Grote. Histoire de la Grèce, !!• partie, ch. lxiv
vouloir ce que Ton veut, c'est s y attacher d'une manière durable et permanente, c'est conserver à la conduite sa direction, c'est faire converger vers une fin unique constamment voulue tous les moyens dont on dispose. « Que je me lève, écrit M. Ribot, pour prendre l'air à ma fenêtre, ou que je m'engage pour devenir un jour général, il n'y a qu'une différence du plus au moins : une volîtion très complexe et à longue portée, comme la dernière, devant se résoudre en une série de volitions simples successivement adaptées aux temps et aux lieux*. » Mais qui ne voit la différence capitale qui sépare ces deux cas? Sans doute, à ne considérer que cette décision particulière, h engager ^ elle ressemble singulièrement à cette autre, aller faire telle visite ou telle promenade. Mais où tout change, c'est quand Tune, au lieu de se limiter à elle-même, devient le point de départ et le point d'aboutissement de mille volitions futures ; il y a là une différence qui n'est pas seulement du plus au moins. Autre chose est vouloir quelque chose pour le moment et pour un moment, autre chose continuer à la vouloir et coordonner en vue de cette décision fondamentale une multiplicité de décisions particulières. Il y a là subordination à un principe permanent ; il n'y a plus simple succession temporelle, il y a finalité, puisque la décision dernière est tout ensemble la cause et l'effet des actes intermédiaires, considérés comme moyens. Un élément nouveau et irréductible est apparu : l'unité de direction. En ce sens une décision à longue portée n'est plus comparable à .une décision simple ni même à une série de décisions simples. Il n'y a plus seulement succession, mais synthèse, convergence vers une fin stable. La persévérance est d'un prix inestimable, elle est la condition de la puissance, de la solidité du caractère : grâce à elle seulement on est quelqu'un.