Lasègue. Études inédicalest t. Il, p
camarades d*6coIe ou autres, soit qu*il les batte ou même quelquefois exerce sur eux certaines violences. Insensible aux caresses de son entourage, le malade se renferme dans un égoïsnie absolu ^ » L*cgoïsnie instinctif et en quelque sorte inconscient des apathiques lourds, Tégoîsme brutal des impulsifs, comme TégoYsme violent des passionnés dépendent au fond, dans une large mesure, de cet état d'infériorité mentale. — C'est qu'en effet, quand l'esprit s'habitue à ne jamais sortir de son étroit sillon, quand il se fige en une immobilité froide, s'abandonne à une aveugle routine, le cœur se rétrécit avec la pensée ; le sentiment, comme ridée, perd de sa souplesse, de sa vitalité, de sa chaleur, de son expansion ; il s'accommode lui aussi d'une sorte d'indolence, d'impassibilité, d'indifférence mesquine à l'égard tout au moins de ce qui ne le touche pas d'une manière immédiate et personnelle. La médiocrité d'esprit est à la fois le signe et la cause de la médiocrité d'âme.
D'autre part, on a souvent remarqué que le développement de la sympathie résulte de celui de l'imagination. Dugald-Stewart, après A. Smith, a très finement analysé ce phénomène. « Ce que d'ordinaire on appelle sensibilité dépend en grande partie de la faculté d'imagination. Offrez à deux individus un même tableau de souffrance ou de tristesse; par exemple, celui d'un homme que des circonsta^nces imprévues ont fait passer de l'aisance à la pauvreté. L'un d'eux, peut-être, ne sent que ce qu'il voit, n'éprouve que ce dont il a la perception par ses sens. L'autre suit en imagination cet infortuné dans sa triste demeure; il partage dans tous ses détails la détresse et l'angoisse de la famille et de son chef... A mesure qu'il avance dans ce tableau, sa sensibilité s'émeut ; ce n'est pas ce qu'il voit, c'est ce qu'il imagine qui le touche. On dira peut-être que c'est sa sensi-