‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 46 sur 92 · I. Rabior. Luc. cH · texte numérisé non relu

I. Rabior. Luc. cH

L'une et l'autre vraisemblablement, et en tous cas on ne peut dire qu'une forme organique en crée une autre, ni que celle-ci soit simplement moyen par rapport à la première. Pour ne citer qu'un cas aussi singulier que connu, on ne peut concevoir aucun de ces deux rapports dans celte coexistence singulière, signalée par Darwin, entre la couleur blanche des poils et la couleur bleue des yeux, d une part, et la surdité d'autre part chez les chats. En fait, il en va ainsi, et c'est tout ce que Ton peut dire.

Ce sont des lois analogues que nous rencontrons entre les divers éléments du caractère. Là aussi, au point de vue théorique, il peut y avoir des relations de coordination et de subordination ; là aussi il y a des coexistences et des incompatibilités régulières. Là aussi, on ne peut ramener ces rencontres à des lois définies de causalité ou de finalité ; — il ne faut pas toujours vouloir expliquer, c'est déjà quelque chose que de constater. Mais surtout, la rigueur de ces lois est infiniment moins grande encore dans le domaine de la psychologie que dans celui de la zoologie.

IV. — Considérons, en effet, des lois du premier grenre ; elles expriment, avec un degré de précision supérieure ce fait que, dans un individu donné, la sensibilité, l'activité, l'intelligence réagissent les unes sur les autres, de sorte que la forme particulière de l'une est liée étroite- "^^nt à la forme particulière des autres, parce qu'elles se conditionnent mutuellement et sont par là même en con- ^^xîon réciproque. — 11 ne s'agît pas évidemment de savoir ^^ la sensibilité, l'intelligence et l'aclivité peuvent se ^^v-^lopper parallèlement -eu si le développement supérieur ^ l*une entraîne nécessairement un abaissement corres- ^^ï^c3ant de l'autre. M. Ribot proteste très justement contre ^^>e qui voudraient traiter ce sujet en purs logiciens, et il ^^^'^jte des formes mixtes, c'est-à-dire des caraç,\.fe\^% ^\

120 LRS LOIS DB <:0MPOSITI0N DES KLI^.IIENTS DU CARACTÈRE

se dislinguenl par la prédominance simultanée de deux facultés. Ce qui est vraiment intéressant a notre avis, c'est de noter quel genre d'intelligence ou d'activité coïncide avec tel genre de sensibilité. Dire avec M. Fouillée qu'il existe des hommes doués de beaucoup de sensibilité et en même temps de beaucoup d'intelligence et de peii de volonté; d'autres, au contraire, de beaucoup de sensibilité et de peu d'intelligence avec beaucoup de volonté; dire seulement cela c'est employer des expressions assez peu précises et c'est même passer à côté de la véritable question. Sans aucun doute un homme dont l'émotivité est très vive peut être d'intelligence trh déceloppre, mais qui différera vraisemblablement, et par sa tournure, et par sa direction, de l'intelligence trh développée dont est capable aussi un apathique. Le biologiste ne se demande pas si un système respiratoire se rencontre avec //// système circulatoire^ mais quelle forme déterminée de l'un est unie à telle forme déterminée de lautre. De la même manière le psychologue doit rechercher quelle forme déterminée d'activité ou d'intelligence coïncide avec telle forme déterminée de sensibilité. Alors seulement on conçoit ce que peuvent être ces relations définies ; alors seulement on comprend nettement que toute modification de l'un des éléments entraine des altérations correspondantes dans les autres.

Une foule de causes concourent à dissimuler ces lois, et ces lois elles-mêmes n'ont pas un caractère de nécessité absolue. 11 semble bien difficile en pareille matière de dire : jamais ou toujours : il s'agit d'une constance plus accusée, d*une rareté plus remarquable. Certains traits de caractère qui semblent inconciliables peuvent néanmoins exceptionnellement coexister dans certains individus. La Biologie ne nous présente-t-elle pas des faits analogues ? N'y a-t-il pas dans la nature des êtres qui u réunissent en eux des caractères disséminés ailleurs chez des êtres fort éloignés », ceux

qu'Agassiz nomme des types synthétiques et qu'on pourrait peut-être appeler des types paradoxaux? L'Éthologie se trouve en présence de semblables difficultés. Il convient d'ailleurs d'observer que dans la plupart des cas, certaines particularités, si Ton y regarde de plus près, permettent de considérer des exceptions apparentes comme d'indirectes confirmations. Parfois il se produit une sorte de compromis : les traits opposés se neutralisent dans une certaine mesure, mais à la manière des alcalis qui neutralisent les acides en donnant naissance à des sels ; je veux dire que, par une sorte de pénétration et de transformation réciproques, les éléments en présence en arrivent à réaliser un état d'équilibre particulier qui rentre alors au moins partiellement dans la loi. Parfois aussi il en résulte un état de contraste, de conflit tel que, par une sorte de jeu de bascule, certain système de tendances ne s'exalte que quand certain autre s*efface du moins momentanément ; — à moins qu'ils n'entrent directement en lutte et ne divisent en quelque sorte l'individu contre lui-même ; et ce sont là, non seulement des traits de caractère très dignes d'être notés, mais aussi comme une démonstration par l'absurde de la loi elle-même.

Des observations de même nature se présentent au sujet des lois de subordination. L'être psychologique et moral, disions-nous, est un système d' « éléments » ; mais il y a toujours quelque ressort principal qui communique son impulsion propre, quelque caractère prépondérant (la faculté maltresse de Taine) qui marque son empreinte sur les autres fonctions, autour duquel gravite, duquel dépend plus particulièrement tout le reste. Un tel caractère n'est pas seulement dominant, il mérite d'être appelé dominateur, car sa présence ou son absence entraîne la présence ou l'absence de tout un groupe d'autres caractères coordonnés entre eux. Il est dominateur aussi en ce sen^ (\y3L\\ ^ ^wi\\^

122 LRS LOIS DE COMPOSITION DKS I^LÉMENTS DU CARACTÈRE

définition de Tespèce une importance plus considérable, de telle manière que deux individus se ressemblent plus entre eux quand ils le possèdent en commun, bien que différents à d'autres égards, que s*ils se ressemblaient par dautres points et différaient par celui-là.

Seulement, ici, il n'y a pas une hiérarchie aussi fixe et constante qu en biologie. Suivant les individus c'est tantôt la sensibilité, tantôt l'activité, tiintôt Tintelligence qui sont dominatrices. — A cet égard encore, au demeurant, la zoologie peut nous fournir des points de comparaison. « L'importance d'un organe, écrit Milne-Edwards, peut varier considérablement d'un animal à l'autre; et telle partie qui maîtrise en quelque sorte toute l'économie chez certaines espèces, se trouve ailleurs déchue de son rang et réduite à un rôle secondaire *. » En psychologie, on pourrait presque dire que cette interversion est la loi, de telle sorte que le caractère dominateur doit être pris, suivant les cas, tantôt de l'une, tantôt de l'autre des grandes fonctions de la vie consciente : la seule difficulté est de savoir combien on comptera de fonctions fondamentales.

Il n'en reste pas moins que l'individu dont la caractéristique principale, la faculté dominatrice est telle ou telle, n'a plus, comme nous récrivions plus haut, que le choix entre un certain nombre de formes déterminées, en ce qui concerne les autres facultés. Et cette ambiguë possibilité est très intéressante encore à noter avec précision ; elle complète le sens et la portée des lois de coordination, par cela même qu'elle les limite. Elle les limite, mais ne les

1. Cité par Rabier : Leçons de Logique, p. 211. — Ainsi « la formule dentaire, si importante chez les mammifères, comme l'a montré Cuvier, perd une grande partie de son poids chez les vertébrés à sang froid ». — « Le mode de placentation entraîne ordinairement tout un ensemble organique; pourtant ici encore il y a des exceptions : ainsi le chevrotin qui est un ruminant, devrait par sa placentation appartenir à l'ordre des carnassiers » [Id. ibid.). — On sait enfin que la valeur dos caractères varie pour un môme ^e aux divers stades de son évolution;

LOIS DE COORDINATION ET LOÎS DÉ SUBORDINATION I2l3

supprime pas. C'est ainsi qu'un homme chez qui le trait saillant de la physionomie morale sera une certaine forme de sensibilité pourra présenter ou bien tel trait ou bien tel autre en ce qui regarde l'activité ou Tintelligence. Un individu chez qui la caractéristique frappante sera une sensibilité obtuse et languissante (un apathique) pourra être un inerte ou un actifs un esprit étroit et routinier^ ou au contraire doué d'une très haute intelligence. Voilà Tambiguïté. Mais d'autre part, son activité, son intelligence auront néanmoins une certaine tournure siii generis qui ne serait pas la même chez un sensitif d'une haute intelligence et d'une grande activité : et voilà le rapport de corrélation. Et en conséquence, si le caractère dominateur, dans un autre individu, doit être pris de l'activité, il pourra se faire que cette même forme d'activité laisse le choix entre divers Diodes de sensibilité, mais qui, eux aussi, auront une commune tournure et par là le différencieront de l'apathique que nous supposions tout à l'heure ^

Ces considérations générales ne peuvent évidemment ivoir la prétention de se suffire à elles-mêmes. Elles ne sauraient être précisées et rendues instructives que par 'application qui en sera faite quand on essaiera de formuler [uelques-unes de ces lois. Elles ne nous ont pas semblé nuLiles toutefois, d'abord pour mieux fixer le sens de nos nvestigations, et ensuite pour faire pressentir la singulière complexité du problème et excuser peut-être en partie ce [u'il y aura nécessairement d'incomplet dans les chapitres [ui vont suivre.

\ . Remarquons que de là résulte cette conséquence : les altérations ac- [uises, les modifications ultérieures, en ce qui concerne telle ou telle onction, entraîneront dans tout le reste du système des altérations corréaitives et d'autant plus profondes que la transformation primitive aura ►orté sur un caractère plus important. C'est un point ([ue nous aurons à xaniiner dans la troisième partie.

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