‹ Les éléments du beau en musiqueChapitre 9 sur 14 · BEAUTÉ FORMEL I. H · texte numérisé non relu

BEAUTÉ FORMEL I. H

sons leur caractère significatif est soumis aux conditions d'un système nécessaire comprenant la mesure et le temps, autant la symétrie, pour produire un effet sain et agréable, ne doit gêner L'indépendance du mouvement. Des combinaisons multiples doivent aussi observer une égale proportion de manière que de la forme résultant du rythme, si strictement réglé qu'il soit, une vie intellectuelle se dégage librement.

Prenons, par exemple, le scherzo de la Symphonie héroïque ('), de Beethoven, dont le mouvement est extrêmement rapide et le dessin rythmique aussi simple que possible — trois noires par mesure. Un rythme mouvementé attire d'abord notre attention. Nous écoutons avec plaisir cette pulsation régulière, franche et pleine qui symbolise la jeunesse de la vie. Mais, si Beethoven avait usé longtemps de ce battement d'allure vive, nous aurions été tôt fatigués par la monotonie et l'intérêt porté se fût trouvé amoindri. Mais, le musicien s'est servi ingénieusement d'un rythme limité et soumis à une gradation qui le fait s'élargir et atteindre peu à peu l'ampleur. Quatre mesures combinées suffisent pour que l'oreille affranchie d'une étroite lisière soit préparée au développement musical de large carrière qui suit. Après un court instant, le dernier dessin rythmique est oublié et l'auditeur est séduit par la progression harmonique, l'alternance habilement animée des groupes d'instruments à vent ou à cordes tour à tourchargés du thème. La diversité de traits intéressants satis-

(li J" Symphonie en mi bé»iol ou Symphonie Héroïque . Op. 55 (1806). Elle eut pour épigraphe : Sinfonia eroica par festeggiare il sovenire d'un grand' uomo. Beethoven avait en vue Bonaparte, premier consul delà République française, qu'il comparait aux grands hommes romains. Dès que Napoléon fut proclamé empereur, le musicien dochira l'épigraphe du manuscrit et l'ouvrage reçut le seul nom de Symphonie héroïque.

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fait nos facultés intellectuelles vivifiées et pénétrées par l'attrait de cette musique d'où jaillit un éclat semblable au scintillement du diamant. Cette manière de traiter est bien celle qui convient à la franchise d'allure du mouvement. La répétition simple d'une figure produit nécessairement la monotonie et fatigue l'auditeur.

Quelle somme de beauté l'exécutant peut-il apporter à une œuvre musicale ? Cette question importante fait aussi partie de notre sujet. Toute violation des lois du rythme atteint naturellement la mélodie, l'harmonie et peut même, si elle a lieu à un degré suffisant, causer la destruction de l'œuvre d'art. Mais, X exécution ne doit pas pour cela être privée d'une légitime liberté, ni même d'indépendance tout en observant la rigueur de la mesure et du temps. L'aisance du temps ne doit pas être confondue avec la licence, ni avec X inobservance du rythme. Si la liberté est la plus haute perfection ou l'idéal de l'ordre légal, la licence conduit au désordre et à l'anarchie. L'altération ou la décomposition du temps opérées sans raison pour plaire ou obéir à une individualité fantaisiste, ou pour obtenir par un moyen tapageur la réclame d'une exécution sensationnelle est antiartistique, inadmissible et montre une absence regrettable du respect dû à l'œuvre interprétée.

La syncope ('; est une interversion de l'ordre des notes ou la prolongation sur le temps fort d'une note attaquée sur le temps faible de la portée Elle est dépendante du rythme et, par là, elle est une des parties qui concourent à produire la beauté formelle. L'usage pratique et approprié de la syncope sera analysé au chapitre de la beauté caractéristique.

Syncope. En latin, syncofa, syncope ou retranchement ; en grec, /'j~in action de couper.

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En résume, il est nécessaire d'être pénétré de cette idée que le facteur principal de la beauté formelle zstYharmoitie (') qui comprend dans son entité tout ce que l'on doit connaître et se rappeler concernant cette beauté. Lord Bacon (2) a dit : : relation, tel est le fondement de l'harmonie ». Si l'on prend une sonate de Mozart ou de Beethoven, un quatuor (;î) ou une svmphonie d'un grand maître, on reconnaîtra que YrgjJitr règne dans chacune de leurs parties, et que chaque phrase, période, modulation, etc. est en relation exacte, naturelle et complète avec celles qui précèdent, d'où résulte l'harmonie. Goethe (4) a pu dire avec vérité : « Toute forme même gracieuse a en elle-même quelque chose de faux. La forme est le miroir sur lequel sont concentrés les rayons épars, mystérieux et intangibles delà nature pour, de leur faisceau, faire jaillir une flamme dans le cœur de l'humanité ».

La perfection de la forme est obtenue par l'étude sérieuse et persévérante des chefs-d'œuvre, modèles à suivre dans la pratique d-e l'art, et le compositeur devra s'efforcer aussitôt que possible d'en comprendre le caractère. Si chaque artiste s'ingéniait à sa fantaisie guidée par le hasard à découvrir des formes nouvelles ou à trouver, probablement dans la médiocrité, ce que déjà nous possédons à la perfection la plus grande, cette tendance à l'originalité serait assurément fausse. Par l'étude l'imitation de la forme se transmet parfois perfectionnée et purifiée, et c'est ainsi qu'on observe le progrès

('> Harmonie . En latin, karmonta, accord ; en grec âptj.ovia, symétrie.

(2) Bacon (Lord Francis), baron de Vendant. Philosophe et homme politique anglais (1561-1626).

(■) Le quatuor est composé de deux violons, alto et violoncelle.

(') Goethe [Johann Wolfoang von). Écrivain et philosophe allemand (1749-1832).

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dans l'art. Mozart a perfectionné la forme dont Haydn s'était servi ' ) ; Beethoven a élargi celle dont Mozart avait fait usage. S'il en était autrement tout serait à néant et sujet à recommencement; mais, « l'art est de long apprentissage et la vie de courte durée ». Il est sage de ménager nos forces en profitant de l'héritage laissé par nos devanciers. Chercher le progrès dans la forme exclusivement nouvelle serait une pratique décevante. Goethe, avec son sens clair et pratique, a dit avec raison : « le. génie conçoit sitôt qu'il comprend l'importance de la forme ; il se soumet volontairement et sans réserve à ses lois. Seul le demi-savant, le pédant que la vanité égare prétend substituer son étroite personnalité à une qualité sans limites et justifier ses mauvaises maximes par un irrésistible besoin d'originalité et d'indépendance ».

En musique où les sons se succèdent à l'oreille avec une intense rapidité, une forme vigoureuse, claire et précise est nécessaire pour que l'auditeur ressente et conserve une impression musicale définie avec le souvenir du genre de la composition. Il faut qu'il puisse goûter les t.'aits même incidents et tout ce qui apparaît d'abord comme un détail insignifiant de l'œuvre.

11 n'est pas de plus sage conseil à donner au jeune musicien que de se nourrir de l'étude des chefs-d'œuvre des maîtres, de les analyser avec un judicieux respect en réduisant la composition à ses éléments primaires et, par L'abstraction mentale de toute convention et de tout ornement, de s'efforcer de comprendre les condition 3 nécessaires et inhérentes à sa vitalité. L'étudiant pourra par ce moyen se con-

l'i Haydn [Frani Joseph). Compositeur tic musique autrichien (173a i^*"» .

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