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LES ÉLÉMENTS OU CARAGTÉRR

étang », parce que nous les avons reçues toutes faites du dehors, ou parce que nous les avons délaissées et négligées. D autres s'incorporent à notre moi d une façon si intime qu'elles vivent vraiment en nous et que nous vivons par elles ; elles ne demeurent pas isolées, elles s'organisent, pénètrent notre propre substance, parce que nous les avons accueillies, aimées et animées, parce que nous les avons appréciées, choisies, voulues : elles ne sont plus seulement en nous, mais elles sont nous-mêmes ; alors seulement elles peuvent devenir un principe actif et durable de conduite intellectuelle et morale. Nous y tenons, parce que nous les avons jugées à leur valeur ; elle ne se sont pas aveuglément imposées à l'esprit. Et c'est précisément pour avoir vu clair dans ses opinions, pour en avoir scrupuleusement vérifié l'origine et le prix, qu'on y croit plus pleinement. C'est par l'esprit critique, l'analyse, le doute vraiment philosophique qu'on arrive à cette fermeté raisonnée de l'affirmation qui est une force et une vertu, et constitue en grande partie le secret de l'autorité que quelques-uns sont en possession d'exercer.

Ce signalement trop général, et trop flatteur aussi peutêtre, convient pourtant en somme à un certain nombre de types d'intelligences que nous avons maintenant à distinguer et à classer. Toutes les analyses précédentes nous autorisent d'ailleurs à être ici beaucoup plus bref.

A. — Nous avons remarqué déjà que l'activité mentale implique une tendance à l'analyse et une tendance à la synthèse et que la prépondérance relative de Tune ou de l'autre servait à caractériser la nature d'un esprit. Il est donc possible de signaler en commençant les penseurs qui sont plutôt portés à l'analyse, qui excellent à distinguer des nuances, à différencier les choses, à décomposer une théorie, à entrer dans le détail des questions ; ils sont plus aptes à pénétrer, à s'assimiler qu'à construire et à créer. Ce sont

des analystes^ péchant volontiers par excès de subtilité, n'ayant pas toujours toute la vigueur nécessaire pour dégager une conception d'ensemble, à la fois compréhensive et une. Très sensibles au conflit, à la contradiction des idées, ils sont parfois douteurs et inquiets, portés au scepticisme.

B. — Lorsque ces dernières tendances s'exagèrent et que d'autre part on aperçoit une prépondérance de Tassociation par contraste, un type assez dilBférent se manifeste. Ce sont les esprits critiques^ discuteurs^ ayant une disposition singulière à se représenter les difficultés, les objections : d'où la tendance à la contradiction, à la combativité intellectuelle, avec quelque excès de raisonnement : non pas qu'on raisonne jamais trop ni trop bien, mais on peut être raisonneur inutilement et un peu à côté.

C. — Voici maintenant ceux qui, sans être nécessairement d'une puissance et d'une richesse intellectuelles hors du commun, voientplutôt les choses dans leurs relations, dans leur ensemble, d'une vue nette etferme. S'ils mettent ces qualités au service de leurs affaires, de leur conduite, ce seront des réfléchis^ des pondérés, des esprits droits et jom/iy 1/^5. Attentif s et précis, avec de la justesse et de la rigueur, quelquefois un peu trop positifs et manquant d'envolée, d'enthousiasme et d'emballement; un peu timides par là même et résistant, non sans quelque excès, aux idées nouvelles; conservateurs plutôt que précurseurs.

Z). — Enfin, si l'esprit est tourné plus volontiers vers les choses de la pensée, nous avons les spéculatifs^ esprits larges et constructifs — déductifs ou inductifs, aptes aux vastes généralisations ou aux longs enchaînements de raisonnements, — appliquant leurs facultés soit au monde des phénomènes et des êtres extérieurs, soit au monde des idées, des sentiments ; — logiciens, savants et philosophes, — parfois avec un peu de raideur, trop systématiques, exagérant, outrant la valeur de leurs conceptions dominantes et Mal\pbrt. ^

s'efforçant d*y ramener coûte que coûte la réalité qu ils sont conduits à violenter ou à mutiler.

Cette classification, à coup sûr» comporterait bien des compléments et des réserves ; mais elle est faite, il n*est pas hors de propos de le rappeler, à un point de vue particulier, et si elle néglige bien des considérations intéressantes \ elle nous semble à peu près satisfaisante pour notre sujet. Car c'est seulement au point de vue de leur importance dans le caractère que nous avions à distinguer ici les principales formes sous lesquelles se traduit l'activité intellectuelle.

1. Voy. en particulier une curieuse classification des aptitudes intellectuelles dans Wundt : Eléments de Psychologie Physiologique.

LCtion, tel est le terme où aboutit ou du moins tend à tir tout processus psychologique : Thomme sent et 3 pour agir. Sans doute, dans certains cas, la sensibiurexcitée se développe aux dépens de l'activité et appaieule au premier plan ; sans doute aussi parfois \^ conance, l'élaboration intellectuelle envahit le domaine de 3 psychique au point que la pensée est tout ensemble ion et action. Mais, en somme, il n'y a là peut-être le direction différente imprimée à l'activité qui ne dist pas, mais subit une transformation. En tout cas, sa lution comme son développement, confère à l'indivité psychologique un cachet caractéristique au premier 11 est possible même que l'activité soit le fond de toute nentale, il est possible qu'elle soit ce qu'il y a de plus iliel dans Thomme. Et, sans reprendre la thèse métaquede Schopenhauer, on serait en droit de se demander la puissance et de la nature de Ténergie motrice ne ident pas la sensibilité et l'intelligence. La fatigue mus- ^e produit en effet des troubles singuliers dans la pensée ins la sensibilité; on remarque des faits analogues certaines névropathies, comme la chorée et l'hystérie ; Lat de la sensibilité et de l'intelligence, a^t-on dit, est rdonné à l'état de la motilité ; pas d'intelligence sans hilité, pas de sensibilité sans motilité^ ». Sans aller

h. Féré. Pathologie des Émotions, p. 163. Paris, Félix Âicaa;

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aussi loin, on ne peut méconnaître queTactivité, bien qu'elle soit, en un sens et dans une large mesure, conditionnée par la sensibilité et Tintclligence, n'en soit partiellement indépendante et ne les conditionne à son tour. L'étude de ces rapports sera d'ailleurs abordée plus tard, et pour le moment il s agit seulement de noter les différences profondes qui peuvent séparer les individus, si on les envisage, par abstraction, au point de vue de l'activité seule.

11 est nécessaire au surplus d'indiquer dès l'abord avec plus de précision ce que l'on entendra ici pai» activité. Ce terme se peut prendre en un sens très général et désigner le fond même de toute vie mentale : la sensibilité, l'intelligence sont activité. Ce n'est pas en cette acception que nous prenons le mot. Ce que nous désignons par là n'est point non plus cette forme supérieure d'activité qui s'appelle la volonté et qui , comme tout ce qui est d'ordre élevé , est chose extrêmement complexe. Ce n'est pas même telle ou telle forme d'activité inférieure, réflexe ou instinctive, considérée dans ses caractères distinctifs. On a proposé, à cet égard, bien des classifications des mouvements. Celles de Wundt et de Preyer, bien que soulevant quelques difficultés de détail semblent les plus acceptables; ils comptent quatre grands groupes : 1" mouvements spontanés automatiques (Wundt) ou impulsifs (Preyer); 2° mouvements réflexes ; 3** mouvements instinctifs ; 4^ mouvements volontaires (Wundt) ou représentatifs (Preyer). Ils diffèrent et par leurs causes et par leur degré de complexité et de coordination. Mais tous ces mouvements, à quelque genre qu'ils appartiennent, relèvent d'une certaine activité primordiale et primitive plus ou moins énergique et intense, ils sont la traduction, la manifestation extérieure des forces latentes emmagasinées dans l'organisme. Cette quantité de force vive, son aptitude à se dépenser par les voies motrices, voilà qui est inégal chez les différents individus. Et cette diversité dépend en dernière

analyse beaucoup moins de la structure et de la vigueur du système musculaire que de la constitution des centres nerveux. Sans doute, la force corporelle, la puissance des muscles, non pas uniquement leur développement, mais surtout leur tonicité, sont des conditions favorables à l'activité, puisqu'ils permettent de continuer et de recommencer avec une moindre fatigue les opérations imposées; ils sont aussi des conditions favorables à Tacquisition de nouveaux systèmes de mouvements; ils peuvent enfin et doivent donner naissance à des besoins d'une nature spéciale, comme tout organe bien nourri qui tend à s'exercer. Mais ces conditions ne sont ni nécessaires ni suffisantes. Il est des hommes d'une force musculaire médiocre et qui ont un perpétuel besoin d'agitation. 11 en est d'autres, d'une vigueur corporelle considérable et qui volontiers la laissent inemployée. Ce qui est essentiel, c'est donc ce penchant naturel à l'action qui est une propriété des centres nerveux. Par activité nous entendrons donc ici la capacité et le besoin d'une dépense nerveuse dans le sens de l'action. Cette capacité et ce besoin se présentent-ils sous des aspects divers et quels en sont les principaux, tel est le problème restreint, mais précis, qu'il convient d'aborder.

I. — Envisagée du dehors, dans ses effets, l'activité c'est le mouvement, avons -nous dit. L'importance de la motilité a paru si considérable que l'on a proposé de classer les caractères en partant de la considération de la vivacité, de la lenteur et de l'énergie des mouvements, et l'on a rangé les hommes en trois groupes : les vifs, les lents, les ardents ^ Considération qui ne manque pas de justesse, mais qui demeure incomplète et quelque peu superficielle. Le mouvement extérieur n'est qu'un signe et qu'on ne saurait exactement interpréter sans remonter aux véritables causes.

J. Bernard Pérez. Le Caractère, de V enfant à Z'/iomme. Pam,¥4VYs. ^ç.'Wîi.

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De plus, cest un signe équivoque. Cela est vrai tout d'abord au point de vue physiologique lui-même ; car la forme extérieure du mouvement n'est pas nécessairement liée à la puissance de Taclivité ; la vivacité des mouvements, leur ardeur même ne témoignent pas toujours d'une capacité supérieure d'énergie active; et par contre, la lenteur peut très bien se rencontrer unie à un riche fonds d'activité. C'est qu'en effet la rapidité et la violence peuvent tenir beaucoup moins à l'énergie vitale générale qu'à une exagération momentanée des réflexes, résultant d'un manque de contrôle des centres supérieurs, d'une absence d'inhibition systématique. De même la lenteur peut résulter, soit d'une sorte d'atonie des centres nerveux moteurs, soit d'une pondération et d'un arrêt réciproque des tendances. Au point de vue psychologique surtout, la chose est évidente.

On peut bien dire avec Bain que chez une personne lente ou vive « l'allure du mouvement est la même dans tous les organes, dans Faction et dans la pensée ». Mais la vivacité d'esprit produit-elle toujours une grande vivacité dans les mouvements. Et la vivacité dans les mouvements ne peutelle résulter tantôt de l'absence de réflexion, tantôt de la rapidité du jugement et de la promptitude de la décision. Par contre, la lenteur des mouvements peut avoir pour antécédent psychique, soit la mollesse et la lourdeur de la sensibilité et deTintelligence, soit lamodération volontaire, la domination réfléchie exercée sur les impulsions et tendances. Il y a donc mille façons d'être lent ou vif et sous ces apparences se cachent les traits vraiment essentiels du caractère. Aussi est-il nécessairement arrivé à M. B. Pérez qu'en traçant les portraits, d'ailleurs si curieux, qu'il nous donne, il a dû faire intervenir une foule de considérations qui, non seulement ne se peuvent déduire de la nature et de la forme des mouvements, mais qui même ne s'y rattachent pas d'une façon bien évidente et bien nécessaire.

Aussi, pour nous borner à l'activité comprise comme nous avons dit, semble-t-il préférable de ne pas s'en tenir au mouvement, mais d'envisager son principe même,

II. — Tout vivant est doué de spontanéité, je veux dire d*une certaine activité ou réactivité propre, qui est la vraie cause première de tout mouvement. Qu'on se borne, si Ton veut, au phénomène le plus élémentaire par où se manifeste l'activité, à savoir le mouvement réflexe, qui n'est, sous sa forme la plus humble, qu'une simple contraction succédant immédiatement à une simple excitation. Nous avons là en raccourci les éléments essentiels de tout acte : irritation et réaction. Mais qu'est cette réactivité? On y a vu un phénomène aussi purement mécanique que « les mouvements successifs du piston et des roues d'une machine à vapeur* ». Explication qui paraît trop simpliste en vérité, puisqu'on y néglige ce qui «st proprement en question, à savoir en vertu de quelle puissance particulière, sui generis, le vivant transforme l'excitation en mouvement. En tous cas, l'observation montre péremptoirement que cette transformation ne s'opère pas toujours de même, ni dans un individu donné, suivant sa disposition physiologique et psychologique du moment, ni chez différents individus d'une môme espèce. Aussi faut-il nécessairement tenir compte de la capacité latente d'énergie motrice possédée par chacun.

A. Bain* a fortement insisté sur ce point; il admet l'existence d'une activité véritablement spontanée, qui se dégagerait d'elle-même et serait capable de donner naissance à des mouvements, en l'absence de toute excitation, soit externe, soit interne. Peut-être est-ce aller trop loin, et cette

1. Cf. Spencer. Principes de Psychologie, ira,d. fr., t. I. p. 458, Paris, Félix Âlcan. — Maudsley. Physiologie de VEsprit, trad. fr., p. 190.

2. Bain. Les Émotions et la volonté, ch. ix ; Les Sens et l'Intelligence, p. 49 et sqq.

hypothèse, qui a été très vivement critiquée*, ne nous est pas ici nécessaire, au moins sous cette forme. Quelque chose toutefois en semble devoir être retenu. M. Féré semble croire que, pour Bain, « le sujet crée des forces », et cette création e nihilo lui parait à bon droit inintelligible et absurde. Le problème, selon lui, est purement mécanique; les vibrations externes produisent des vibrations dans l'organisme, suivant les lois de la communication du mouvement et de l'équivalence des forces. Seulement il lui faut bien reconnaître qu'on doit tenir compte aussi de la structure de l'appareil transformateur, que les contractions musculaires varient non seulement avec Tintensité de l'excitation, mais avec « l'excitabilité du sujet », que, d'un mot, « l'homme réagit à chaque excitation suivant sa vibratilité spécifique^ suivant sa constitution moléculaire ». On néglige malheureusement de dire au juste ce qu'il faut entendre par cette vibratilité spécifique. Est-ce simplement aptitude à être ébranlé, affectivité, ou aptitude à répondre avec une énergie variable aux excitations, réactivité? Et en quoi cette seconde hypothèse serait-elle inconcevable? N'est-il pas vrai que, suivant les individus, les excitations externes tendent à produire plus particulièrement tantôt des modifications centrales d'ordre sensitif (plaisirs et douleurs, émotions, etc.), tantôt des réactions motrices (contractions, gestes, actes, etc.)? Pour rendre compte de ces diversités, comme aussi de l'intensité variable du mouvement ne faut-il pas tenir compte de l'état dynamique des centres moteurs 'excités, de leur tonicité comme disent Henle et Wundt ?

M. Beaunis aussi rejette la théorie de Bain sur Yactivité musculaire spontanée, et soutient que tous les mouvements ont pour origine certaines sensations externes ou internes,

1. Cf. Herzen. Il moto psichico e la coscienza, p. 38 sqq. — Ch. Féré. Sensation et Mouvement y p. 67 sqq. — Beaunis. Les Sensations intemeSt p. 17. Paris, Félix Alcan.

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lesquelles au reste peuvent demeurer singulièrement vagues et à peine conscientes. Il écrit toutefois : « les centres nerveux ressemblent à un réservoir qui se charge et se remplit peu à peu et exerce une tension de plus en plus forte, de» façon que, quand la tension a atteint un certain degré, le besoin d'exercice se produit et amène une contraction. Un centre moteur est continuellement sollicité par une série d'excitations provenant soit de l'extérieur, soit de l'organisme même; il reçoit incessamment des sensations, du sang, etc., de Ténergie qui s'accumule et qui s'emmagasine, et quand cette énergie est à son maximum, les fusils partent tout seuls, pour employer une locution vulgaire. La sensation de besoin correspondrait dans ce cas à cette sorte de tension cellulaire qui précède l'explosion nerveuse finale^». Mais que peut-on demander de plus que ces affirmations? Et n'est-ce pas là, au fond, précisément ce que soutient A. Bain?

Or, de là découlé une double conséquence dont l'importance ne saurait être méconnue.

D'une part, comme la réaction motrice ne correspond pas exactement en intensité à l'intensité de l'excitation et qu'il y a lieu de faire entrer en ligne de compte l'état dynamique propre du sujet, il est juste de dire qu'il existe un état de tonicité des muscles et surtout des centres moteurs, une sorte de réserve de forces prêtes à se dépenser, une fraîcheur et une élasticité particulières qui peuvent suppléer en quelque mesure, je ne dis pas à l'absence, mais du moins à la faiblesse de l'excitation. Inversement, il y a un état d'inertie ou d'épuisement de ces centres qui produit le même effet que l'inirritation, ou du moins atténue l'excitation et l'oblige à se traduire autrement que par des manifestations motrices. Ce qui, pratiquement, revient à dire que les

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