‹ Les éléments du caractère et leurs lois de combinaisonChapitre 53 sur 92 · Descuret. Médecine des Passions, p. 721 et sq(i · texte numérisé non relu

Descuret. Médecine des Passions, p. 721 et sq(i

RELATIONS ENTRE LA SENSIBILITÉ ET l'iNTELLIGENCE 145

devise la belle parole de Sénèque : Si mihi cum hac exceptione detur sapientia, ne cin communicem^ rejiciam^,

V. — Que rintelligence, quand elle est devenue à ce point souveraine, modifie toutes les autres manifestations de la sensibilité, les transforme ou les absorbe, c'est ce qui ne semble guère être contestable. Mais on peut ajouter que, d'une manière générale, l'intelligence réagit toujours sur la sensibilité ^ Aussi après avoir essayé de montrer comirient une forme déterminée de la sensibilité paraît bien entraîner une certaine nature d'esprit, il faut voir si une forme déterminée d'intelligence ne favorise pas réciproquement certaines dispositions de la sensibilité. Et ce sera un moyen de contrôler et de vérifier quelques-unes des lois de coexistence ou d'exclusion que nous avons cru pouvoir signaler plus haut.

En disant qu'un mode défini de sensibilité s'accompagne normalement d'un mode défini d'intelligence, nous ne voulions pas soutenir, en effet, que l'intelligence fût sous la dépendance exclusive de la sensibilité et que celle-ci ne pût à son tour subir Tinfluence de celle-là. Ce fait que tous les degrés de développement intellectuel sont compatibles avec n'importe quelle nature sensible, prouve déjà qu'il y a indépendance relative. Ce qui le démontre aussi c'est qu'en somme l'intelligence est le facteur de notre constitution psychique le plus directement modifiable et éducable. La discipline de la pensée est en somme plus aisée que celle du cœur ; mais l'instruction serait de peu dfe prix peut-être, si,

1. Cf. le mot de Fontenelle : « Si j'avais la main pleine de vérités, je me garderais bien de l'ouvrir. »

2. Nous n'avons pas à examiner le problème général de l'influence exercée par les représentations sur les sentiments, à montrer de quelle manière l'évolution de la vie affective est conditionnée par l'association des représentations. Ce point a été bien étudié par Lehmann, J. Sully, Ribot. ^lôfTding, etc. La question plus spéciale qui se pose à nous est de savoir si les modes spécifiques de l'intelligence ne contribuent pas à donner à la sensibilité un aspect particulier.

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par Hntermédiairc do la pensée, on ne pouvait pénétrer jus- l ^ qu'au cœur lui-même. Les idées agissent sur les sentiments ' ^ et cette action n'est pas nécessairement « instable, oscillante, faible, extrinsèque », elle ne s'exerce pas seulement « du dehors », mais « du dedans ». Il y a certes une influence qui s*exerce « de bas en haut »^ comme dit M. Ribot ; mais il y en a une aussi qui se produit de <c haut en bas »^ M. Fouillée l'a très justement soutenu : « Savoir ce qu'onBM sent, pourquoi on le sent, ce qu'on tend à faire, pourquo^= on tend à le faire, enfin quelle est la valeur de ce sentimen"^" i ou de cette impulsion, ce n'est point aborder les choses pa^ -r le dehors : c'est au contraire éclairer l'intérieur d'un^^- e lumière qui est elle-même tout interne, dont une certaine -«e chaleur est inséparable et qui par cela même est prête à s^ -«e convertir en mouvement visible *. »

La sensibilité elle-même n'enveloppe-t-elle pas déjà, eiMi ^n effet, un élément de connaissance? La sensation, Platon 1^ -BUe faisait remarquer, ne serait à peu près rien sans la mémoire -rrare qui la conserve, l'imagination qui la pressent, Tentende ^^kment qui la juge ; elle est cognitive en même temps qû'aCW^ ffective, et les -deux indissolublement. Nos désirs ou no ^cr^s aversions se précisent ou se modifient grâce à la connais^^^" sance que nous prenons de leur objet. Nos sentiments, no ^^s émotions les plus élevées sont aussi les plus complexes ; il -^^ supposent la combinaison d'une masse considérable d'élé ^^•' ments plus simples, dont un grand nombre sont d'ordre ^ intellectuel. Que ceux-ci soient amoindris ou multipliés, qup^ -*^ la nature de l'intelligence varie et la sensibilité tout entièr^^ ""^ sera du même coup transformée. L'intelligence se peu-^^^ développer de telle sorte qu'elle fasse contrepoids aux impul— ^" sions de la sensibilité ; de même que, si elle se laisse entrai—^" ner sans résistance dans la direction où elle est naturelle-^- "

ment sollicitée et comme inclinée par la sensibilité, elle ne manquera pas de confirmer celle-ci dans ses dispositions primitives en les exagérant encore.

Une intelligence obtuse, lente et paresseuse ne permettra pas à la sensibilité morale de se dégager, et ne laissera place qu'à des tendances inférieures et grossières. Chez ridiot, par exemple, Tobtusion des sentiments tient en grande partie à larrêt du développement intellectuel. La méchanceté, d'autre part, est en grande partie inintelligence. a Tous les idiots sont méchants, dit le D' Azam, tous ont un détestable caractère. « Et il ajoute : « Mal comprendre, ' tirer des conséquences fausses d'un fait quelconque, est l'origine de mille défauts ; voir les choses de haut, en prévoir les suites, est une condition importante du calme de l'existence. Ce calme et cette sérénité de l'homme intelligent ont sur le caractère une heureuse influence. On n'a qu'à regarder autour de soi pour constater que les hommes intelligents ont meilleur caractère que ceux qui ne le sont pas *. » On peut observer aussi très nettement dans la chorée cet abaissement parallèle de Tintelligence et de la sensibilité morale. Chez ces malades Tintelligence s'affaiblit singulièrement, au point qu'il y a parfois « une incapacité absolue de penser ». Ch. Lasègue- les dépeint « paresseux, bétas, indolents », et qualifie leur état mental <c d'état mental inférieur » ; « les manières de l'enfant, dit West, sont presque celles d'un idiot ». En même temps les sentiments affeclifs sont profondéments atteints. « Ordinairement, l'enfant témoigne de l'indifférence, de la méfiance vis-à-vis de ses proches. Il n'est plus caressant, affectueux comme par le passé. Il ne témoigne aucune sympathie aux personnes qu'il chérissait. Souvent encore il s'en prend à ses égaux, soit qu'il repousse ses frères ou ses sœurs, ses

1. Azam. Le Caractère dans La santé et dans la maladie^ p. 57*

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