B. Pérez. Le Caractère de V enfant à l'homme, pp
d'une volonté toujours forte et toujours prête. Du signe il faut remonter à la chose signifiée. Certains types de caractères se trouvent enfin nécessairement omis. Par exemple, les Intellectuels auxquels on ne peut, j'imagine, assigner une forme bien déterminée de motilité. Et encore les Volontaires, à moins qu'on ne les range parmi les Pondérés, ce qui ne serait guère exact, d'abord parce qu'il y a des « pondérés», des (( équilibrés » qui ne sont pas des volontaires, et aussi parce que les « volontaires» ne sont pas toujours et nécessairement des « pondérés » au sens rigoui^eux du mot \
Je passe de suite a la classification de M. Paulhan, bien que chronologiquement elle soit postérieure à celle de M. Ribot, parce qu'elle me semble provoquer des réserves dont certaines (et les plus importantes) sont de même ordre que celles que nous venons de formuler. — Ici encore j'emprunte à l'auteur lui-même le résumé de sa doctrine. « Si nous considérons les qualités premières, susceptibles de constituer par leur prédominance des types psychologiques, nous aurons deux grandes classes à étudier : 1^ la classe des qualités qui se rattachent à la manière d'être des tendances, au caractère général de leurs relations dans un même individu...; 2"" la classe des qualités qui sont constituées par les tendances mêmes... La première classe comprend les formes de l'activité mentale, la seconde les éléments con-
4. Cf. Fouillée. Tempérament et Caractère, p. 17 : « La classification proposée par M. Péreznous paraît avoir un défaut capital ; elle repose tout entière sur de pures considérations de quantité, abstraction faite de la qualité. A quoi jugez-vous une mélodie ? Ce n'est pas seulement à l'intensité des sons et à leur rapidité ; il faut considérer leur rapport mutuel. Même dans un son isolé, c'est le timbre qui est distinctif, parce qu'il enveloppe, comme on sait, une combinaison d'harmoniques, dont les unes sont des consonances, les autres des dissonances. De même ce qui est caractéristique dans une individualité, c'est son timbre moral. Les observations sur les vifs et les lents nous semblent donc stériles, tant qu'on ne sait ni sur quelles qualités portent la vivacité ou la lenteur, l'énergie ou la faiblesse, ni quelles en sont les causes, ni quels effets s'en déduisent nécessairement. »
crets qui dirigent celte activité ^ » — La première classe an reste comporte deux groupes qu'il est nécessaire de distinguer : — ou bien il s'agit « des rapports des tendances, des désirs, des idées chez un môme individu, de la façon générale dont ils s'appellent et s'associent »; — ou bien il s'agit « des différentes manières dont les éléments peurenl réaliser ces formes générales », « des différentes qualités des tendances ». Mais dans les deux cas ce sont les formes de l'activité psychique que l'on envisage ; ce n'est qu'ensuite qu'on abordera la considération du contenu, de la nature propre des tendances concrètes. — Pour mieux comprendre le principe, voyons-en de suite l'application. Dans la première catégorie (types provenant des formes diverses de l'association psychologique), on rangera : les équilibrés, lo^ unifiés, les maîtres d eux-mêmes^ les réfléchis, les inquiets, les nerveux, les contrariants^ les imptilsifs, les composés, les incohérents, les émieftés^ les suggestibles^ les faibles, les distraits, les étourdis, les légers, etc. — Dans la seconde catégorie (types provenant des différentes qualités des tendances), nous trouverons les caractères larges ou étroits et mesquins, les purs, les tranquilles, les troublés, les passionnés, les entreprenants, les volontaires, les constants, les faibles, les changeants, les souples, les doux, les raides, les vifs, les impressionnables, les froids, les mous, etc. — Enfin, la troisième catégorie (types formés par la prédominance ou le défaut d'une tendance) cûoiprendra les types déterminés par : les tendances vitales (les gloutons, les sobres, les sexuels, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les gourmands, les intellectuels, les affectifs, etc.) ; les tendances sociales [égoïstes, altruistes, ceux chez qui domine Vamour, V amitié, les affections de famille^ les hionanitaires, les mondains, les professionnels, Iw
1. Fr. Paulhan. Les Caractères, introd. p. xi. Paris, Félix Alcan.
CLASSIFICATION DES CARACTÈRES i83
avares^ les économes, les orgueilleux^ les vaniteux^ les humbles^ les ambitieux^ les autoritaires, les soumis, les heureux, les jouisseurs, les pessimistes, etc., etc.); enfin les tendances supra-sociales (les formalistes, ceux qui ont ramo2/7' c?c5 principes abstraits, les mystiques, les amoureux du vrai^ etc.) *.
11 y a là une tentative dont nous ne méconnaissons certes pas la force et l'originalité. M. Paulhan a voulu déduire, en somme, des lois générales de la psychologie^ une détermination des divers t^pes humains. Il ne saurait entrer dans nos intentions de discuter ici et en passant le système philosophique de cet auteur et nous devons nous borner à sa théorie des caractères. Une première remarque s'impose : entre ces trois grandes catégories qu'on a distinguées, il est iien difficile d'apercevoir des relations nettes et bien définies. Une des formes générales de l'association entralne-tcUe nécessairement ou préférablement telle ou telle qualité fies tendances, et lesquelles ? Et encore telle forme d'association, telle qualité des tendances sont-elles aussi facilexnent compatibles avec telles tendances concrètes qu'avec telles autres? Je vois bien par exemple qu'il doit y avoir des rapports étroits entre certaines qualités de la prertiière
1. En fait, M. Paulhan distinguo non pas trois mais quatre catégories de ::]ualités psychiques; outre celles qui expriment : 1» « les rapports généraux des diverses tendances » ; — 2» « les différentes manières dont les éléments peuvent réaliser les formes générales » ; -— 3» « la prédominance ou le défaut d'une tendance » ; il y a une catégorie de qualités qui a diffère des -rois précédentes en ce que les qualités qu'on peut y ranger sont des com- Dinaisons de plusieurs traits empruntés aux classes précédentes. Ce sont ies produits secondaires de la vie, de l'activité des tendances dans certaines conditions, et, si grande que puisse être leur place dans l'existence, illes doivent être, au point de vue scientifique, considérées comme subordonnées ». Telles sont, par exemple, la susceptibilité y la jalousie^ la disposition au mensonge^ etc. Cette quatrième classe ne contient donc aucun îlément nouveau; « aussi serait-ce un tort d'étudier en elles-mêmes ces "ormes composées et dérivées, il vaut mieux les examiner chaque fois avec es éléments qui les composent ».
2. Ou du moins de sa psychologie, fondée sur la théorie de l'association fystémalique, et qu'il a exposée dans un remarquable ouvrage : L'Activité 'nentale et les Eléments de l'esprit. Paris, Félix Alcan, 1889.
MALAPBRTi Vi
iUi LF.S LOIS DR COMPOSITION DRi ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE
catégorie (inquiets, nerveux, composés, incohérents) et cer- Uiines qualités de la deuxième catégorie (troublés, changeants, émotifs) ; mais c'est peut-être qu'en dernière analyse on nous présente la môme chose a peu près, sous des noms différents et dans des classes différentes. Je ne vois plus aussi bien si la gourmandise. Tamour de l'humanité, le mysticisme, la vanité, le pessimisme s'accordent mieux Fun que Tautre avec les qualités distinguées dans les deux groupes précédents. Je suis même tenté de croire qu'on peut être peintre ou sculpteur et rentrer indifféremment dans nimporte lequel des types constitués par les formes de lassocialion ou les qualités des tendances. Et puis on peut être peintre et sobre ou gourmand, avare ou prodigue, jouisseur ou ascète. Ce qui tient sans doute à ce que les aptitudes esthétiques de tel ou tel ordre ne constituent ni des caractères, ni peut-être même de véritables traùs de caractère. En tous cas, il y a, au point de vue que nous venons d envisager, une indétermination manifeste, et qui, à notre avis, est particulièrement grave.
C'est qu'aussi bien il est assez peu légitime de partir des fçrmes de Tactivité mentale considérées in abstracto. O^ se heurtera à des difficultés inextricables quand il s'agî ^^ d'y faire entrer ensuite les éléments concrets eux-même^ ' et ce qu'il y a d'arbitraire et d'artificiel en somme dans cett^ méthode apriorîstique éclatera au moment où il faudi*^ passer de la théorie à la détermination du caractère d'U*^ individu donné. Le mode d'organisation des tendances t^^ dépend-il donc pas de leur nature même? Ne s'ordonnea*' elles pas entre elles suivant ce qu'elles sont en elles-mômôS et par elles-mêmes ? Les éléments concrets du caractère réagissent sans doute les uns sur les autres, s'opposent aussi les uns aux autres, se coordonnent et se subordonnent ; mais c'est précisément de la nature propre et de la prépondérance relative de ces éléments que résulte b
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le particulière de leur combinaison. C'est donc d'eux 1 faut partir et non pas de la loi abstraite qui exprime plement des rapports, indépendamment des termes. Un ctère n'est pas un mode de relations entre des tendances îhiques, il est ces tendances mêmes en relation les unes ; les autres. Il ne faut pas aller pour ainsi dire du Drs vers le dedans, mais au contraire du dedans vers le 3rs.
'est un défaut de môme nature qui se. remarque encore s la détermination des différentes tendances concrètes et s leur classification par M. Paulhan. Il définit chaque lance, comme Tobserve justement M. Fouillée, par son 5t, par la fin extérieure vers laquelle elle nous entraîne, e fond même de la vie intérieure n*est pas abordé. Et linent psychologue ajoute : « Entre ces formes générales l'association systématique et les objets particuliers des lances ou des passions, il nous semble qu'il doit exister intermédiaire, et cet intermédiaire, c'est précisément le ictère même, c'est-à-dire la nature propre de la sensité, de la volonté, de lïntelligence... Ce qui est primor- , c'est le mode individuel de développement et de foncmement du processus psychique, sentir, penser, vou- \ »
•es classifications de MM. Ribot et Fouillée se distinguent eisément des deux précédents en ce qu'elles portent on sur la forme, mais sur le fond. » En cela consiste à yeux leur supériorité, et nos réserves seront d'une tout :e nature. « Pour constituer un caractère, écrit M. Ribot, x conditions sont nécessaires et suffisantes : l'unité, la Dilité ^ » Cette définition permet d'élîmininer de suite les ombrables individus humains qui n'ont ni unité, ni staté, ni marque qui leur soit propre. Ces « cas frustes »
Fouillée. Tempérament et Caractèrey p. 127.
Ribot. Psychologie des Sentiments, II» partie, ch. xii, E« éd\\..^,^'^'5i.
t86 LRS LOIS DE COMPOSITION DRS I^.LRMBNTS DU CARACTÈRE
ce sont les amorphes et les instables. Celte exclusion opérée, la classification parcourra quatre degrés: Au premier degré, ou notera les conditions les plus générales, ce sont de simples cadres, correspondant aux genres en zoologie ou en botanique. — Au deuxième degré, on rencontrera les types fondamentaux, les formes pures, correspondant aux espl^ces. « Ici entre en scène un nouveau facteur : les dispositions intellectuelles. » — Au troisième degré, les formes mixtes ou composites, — analogues aux variétés. — Enfin les substituts ou caractères partiels dont la formule est celle-ci : « un amorphe plus une disposition intellectuelle ou une tendance affective très dominante... Le caractère partiel n'agit que sur un point,... pour tout le reste. il sent, pense et agit comme tout le monde. »
Le point de départ de la classification, son principe même, sera dès lors la détermination des fonctions essentielles de la vie mentale capables de donner naissance par elles-mêmes aux genres, par leur union avec les dispositions intellectuelles aux espèces, par leurs combinaisons entre elles aux variétés. — Or, pour M. Ribot, « le fond de tout animal, c'est le sentir et Vagir ». D'où deux grandes classes : les sensitifs et les actifs ^ auxquelles il en faut joindre une troisième caractérisée par l'atrophie de la sensibilité et de l'activité, les apathiques. Chacun de ces» gemmes se subdivise en espèces^ de la manière suivante :
' 1. Les Humbles. Sensibilité excessive, inl^^'
i iigence médiocre, activité nulle.
\ 2. Les Contemplatifs. Sensibilité vive, int^^^
Sensitifs : 3 groupes. . l Iigence aiguisée, activité nulle.
I 3. Les Emotionnels. Impressionnabil» ^ I extrême, intelligence subtile, aclW*- ^ \ spasmodique et intermittente.
1. Les Médiocres, Machines solides, foft^^ riche d'énergie et besoin de le dépensa */
Actifs • *> arouves } ^^^^ autre but que d'agir.
ALTiFh . . groupes . . . J 2. Les Grands-actifs. Fonds robuste d'acU
vite, intelligence puissante, pénétrantr^> raffinée:
I 1. Les Apathiques-purs. Peu de sensibilité, i peu d'activité, peu d'intelligence.
.PATHiQUES : 2 groupes. ; 2. Les Calculateurs. Intelligence puissante,
absence de spontanéité ; ils obéissent à
des idées.
Les formes mixtes résultent enfin de la rencontre dans in même individu et avec une intensité à peu près égale e deux des tendances fondamentales déjà distinguées, lous obtenons quatre nouveaux types :
A. — Sensitifs-actîfs. Sensibilité vive, tempérament actif, éros fougueux.
B. — Apathiques-actifs. Tempérament moral, se rapprohant des calculateurs, héros passifs.
C. — Apathiques-sensitifs. Atonie et instabilité, se jetant ans l'action avec violence, mais par épisodes.
Z). — Tempérés (mais M. Ribot ne pense pas que ce oient des caractères).
Telle est cette classification, la plus pénétrante et la plus raie, à un très grand nombre d'égards, que je connaisse, ille ne me semble pécher, si je puis dire, que par défaut ; îlle exclut trop, elle simplifie peut-être trop aussi.
Est-il bien légitime d'abord d'éliminer les amorphes et les astables, sous prétexte que les uns se prêtent à subir )ules les influences, et que les autres sont changeants d'un s tant à Tautre? Ni chez les uns, ni chez les autres ne se ncontre, dira-t-on, une singularité caractéristique, quelque ose de notable, un cachet original. Faut-il en conclure ^ils n'ont pas un certain caractère? — D'abord il n'y a ^ de purs amorphes et cette plasticité est chose variable in individu à l'autre ; ensuite elle est par elle-même un 5rne distinctif; enfin l'amorphe se rapproche fort de X>athique-pur dont M. Ribot fait une espèce, et qui n'est -^ beaucoup plus intéressant, puisque son originalité c'est ^tre une borne, ce qui est assez maigre après tout. De la lême manière, nul n'est absolument instable, ni instable au
môme litre, capable troscillalions également fréquentes, d*cgale amplitude, entre les mêmes pôles; ce fait, d autre part, de se montrer « capricieux, changeant d'un instant à Tautre, tour à tour inerte et explosif, incertain et disproportionné dans ses réactions », voilà qui n'est pas sans constituer une certaine originalité et qui (si nous n'entrons pas complètement dans le domaine de la pathologie) fait singulièrement ressembler « Tinstable » au « sensitif-émotionnel » qu'on nous dépeint « n'agissant que sous l'influence momentanée de motifs puissants, puis retombant dans l'inaction..., capable d'activité fiévreuse, puis traversant des périodes d'épuisement et de marasme. »
Passons maintenant aux types de caractères que retient M. Ribot, et voyons si le principe sur lequel il s'appuie pour classer tous ceux qui ne sont ni amorphes ni instables est suffisamment large. Ici encore je note trois exclusions principales qui ne me semblent pas entièrement justifiées. — D'abord, et ceci est le point le moins important d'ailleurs, on refuse de faire des Tempérés ou Équilibrés un genre et même une espèce. Sans doute ils sont nommés dans le groupe des types mixtes, mais en quelque sorte à contre-cœur, et à propos de Gœthe qu'on considère d'ordinaire comme un exemplaire presque parfait du type (ce qui au reste est fort contestable). M. Ribot va jusqu'à douter qu'il soit un caractère ou même un génie . Que les tempérés constituent une « espèce » distincte et nettement caractérisée, c'est ce qui nous paraît certain. Qu'on lise par exemple le très intéressant portrait que M. Pérez a tracé de M™° Roland S et Ton s'apercevra qu'un caractère de cette sorte appartient bien à un type défini et qu'il n'entre néanmoins d'une façon nette dans aucune autre catégorie. Il y a plus, nous voyons là non pas seulement une espèce, mais un genre. V harmonie,