Ch. Richet. V homme et V intelligence, p
Malapeat. tk
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De nombreuses éludes sont venues depuis déterminer avec plus de précision la nature de cet automatisme psychologique auquel notamment M. Pierre Janet a consacré un remarquable ouvrage. On l'a analysé tout spécialement dans les cas pathologiques où il apparaît en grossissement; mais il ne se produit pas seulement dans le somnambulisme naturel ou provoqué, dans Thystérie ou certaines autres névroses plus ou moins analogues ; il se rencontre, et très fréquemment, dans Tétat normal. Ce qui le caractérise, c'est d'une part la dissociation des éléments psychologiques dont chacun se sépare en quelque sorte des autres pour vivre, se développer et se manifester isolément sans une coordination, une systématisation suffisantes, — et d'autre part c'est l'évocation, la restauration, l'enchaînement mécaniques de ces éléments. Des séries d'images, de représentations, d'idées s'appellent les unes les autres dans le sens de la plus grande attraction ou de la plus faible résistance, des systèmes antérieurement formés se renouvellent de la même manière, dans le même ordre; c'est un recommencement fidèle, sans addition, sans retranchement, sans adaptation originale aux conditions nouvelles. La réflexion personnelle, Tactivité propre du sujet n'interviennent pas pour corriger, transformer, coordonner suivant un plan nouveau les matériaux employés. Ce mécanisme mental, bien que Tintelligence véritable en soit en réalité absente, peut être parfois si régulier, si précis, si exactement ajusté, qu'il a fait illusion. On a cru pouvoir soutenir que souvent chez l'hypnotisé par exemple, le jugement est plus droit, le raisonnement plus correct que dans l'état de veille \ On a même, poussant par une logique outrancière jusqu'à leurs conséquences extrêmes les théories de Carpenter, de Spencer, de Maudsley, on a dit que l'évolution devait
i. Cf. Beaunis. Le somiiafrtbulisme provogué, p. 210-218;
avoir pour résultat dernier de transformer toutes les opérations mentales en réflexes intellectuels, et que là était la perfection de rintelligence. « Supposer à Thomme le degré de perfection le plus élevé que nous puissions imaginer, c'est le supposer arrivé à un état complet d automatisme, les actes intellectuels et les sentiments étant réduits à des réflexes de plus en plus complexes et automatiques à la fois. Tout fait de conscience, toute pensée, tout sentiment suppose une imperfection, un retard, un arrêt, un défaut d'organisation; si donc nous prenons pour former le type de Thomme idéal cette qualité que toutes les autres supposent et qui ne suppose pas les autres, Torganisation, et si nous Télevons par la pensée au plus haut degré possible, notre idéal de l'homme est un automate inconscient, merveilleusement compliqué et unifié ^ » Conclusion paradoxale à coup sûr, mais qui peut laisser subsister cette vérité capitale que la conscience, la pensée, l'activité intellectuelle proprement dite, sont les agents véritables de ce progrès. Cette prétendue perfection de rintelligence ne se pourrait en effet réaliser que si le milieu auquel Thomme doit être adapté se trouvait figé en une immuable rigidité, et Tidéal qu'on nous convie à admirer ce serait, en dernière analyse, une pensée morte, en présence d'un univers mort. Or, tant que les choses autour de nous seront multiples et variables, continueront à se transformer et à évoluer, la pensée devra se maintenir vivante, souple et flexible, susceptible de se renouveler elle-même par la mue intérieure, de se modifier, de prévoir les changements que doit réaliser l'évolution du monde, pour s'y prêter et pour y collaborer. Car en ordonnant en des systèmes nouveaux, plus complexes et plus solides, les images qui lui viennent de la nature extérieure, la pensée seule permet à l'homme d'agencer les forces naturelles en vue
4. Paulhan. Le Devoir et la Science morale, in Revue Philosophique^ d<i* eembre 1888.
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de Ans plus hautes. Et ainsi la perfection de la pensée, au moins dans ce monde que nous connaissons et où nous vivons, c'est, comme on la bien dit, non l'adaptation une fois pour toutes, mais la facilité croissante à se réadaptera
Toujours est-il qu'il est des esprits dominés par cet automatisme intellectuel, qui sont, comme disait Pascal, « machines en tout », et que d'autres sont capables de réfléchir et de juger pour leur propre compte, d'une façon personnelle, capables de créer et de renouveler leurs idées, de penser vraiment, et chez ceux-là seulement se remarque l'activité intellectuelle proprement dite.
Maintenant, qu'il s'agisse de l'automatisme ou de l'activité mentale, les opérations intellectuelles consistent toutes plus ou moins en un double mouvement de dissociation et de combinaison. Nous l'avons signalé à propos de l'automatisme ; il se retrouve dans les fonctions les plus élevées de la vie mentale, dans celles oîi se manifeste le plus expressément l'activité propre de l'esprit. Penser, à proprement parler, c'est juger. Le jugement est en somme le type de toute synthèse intellectuelle, puisqu'il. consiste à lier selon des rapports abstractivement conçus par l'esprit des éléments idéaux qui n'avaient pas encore été combinés de la même manière. Mais cette reconstruction ultérieure présuppose une analyse préalable. Dans le jugement, la pensée n'est pas, comme s'exprime Wundt, « gouvernée d'une manière univoque, par les représentations élevées associativement »; elle choisit, au sein de plusieurs systèmes, les images, les idées appropriées, brise les liens qui les unissaient, les divise et les distingue, avant de les coordonner à nouveau sous la loi de certains concepts directeurs. Ces deux opérations d'analyse et de synthèse, de dissociation et d'association, bien que toujours et partout présentes, peuvent néanmoins