Le Bureau de la Bulle ou du Sceau
, § 1. Bureau des Minutes,
Au premier office incombait le soin de rédiger le brouillon des actes officiels. Ces projets de lettres ou de bulles s'appelaient Litterx notât», Notx, Caria notata, parce qu'ils étaient écrits
^ L^existence des Archives Romaines est d* ailleurs attestée dès les it^ et y* siècles.
OU dictés par les notaires. Le pape, le chancelier, ou l'un des notaires délégué à cet effet lisait la minute, ou la faisait lire, et la modifiait s'il y avait lieu. La révision devait amener plus d'une fois des corrections, bien que des cadres généraux dressés d'avance et les copies enregistrées des anciennes pièces pussent aider et diriger la rédaction. Il y avait en effet à se préoccuper, en dressant certains actes, non seulement des questions de faits et de doctrine appartenant à la sphère des intérêts supérieurs, il fallait, à un point de vue restreint et technique, veiller à n'employer que les expressions consacrées pour la rédaction du protocole général, et observer pour la rédaction du dispositif et des formules de validation les règles du Cursus; c'est-à-dire qu'il fallait rédiger certaines parties de lacté, et seulement celles-là, en une prose convenue et combinée avec alternance de syllabes longues et brèves. Malgré les modèles, il n'était pas toujours facile d'accommoder chaque pièce aux règles diverses qui les régissaient ; les règles ont varié suivant les temps et suivant les pontificats. Nous les exposerons dans les chapitres spéciaux avec plus de développement et de précision.
Les minutes étaient-elles écrites sur des feuilles séparées, destinées à être détruites ou lavées pour servir à nouveau? Étaientelles tracées sur des tablettes de cire, procédé qui facilitait tes corrections ultérieures ? Ou bien les transcrivait-on sur des cahiers particuliers que l'on conservait ? Rien d'affirmatif ne peut être vraisemblablement dit à ce sujet. Peut-être a-t-on procédé suivant les temps, et, dans les mômes temps, des trois façons différentes. S il a existé et si on retrouvait jamais de ces anciens registres des premières minutes, il faudrait bien se garder de les confondre avec les vrais registres d'enregistrement dans lesquels on transcrivait les actes sur le vu et d'après les originaux eux-mêmes.
§ II. Bureau de la Grosse,
Les employés de ce bureau étaient chargés de la mise au net de la minute, c'est-à-dire de la réelle confection des originaux. Ils se nommaient Grossatores^ Scriptores litterarum grossatarum^ et la pièce dressée par leurs soins : Charta grossata, Grosso,
LES ÉLÉMEOTS DE LA DIPLOKATIQUE PONTIFICALE. T
Littera redacta ingrossam litteram. Nous parlerons plus loin du papyrus et du parchemin, matières sur lesquelles étaient écrits les documents.
Sous la surveillance d'un chef expérimenté, les copistes devaient observer les règles concernant le genre d'écriture et les particularités graphiques qui distinguaient les diverses espèces de lettres et de bulles. En décrivant précédemment les cercles de la Rota et le monogramme de la salutation apostolique tracés sur les grandes bulles depuis la fin du xi« siècle, nous avons négligé un détail utile à signaler. C'est que le Benevalete est souvent suivi d'un large trait en forme de virgule, appelé par certains diplomatistes modernes le comma. Des sigles tyroniens, non encore expliqués, sont quelquefois liés aux traits de cet appendice. M. Kaltenbrunner, après s'être longuement occupé de ces sigles et des questions secondaires qui s'y rattachent, comme la ponctuation et la diversité des écritures, a loyalement reconnu qu'il était impossible de retirer de ces particularités paléographiques rien de bien sérieusement utile au contrôle des documents originaux.
Il est peut-être superflu de remarquer que le document une fois transcrit devait être examiné de nouveau et lu plusieurs fois, au besoin, soit par le notaire chef du Bureau, soit par le chancelier, soit par le pape lui-môme, suivant les circonstances, avant d'être transmis aux autres offices. Mais là ne se bornent paâ les observations que suggère la confection matérielle des Bulles et des autres lettres apostoliques.
Sans nous avancer dans Pexamen de questions minutieuses et peut-être insolubles, concernant lecof/»ma,ie co/om^b^les signes de ponctuation et les divers genres d'écriture, il est une question plus élevée que nous ne pouvons nous dispenser d'aborder au moins, en tentant d'émettre une opinion pour sa solution. C'est la question des attributions réelles du Bureau de la Grosse. Il nous semble que ces attributions ont du être beaucoup plus étendues que le titre du Bureau ne l'indique au premier abord.
La Caria notata arrivait-elle au Bureau de la Grosse entièrement préparée et bonne à expédier, ne varietur^ dans toutes ses parties f Avait-elle déjà reçu à la Minute les sériés de souscriptions, qui à certaines époques clôturaient certaines bulles ? Âvait-on déjà inscrit sur la Carta notcUa toutes les formules de validation et les mentions diverses de la date ? Evidemmeat
non, au moins en ce qui concerne ce dernier point. L'inscription préalable est impossible, puisque la mention de la date aurait constaté l'accomplissement d'une formalité capitale (l'apposition du sceau) qui n'avait pas encore eu lieu. Le rôle et le droit du chef du Bureau de la Grosse ne se bornaient donc pas aux attributions d'un simple chef des copistes ; le premier des Grossatores était donc autre chose qu'un simple employé chargé de collationner des copies.
Allons plus loin. Si nous examinons ce qui concerne Texécution des originaux multiples et la confection des bulles auxquelles se trouvent des souscriptions cardinalices avec la double date, nous verrons le rôle du chef de la Grosse s'agrandir, et sa participation à la confection finale de la pièce devenir presque indispensable.
On sait que, pendant plus de trois cents ans, de 781 à 1124 environ, il fut d'usage de scinder la date des grandes bulles en deux phrases, commençant, l'une par le mot scriptum, l'autre par le mot datum, La date du scriptum^ plus sommaire et quelquefois différente de quelques jours de l'autre, indiquait la confection de l'instrument officiel avec les formules, les signes et les attestations d'authenticité nécessaires.
La date du dalum^ postérieure quelquefois de plusieurs jours à la précédente, et réunissant toujours des mentions chronologiques beaucoup plus nombreuses, indiquait la date de l'envoi ou de la remise effective de la pièce aux parties intéressées. Il était impossible que le Bureau de la Minute prévît les incidents qui pouvaient naître de ces diverses circonstances. La Minute ne lui arrivait donc pas complètement terminée du premier Bureau, une partie essentielle était laissée aux soins et à Tinitiative du second Bureau.
La confection des bulles avec souscription du pape et des cardinaux implique encore plus nécessairement Timmixtion du chef de la Grosse à la confection de la pièce. Le pape, à qui la bulle était présentée, peut-être par le chef de la Grosse lui-même, se bornait généralement à tracer la croix qui précède sa devise dans la Rota, complétant ainsi sa souscription nominative, inscrite d'avance en tête du tableau des souscriptions, mais sans croix initiale.
Les cardinaux traçaienl eux-mêmes les croix initiales et les paraphes précédant et suivant leur nom, môme quand la sigDsature entière n'était pas autographe.
L'ordre d'inscription des cardinaux signataires suivant leur rang d'ancienneté dans les trois colonnes des évêques, des prêtres et des diacres était un travail délicat qui ne pouvait s'effectuer qu'au moment môme de la confection des originaux et par une coopération commune des chefs de la Minute et de la Grosse. Le tableau était vraisemblablement dressé par leurs soins avant la souscription effective.
Les opérations diverses se rattachant au scellement de la pièce, à l'apposition de la Bulle métallique impliquent aussi, ce nous semble, Timmixtion du chef de la Grosse aux travaux du quatrième bureau.
En remarquant que le mot Datum de la double date était quelquefois * remplacé par Sigillata, nous avions été portés à croire que l'apposition de la Bulle incombait au Dataire, le dignitaire supérieur au Scriptor, désigné dans la seconde phrase de la date et à qui était réservée la remise de la pièce. Mais en reconnaissant que les Bénédictins pensent que l'apposition de la Bulle était comprise dans l'ensemble des travaux dont le mot et la date du Scriptum indiquent l'achèvement, nous devons modifier notre première manière de voir. La substitution du mot Siqillata au mot Datum, plus que rare, puisque nous n'en avons qu'un exemple, ne prouve pas l'équivalence des termes. Tout au plus indique-t-elle que le Dataire aurait quelquefois et exceptionnellement coopéré ou présidé au scellement. Dans Tordre habituel des choses, cette part de coopération ou d'assistance, peut-être de présidence, aux opérations du sceau appartenait donc au chef du bureau de la Grosse.
La présence, la surveillance et le contrôle du Grossateur en chef nous paraît encore avoir été nécessaire, non seulement pour la confection des originaux multiples qu'expédiait quelquefois la Chancellerie, mais surtout pour l'exécution des ampliations contemporaines de l'original, et différentes en quelques parties de l'original, car l'ampliation devait être,, ainsi que nous le dirons bientôt, sur parchemin et non sur papyrus, et presque toujours dépourvue de date.
Dès le temps d'Innocent III *, on remarque sur quelques
^ Nous n'avons pfts dissimulé que nous n'en connaissions qu*un seul exemple.
^ Nous n*avons pas trouvé d'exemples d'apostilles de chancellerie sur les bulles antérieures au ^)ontificat d'Innocent III, »t nous remarquerons qua les
Bulles originales certaines annotations formées de mots tronqués ou de simples lettres suivies de points, dont le sens et l'objet ne sont pas encore bien déterminés. Parfois elles semblent indiquer le nom de l'employé ou du fonctionnaire qui aurait été chargé de la rédaction ou de la transcription de la pièce. Quelquefois, on croit y voir l'indication du lieu où serait conservé un duplicata de la pièce. Ces annotations sont écrites soit sur le repli du parchemin, soit sous le pli, soit au dos de la pièce. C'est là l'origine des annotations ou Apostilles de Chancellerie. L'usage n'en était d ailleurs ni habituel ni général. Sur les quatre-vingt-onze petites bulles originales d'Innocent III que possèdent les Archives nationales, vingt-trois seulement portent ces apostilles ^ Aucune trace ne s'en trouve sur les six grandes Bulles du dépôt.
savants auteurs du Nouveau traité de Diplomatique font remonter l'introduction de Tadoption de cet usage à Tépoque même où Innocent III donna des règles et une organisation nouvelle à la Chancellerie apostolique. T.V. p. 284 et 301. Cf. t. II, p. 435 n.
^ Tout ce qui touche à Thistoire d'Innocent III et aux documents de son histoire ofifre un tel intérêt, qu'on nous permettra de donner ici la série des apostilles relevées sur les originaux des bulles de ce pape conservées aux Archives nationales, dans la série L. 236 à 238.