IV. Faible et sans durée
LES MODES DE l'aCTIVITÉ 85
réaction n'est pas la môme chose que sa force ou son énergie. L'activité moins impétueuse mais plus durable et plus continue peut présupposer une quantité de force vive aussi considérable, [supérieure même. La violence, en effet, c'est la brusque dépense de l'énergie disponible ; le caractère explosif de la réaction ardente et subite a presque toujours pour conséquence un épuisement d'autant plus prolongé que la décharge aura été plus impétueuse et plus complète. Et ainsi la véhémence est rarement continue ; car pour que cette impétuosité indomptable se maintînt, il faudrait une vigueur de constitution, une capacité de restauration hors du commun.
Mais ce qu'il importe de distinguer, c'est la spontanéité et la réactivité ; la première est l'expression d'un riche fonds d'énergie disponible et qui tend d'elle-même à se dépenser ; la seconde c'est la réponse à une excitation du dehors. Or, s'il est bien vrai qu'en ce qui concerne la réaction, la promptitude et la violence vont ensemble, cela n'est plus exact quand il s'agit de l'activité spontanée : celle-ci peutêtre viva sans devenir impétueuse. Qu'on examine ici encore des enfants. En voici un qui est sans cesse en mouvement ; incapable de rester en place, il faut qu'il aille, qu'il vienne, qu'il cause, qu'il joue, mais cette vivacité, ce besoin incessant de s'agiter, n'implique aucune véhémence, rien d'explosif : l'énergie se dépense chez lui par la multiplicité des mouvements dont chacun, pris à part, reste souple et gracieux. Voici son frère : il demeurera plus volontiers tranquille, mais tout à coup, soit qu'il ait été excité, soit tout simplement sous l'action d'une sorte de poussée intérieure, il se détend avec une ardeur extrême, il éclate avec une impétuosité indomptable. Je comparerais volontiers l'un à un jeune poulain qu bondit joyeusement, l'autre à un taureau qui fonce quand il voit du rouge.
11 y a ainsi des hommes qui trouvent en eux-mêmes la ral^
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son d'être de leur activité, qui ont un besoin spontané de dépenser leur force en des essais de tous genres : je leur réserverais le nom d'actifs proprement dits. D'autres ont une activité énergique aussi mais qui a besoin d'être provovoquée, suscitée : et je les appellerais des réagissants.
Parmi les «c/i/v je distinguerais : 1<» les vifs, ayant un besoin permanent de se répandre, d'entreprendre, de marcher, de voyager, de tenter mille choses, d'agir pour agir, changeant de but, mais ne s'arrêtant jamais, remuants et agités ; 2° les lents, d'énergie puissante aussi, mais plus calme, moins dispersée, plus continue, plus persévérante, du moins se maintenant plus facilement dans la même direction; — 3* les grands actifs, chez lesquels l'activité est à la fois intense et durable, avec plus d'ardeur que chez les lents, plus de stabilité que chez les vifs.
De même, je compterais deux variétés de réagissants : 1° les premiers, d'activité plus faible, du moins sans ardeur ou impétuosité bien grandes, mais très excitables; 2" les autres, remarquables au contraire par leur énergie violente, véhémente, explosive et impulsive, parfois saccadée et vite épuisée.
IV. — Il est bien évident, maintenant, que ces formes diverses de l'activité ne peuvent être pleinement caractérisées que si l'on tient compte des éléments nouveaux qu'introduit soit la sensibilité, soit l'intelligence, soit surtout la direction de la volonté. Mais à leur tour elles rendent plus ou moins probable et facile le développement de telles ou telles tendances de la sensibilité, de tels ou tels modes d'intelligence et elles conditionnent la volonté elle-même. En tout cas, elles constituent des prédispositions primitives qu'il est impossible de ne pas envisager en elles-mêmes. On peut modérer, assagir, endiguer l'activité naturelle des uns : on ne la détruit pas ; on peut secouer l'apathie, Tinertie
congénitale des autres : on n'en fera jamais des hommes d'action énergiques et exubérants. Comme dit A. Bain, c'est perdre ses paroles que d'engager un homme naturellement lâche à être courageux. On arrivera bien à faire cesser ses craintes sur un point, à lui faire comprendre la nécessité d'affronter un certain danger : on ne Tempéchera pas d'avoir peur. — Il est des hommes qui n'auront jamais que le mode d'activité qu'ils tiennent du tempérament, de l'hérédité, de la nature; mais ceux-là môme qui se transforment par l'effort persévérant et méthodique de la volonté auront à compter avec cette mollesse ou cette impétuosité primitives.
A nous en tenir ici à l'activité, telle qu'elle apparaît en dehors de toutes les modifications ultérieures, abstraction faite de ce mode supérieur qui est la volonté, nous croyons qu'on peut, en résumé, classer les principaux modes suivants :
A. — Les Inactifs : 1** les apathiques proprement dits, mous, indolents, endormis, inertes ; 2° les inactifs par excès d'émotivité ; 3° les inactifs par excès de réflexion.
B. — Les Actifs : 1° les actifs-lents, lourds, calmes, persévérants; 2^ les actifs-agités, vifs, remuants, hardis, oseurs, batailleurs, expansifs, toujours pressés, toujours en quête d'entreprises nouvelles ; 3** les grands-actifs en qui l'énergie est tout ensemble puissante, ardente et permanente.
C. — Les Réagissants : 1° les mobiles, excitables, capricieux ; 2"* les violents, les impulsifs, les explosifs.
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