Faguet. XVI1I'> siècle, éludes liltéraires, p. 31 sqq
â04 LRS LOIS DR COMPOSITION DR8 éLÉMENTS DU GARACTÈBE
doute compensée, mais déguisée par une certaine tendance a Tactivité. Celle-ci & son tour est rendue lente et calme par lapalhie môme. L intelligence, qui présente des qualités el des défauts analogues h ceux que nous indiquions plus haut, n'a plus ici la môme tendance h se constituer en un système relativement indépendant ; elle se met pour ainsi dire simplement au service des tendances actives, permettant de concevoir la fin et les moyens d'y atteindre. La volonté, ici encore, bien que plus développée sous sa forme active, el qui n'a guère à se manifester comme pouvoir de maîtrise el de domination, n'arrive pas à être le caractère saillant el prépondérant.
Dans le portrait qui suit, je noterai donc seulement les traits qui différencient cette espèce des autres du même genre << apathique ».
M. X... (portrait V). La sensibilité, Témoti vite sont très médiocres, — avec une disposition à la brusquerie, comme sous Faction de poussées impétueuses et même un peu brutales.
L^intelligence, très normalement développée n'a rien de contemplatif, de méditatif, de rêveur, d'imaginatif ; elle n esl pas spéculative non plus, ne se plaît que médiocrement aux abstractions, n a pas davantage au reste le sens du pittoresque, du beau : elle est un peu lente et lourde, mais nette, voyant les choses sans raffinement, sans subtibilité, mais avec justesse et rectitude : c'est un bon sens pratique assez vigoureux (se renfermant d'ailleurs volontiers dans la sphère délimitée par la fonction sociale).
Activité robuste qui a besoin de se dépenser, mais sans excès, d'une façon modérée et régulière, ne procédant pas par à-coup, par élans irrésistibles, mais continue. Un fonds assez riche d'énergie active, mais à qui l'apathie donne un caractère très net de calme et de flegme.
De la volonté, surtout sous la forme de la persévérance £l
du sang-froid, volonté faite principalement d'habitudes, venant en quelque sorte du dehors plus que du dedans. Je m'explique : pour un grand nombre de choses la volonté est molle, mais elle devient ferme quand il s'agit d'actes intéressant la dignité professionnelle, le point d'honneur. Aime à voir sa vie réglée, avec des obligations bien définies, qu'il saura accomplir ; n'aurait pas été aussi capable de se faire à soi-même, à coup de volonté, sa loi et son plan d'existence. Une volonté qui a le « tempérament militaire ».
Le Hollandais, lent, lourd, patient, appliqué, persévérant, avec sa prudence pratique et calculatrice, l'obstination méthodique de Teffort, rentrerait assez bien dans ce cadre ; on y pourrait aussi placer, aux plus hauts degrés de la série, ceux que M. Ribot classe parmi les calculateurs : Franklin, Louis XI, Philippe II d'Espagne, etc.
B, Les Affectifs. — Nous passons maintenant à notre second « genre ». Je les nomme les « affectifs » faute d'un nom meilleur, parce que « sensible » ou « sensitif » me semble comporter une détermination de sens, une spécialisation trop grandes. Je choisis le terme le plus vague, parmi ceux qui sont susceptibles d'exprimer la prédominance de la vie sensible, précisément parce qu'il est le plus vague et peut alors convenir aux diverses formes que revêt la sensibilité même. Ce mot, comme je lai déjà dit, signifie donc ici tout simplement ce fait que, chez les hommes de ce groupe, la sensibilité, quelle que soit sa nature propre, est dominatrice par rapport à l'intelligence et à l'activité, qui se peuvent présenter, cela va de soi, à des degrés très variables. Et comme je crois les genres « indescriptibles », j'aborde de suite la détermination des « espèces » et des « variétés » principales qu'on peut espérer différencier avec une suffisante précision. Je compte trois espèces : les Sensitifs, les Émotifs, les Passionnés.
son LRs LOIS ni: (:omim)siti<»' de» kl^.ments du caractère
I" Les Sensitifs proprement dits sont ceux chez qui la sensibilité (considérée surtout en tant qu'affectivité, aptitude à jouir et à souffrir) est exlrêmeinent vive, susceptible d'être ébranlée par le moindre choc, de vibrer au moindre contact. Ce qui les distingue des émotif;? c'est que ces impressions sont généralement mobiles, qu'elles n'ont point ce retentissement prolongé, cette persistance et cette profondeur qui caractérisent, comme on Ta vu, Témotivité proprement dite. — Maintenant, cette sensibilité, dont le développement est le trait fondamental et dominant des caractères de cette sorte, peut se présenter sous deux aspects principaux: elle peut être particulièrement douloureuse et par conséquent dépressive, ou au contraire tournée de préférence vers le plaisir et par là même expansive. J'appellerai les premiers sensitifs-purs ou sensitifs-passifs ou encore sensitifs-inertes, et les seconds sensitifs-vifs ou si Ton veut sensitifs-agités.
a. Sensitifs-jmrs ou sensitifs-passifs. — C'est à peu près ceux que M. Ribot, soas le nom de sensitifs-humbles, décrit ainsi : « sensibilité excessive, intelligence bornée ou médiocre, énergie nulle ; tels sont leurs éléments constitutifs. Leur note dominante, c'est la timidité, la crainte et toutes les manières de sentir qui paralysent... Ils ont conscience d'être faibles, sans ressort pour l'action, sans esprit d'initiative ». — Ils sont en général pessimistes ou du moins douloureux. Une sensibilité organique aiguë les prédispose à la timidité renfermée, à l'inaction par peur de l'effort; ils sont volontiers défiants et inquiets, n'osent rien entreprendre, ont toujours peur de se compromettre, soit en agissant, soit en s'abstenant. La volonté chez eux est presque absente, elle n'arrive guère à se constituer par suite d'un excès d'inhibition des tendances, résultat de leur sensibilité à forme déprimante.
M"' X... (portrait VI). C'est une jeune fille souffreteuse.
de sensibilité douillette, d'aspect triste, s'inquiétant sans cesse de sa santé délicate ; craintive et timorée ; d'une câlinerie assez égoïste qui est plutôt besoin de se faire consoler, de se sentir entourée de soins affectueux, soutenue, réconfortée, que témoignage de tendresse active. Timidité extrême à l'égard des étrangers ou des indifférents, une certaine susceptibilité sans réaction, ou mieux facilité grande à se froisser, à se replier sur soi. Ce qui explique son antipathie pour les gens expansifs, exubérants, entreprenants.
L'intelligence est sans vigueur, sans relief; la mémoire manque de richesse, de promptitude, de ténacité, sinon en ce qui concerne les souvenirs pénibles, les douleurs organiques, les tristesses. Petite imagination, lenteur des associations, inaptitude à saisir des idées ou des théories un peu larges et élevées, esprit étroit, comme concentré, déprimé, jugement hésitant, scrupuleux et aussi tatillon et pointilleux.
Inactivité presque totale ; non seulement n'a aucune audace dans l'entreprise, mais même aucune énergie dans laréactivilé ; prudence excessive, se défie toujours de ses forces, s'attend à des choses désagréables et n'essaie pas de s'y opposer, voire de les éviter, plie le dos et se résigne d'avance.
Extraordinaire faiblesse de volonté; ne sait ni prendre une décision, ni résister; cède, se repent, change d'avis, a des velléités mais ne passe pas à l'acte, finalement se laisse aller, quitte à le regretter presque aussitôt. — Au total une figure pâle, effacée et douloureuse.
b. Sensitifs'Vifs, — Ce caractère correspond assez exactement à ce que Kant appelle le tempérament sanguin léger (Leichtblûtig), et dont il donne l'excellente description qui suit : « 11 est sans souci et d'espérance facile ; il donne à chaque chose, au premier moment, une grande importance
et ne peut plus ensuite y penser. Il promet magnifiquement, mais ne tient point sa parole, parce qu'il n'a pas assez réfléchi d abord sll pourrait tenir sa promesse. 11 est assez disposé a secourir, mais c'est un mauvais débiteur, qui demande toujours des délais. C'est un bon compagnon, enjoué, de bonne humeur, ne donnant facilement une grande importance à rien (vive la bagatelle !) et qui aime tout le monde. 11 n'est pas d'ordinaire un méchant homme, mais c'est un pécheur difficile à convertir, qui se repentira fort, mais ce repentir (qui ne sera jamais du chagrin) sera bientôt oublié. Le travail le fatigue, et toujours il est occupé, mais à ce qui n'est qu'un jeu, parce que c'est là un changement, et que la constance n'est pas son affaire ^ » Ces divers traits de caractère, nous avons eu occasion de le montrer en détail, découlent tous assez facilement de la prédominance de cette sensibilité mobile, expansive et tournée vers le plaisir qui est la note fondamentale du sensitif-vif. De là résultent ses qualités et ses défauts d'esprit, la tournure particulière de son activité et de sa volonté. J'ajoute de suite que nous trouverions ici une foule de nuances et de degrés déterminés non seulement par le développement variable -de l'intelligence, mais encore par l'exquisité, le raffinement et aussi la mobilité, l'impulsivité instable de la sensibilité, qui peuvent être fort divers. — Et ainsi certains représentants de ce type vont rejoindre les émotifs proprement dits.
Je choisis parmi mes notes le portrait suivant d'une personne qui me paraît une expression nette et en même temps moyenne (ce qui ne signifie pas médiocre ou vulgaire) du type que j'essaie de caractériser.
IVP*' X... (Portrait Vil). Jeune femme gaie, enjouée, expansive, rieuse; nulle trace de rumination psychique,