PREFACE IX
d'innombrables combinaisons mentales qui font de chaque individu concret un être à part... De là le caractère instable et peu régulier des associations de qualités ».
Cependant M. Paulhan est amené à faire des concessions dont l'importance ne saurait échapper. Il reconnaît que parmi ces liaisons il en est qui sont « plus constantes et plus stables ». a On voit même s'ébaucher quelques associations habituelles de traits de caractère... Ça et là, on peut voir s'ébaucher certaines associations plus fréquentes que d'autres. Il est hors de doute que l'existence de certains traits de caractère aide à la formation et au développement de certaines qualités, tandis qu'elle nuit à d'autres. Il arrive aussi qu'on relève des associations assez fréquentes de qualités. » De ces connexions, l'auteur nous fournit même une explication : elles sont dues soit à l'unité de cause (un même caractère dominateur suscite et développe plusieurs quahtés) , soit à l'unité de fin (tout élément psychique tend à faire naître, à conserver, à développer les éléments qui peuvent s'associer à lui en vue d'une fin commune).
Mais tout cela admis, M. Paulhan estime « qu'il n'existe pas de lois réguhères et concrètes de corrélation entre les différentes qualités du caractère ». « Je ne pense pas que cette influence [des éléments du caractère les uns sur les autres] prenne généralement dans l'humanité des formes régulières, forme des groupes constants de types complexes où une des qualités détermine toujours un groupement semblable des autres, de manière à fournir une base possible à Ja classification des caractères. » En un mot, « ces associations n'ont
ni la fréquence, ni la régularité voulues pour constituer de véritables lois » .
Tels sont les arguments essentiels qu'invoque M. Paulhan. 11 me faut maintenant les examiner. — Et d'abord on n'a pas été sans remarquer que M. Paulhan admet, d'une part, l'existence de relations et de dépendances mutuelles entre les divers éléments du caractère dans un individu donnée et, d'autre part, que certaines associations sont jdus fréquentes que d'autres, qu'il en est d'assez fréquentes, d'habituelles : ces dernières auraient donc uneportée, non plus purement individuelle, mais d'une généralité relative. Dans un récent et curieux ouvrage sur les mensonges du caractère^ on trouve à cet égard des passages très significatifs. Je n'en cite qu'un : (( La fausse impassibilité s'associe en général avec certains traits de caractère sans que les corrélations qui s'établissent ainsi aient rien d'absolu. Les résultantes mentales s'obtiennent, au moins dans bien des cas, par des combinaisons diverses d'éléments assez variées, et l'équilibre moral peut résulter d'oppositions et d'associations bien différentes. Toutefois, quelques rencontres de traits de caractère se réalisent assez souvent, et nous trouvons ainsi que certaines qualités, certains défauts, certaines manières de sentir ou de penser se joignent assez communément à la fausse impassibilité. Elles tendent à la produire ou sont produites par elle, ou bien elles la renforcent et sont fortifiées par elle et la modifient en se transformant d'une manière appréciable et plus ou moins régulière \ » Mais, s'il en est ainsi, n'y aurait-il pas un intérêt de premier ordre pour
1. Paulhan. Les Mensonges du Caractère, Paris, Félix Alcan, 1905, p. 15.