totalité de ses registres, il n'y aurait pas au monde de monument historique qui pût être comparé à cet ensemble. Malheureusement les révolutions et les déplacements y ont produit des lacunes considérables* Tous les registres du ixe siècle sont perdus. Du ix* siècle, on possède un beau registre de Jean VIII, écrit en caractères bénéventins du x* siècle. La suite manque jusqu'à Grégoire VII (1073-1085). A partir d'Innocent 111 jusqu'à Saint-Pie V, de 1198 à 1572, la série est à peu près complète K Peut-être quelques registres supplémentaires se trouvent-ils au château Saint-Ange. Depuis la mort de Pie V, les volumes d'enregistrement sont conservés à la Daterie.

Telle qu'elle est, la collection seule du Vatican est un trésor du plus haut prix pour l'histoire universelle. Ce ne sera pas une des moindres gloires de Léon XIII d^en avoir facilité la connaissance et encouragé la publication.

§ IV. Bureau de la Bulle.

Les lettres apostoliques, après avoir été mises au net et revêtues des souscriptions nécessaires suivant les temps et la nature de l'acte, étaient portées au Bureau de la Bulle pour être scellées. Les employés de cet office se nommaient Bnl/arn, Bullatores, Siçil/atores, Il y avait dans l'intérieur du Bureau des secrets

1 Dom Palmieri, savant bénédictin attache aux archives du Vatican, en a publié le catalogue sommaire: Ad VaticarU Archivi Romanorum Pontifioum regesta mcm^ductio, curante D. Greg. Palmieri, bened. Casinensi. Rome, 1884, in-I2.

connus d*eux seuls sur Texécution matérielle du sceau, sur le nombre des points formant les grenetis circulaires ou les figures des Apôtres et autres particularités propres à contrôler l'authenticité des sceaux.

Le mot de Bulle^ réservé d'abord au flan de métal et même de cire, appendu ou apposé aux actes, commença dès le xin^ siècle à être donné aux actes eux-mêmes.

La variété des emblèmes et des légendes imprimés sur les sceaux ne pourrait être indiquée ici que très sommairement ; limera mieux de nous en occuper à la fin de cet exposé et dans un chapitre spécial.

Le sceau généralement en plomb durant tout le moyen âge, du VI» au xv« siècle, était appendu au document sur des lacs de chanvre ou sur des lacs de soie; quelquefois rattache est une petite courroie. Le chanvre ou la cordelette fut réservée à une certaine époque, du xP au xv» siècle, à la catégorie des petites Bulles qu'on a appelées des Mandements.

La soie, employée pour le scellage des autres petites Bulles qui formaient Titre et pour toutes les grandes Bulles, a été d*un usage plus général et remonte très haut. Remarquons toutefois que les anciennes Bulles des papes n'ont pu être scellées sur cette précieuse matière, attendu que la soie n'a été introduite à Gonstantinople, d'où elle passa en Italie, qu'au vi© siècle, et qu'elle fut longtemps d'un prix extrêmement élevé.

On ne peut rien établir de bien certain chronologiquement sur la couleur des lacs de soie auxquelles appendait la Bulle. Jusqu'au milieu du xii« siècle, les lacs ne paraissent pas avoir eu de couleur fixe. Sous Adrien IV (1154-1159), prédécesseur d'Alexandre 111, ils commencèrent à être mi partie de jaune et de rouge, couleurs qu'ils ont gardées généralement. Mais on trouve aussi, après le pontificat d'Adrien IV comme avant, beaucoup de lacs d'une seule couleur, rouge ou violette. On a remarqué que pendant près de 60 ans, depuis Alexandre IIl jusqu'à Honorius 111(1159-1227), et sous quelques-uns de leurs successeurs encore, la teinture de la soie violette l'ut si mauvaise qu'elle a aujourd'hui presque entièrement perdu sa couleur. Dès le xiu* siècle, les lacs rouge et jaune, déjà employés au xii® siècle, deviennent les plus fréquents et persistent jusqu'aux temps modernes. Jusqu'au milieu de ce siècle, on trouve souvent des lacs aux trois couleurs blanc, jaune et rouge ou brun.

De toutes ces observations recueillies par les Bénédictins durant leurs immenses travaux, et contirmées u'une manière générale par Mgr Marine Marini dans le mémoire que nous avons eu Toccasion de citer déjà, il n'est pas possible, on le voit, de tirer des règles de critiques trop absolues. On peut dire qu'il n'y a eu jamais de prescriptions bien rigoureuses pour l'emploi des lacs colorés.

La dénomination de bulles entières^ et celles de demi-bulles^ bulles tueuses, bulles défectiveSy bulles blanches, ou bulles vides concernent les sceaux et non les lettres elles-mêmes. La première désigne les sceaux, complets, portant d'un côté les têtes des Apôtres saint Pierre ei saint Paul et de l'autre le nom du pape. Les secondes s'appliquent aux sceaux frappés seulement du côté des têtes des Apôtres, le revers restant vide. Les papes se servaient de ces demi bulles, où ne figurait pas encore leur nom, en attendant leur couronnement. Au lieu de dater alors leurs bulles de Tannée du pontificat : Pontificatus nostri anno illo...A]s employaient la formule: A die suscepti a nobis apostolatus offîcii.

Les sceaux apostoliques, dans la haute antiquité chrétienne, ont pu être en cire ou en plomb, les sceaux de plomb ne tardèrent pas cependant à se généraliser. Eussent-ils été en cire, du moment où on les suspendait au moyen de lacs aux feuilles de papyrus, on peut se demander par quel procédé on parvenait à donner à ces feuilles légères la résistance nécessaire pour supporter un pareil poids ^ Le fait mériterait d'être vérifié sur les originaux s'il est possible, car le papyrus a été employé exclusivement, pense-t-on, à la confection des originaux jusque fort avant dans le moyen âge.

DE l'emploi du papyrus ET DU PARCHEMIN DANS LA CHANCELLERIE APOSTOLIQUE.

Bien que le parchemin fût connu et employé dès la haute antiquité à Rome à la transcription des manuscrits, la Chancellerie des premiers papes se servit d'abord, paraît-il, du papyrus

^ Du temps de Fontanini on conservait encore aux Archives du Vatican une bulle en papyrus de saint Léon IV, à laquelle appendait toujours le sceau de plomb. Nouv, traité de Diplom,, t. V, p. 183.

seul pour Texpédition des lettres pontificales; il conserva l'emploi exclusif de cette substance jusqu'à la fin du x® siècle, et même quelques années encore au delà de l'an 1000. Telle est du moins l'opinion de trois savants d'une haute compétence, M. Sickel, conservateur des archives impériales à Vienne, M. Wattenbach; professeur d'histoire à Berlin, collaborateur de M. Jaffé, et M . Paoli, professeur de diplomatique à Florence, qui a résumé et confirmé l'opinion de ses prodécesseurs dans une savante dissertation publiée en 1878 ^ Nous allons résumer les faits et la doctrine exposés dans ce livre, en nous l'éservant toutefois le droit de n'y pas adhérer en tous points et d'une manière absolue.

La Chancellerie romaine, qui adopta le papyrus pour ses usages, quelqu'élevé que fût le prix de ce papier, ne se borna pas à l'employer pour l'expédition des lettres des papes. Il est constant qu'elle en forma des cahiers ou des registres sur lesquels on transcrivait les documents dont il paraissait utile de garder copie. Jean le diacre, biographe de saint Grégoire le Grand, nous apprend que l'on conservait aux archives de ce pape (590-604) la copie de ses lettres transcrites dans une série de livres en papyrus répondant chacun à une année de son pontificat"^. Jean dit ailleurs qu'il existait aux mêmes archives un grand volume en papier sur lequel étaient inscrits les noms des habitants de la ville de Rome et de son territoire '.

L'usage du papyrus sous les successeurs de Grégoire !«', durant les vii% viii®, ix« et x« siècles, est établi par une série de témoignages qu'il est superflu de citer, attendu que personne ne songe à les contester. Mais ce qui serait d'une haute importance, ce serait de savoir si durant ces quatre siècles, le papyrus fut employé par la Chancellerie romaine exclusivement à toute autre matière. Là est la vraie question ; et on ne nous produit rien de bien clair à cet égard.

Le papyrus resta dans les usages de la Chancellerie papale jusqu'assez avant dans le xi" siècle. Les papeteries de Sicile

1 Delpapiro specialmerUe consideraio corne materia che ha servtto alla sertitura. Memoria del prof. Cesàre Paoli. Florence, in-8°.

2 «c Tôt chartacei libri epistolarum quoi annos probatur vixisse. »

s « Chai'taceum prsBgrande Volumea. » 1. 11, e. 30. Migne. Patrol. lat., t. LXXV. col., 98.

purent suppléer au déficit et au prix élevé du papier d'Egypte devenu très rare dès le x® siècle. L'église du Puy en Vélay a conservé longtemps la bulle sur papyrus de Tan 1052, par laquelle le pape Léon IX accordait le Paliium à Tévéque Etienne de Mercœur ^ La dernière bulle sur papyrus publiée par Gaêtano Marini dans les Papiri diplomatici est de l'année 1057 *.

L'emploi du papyrus ne paraît pas avoir persisté bien au delà de la date des deux documents que nous venons de citer. Il avait dû déjà diminuer considérablement depuis que la Chancellerie employait concurremment, et même de préférence, le parchemin, matière plus résistante et moins chère que le papier de jonc. On ne saura probablement jamais l'époque précise à laquelle la Chancellerie commença à se servir de cette nouvelle substance, soit pour écrire les originaux des bulles pontificales, soit pour en expédier des duplicata. Cette notion, si on l'acquérait, serait un point lumineux pour l'histoire et la critique des documents ecclésiastiques. Mais, dans les questions de cette nature, il est bien rare qu'on puisse s'appuyer sur des observations à dates précises, secours inespérés qui abrégeraient et simplifieraient si merveilleusement les discussions. Afin de suppléer à ce qui manque, il faut se borner à circonscrire autant qu'on le peut la solution désirée dans un temps limité par des faits bien constatés.

Le savant conservateur des Archives de Vienne, dont les travaux ont éclairé tant de questions de la diplomatique du moyen âge, cite comme la plus ancienne bulle originale écrite sur papyrus, à lui connue, une bulle de Benoit VIII de l'an 1022. M. Wattenbach admet que l'emploi du parchemin dans la Chancellerie romaine pour l'expédition des titres originaux peut être antérieure de vingt ans au moins à la bulle de Benoit VIII. et remonter par conséquent à l'an 1000. Mais, pour lui, les papes n'ont certainement pas fait expédier des originaux (le terme est important à retenir) en parchemin avant le xi® siècle, et toute bulle datée d'une année antérieure à Tan 1000, revêtue d'ailleurs des formules d'une bulle originale, porterait avec elle, malgré la régularité de toutes ses formules, la preuve de sa falsification si elle

1 Bibl, de VÉcole des Chartes, 1876, p. 109.

2 Numéro L. Cette bulle fut authentiquement recopiée sur parchemin au XIII® siècle.

est écrite sur parchemin. C'est là la conclusion dernière à laquelle aboutit la discussion de M.Wattenbach ; et c'est là ce qui nous semble un peu exorbitant.

M.Wattenbach croit que la Chancellerie romaine, avant d'avoir adopté le parchemin pour la transcription de la bulle primitive et originale, expédiait déjà des copies ou des ampliations-duplicata sur parchemin de la bulle originale écrite sur papyrus. Ces ampliations, souvent contemporaines de Toriginal, et près que semblables à l'original, en différaient cependant en deux circonstances bien caractéristiques et que l'on peut constater aisément, surtout la première, si on a dans les mains les parchemins originaux, 1® Tampliation est dépourvue de sceau ; 2o elle manque ordinairement (ce n'est donc pas toujours) de date, attendu qu'on y supprime la longue ligne de la fin dans laquelle se trouve exprimée la date.

En rappelant que les observations du savant professeur de Berlin sont confirmées de l'adhésion de M Paoli \ c'est dire toute l'attention qu'elles réclament. Nous ne pouvons cependant les accepter entièrement. Une réserve sur un point au moins, mais un point capital, nous parait indispensable. Il nous semble impossible d'admettre que toute lettre apostolique antérieure à Tan 1000 dont on trouverait l'original écrit sur parchemin fut fausse. Sans lirer argument de ce fait que la Chancellerie des rois de France, après s'être longtemps servi exclusivement du papyrus, avait adopté le parchemin au moins dès la fin du viii* siècle * pour l'expédition des diplômes royaux et de toutes les pièces de Chancellerie, nous rappellerons que le pape saint Léon le Grand adressa à l'empereur Marcien une lettre sur parchemin du sein du concile général de 451 '. Le parchemin choisi à cet effet était argenté, cela est vrai, et cette particularité amoindrit beaucoup, nous n'en disconvenons pas, la valeur de l'argument. Mais l'emploi certain d'un parchemin argenté par l'Église de Rome dès Tan 451, atteint un peu, on le reconnaîtra, la thèse de M. Wattenbach. Il suffirait d'un seul exemple bien constaté de l'emploi d'un parchemin non argenté, d'un parchemin ordinaire, pour la réduire à une simple hypothèse *.

* Le diplôme original de Thierry III, du 12 septembre 6T7 ou 678, conservé aux Archives nationales, est déjà sur parchemin. ^ Quatrième concile général. Session 10® ^ Etienne, comte de Gévaudan, dans la charte de fondation du prieuré de

20 LES ÉtÉMBNTS DB LA DIPLOMATIQUE PONTIFICALE.

Peut-être serait-il donc plus prudent de lui enlever ce qu'elle a de trop absolu et de se borner à en limiter la portée à ceci, à savoir que la Chancellerie romaine jusqu'à la fin du x« siècle, et même encore jusqu'à la fin du premier quart du xi* siècle, s'est presque toi^jaurs servi du papyrus pour l'expédition des originaux des bulles pontificales.

Les observations recueillies sur le rythme et le Cursus, dont nous allons parler, permettront d'arriver, quand on en fera une sérieuse application, à des résultats bien autrement précis que ceux qui proviennent de l'emploi du papyrus et du parchemin.

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