‹ Les éléments de la diplomatique pontificaleChapitre 4 sur 17 · GRANDES BULLES OU BULLES SOLENNELLES · texte numérisé non relu

GRANDES BULLES OU BULLES SOLENNELLES

Ce serait une erreur de croire que les documents désignés sous le nom de Grandes Bulles ont été ainsi nommés parce qu'ils ont trait à des questions d'ordre supérieur concernant la foi ou la discipline générale de l'Église. Dans les temps modernes, au xvie siècle par exemple et pas avant, on a bien employé quelquefois le cadre et le cérémonial des Grandes Bulles pour des matières d'intérêt général telles que la convocation et la confirmation des conciles généraux. Rien de semblable, au moyen âge, du viii^au xve siècle.

Les Bénédictins ont donné le nom de Grandes Bulles à une certaine catégorie d'anciennes constitutions apostoliques, parce que ces bulles ont été expédiées avec les formules et les procédés les plus solennels de la chancellerie romaine, bien qu'au fond, elles ne concernent que des intérêts spéciaux et particuliers. Les Grandes Bulles ont été en effet employées pour établir, défendre et confirmer le patrimoine des établissements ecclésiastiques, c'est-à-dire de toutes les corporations pieuses dont le pape est le

1 Mémoire déjà cité. Les bulles sur papyrus de Vabbaye de Saint-Bénigne de Dijon, dans les Mél. depaléogr,, p. 37.

chef et le protecteur suprême, telles que les églises, les abbayes, les couvents, les chapitres et les ordres religieux ou militaires. Et l'on comprend que les papes aient tenu à user en ces matières des formes et des formalités les plus imposantes de leur chancellerie,parce que, en dehors des questions de foi, il n'y en a pas de plus importante que la question des propriétés ecclésiastiques.

Une grande Bulle peut n'avoir qu*un objet très restreint et ne concerner qu'une partie ou un incident des droits ou des biens d'un établissement religieux. Elle n'en est pas moins revêtue, comme les autres, des formes solennelles. D'autres au contraire, ce sont les plus fréquentes, embrassent, énumèrent et confirment la totalité des possessions et des droits des églises et des monastères, avec leurs immunités, leurs privilèges et leur juridiction. Les Bénédictins appellent les Bulles de cette sorte, qui sont les plus nombreuses : Bulles -pancartes , Pancartes^apostoliques ^ Bulles-privilèffes, Bullesconsistoriales et Bulles solennelles ^ Les plus anciennes qu'ils aient connues sont du ix® siècle et du pontificat de Grçgoire IV, élu en 827 ^. Elles deviennent très fréquentes au XI® siècle ; elles abondent au xii«. Il n'y a peut-être pas d'archives ecclésiastiques en Europe qui n'en renferment quelquesunes de cette époque. Gomme les Diplômes-Pancartes, émanés des princes, les Pancartes apostoliques pouvaient remplacer pour les établissements qui les obtenaient les titres originaux égarés ou détruits par les guerres et les invasions.

Si les papes ont accordé dès le vi® siècle à des monastères le privilège d'Exemption, qui les plaçait sous la juridiction directe du Saint-Siège, en les exemptant de celle de l'évêque diocésain, leur ordinaire, l'instrument concédant le privilège n'a pu être qu'un rescrit ou une lettre ordinaire "^ et non une grande bulle,

^ « C'est des Bulles Pancartes, disent les Bénédictins an xie siècle, que « nous entendons parler d'ici à deux cent cinquante ans, sous le nom de Pri- « vilèges, Bulles consistoriales et Bulles solennelles. » Nouv, traité^ t. V, p. 210. Cf. pp. 273-274, 282-283, 285, 291. (Descript. a'une bulle consistoriale d'Innocent IV), 297, 299.

2 Nouv. traité, t. V, p. 182, 210.

3 La belle pièce sur papyrus de 566, dans laquelle les Bénédictins aimaient à voir une exemption apostolique accordée à saint Germain êtes Prés. {Nouv. traité, t. Ill, p. 657 ; t. V, p. 108-lOP), n'est en réalité que la charte par laquelle saint Germain, évêque de Paris, émancipe ce monastère (nommé encore Sainte-Croix et Saint- Vincent) de sa propre autorité épiscopale. M. Quicherat amis ces faits hors de contestation possible. Critique des plus anciennes chartes de saint Germain des Prés. Bibl. de VEc, des chartes^ 6e s., t. I, p. 547»

car la forme de ce qui fut véritablement une grande bulle n'était encore usitée ni au vie ni au vue siècle.

Les vrais Exemptions ou Immunités ecclésiastiques^ constatées par des grandes bulles, ne sont guère antérieures au x« siècle. Dans le contexte l'acte est appelée Privilegium.^ Decretum, Constitution Pagina constitutionis nostrx.

Les Bulles consistoriales ne sont pas une espèce particulière de Grandes Bulles. Les Bénédictins ont donné spécialement ce nom aux Exemptions parce que les Bulles de cet^e nature, qui leur étaient particulièrement chères, sont généralement souscrites en consistoire par les cardinaux des trois ordres. A ce titre, toute grande Bulle revêtue des signatures cardinalices pourrait aussi bien être appelée Bulle consistoriale.

La belle époque des grandes Bulles est le xi® et le xii^ siècles. Non seulement elles sont alors très nombreuses, mais c'est le temps où les règles de la chancellerie sont le mieux observées pour leur expédition et aussi dans leur rédaction intérieure, conformément à ce rythme prosaïque dont M. Valois a si heureusement retrouvé et exposé les principes. Déjà rares au commencement du xiii® siècle, les grandes Bulles le sont plus encore au milieu du siècle ^ ; elles cessèrent presque entièrement d'être usitées lors de la translation du Saint-Siège à Avignon, en 1309. Quelques papes du xvi« siècle en reprirent la forme et en étendirent l'usage hors des limites anciennes *, ce qui en dénatura le vrai caractère. Tout en les employant principalement dans les questions concernant les droits et les biens des églises et des abbayes, ils s'en servirent quelquefois pour des sujets d'intérêt général. Jules II, comme nous l'avons dit, a convoqué le concile de Trente par une grande Bulle du 26 janvier 1564 ^. Du IX© au xi« siècle les mêmes notifications eussent été promulguées par une simple encyclique, sous forme de petite Bulle.

Voyons donc maintenant quelles ont été les formalités et les formules propres à l'expédition des Grandes Bulles,durant cette longue période du moyen âge qui a précédé la création des Brefs. Remarquons d'abord que ces pièces ont été scellées en plomb d'un sceau pareil à celui des petites Bulles, sans qu'on ait,

» Nouv, traité, t. V, p. 295.

*Nouv. traité, t. V, pp. 301, 302, 305 ; Cf. Bull. Rom,, t. III, 2« part., p. 109, etc.

» Bull. Rom., t. III, 3e part., p. 325 ; t. IV, 2e part., p. 169.

parait-il, donné aucune signification à la différence des lacs. Au contraire, dans le scellage des petites Bulles, on diflférenciait les attaches de soie ou de chanvre suivant la nature intime de Tacte. Les circonstances vraiment caractéristiques des grandes Bulles peuvent se reconnaître en six ou sept endroits du document.

1 . La suscription, formée du nom du pape avec la formule : Episcopus servus servorum Dei^y est suivie d'une clause de perpétuité, exprimée par les mots : In Perpetuum^ généralement abrégés In P. P. M. y ou par une formule équivalente : Adperpetuam rei memoriam^ ou Ad xlernam,Ad futuram rei memoriam; tandis que dans les petites bulles la suscription se termine par une salutation : Saluteni et apostoiicam benedictionem, Comme exception, la salutation se trouve quelquefois aussi dans les grandes Bulles, surtout quand la pièce concerne un privilège ou un fait particulier. Quelquefois, au xi«siècle,et très rarement à d'autres époques, la suscription est précédée d'une invocation en toutes lettres S ou d'un chrisme grec, qui est une invocation monogrammatique du nom du Christ *, et terminée par le mot Amen,

2. Dès le second quart du xii® siècle, les grandes Bulles sont toujours souscrites par le pape et par un certain nombre de cardinaux des trois ordres, évêques, prêtres et diacres. La souscription du pape n'est presque jamais précédée d'une croix, tandis que la souscription des cardinaux commence presque toujours par ce signe. Au xv siècle, les grandes Bulles étaient souvent souscrites par le pape seul. Aux deux siècles antérieurs, X" et ixe, quand la grande bulle est dressée dans un concile, elle est souvent signée par des évêques non cardinaux, et Tusage ne cesse pas, mais est moins fréquent, au xi® siècle.

3. A gauche des signatures, se trouve la Ro£a^ ou Roue, cercles concentriques dont la zone intermédiaire renferme la devise ou Siffne du pape, qui est généralement une pensée empruntée aux Livres Saints. La devise est presque toujours précédée d'une croix, surtout quand la croix manque à la souscription pontp-

^ Telle est Tinvocation d'une grande bulle de* Jean VIII de Tan 1005-1006, • eonservôe aux Archives nationales (L. 218) dans laquelle on remarque d*ailleurs le titre de pape au lieu de serviteur des serviteurs de Dieu : In nO' mine sancte et individue Trinitatis. Johannes, gratta Dei, universalis (et) sanctissime sedis sancti Petripapa. Jean XIX prit également le titre exceptionnel de Papa.

* Le chrisme précède une grande bulle de Léon IX du 30 avril 1050.

cale. En examinant les originaux, on voit que le pape a dû souvent tracer lui-même la petite croix, précédant cette devise qu'on appelait le Signum Papx. Une grande croix divise le cercle de la Rota en quatre secteurs égaux, où sont écrits plus ou moins en abrégé les noms des apôtres : Sancfus Petrus, Sanctus Paulus.

4. A droite, en face de la Roue, est tracé en larges dimensions le monogramme du Benevalele,qu\ n'est plus à cette époque la signature ou Tauthentication papale,mais seulement une salutation.

5. Tandis que les Petites Bulles sont très sommairement datées, la date des grandes renferme des notions si nombreuses et d'une telle importance pour l'étude diplomatique, qu'il est indispensable d'en faire connaître le détail chronologique avec précision. Nous allons y revenir.

6. Les formules imprécatives et prohibitives connues dans le droit canon par les premiers mots de la phrase : Decernimus ergo. Si qufi igitur, de même que la formule rémunératrice Cunctis autem, entrent dans la rédaction habituelle des grandes Bulles. Elles ne sont, avec des expressions différentes, que dans une certaine catégorie des petites.

7. Dès le xie siècle enfin, il fut expressément recommandé de terminer le contexte des grandes Bulles par le mot Amen^ que l'on répétait deux et trois fois, s'il était nécessaire, de manière à ne laisser aucun blancdansla dernière ligne qui précédait la date.

La date, disions-nous, demande une attention particulière. On y inscrit le lieu oij la pièce a été dressée, les noms des dignitaires qui l'ont écrite et délivrée, le quantième du mois, d'après le calendrier romain, l'indiction, l'année de l'incarnation et l'année pontificale du pape. Nous ne parlerons ici que des deux circonstances spéciales aux grandes Bulles, c'est-à-dire de la date géographique et de la mention des fonctionnaires chargés de rédiger et de délivrer les Bulles.

L'usage de séparer la date en deux phrases que régissaient les mots Scriptum et Data^ adopté en 781 par Adrien 1®% fut conservé, non sans quelques exceptions, par ses successeurs, jusqu'à la fin du pontificat de Galixte II, en 1124, époque à laquelle le Scriptum fut supprimé. On en trouve, donc les traces dans la diplomatique pontificale durant près de trois siècles et demi. C'est dire l'attention qu'il faut y donner *.

* Avant que la salutation ou souscription finale fût exprimée en monogramme, on écrivait le Benevalete soit entre les deux dates, soit à la fin.

Du Scriptvm,

Sous le Scriptum, la chancellerie marquait le lieu et l'époque où le document avait été écrit ; le Data précisait le lieu et le jour fixe où il avait été effectivement délivré. Il y avait quelquefois une différence entre la date du Scrtp^wm et la date du Data. En voici quelques exemples. Une Bulle d'Élienne IX, de 1057 à 1059, fut écrite le 19 novembre et délivrée seulement le 22 K Un Privilège de Benoît VIII, en 1017, fut écrit au mois de juin et donné le 24 décembre, après un intervalle de six mois *. Le lieu de la résidence pontificale pouvait donc ne pas être le même à l'une et à l'autre époque. Et l'on connaît en effet une bulle d'Urbain II de l'an 10Ô6 écrite à Nîmes Je 9 juillet: Actum in concilio apud Nemausum^ et délivrée seulement le 15, à Saint-Gilles, Datum apud Vallem Plavianam^ in monasterio sancti Egidii '.

Des mentions très différentes par leur objet et leur intérêt étaient d'ailleurs placées sous chacun des deux chefs de la date. Après avoir nommé, comme nous l'avons dit, dans le Scriptum le lieu où l'acte avait été écrit, on y indiquait généralement le mois, en marquant rarement le quantième même du mois ; assez souvent on donnait aussi Tindiction ; et jamais on ne manquait d'y inscrire le nom et la qualité d'un premier fonctionnaire dont le rôle et les attributions ne sont pas bien connus, au grand regret des diplomatistes.

Dans les plus anciennes Bulles des vin® et ixe siècles, ce fonctionnaire porte les titres suivants : Notaire, notarius^ ou scriniarius qui veut dire archiviste ; ou les deux titres réunis : Notaire et archiviste yOn primicier des Notaires; Notaire et archiviste de la Sainte Eglise Romaine ; Archiviste du Saint Siège ; Archiviste secondicier de la Sainte Eglise Romaine,

Au X® siècle, on trouve les mêmes appellations avec un nou veau titre : Protoscriniaire de la S. E, R. on du Sacré Palais Apostolique, expression byzantine qui témoigne, avec d'autres

* Ughelli, Ital, sacra, t. l, p. 465, cité dans le Noue, traité, t. V, p. 230.

* Mabillon, Annal, Bened., t. IV, 254 ; Nom. traité, t. V, p. 217.

» Nom. traité, t. V, p. 246 ; Florès, Espagna Sagrada, t. XXVI, p. 464 ; Migne, Patrol. lot., t. 15i, p. 471.

preuves, de la présence de beaucoup de clercs d'origine grecque dans les fonctions romaines.

Au XI® siècle, le Scriptor est souvent qualifié Abbé et Chancelier du Palais de LatraUy Sous-chancelier du seigneur Pape, avec le titre grec d''Ypœancellarius domini Papœ, On trouve pour la première fois le titre de Camérier sous le pontificat d'Etienne IX, 1057-1058.

A la fin du xi® siècle et au commencement du xii^, les titres employés sont : Archiviste et notaire du sacré palais de Latran ; Notaire du sacré palais, et plus souvent, Notaire régionnaire et Archiviste de notre sacré palais ; ou des faisant fonctions du chancelier : Vicem agens cancellarii sacri palatii. Les Notaires légionnaires sont avec les faisant fonctions, les derniers^ fonctionnaires mentionnés dans le Scriptum, partie de la formule chronologique qui fut abandonnée, on se le rappelle, en 1124.

Nous voudrions pouvoir dire en quoi consistaient les attributions et le rôle de ces Notaires Régionnaires,les plus connus des Scriptores, parce qu'ils ont participé le plus longtemps à la confection des Bulles, et parce qu'ils appartiennent à Tépoque où les grandes Bulles ont été le plus fréquentes. Subdivisé quelquefois en trois titres différents : Notaire, Archiviste et Régionnaire, leur titre apparaît dès le ix® siècle sous Jean VIH ; il devient fréquent au xe siècle, et se trouve presque constamment dans les Bulles du xie et du xiie siècle jusqu'en 1124.

Malheureusement nous ne savons pas d'une manière bien exacte la nature de l'emploi et des charges qu'il indiquait. Probablement les Notaires régionnaires, nom le plus habituel, n'étaient pas de simples et modestes grossoyeurs. Le titre de Notaire autorise à penser qu'ils prenaient part à la rédaction même de la minute originale, et qu'ils faisaient ensuite mettre au net leur rédaction par les copistes qu'on appela au xuv siècle Grossa tares. Les mots Scriptum per manum, ou per manuSy indiqueraient donc un rédacteur, responsable et garant de la transcription, soit qu'il eût eu le ilroit de l'exécuter lui-môme, soit qu'il en "^eût surveillé la confection. Les notaires étaient d'ailleurs des gens instruits et choisis ; beaucoup de cardinaux et de grands chanceliers ont débuté par ces premières fonctions, et ont dû même commencer par être de simples copistes, pour se former,en les transcrivant,à la connaissance des pièces, qu'ils devaient être appelés à rédiger plus tard eux-mêmes. C'est la

voie de l'apprentissage et de l'avancement dans beaucoup de chancelleries et de ministères.

Du Data ou Datum,

Le Data, forme plus ancienne que Datum, renferme des notions chronologiques et diplomatiques plus nombreuses et plus précises que le Scriptum. Ces notions ont varié de nombre et de nature suivant les siècles. On peut dire cependant d'une manière générale qu'elles donnent presque toujours le quantième exact du jour du mois (d'après le système romain), Tindiction, l'année du règne des empereurs, l'année du pontificat, l'année de l'ère chrétienne, et le nom du Dataire,

Ce nouveau fonctionnaire, tout l'indique, était d'un rang plus élevé encore que le fonctionnaire du Scriptum. Il avait mission de délivrer l'acte aux parties après avoir veillé à toutes les opérations de la souscription et de l'authentication par l'apposition du sceau, ce que marque bien le mot Sigillata, mis quelquefois, mais très rarement, à la place de Data,

Les titres du dataire indiquent toujours un personnage considérable. C'était un des hauts officiers du palais pontifical, un prélat, et dès le xi" siècle presque toujours un cardinal. Il faut suivre et conserver avec soin la série de ces titres. C'est un des instruments les plus utiles de la critique diplomatique.

Dans les Bulles des viii® et ix*» siècles, le Dataire est qualifié : Primicier du Saint-Siège Apostolique, quelquefois Sancta^ et summx Sedis Apostoticx; Seigneur et Conseiller (senior et consiliarius) du S . S . A . ; Nomenclateur du S. S, A.; Secondicier ; Évêque et bibliothécaire du S. S. A, ; Nomenclateur et Apocrisiaire ; premier Archiviste {Primiscrinarius) ; évêque (cardinal) de Porto y évêque dAnagni et bibliothécaire ; Trésorier du S, S. -4. ; ce qui se disait Sacellarius ou Arcarius ; évêque de Népi et trésorier du S. S, A, Dès le ix^ siècle,paraît le titre de Bibliotfié" Caire du <S. S. AT, titre que prend dans diverses bulles d'Adrien III (867-872) le célèbre Anastase le Bibliothécaire, auteur d'une Vie des Papes conduite jusqu'à Nicolas I®^ prédécesseur d'Adrien II.

Au xe siècle, on trouve les titres de Sacellaire du S, S. A.; Primicier, ou Primicier des Défenseurs du S. S, A .; Secondi^ cier, Bibliothécaire du S. «S. A., presque toujours un évoque^ et

dès la fin du siècle l'archevêque de Cologne, Trésorier (Arca^ rius) et Nomenckiteur du S. S. A, On signale dans une Bulle de 907 le titre, un peu prématuré, & Archichancelier du S. S.A.

Au xi« siècle, les titres les plus fréquents sont fliA/ioMecoire du S. S, A,; Primicier du S. S. A. On trouve aussi un cardinaldiacre qualifié: Prosignator domini Papœ. Le titre de Bibliothécaire est pris par les évoques d'Ostie et de Palestrina, tous cardinaux, et par celui de Tivoli, qui ne Tétait pas.

Enfin, sous saint Léon IX, apparaît le titre de Chancelier, réuni souvent à celui de Bibliothécaire de la Sainte Église Romaine et porté, comme précédemment, par l'un des cardinaux suburbicaires, ou plusieurs de ces cardinaux, car il est certain qu'il y a eu quelquefois plusieurs prélats simultanément qualifiés chanceliers *. Lorsque le dataire est absent ou empêché, il est suppléé par des faisant fonctions, que l'on voit pour la première fois qualifiés Vice chanceliers sous Urbain II, vers 1090*.

Après Galixte II et la suppression du Scriptu?n, on réunit les indications chronologiques, avec la mention du dignitaire expéditeur ou dataire, sous le Data ou le Datum, mot très souvent abrégé ainsi : Dat ^.

' Nouv. traité, t. V, p. 277, 244.

* En la personne d'Hotesculicus et de Lanfranc (iVowt?. traité, t. V, p.244, Jaffé p.529). Les Bénédictins {Nouv. traité, t.V, pp. 219, 225) pensent que le titre d' Archichancelier de la S. E. H. fut réservé à l'archevêque de Cologne, usqu'au décès de saint Annon. mort en 1075 ; ils croient que la cour romaine n'a donné cette qualification à aucun de ses successeurs. On en trouve cependant trace encore dans une grande bulle de 1125, concernant une abbaye d'Allemagne, donnée par Aymeri, cardinal-diacre et bibliothécaire : vicedomini Friderici, archicanC'tllarii et Coloniensis archiepiscopi , (Jaflfé, p. 550). Il faudrait voir si ces derniers mots sont bien à l'original même de la bulle, et s'ils n'ont pas été intercalés dans quelque transcription postérieure de la pièce. Partout ailleurs, Aymeri se qualifie en effet simplement cardinal-diacre chancelier.

3 Une discussion s'est élevée à ce sujet entre Mgr Myino Marini, ancien archiviste du Vatican, qui pense qu*en général ce mot ainsi tronqué dans les Bulles doit se lire Datum, et M. Pertz, qui préfère lire Data, De nom breux exemples sont cités par les deux savants à l'appui de leurs opinions respectives. Mgr Marini invoque en outre l'usage actuel de la cour de Rome qui expédie toutes les lettres apostoliques sous la formule Datum. Cette question semble ne pouvoir être résolue définitivement, si elle peut rêtre, que par l'examen d'un nombre considérable de bulles originales, car les textes imprimés ou les copies manuscrites doivent en être écartés ; et peut-être l'opinion des Bénédictins reste-t-elle encore la meilleure en conci-

Ce régime a duré de 1124 à 1213,époque à laquelle Innocent III supprima le titre de chancelier, après avoir cherché comme ses prédécesseurs à en amoindrir la charge. On a remarqué en effet que durant ce long intervalle, surtout à partir de Gélestin II, en 1143, les bulles furent plus souvent données par des faisant fonctions, tous cardinaux, mais simples notaires ou rédacteurs ^ (scriptores) plutôt que par le chancelier lui-môme. Les papes avaient eu quelquefois à se plaindre des prétentions de ce dignitaire.

S'autorisant des privilèges de leurs fonctions,quelques chanceliers s'étaient permis de résister aux ordres mêmes du souverain pontife : certabat de pari cum papa, a-t-on dit de l'un d'eux *. Afin de débarrasser son administration de ces entraves. Innocent III profita de la mort du cardinal Jean de Sainte-Marie en Cosmedin, décédé au mois de juin 1213, pour abolir le titre de chancelier, en répartissant les attributions de son emploi entre plusieurs dignitaires qualifiés de vice-chanceliers, notaires ou chapelains du palais apostolique.

Depuis la suppression du titre de chancelier, les grandes bulles, qui commençaient à être moins employées, pour devenir très rares à la tin du siècle, ne mentionnèrent plus comme officier expéditeur qu'un' notaire ou un chapelain, et plus souvent le vice-chancelier, ou l'un des vice-chanceliers. Il y eut en effet à certaines époques plusieurs dignitaires qualifiés vice-chanceliers, comme il y avait eu quelquefois plusieurs chanceliers simultanément en charge.

Le dernier vice-chancelier dont les Bénédictins aient trouvé l'intervention dans les documents diplomatiques est l'évêque Pierre, qui délivra une grande bulle pour l'abbaye de Jumiège sous le pontificat de Clément VI, 1342-1352^. Les rares bulles solennelles des xve et xvie siècles ne mentionnent plus de vicechancelier et sont expédiées par des cardinaux dataires ou pro dataires, bien que le titre de vice-chancelier ait été conservé jusqu'à nos jours. Le chef suprême delà chancellerie aposto-

liant les deux autres. Suivant les auteurs du Nouveau traité de diplomatique^ le root hâta prévalut dans les Bulles jusqu'au xi« siècle. Dès le pontificat d'Urbain II (1088-1089) c'est plutôt Batum que les clers de la chancellerie écrivaient, quand ils n'abrégeaient pas le mot.

* En 11P4, on voit une bulle donnée par le Camérier.

*Nout>. traité, t. V, p. 193, n.; Cf. p. 282, 333.

3 Nouv, traité, t. V, p. 305.

lique ne porte encore aujourd'hui d'autre titre que celui de vicechancelier, le pape gardant en quelque sorte devers lui la dignité de chancelier dont il ne concède qu'une délégation.

Pour résumer d'une manière sensible ce que nous venons de dire de la date des grandes et des petites bulles, nous donnerons ici les formules comparatives de Bulles de Galixte II et de Gélestin III de 1121 et 1193, avant et après l'an 1124, date de la suppression du Scriptum,

Grande Bulle de Galixte II, de 1121. — Scriptum per manus Gervasiiy regionarii et notarii sacri palatiù — Datum Laterani per manum Chrysogoni S. R. E. diaconi cardinalis ac BibliotAecariiyl/I Nonasjanuarii, indictione XIV. Incarnationis Dominicx anno MCXXI , pontificatus autem domini Calixti PP. anno //°.

Grande Bulle de Gélestin III, 1193. — Datum Laterani per manum jËgidii sancti Nicolai in carcere Tulliano diaconi cardinalis (ou cancellarii) 3. Kalendas Octobris ^indictione XZ/Jncarnationis Dominiez anno MCCXII. Pontificatus vero Domini Cœlestini papse tertii anno II I^.

Des petites bulles délivrées les mêmes jours seraient datées tout différemment. La première, celle de 1121, pourrait n'avoir que ces mots comme indication de lieu et de temps : Datum Lateranis, III^ Nonas januarii^ ou Datum Laterani, indictione XVI. La bulle de 1193 porterait incontestablement cette date : Datum Laterani, III Kalendas Octobris, pontificatus^ nostri anno IIIq.

Dans les grandes Bulles, il est essentiel de le remarquer, la date du pontificat est toujours énoncée par le dignitaire expéditeur : Pontificatus autem domini Cwlestini papx anno tali ; dans les petites Bulles, le pape lui-même donne l'année de son pontificat : Pontificatus nostri anno tali.

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