‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 51 sur 92 · Cf. Griesinger, Schùle* Ball^ Magnan, DnmaS} etc · texte numérisé non relu

Cf. Griesinger, Schùle* Ball^ Magnan, DnmaS} etc

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grins, des misères, des inquiétudes réelles ou imaginaires, mais toujours étrangement amplifiés. — La pensée devient aussi, le plus souvent, d'une excessive timidité, d'une défiance extrême qui se manifeste par des scrupules exagérés, une hésitation presque maladive à conclure, un balancement indéfini des raisons antagonistes, — quelque chose comme un vague commencement de folie du doute.

En résumé, les émotions excitantes agiraient dans le sens de la dispersion, les émotions déprimantes, dans le sens de Tagglutination mentale ; mais, comme les unes et les autres reposent sur un fond de faiblesse et de désorganisation nerveuses, il y a une sorte d'incompatibilité naturelle (non pas radicale toutefois) entre Témotivité et le pouvoir de contrôle intellectuel, le calme et la lucidité de la pensée, la coordination logique et méthodique des idées. Chez les émotifs, le a bon sens » n'est pas « la diose du monde la mieux partagée' ». Non pas que, chez certains, l'intelligence ne puisse être très élevée ; car s'il en est d'absolument médiocres et d'entièrement incohérents, il en est d'autres d'une singulière puissance et richesse d'imagination, d'esprit pénétrant et subtil, et qui touchent au génie, un peu, il est vrai, dans la mesure où le génie est une névrose. Mais avec des dons esthétiques éminents, de la fougue ou de la délicatesse, des envolées magnifiques ou des grâces captivantes, ils procèdent ■ toujours par fusées, manquant d^équilibre et de sérénité, d'aptitudes scientifiques, du moins dans l'ordre de la spéculation abstraite,

D. — Les passionnés. — Une fois encore il faut le redire, tous les degrés d'intelligence se peuvent trouver unis à une nature passionnée, depuis la brute jusqu'à un Luther

^- Mozart eut, toute sa vie, besoin d'un tuteur, et Byron, dit son bio- ^raphe et ami Moore, « était presque incapable de suivre un raisonnement réculier ».

i40 LES LOIS DE COMPOSITION DES ÉLÉMENTS DU GARACTÂRE

OU un Lamennais. Mais n'y a-t-il pas toujours une sorte de physionomie commune ? C'est ce qu'il convient d'examiner. La mémoire, qui peut èlre très inégalement facile, riche et souple, est généralement précise, vivace, tenace, mais partiale aussi, n'arrêtant et ne retenant que ce qui importe à la passion, avec des lacunes singulières. L'imagination présente les objets de prédilection avec un relief saisissant; elle est grossissante, ardente, absorbante, impétueuse, au service des appétits et des désirs, nullement contemplative, non plus que langoureuse ou sentimentale, si ce n'est parfois par un effet de contraste violent. Les associations, généralement par similitude, sont gouvernées par la passion dominante qui n'évoque que les souvenirs, les images, les idées qui lui sont conformes ; ces éléments d'ailleurs sont fortement liés entre eux en un système stable, et se prêtent malaisément à la dissociation qui leur permettrait d'entrer dans des synthèses nouvelles, de se recombiner suivant un plan différent : d'où quelque chose d'un peu étroit et d'un peu raide dans l'allure générale de l'esprit. — L'attention, d'une prise vigoureuse, manque d'indépendance, ne se prête pas volontiers à toutes sortes de choses, subit parfois une sorte de fascination, se ferme d'autres fois avec je ne sais quelle brutalité. — La pensée est d'ordinaire concrète, malhabile à manier les abstractions et les hautes généralités; elle est hardie, impétueuse, puissante, chez les plus grands, emballée aussi et excessive, poussant jusqu'à l'extrême, jusqu'à l'absurde, souvent aggressive et se complaisant aux violences outrancières, d'une logique spéciale, vivante et enflammée, excellant à lancer d'un coup avec une force singulière toutes les idées, tous les arguments vers un but clairement vu, mais qui seul est envisagé, capable d'ailleurs d'une souplesse particulière qui consiste à tout ramener à son point de vue, à revenir, au milieu de multiples circuits, à son centre permanent. Par cela même l'intelligence est

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amenée à négliger beaucoup de questions et beaucoup d'aspects des questions envisagées, comprenant mal tout ce qui contrarie son système, entrant difficilement dans les idées et les théories des autres, ne s^arrêtant guère aux objections et ne leur accordant pas leur vraie valeur, ignorant Tart de douter où il faut, les réserves prudentes, les atténuations et les scrupules de la pensée. De convictions entières, ils voient nettement ce qu'ils voient, excellent à interpréter tous les faits dans le sens de leur passion, à trouver des preuves à l'appui de leurs amours, de leurs haines, de leurs jalousies, de leurs préventions, — mais sont comme aveuglés à Tégard du reste, et par leurs exagérations mêmes arrivent aux plus extravagantes erreurs. Ainsi « la clairvoyance de la passion * se concilie avec « Taveuglement de Tamour ». « Le premier soupir de Tamour, dit Young, est le dernier de la sagesse. » Ainsi, s'il est vrai de dire que « les grandes passions nourrissent Tesprit », il n'est pas faux d'ajouter : « il y a une plénitude de passion, il ne peut pas y avoir un commencement de réflexion » ^

11 va de soi d'ailleurs qu'il faut tenir compte de la nature et de la valeur des passions. Il en est de basses et de bestiales qui ravalent l'intelligence et ne s'accommodent d'aucune activité mentale ; il en est de nobles et de fières qui ne conviennent qu'à un esprit large et généreux, qui sollicitent le mouvement de la pensée et en exaltent l'ingéniosité ; il en est qui ne peuvent vivre que dans les ténèbres, d'autres qui ne s^épanouissent que dans la lumière. « Il y a des passions, dit encore Pascal, qui resserrent l'âme et qui la rendent immobile, et il y en a qui Tagrandissent et la font répandre en dehors. »

IV. — Ces relations entre la sensibilité et l'intelligence sont compliquées encore par ce fait que l'intelligence elle-

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