Ribot. Maladies de la Volonté, p. 36. Paris, Félix Alcan
iOO LES ICLI^MENTS DV CARACTÈRE
en des niaiseries, quitte à se laisser détourner d'une décision importante par le motif le plus futile, voire sans motif aucun. Il y a lieu d'ailleurs de ne pas confondre Tentètement chez Tenfant et chez Tadulte; dans le premier il peut être le signe d'une volonté ferme, d'une capacité de résistance aux influences étrangères, d'un besoin d'a£Brmer son individualité, d'un désir d'autonomie, insuffisamment éclairés encore par une intelligence incomplètement développée ; pour ma part, je suis loin d'y voir une disposition naturelle fâcheuse, bien au contraire, à condition qu'il ne se perpétue pas dans l'âge mûr, où il n'est plus qu'obstination aveugle et ridicule, impuissance véritable de la volonté. D'autant plus qu'alors cette instabilité de la volonté devient facilement emballement ; elle est quelque chose comme ce « vertige moral » si bien décrit par M. Renouvier, et qui nous fait céder à toute idée frappante, à tout sentiment vif, au dernier motif suggéré qui possède, en l'absence de tout contrôle, la supériorité générale de l'actuel sur le possible, du présent sur le passé ou sur le futur. En ce sens Grote * reproche avec raison aux Grecs leur faiblesse, car c'est bien de la faiblesse que de se laisser emporter par l'impression du moment.
La ténacité véritable, la persévérance, la constance sont au contraire des qualités rares autant que précieuses. Rien ne sert en somme de vouloir fortement, avec impétuosité, si Ton ne sait pas poursuivre avec continuité le but que l'on s'est proposé, si l'on s'en laisse à chaque instant détourner pour s'engager dans une autre voie.
Entreprendre mille choses à la fois ou successivement, sans s'y tenir, sans rien achever, se disperser, c'est se condamner finalement à l'insuccès. L'agitation diffère à ce point de l'activité féconde qu'elle en est presque l'opposé. Bien