‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 32 sur 92 · Voy. Dugas. Revue Philosophique, novembre · texte numérisé non relu

Voy. Dugas. Revue Philosophique, novembre

L'attention, chez les représentants de ce genre, présente des défauts et des qualités de même nature. Elle peut être forte, si par force d'attention on entend la concentration, la convergence vers un point donné des facultés cognitives ; elle peut être ferme, si par là on entend la durée, la persistance de cet état d'application ; mais elle est peu facile et peu souple : j'entends par là que la fixation de l'esprit n'est pas obtenue d'emblée, qu'elle ne se produit qu'après un certain temps, qu'elle a besoin d'être réalisée progressivement, et qu'enfin elle ne se détache pas, ne se manie pas aisément. Ici donc apparaît une forme originale de distraction : car s'il y a des distraits-dissipés, comme nous avons vu, il y a des distraits-absorbés ; les premiers suivent toute idée qui passe et ne s'arrêtent à aucune, les seconds laissent passer une foule d'idées sans les arrêter, parce qu'ils étaient occupés ailleurs, et manquent de la vivacité nécessaire pour les saisir au moment où elles se présentent.

Le jugement et le raisonnement enfin font souvent défaut, remplacés qu'ils sont par cet automatisme que nous avons décrit. S'ils se produisent, ils demeurent sans originalité : c'est le bon sens un peu vulgaire et terre à terre des gens qui ont reçu ou se sont formé un petit nombre de jugements, de théories, et s'y tiennent; qui ont appris à formuler certains raisonnements et les recommencent à propos de n'importe quel problème. Sans curiosité, sans fécondité, sans vigueur personnelle, ils ne savent pas s'enrichir et se renouveler, multiplier les points de vue, élargir leur horizon.

On peut maintenant caractériser d'un mot les variétés principales qu'il faut distinguer ici.

Ce seront, en premier lieu, les débiles, les faibles d'esprit, les bêtas. L'esprit semble plongé dans une sorte d'hébétude permanente. L'étude de V amnésie antérograde de conservation pourrait ici nous fournir d'utiles indications. Elle est

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ordinairement consécutive, comme on sait, à un cfioc soit physique, soit moral qui détermine une sorte de « névrose Iraumatique », que Trousseau désignait du nom significatif d' *< étonnement cérébral ». C'est une sorte d'évanouissement des cellules nerveuses qui, ne sentant plus que confusément, ne retiennent plus, ne fonctionnent plus qu'avec une extrême lenteur. Celte diathèse, primitive et permanente, domine, semble-t-il, la condition mentale de Tidiot. C'est elle aussi, très vraisemblablement, qui, dans la vieillesse, empêche les acquisitions nouvelles et amène l'individu à ne vivre que sur son fonds intellectuel anciennement .acquis. Beaucoup de gens réputés normaux sont ainsi bien voisins de l'idiot (au sens médical du mot). Ils sont plongés dans une véritable torpeur intellectuelle dont ils ne sortent que pour accomplir les médiocres besognes accoutumées.

En deuxième lieu, les esprits bornés, routiniers ; ils ne manquent pas de bon sens, mais restent pesants et lourds ; confinés dans un cercle restreint, imitateurs d'autrui et d'eux-mêmes, indifférents aux choses de Tesprit, ils n'ont pas d'imagination et se trouvent désorientés si on les fait sortir de leur fonction habituelle, qu'ils savent remplir au reste avec conscience et régularité.

Enfin les esprits étroits; ils s'élèvent déjà à la vie intellectuelle (formant ainsi transition avec certains des groupes supérieurs que nous trouverons plus loin), mais à une vie intellectuelle incomplète. Ils peuvent raisonner, organiser leurs idées en systèmes ; mais ils sont systématiques à outrance, ne sortent pas de leurs théories, raisonnent mal parce qu'ils appliquent indistinctement le même mode de raisonnement, sont exclusifs et entêtés.

La raideur de leur esprit gâte les qualités qu'ils peuvent avoir, et qu'ils ont, au demeurant, le tort d'exagérer. Certains spécialistes, enfermés jalousement dans leur spécialité,*

bon nombre de mathématiciens, représenteraient les échantillons les plus élevés de cette classe.

IV. — Nous voici arrivés à la famille des intelligences qui méritent d'être proprement appelées actives et personnelles. Ce sont les hommes qui pensent par eux-mêmes. L'équilibre mental, l'harmonie intellectuelle y sont plus ou moins instinctifs et naturels, ou au contraire acquis, voulus, maintenus par principe; mais ils suffisent toujours à les différencier des types précédents. La pensée sans doute y est très diversement puissante, élevée et féconde ; certains ne sont pas de grands intellectuels, mais tous sont des intelligents. La mémoire est plus ou moins riche, mais généralement nette, Tindividu en connaît véritablement l'usage ; . c'est « une fortune qu'il sait administrer parce qu'elle ne lui est pas tombée du ciel ^). L'imagination, diversement puissante, est pondérée, dirigée et réglée par l'attention, la réflexion. L'évocation des idées se fait selon des rapports logiques. L'attention n'est plus passive, mais active et volontaire : elle est devenue une sorte d'instrument dont on se sert habituellement et librement, dont on dispose non pour un usage unique et déterminé, mais pour toutes sortes d'ouvrages et selon les besoins. Elle se trouve être alors un principe de liberté, une admirable source d'énergie intellectuelle. Grâce à la réflexion habituelle et continue, la pensée acquiert une précieuse indépendance, une solidité et une fermeté qui ne peuvent manquer de modifier profondément le caractère. Nos idées ne sont pas des choses inertes, et notre intelligence ne doit pas être une pure capacité réceptive. Les idées sont des germes vivants qui veulent être fécondés. Elles sollicitent de nous la chaleur qui leur permettra de déployer leurs secrètes énergies. Beaucoup d'entre elles, dit excellemment M. Bergson, « flottent à la surface de notre conscience comme des feuilles mortes sur l'eau d'un

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