‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 35 sur 92 · Bain. Les Sens et l'Intelligence, trad. fr., p · texte numérisé non relu

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assez vivement pour les tirer de je ne sais quelle sorte de torpeur constante.

Que ces différences dans l'activité donnent naissance à des traits dérivés de caractère, c'est ce qui est manifeste au premier coup d*œil. Et sans anticiper sur ce qui devra plus tard être examiné plus attentivement, quelques remarques peuvent être dès k présent indiquées. En présence de la douleur, l'attitude des hommes, nous Tavons observé déjà, est très diverse. Les uns plient, restent brisés, ou ne réagissent que d'une façon spasmodique et éphémère; les autres se réveillent plus disposés à la combattre, du moins prêts à réparer cette passagère défaillance. En présence de Tobstacle, les uns s'arrêtent et s'effarent, abandonnent leurs projets, se consument en doléances vaines, en inefficaces regrets; les autres y puisent comme des forces nouvelles, la conscience de leur énergie diminuant la conscience de la résistance et faisant paraître moindre la difficulté, et celleci même donnant plus d'intérêt à Taclion. L'inerte voit partout des raisons de ne rien entreprendre, du moins de se borner à la somme d'efforts strictement nécessaire, il préfère le statu quo, les solutions faciles ; Tactif préfère tout ce qui conduit au mouvement, il choisit la direction où il lui faudra dépenser plus de hardiesse: au lieu de temporiser, il va de l'avant, a le goût de la lutte et du danger; plus d'audace dans l'entreprise, plus de vigueur dans l'exécution, plus de confiance dans le succès, voilà des conditions précieuses pour engendrer le courage et le sang-froid. L'intelligence subit le contre-coup de ces aptitudes diverses de l'activité : timidité intellectuelle, prolongation de la délibération, goût de la contemplation, ou au contraire impuissance à la méditation impersonnelle et désintéressée, décision dans le coup d'œil, dédain des spéculations théoriques et des subtilités dialectiques, disposition à ne pas s'arrêter à toutes les objections, à ne pas être un réfléchissant trop

complet. La volonté enfin trouve dans ces prédispositions de l'activité une partie au moins des raisons de son développement et de sa direction.

111. — Maintenant, dans chacune des grandes classes que nous venons de distinguer, des subdivisions doivent nécessairement être établies.

C'est ainsi qu'il existe deux sortes principales d'inactifs.

Tout d*abord, en effet, nous rencontrons des gens chez qui l'inactivité est pour ainsi dire primaire et sans compensation. Elle est leur dominante; et cette indolence, cette inertie s'étend à tout, à la sensibilité comme à l'activité proprement dite; le ton vital est abaissé au-dessous de la moyenne; non seulement ils n'ont ni le besoin, ni le goût de l'action, mais encore rien ne les impressionne assez fortement pour les tirer de cette indifférence, de cette paresse, de cette ataxie où ils s'endorment. Ce sont ceux que M. Ribot appelle les apathiques purs, <( inertes, insouciants, endormis »; que M. Fouillée nomme les flegmatiques faibles, ou encore les adynamiques, ayant en eux « quelque chose de cette dépression de forces qui caractérise la maladie, le sommeil et la vieillesse ».

D'un autre côté, il est des hommes remarquables aussi par leur répugnance à l'action, mais chez qui cette inactivité est en quelque sorte secondaire ou dérivée, résultant dune émotivité trop vive avec tendance dépressive, ou d'une certaine disposition intellectuelle trop contemplative ou trop portée vers l'analyse, Tabus de la réflexion. Nous aurons d'ailleurs occasion d'insister sur ces faits lorsque nous rechercherons quelles sont les lois de corrélation ou de subordination qui relient entre eux les éléments du caractère.

Quelques observations plus détaillées sont nécessaires en ce qui concerne les divisions qu'il importe d'établir dans le genre des actifs. Deux individus peuvent être doués d'une

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capacité d'action remarquable et la dépenser de manières très différentes. Le déploiement de l'activité peut être rapide ou lent, violent ou calme, temporaire ou persistant. Et ce sont là, dit Bain S des caractéristiques non seulement des individus, mais même des races. C'est ainsi que le Hollandais est essentiellement actif, mais lent, calme, lourd même, et par contre persévérant, capable d'efforts continus et prolongés ; l'Anglais plus énergique, plus entreprenant, mais son activité reste encore pondérée et durable ; le Français, remarquable par son énergie véhémente, ardente, mais discontinue, saccadée, facilement épuisable; Tancien Grec ou ritalien moderne, d'activité plus faible, mais vive, excitable et en même temps plus durable.

La nécessité de tenir compte de ces éléments lorsqu'il s'agit de distinguer diverses espèces dans le genre des actifs n'a pas échappé à M. Fouillée. Le pénétrant psychologue, envisageant surtout la base physiologique de ce qu'il nomme le tempérament actif, c'est-à-dire selon lui, « celui qui est en prédominance de désintégration », remarque que « cette désintégration est rapide et intense, ou, au contraire,4ente et modérée ». Il estime en effet que la vitesse et l'intensité doivent aller ensemble : « plus la force qui lance la flèche est intense, plus son effet est rapide ». Et ainsi on a deux types de tempérament actif : l'actif à réaction prompte et intense, « le colérique ou bilieux » et l'actif à réaction lente et peu intense, le « flegmatique fort ». Et c'est là une vue fort exacte en un sens, mais qui peut toutefois appeler certaines réserves ou du moins certains compléments.

Sans doute M. Fouillée a bien vu que la violence de la

1. Bain. On Study of Character, p. 195. — Cf. Payot. L'Education du Caractère, Revue Philos., t. XLVIII, p. 603, « La Classification qu'un examen très long et très approfondi nous a permis d'établir est la suivante ;

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