A. Brelon. État mental dans la chorée, p
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bilîté même qui monte son imagination. Cela est vrai; mais il ne Test pas moins que c'est à l'imagination qu'il doit
l'exaltation et la durée de sa sensibilité 11 est probable
que la froideur apparente et l'espèce d'égoïsme qu'on observe dans beaucoup d'hommes tiennent en grande partie à un défaut d'attention et d'imagination *. »
L'excès d'imagination a donc, comme on l'a vu déjà, un étroit rapport avec les émotions tendres, la sentimentalité et aussi la mélancolie. 11 est lié d'une manière générale à l'émotivité sous toutes ses formes; il la surexcite, en accroît l'impétuosité, la mobilité et la tyrannie. Enfin il exerce des effets analogues sur les passions qui sont d'ordinaire, et si l'on excepte les passions purement organiques, d'autant plus impétueuses que l'imagination est elle-même plus ardente, a plus de force et de chaleur.
De la même manière, l'éparpillement des forces intellec-? tuelles, le manque d'attention, la légèreté d'esprit, l'inaptitude à réfléchir favorise une disposition analogue à ce qu'on pourrait appeler la dissipation sensible, je veux dire une certaine vivacité superficielle et changeante des sensations et des sentiments, une certaine gaieté frivole et enfantine qui nous livre aux impressions du moment.
La discipline de la pensée, tout au contraire, l'habitude de diriger notre esprit vers des recherches intellectuelles, tout au moins l'habitude de l'ordre, de la méthode dans les idées, — voilà qui a pour effet normal d'atténuer l'émotivité, de lui faire perdre en partie ce qu'elle peut avoir de tumultueux et de déraisonnable. Un esprit juste, un entendement clair et vigoureux, par conséquent la culture et l'exercice des
i. Dugald-Stewart. Philosophie de V esprit humain, ch. viii, section IV. Paris, FiUix Alcan. ~ Cf. H. Spencer. Principes de Psychologie^ trad. fr., t. Il, p. 590 et sqq. « Le degrc et l'étendue do la sympathie dépendent de la clarté et de l'étendue de la représentation... L'accroissement de l'intelligence est donc une condition de l'extension de la sympathie » — Cf. aussi Espinas. Sociétés animales, passim.
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facultés intellecluelles, conslituent la plus efficace protection contre les exaltations de la sensibilité, contre la dégénérescence morale. L'éducation intellectuelle, en nous amenant à penser avec plus de lucidité et de logique, en nous apprenant à réfléchir et à juger, à envisager les choses, les événements, les personnes et nous-mêmes d'une façon plus calme et plus impersonnelle, nous rend capables de contrôler nos émotions et nos désirs, de les réfréner, de les rendre moins turbulents et moins impulsifs ; peu à peu elle les apaise. Elle nous met en garde contre les duperies de l'enthousiasme et contre ces rêveries dangereuses ou coupables oîi d'autres se complaisent sans réserve. Elle est, comme l'avait admirablement vu Spinoza, le souverain remède contre l'esclavage des passions.
11 existe d'ailleurs un certain mode de développement, ou plutôt une certaine direction de l'intelligence, qui peut altérer plus ou moins profondément la sensibilité normale. Je ne veux pas ici parler seulement de Tabus de l'analyse qui flétrit et corrompt nos sentiments et nos affections. Mais l'abus de la pure spéculation peut détruire singulièrement en nous les tendances affectives et développer une sorte de sécheresse de cœur. Ce serait le cas de rappeler l'exemple de Gauss s'il n'était trop connu. En réalité, il y a là un phénomène de dérivation qui n'est qu'un cas particulier de la « loi de balancement des organes » appliquée aux fonctions psychiques. Tout excès de développement constitue une véritable anomalie et entraîne une atrophie correspon* dante.
Mais il n'en reste pas moins que le développement sain ^^ harmonieux des facultés intellectuelles est une garantie ^^ développement harmonieux et sain des facultés sensibles. ï^ fraîcheur et Tétendue de l'esprit, sa souplesse, une pen& ^ généreuse et vivante, curieuse et ferme, attentive et vij lante, la disposition à sortir de soi pour s'intéresser k toul
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choses et en môme temps à rentrer en soi-même pour de- , mander, comme parle Epîctète, le mot du guet à toutes ses idées, une intelligence lucide sans froideur, enthousiaste sans aveuglement, — cela seul donne à la sensibilité le calme et Télévation, la chaleur et la lumière, cela seulélarr git et vivifie Tâme et rend capable des sentiments nobles et supérieurs : « dans une grande âme, tout est grand ». — C'est qu'aussi bien tout se tient ici. En s'intéressant aux choses de la pensée, de Tart, de la philosophie, Thomme apprend à se désintéresser de lui-même : les jouissances délicates qu'il y apprend à goûter le détournent des satisfactions grossières et le rendent capable des généreuses amours et des belles passions. « Car si la haute culture moralise, c'est que la moralité est la première condition sousentendue de la haute culture, comme la première condition de la flore alpestre est un air pur ^ »
VI. — Est-il possible, maintenant, de dégager de toutes les observations précédentes quelques conclusions générales.
Sans méconnaître ce fait que l'intelligence peut se constituer en un système relativement indépendant de la sensibilité, il nous a semblé que des liens de corrélation réciproque les unissaient assez généralement. Ces rapports se peuvent ramener à quelques principes essentiels. Et d'abord, toutes les altérations pathologiques de l'une àe ces fonctions de la vie mentale s'accompagnent d'altération s de l'autre. Si la sensibilité tombe au-dessous d'un cert^ixi niveau, l'intelligence s'abaisse concurremment; si la serisibilité s'exalte au point de devenir morbide, l'équilibre ^^^latal se trouve du même coup compromis. La réciproque ^st d'ailleurs vraie.
1. Tarde. La Criminalité comparée, p. 117. Paria, FéVVx XVc^ïi.
A ne considérer que les phénomènes normaux et les individus sains, ce parallélisme se remarque encore. La lenteur des processus psychiques se manifeste à la fois dans le domaine de la sensibilité et dans celui de rintelligence. De même aussi, la mobilité, Tinstabilité des phénomènes affectifs coïncide avec un certain éparpillement intellectuel.
En résumé, la dissociation psychique et aussi la systématisation ou coordination mentale s'accompagnent dans ces deux sphères et s'y manifestent par des effets analogues: elles s'élèvent ou s'abaissent parallèlement, car elles tiennent vraisemblablement à de mômes causes profondes.