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DE LA DATE

§ I. ia date géographique .

Les éléments multiples qui figurent dans la date des documents apostoliques sont de deux natures, les uns géographiques, les autres chronologiques. Il y a peu à dire des premiers. Quand la pièce ne renferme qu'une date, le lieu désigné est celui dans lequel l'acte a été terminé et scellé. Quand la date est double, la mention géographique inscrite dans la première phrase est celle du lieu où la pièce a été scellée, et la désignation de la seconde, presque toujours la même que la précédente, est celle du lieu de la remise ou de l'expédition de la pièce aux intéressés.

Quant aux indications purement chronologiques données soit dans la date unique, soit dans la double date, il faudra des distinctions assez nombreuses pour faire connaître les usages suivis et les mentions inscrites, suivant les temps et suivant la nature des pièces. Si minutieuses que soient parfois ces explications, nous ne pouvons les supprimer, la date chronologique étant l'une des parties les plus importantes des documents apostoliques, comme de tous les documents diplomatiques, et celle qui se prête le plus peut-être au contrôle de leur authenticité.

Il est bien rare que les anciennes lettres des papes mentionnent le lieu où elles ont été écrites. Généralement l'indication géographique y manque. Le fait se prolonge, comme on peut s'en convaincre en parcourant les documents originaux, jusqu'au delà de la moitié du xie siècle. Mais alors de nouvelles habitudes s'introduisent dans la Chancellerie pontificale. Dès le pontificat de Grégoire VII, avant même le couronnement du pape (1073), les pièces portent généralement la mention du lieu où elles ont été expédiées. L'usage se maintient sous Urbain II, et enfin il devient une règle qui ne souffre plus peut-être d'exception à partir de Pascal II, au commencement du xii® siècle. Les Bénédictins attribuent cette utile innovation aux fréquents déplacements des

souverains pontifes dans ces temps ti'oublés, et aux voyages que leur imposèrent les luttes contre les empereurs et les antipapes, qui leur disputèrent souvent le séjour de Rome môme ^

Le lieu est écrit soit au génitif : Romœ, Lugduni, Aventonis^ Viferbii, Florentix (sous entendu in civitaté) ; Laterani (sous entendu in palatio); soit à Taccusatif : Neapolim, Tuscuium, ou Tusculanum^ Urbem Veterem, Beneventum^ en sous entendant apud; soit à Tablatif : Pisis, Roma^ Ceperano (in) ; quelquefois Lateranis, sous entendu in œdibus. La mention Laleranis, très fréquente sous Grégoire VII et Urbain II (1073-1099), devient rare sous Pascal II (1099-1118); plus rare encore sous ses successeurs (excepté sous Alexandre III), elle disparaît sous Clément III (1187-1191) h la fin du xii® siècle. A partir de ce pontificat les lettres apostoliques ne portent plus que le génitif Laterani, mot très souvent abrégé d'ailleurs dans les originaux.

Quand les pièces sont datées de la ville de Rome, Rome ou Roma, elles désignent généralement l'église dans les dépendances de laquelle le pape donna la lettre et la fit sceller : Apud S. Petrum^ In porticu B. Pétri, In basilica Sancti Pétri, Apud !S. Sabinam, Apud Sanctam Mariam Majorent,

On sait que dans les pièces du xv^ siècle, et dans les temps postérieurs, les mots Apud Sanctam Mariant Majorent indiquent que le pape habitait alors le Quirinal ; les mots Apud Sanctum Petrum impliquent la résidence du pape au Vatican.

% 11. La date chronologique.

Cinq principales mentions ont été employées séparément ou simultanément dans la Chancellerie romaine pour donner la date réelle ou chronologique aux documents officiels : 1° les noms des consuls Romains en charge ; 2° l'indiction ; 3^ les années du règne des empereurs d'Orient, puis des rois Francs et des empereurs d'Occident ; 4® les années de l'Ère chrétienne, et 5** les années du propre pontificat des papes.

^ Nowo, traité de Diplom., t. V, p. 212.

LES ÉLÉMEiyTS DE LA DIPLOMATIQUE PONTIFICALE. 33

1. Noms des consuls, — Années du post-consulat de Basilius. — Années du consulat et du post-consulat impérial.

Les premiers documents apostoliques qui aient des dates, ou du moins dont les dates aient été conservées, sont les décrétales de saint Sirlce, élu pape en 384. Cette date consiste dans le nom des consuls en exercice, avec le quantième du jour et du mois, d'après le système romain des calendes, nones et ides. Il est vraisemblable que les lettres des pontificats' antérieurs étaient datées de la même manière. La première des dix pi'écieuses lettres de saint Sirice, écrite à Himérius de Tarragone, se termine ainsi : Data tercio Idus Februarias. Accadio et Bautone, coss. ; ce qui répond au 10 février 385. On a remarqué que, dès le pontificat de saint Gélase (492-497), beaucoup de lettres apostoliques ne mentionnent plus qu'un seul consul, celui d'Occident. Il est possible que la Chancellerie romaine ne connût pas exactement le nom du consul d'Orient; mais l'absence du nom du dignitaire byzantin peut provenir aussi d'une intention formelle de ne pas le mentionner.

Au temps du pape Vigile (536-555), la formule du consulat subit une modification importante dans tous les documents publics, civils ou ecclésiastiques. Basilius, dernier consul nommé en 541, n'ayant pas été remplacé,on compta les années Apres le consulat de Basilius, ou du post-consulaf de Basilius . Ainsi, tandis qu'une décrétale de 538, antérieure à Basilius, porte cette date : Datum pridie Nonarum Martiarum, Flavio Johanne, consule, une autre lettre de Vigile de Tan 545 est ainsi donnée : Data XL calendas Junias, (anno) I V^ post consulatum Basiliiy viri clarissimi ; une autre de 546 est datée : quinquies post consulatum Basilti V. C.

En 550, le même pape Vigile se trouvant à Gonstantinople, l'empereur Justinien obtint de lui qu'on introduisît dans les lettres apostoliques la mention du règne impérial, sans sacrifier toutefois le post-consulat de Basilius. La date fut alors en cette forme : Datum IIL Cal. Maias, imper ii domini nostri Justiniani, perpetui, Augusti, anno XXIV. post consulatutn Basilii, viri clar. anno octavo.

On continua à mentionner ainsi le post-consulat de Basilius jusqu'à la 25e année de sa durée, c'est-à-dire jusqu'à l'an 566,

34 LES ÉLËMSr^TS DE LA DiPLOlfATIQUE PONTIFICALE.

temps auquel vivaient le pape Jean III et Tempereur Justin II, neveu de Justinien. A celte époque, Justin II ayant réuni la dignité consulaire,vacante depuis Tan 542, à la dignité impériale, l'usage s'établit de dater en môme temps et des années de l'empire et des années du consulat impérial, ou des années après le consulat impérial. Une bulle de 601 est délivrée de cette manière : Imperante ^ Domino Mauricio Tiberio, anno nonodecimo post consulatus ejusdem, anno octavo decimo. La date du postconsulat ne commençait, comme on le voit, qu'un an après celle de l'empire. Vers le milieu du vip siècle, sous le règne de Constantin Pogonat, et sous le pontificat de Vitalien (657-672), on fit partir de la môme époque les années de l'empire et celles du post-consulat impérial.

La Chancellerie apostolique cessa naturellement d'indiquer le post -consulat dans ses pièces, à la môme époque où elle ne marqua plus les années des empereurs d'Orient, c'est-à-dire vers la fin du viiie siècle. Après la restauration de l'empire d'Occident en 800, on marqua assez souvent le post-consulat impérial, après l'année de l'empire ; mais cet usage cessa dès le ixe siècle, sous le pape Etienne V *.

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