Ribot. Op. cit., II» partie, ch. xiv
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intellectuelles intervient pour modérer le tumulte des tendances affectives. EnGn commence une période oîi le zèle, lardeur, le désir s'éteignent progressivement; la fatigue, l'épuisement se traduisent par une sorte d'envahissement graduel de l'indifférence, de l'apathie et un retour à l'égoïsme.
L'évolution intellectuelle suit une courbe analogue. Le développement de l'intelligence est plus tardif que celui de la sensibilité. Les diverses fonctions intellectuelles apparaissent d'ailleurs dans un ordre qui va, lui aussi, du plus simple au plus complexe; les pouvoirs de représentation, de restauration, de combinaison sensible, précèdent ceux de conception, de systématisation proprement intellectuelle. Si nous appelons les premières des opérations automatiques, les secondes des opérations actives, on voit que Tindividu va de l'automatisme primitif à l'activité mentale, pour revenir à Tautomatisme. A Téparpillement mental succède la réflexion, Texercice des facultés de contrôle, la capacité plus grande d'attention volontaire, de jugement comparatif et compréhensif, d'abstraction, de raisonnement logique. Puis la déchéance se manifeste par une diminution progressive de la souplesse de Tesprit, de l'aptitude assimilatrice, du pouvoir d'adaptation, de la faculté d'acquérir des notions originales, de se plier à des points de vue nouveaux ; la pensée se borne pendant quelque temps à se maintenir dans ses positions ; elle s'ankylose en quelque sorte et s'ossifie ; les idées nouvelles ne se font plus jour, ne se laissent plus accepter : il y a un état singulier de misonéisme. L'esprit, qui est passé de la crédulité à la critique, tombe dans la routine. Enfin se produit la désagrégation, les systèmes se dissocient et l'individu marche plus ou moins lentement, plus ou moins complètement, vers la démence sénile.
L'activité, qui dépend dans une large mesure, comme on Va, vu, delà sensibilité et de l'intelligence, suit leur fortune.
âiO I.A FORMATION DU CARACT^.RR
Elle paraît à son apogée dans la jeunesse et ladolescence; mais c*est peut-ôtre une illusion. L'agilation, Télan impétueux et turbulent n*est pas la véritable plénitude de lactivilé, tout manque d'équilibre, toute incoordination, tout conflit se traduisant en dernière analyse par une déperdition de forces. I/activité la plus riche, la plus féconde, c'est la plus nettement orientée, la mieux réglée; aussi n'apparallelle qu'après la mobilité enfantine, après la fougue delà jeunesse, et atteint-elle son apogée, du moins se manifestet-elle sous sa forme la plus haute d'activité volontaire, seulement dans Tàge mûr. Ensuite les forces physiques déclinent; le goût et la puissance d'agir diminuent; on répugne de plus en plus à Teffort, on désire la paix, le repos, l'inertie. La force morale, le pouvoir volontaire sont altérés : l'irritabilité morose des vieillards en est la preuve.
Et, de même qu'au point de vue physiologique, les différentes phases de la vie individuelle semblent constituer des tempéraments différents, peut-être pourrait-on se demander si, considéré dans son évolution psychologique, chaque homme ne passe pas par différents types de caractères, Tenfance et la jeunesse correspondant au type affectif, la virilité au type intellectuel, ou au type actif, ou encore au type pondéré, la vieillesse au type apathique. Seulement il se produirait ici aussi des phénomènes analogues aux arrêts de développement et aux faits de récurrence.
Laissons de côté ces considérations trop hasardeuses, pour noter l'influence qu'exercent sur l'évolution psychologique trois lois d'une importance capitale : la loi d'adaptation, la loi d'habitude et la loi de balancement.
La loi d'adaptation apparaît sous un double aspect : externe et interne. Elle est adaptation du sujet conscient avec le milieu, et elle est adaptation du sujet conscient avec lui-même. Sous son premier aspect, elle exprime surtout une action sociale (éducation, instruction, mœurs, lois,
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métier, usages mondains, etc.); sous son second aspect, elle exprime essentiellement une action psychologique. Par loi d'adaptation j'entends alors la tendance plus ou moins consciente de Têtre vers la coordination, la systématisation de ses diverses fonctions. En ce sens, elle travaille à réaliser l'équilibre et lunité. Je laisse ici de côté la question de savoir si c'est une loi de mécanisme ou de finalité * ; je me borne à indiquer ses effets généraux.
L'esprit (en prenant le mot dans son acception la plus large) est essentiellement une synthèse active d'une infinité d'éléments, de tendances. Celles qui peuvent s'organiser finissent d'ordinaire par y arriver. Nous faisons en quelque sorte effort pour nous mettre d'accord avec nous-mêmes, pour faire « convenir », « conspirer » la sensibilité, l'intelligence, l'activité. Les fonctions mentales cependant ne se développent pas toutes paripassuy n'apparaissent pas toutes simultanément, ne se dirigent pas toutes nécessairement et primitivement dans le même sens. Aussi l'accommodation se réalise-t-elle progressivement et donne-t-elle naissance à une série de changements : de telle sorte que la loi d'adaptation est une véritable loi de devenir, une loi d'évolution. A coup sûr, on ne doit pas croire que l'unité soit jamais parfaite ; mais de cet idéal on se rapproche plus ou moins, et la santé morale consiste précisément en cela. Toujours des tendances divergentes subsistent, toujours nous sommes plus ou moins divisés contre nous-mêmes ; des systèmes peuvent se maintenir ou se former indépendamment des autres systèmes. Mais l'être s'accommode mal de ces tiraillements et de ces conflits ; aussi cherchons-nous à les faire cesser : nous adaptons nos idées, nos théories, à nos sentiments, à notre conduite, et réciproquement. « Presque toujours, pour vivre en repos avec nous-mêmes, nous travestissons en calculs et en
1. Cf. PovXhaji. L'activité mentale et les éléments de Tesprity Paris, F. Alcan. Malapert. V\
systèmes nos impuissances ou nos faiblesses ^ » Et c'est peutâtrc pourquoi nous ne sommes jamais ni tout à fait sincères ni entièrement de mauvaise foi. Malgré l'apparente unité la multiplicité subsiste, en effet, et Tincoordination sous la coordination. Mais encore faut-il que la désagrégation du composé mental n'aille pas trop loin. Si elle s'exagère, nous tombons dans la pathologie, nous voyons apparaître cet état de « misère psychologique » qui consiste essentiellement dans une impuissance singulière à réaliser la synthèse des phénomènes psychologiques :les éléments jouent alors d'une façon indépendante et automatique. Et selon que l'équilibre, l'adaptation, la systématisation se réalisent plus ou moins complètement, nous avons diverses formes de caractères. Mais ce qui nous importe en ce moment, c'est de noter à nouveau qu'en vertu de cette loi même qui tend à produire Tunité, le caractère doit se transformer et se modifier perpétuellement. La loi même de constitution du caractère est une loi d'évolution : la continuité n'est pas ici permanence, fixité , immutabilité ; elle est continuité de développement.
Il en est de même, au fond, de la loi d'habitude. Sur l'habitude, son rôle, ses effets dans le domaine de l'activité, de la pensée, de la sensibilité, tout a été dit et trop bien dit pour que nous y revenions ici^ C'est elle qui fait la solidarité des difTérents moments de la vie individuelle, qui lie le présent au passé et dans le présent préforme l'avenir. « Les actes successifs qui composent l'histoire d'une même vie sont liés entre eux, influent les uns sur les autres et forment, je ne dis pas un enchaînement nécessaire^ mais une série où tout se tient... Il y a une logique dans les choses... Ce que nous semons germe tout seul et nous récoltons en conséquence. Nous n'irions pas jusqu'à dire que la loi mécanique