Indiction
L'Indiction paraît pour la première fois dans une décrétale de saint Félix, de l'an 490. On Ta inscrite surabondamment à la suite du nom des Consuls, qui donne la vraie date de la lettre. On la retrouve encore dans quelques lettres de Symmaque, mort en 514, de Pelage II, mort en 590, et sous Grégoire le Grand, mort en 604, à la suite des années du règne des Empereurs. Ce sont encore de biens rares exceptions
Aux VII® et viiie siècles, la mention fut un peu plus fréquente. Dès le IX siècle, elle est constante dans les bulles concernaat les biens des Eglises et des Monastères, qui tendent k devenir ce que l'on a nommé les Grandes Bulles ou lès Privilèges. Elle ne manque jamais dans ces documents, dès qu'ils reçoivent leur
^ Ce mot, écrit souvent en abrégé, doit se lire imperii quand le nom de l'empereur est au génitif.
« Nouv, traité, t. V, p. 192.
forme définitive, à la fin du xi® siècle. Au xii« siècle, on l'employa quelque temps dans la date des Petites Bulles, mais elle y fut remplacée dès le pontificat de Clément Ilï, en 4188, par Tannée du pontificat, et ne persista que dans les Grandes Bulles.
Quant au calcul de Tlndiction, il est certain que les chanceliers romains l'ont commencée au 1®' septembre, comme les Byzantins, plus souvent qu'à toute autre époque, jusqu'au xiii® siècle. Il faut cependant reconnaître que dès un temps assez reculé, déjà au ix® siècle, et même dès le temps de Léon II, c'està-dire dès le vue siècle S ils en ont souvent reculé le commencement au 24 septembre. Aux x® et xi® siècles, s'introduisit Tusage de faire coïncider le point de départ de Tindiction soit avec le 1®' janvier *, soit avec la Noël, époque si souvent prise pour le commencement de Tannée même. Rien d'ailleurs n'était fixe à cet égard, et il est constaté que, sous Léon IX comme sous Pascal II, comme sous Célestin II, Lucius III, Innocent III et Grégoire IX, les notaires apostoliques ont plus souvent employé Tindiction grecque du i^ septembre que Tindiction dite romaine du l©' janvier ou du 25 décembre ^. Sous Innocent IV ils en ont reporté le commencement au 25 mars, afin de calculer Tindiction et Tannée à partir de la même époque *.
Ces irrégularités, sans grandes conséquences heureusement, tiennent à ce que Tindiction n'ayant jamais été dans la Chancellerie romaine qu'une notation accessoire, excepté sous le court pontificat de Grégoire VIII, les notaires apostoliques n'y ont jamais donné une grande attention. Non seulement iis ont beaucoup varié sur le point de départ, mais ils se sont souvent trompé dans leurs calculs. On en a des preuves pour le pontificat même d'Innocent III, époque à laquelle la Chancellerie avait reçu une parfaite organisation et où des hommes éminents présidaient à la rédaction des actes. Durant les années 1204 à 1208, les clercs de la Chancellerie ont calculé Tindiction de cinq manières différentes, et ils ont été constamment dans Terreur, durant la dixième année du pontificat d'Innocent, qui répond à
1 Nouv. traité, t. V, p. 134.
a Ncmo. traité, t. V, p. 188, n. 10 ; p. 190 ; 195, n. 3 ; 198, n. 6 ; 213, 276, 277.
3 Nouv. traité, t. V, p. 223, 259, 268, 288, 291.
4 Nouv. traité, t. V, p. 291-292.
l'année 1207, en comptant l'indiction neuf, tandis qu'en réalité, cette année coïncide presque en entier avec la 10' indiction.
3. Années des empereurs (T Orient^ des rois Francs et des empereurs d^ Occident,
1. Aimées des empereurs d^Orient. — On doit admettre que l'année du règne des empereurs grecs fut marquée habituellement dans les décrétales, et même dans les simples lettres apostoliques, depuis le règne de Justinien mais pas avant ^ L'adoption de l'usage peut être attribuée et fixée au séjour du pape Vigile à Constantinople en 550. 11 n'est pas possible d'en marquer l'abandon d'une manière aussi précise.
L'usage dura jusqu'au temps où les papes, se détachant des empereurs d'Orient, recherchèrent l'appui des rois Francs pour défendre leur indépendance et leurs biens contre les Lombards d'une part, et contre les Grecs de Ravenne de Tautre. Le P. Pagi * fixe à l'année 754, et au voyage d'Etienne II en France, pour sacrer Pépin le Bref, la première manifestation publique de cette politique, dont les efl'ets se firent sentir jusque dans les pratiques de la Chancellerie. Il ne faut pas cependant tirer une règle trop absolue de l'observation du savant critique. Si depuis le sacre de Pépin, la Chancellerie romaine date souvent les actes apostoliques des années du règne des rois Francs et néglige la date byzantine, il est certain qu'elle a mentionné encore assez souvent, et pendant plus de vingt ans, les années des empereurs d'Orient, par un reste d'habitude ou de déférence.
Ainsi, une bulle du pape Etienne II lui-même, concernant Tabbaye de Saint-Denis et répondant à l'an 757 de J.-C, porte pour première date Tannée du règne de l'empereur Constantin Copronyme ». Une Bulle de Paul pf du 5 février 759, relative à une église de Ravenne, est datée de la 40« année du règne du môme empereur ^ Une autre bulle de Paul I^^, au sujet de la fondation du monastère de Saint-Étienne et Saint-Sylvestre à Rome, du 3 juiji 761, est donnée la 41® année du règne de
1 Cf. Nouv. traité, t. V, p. 117.
2 Notes à Baronius ; et Nouv. traité de DipL, t. V, p. 163.
3 Arch. Nat., L. 253, n. 281bis. Vidimus de 1260. ^Migne, Patrologie Latine, t. LXXXIX, col. 1196.
Constantin Gopronyme ^ Mais, le pape ayant transféré en ce monastère, le 17 juillet suivant, le corps de son prédécesseur Etienne II, il fit mentionner cette translation au bas de la pièce par Tapostille suivante : « Le 19 juillet, sous le règne de Tem- « pereur Constantin, et le règne de Texcellentissime Pépin, roi n des Francs, défenseur de Rome, Dçfensoris Romani, d Ce titre, comme celui de Patrice donné aussi à Pépin, désignait bien le protecteur des droits et des possessions de Tévêque de Rome*. Ils témoignent l'un et l'autre que les empereurs grecs n'avaient plus dès lors, en fait, aucune autorité sur la ville de Rome.
Nous trouvons enfin une bulle concernant l'abbaye de Farfa, du 20 février 772, premier mois du pontificat d'Adrien l^^, dans laquelle se voit encore la mention de Tannée grecque 33® du règne de Constantin Copronyme. Suivant M. Jaffé, cette pièce est le dernier document apostolique dans lequel les années des empereurs grecs aient été inscrites. Peut être trouverait-on encore la date byzantine en 773 ; mais il est impossible de croire que la Chancellerie l'ait conservée à partir de 774, après que Charlemagne, venu à Rome en vrai protecteur du Saint-Siège, eut donné au pape l'exarchat de Ravenne et les provinces de la Pentapole. A plus forte raison, doit-on considérer comme inadmissible qu'une date du Bas Empire puisse figurer dans les documents pontificaux à partir de 781, année dans laquelle Adrien P' couronna le jeune fils de Charlemagne roi d'Italie et changea les règles de sa Chancellerie, en prenant pour base de la chronologie les années de son propre pontificat ; système que son successeur remplaça bientôt par les années de l'empire d'Occident, restauré en Tannée 800.
Après le voyage d'Etienne II en France, qui eut lieu en 754, et jusqu'aux années 772, 774, tout au plus jusqu'en 781, beaucoup de lettres apostoliques ont pu n'avoir qu*une date imparfaite, consistant seulement dans la mention du lieu et du jour, avec l'addition accidentelle de Findiction. Peut-être aussi plusieurs pièces n'eurent-elles, dans l'intervalle qu'une de ces dates
1 Migne, t. LXXXIX, col. 1196.
^ Grégorovius, Hist, de Rome au moyen âge, éd. ital., t. II, p. 315, 316.
vagues et pieuses, qui ne pouvaient blesser aucun prince, comme la date Régnante Trinitate, inscrite dans les actes du Concile de Rome de Tan 769, et la date Régnante Domino Deo Salvatore Jesu Christo, qui se trouve dans une bulle de 786 ^
2, — Années des rois Francs et des empereurs d* Occident, Nous avons dit * que, depuis le voyage d*Étienne II en France et le sacre de Pépin le Bref à Saint-Denis en 754, la Chancellerie romaine avait daté plusieurs fois les actes des années des rois francs, défenseurs et bienfaiteurs du Saint-Siège. L'emploi de cette date put être plus fréquent à partir de l'an 772, et surtout après le voyage de Charlemagne à Rome, en 774. Il cessa en 781 , quand Adrien I**' le remplaça par la date de son propre pontificat, mais la substitution ne persista pas. Dès que Léon III eut consacré le rétablissement de l'empire d'Occident en couronnant Charlemagne,, la Chancellerie apostolique adopta comme base de sa chronologie les années impériales seules.
Le nouveau système fut bientôt altéré, pour être peu à peu abandonné. Dès la seconde moitié du ix® siècle, plusieurs papes commencèrent à ajouter les années de leur pontificat à celles de l'empereur ; quelques-uns même supprimèrent les années impériales. Les interrègnes qui suivirent la mort de Charles le Chauve ..habituèrent à la suppression de la date impériale et à la mention de la date pontificale seule ^. Les vacances furent assez fréquentes et Tune fort longue, la première de 877 à 881, la seconde de 905 à 916 ; la troisième dura de 924 à 962. Il est à remarquer qu'en 938, par une exception flatteuse mais unique, Léon VII ajouta à l'année de son pontificat celle du règne de Louis d'Outremer *.
Le couronnement d'Othon I^' par Jean XII, l'an 962, qui transféra l'empire d'Occident des princes Français aux princes d'Allemagne, rétablit imparfaitement, et pour quelque temps seulement, l'emploi de la date impériale, sans exclure la date pontificale, qui avait pris en quelque sorte racine dans laChancelle-
i D. Bouquet, t. V, p. 596 ; Nom, traite, t. V, p. 163.
2 Ci-dessus. § 3, et Cf. Nouv, traité de Diplom,, t. V, p. 159, 196, 197.
^ « L'interrègne, disent les Bénédictins, donna un farieux échec à la date des empereurs et contribua beaucoup à mettre de plus en plus en faveur celle du pontificat des papes » (t. V, p. 194).
* Nouv, traité, t. V, p. 197.
rie romaine ^ Les notaires apostoliques d'ailleurs semblaient subir plutôt que rechercher la nécessité de mentionner les années de l'empire. Ils plaçaient toujours au premier l'ang la date pontificale avant * celle des empereurs; et plusieurs fois, sous les successeurs de Jean XIII, ils remplacèrent cette dernière par Tannée de l'Incarnation^, ou la supprimèrent purement et simplement *.
Les Bénédictins ont constaté que la mention des années impériales dans les documents apostoliques cessa entièrement sous le pontificat de Benoît IX, et peu après Tannée 1038 '^. Clément II et saint Léon IX conservèrent Tusage qu'ils avaient trouvé établi. Ils datèrent leurs bulles des années de leur pontificat, en ajoutant, dans certains documents. Tannée de Tincarnation et jamais celle de Tempire. Rien ne fut changé dans la suite à cet égard.
Une exception unique doit être remarquée en Tannée 1414, pendant laquelle Tempereur Henri V étant venu à Rome, où le Pape Pascal II fut à peu près captif, il exigea que la chancellerie ecclésiastique marquât dans les Bulles Tannée de Tempire en môme temps que celle du pontificat.
Après Tannée 4114, le pontife, rendu à la liberté, reprit la règle antérieure et ne fit plus mention dans ses actes du règne des empereurs. La question des investitures n'était pas de nature à porter le Saint-Siège à la condescendance à cet égard.