V. Payot. La Croyance. Paris, Félix Âlcan
dire que la volonté, en tant que pouvoir d'agir, donne peu à peu naissance à la volonté comme principe dominateur, comme pouvoir de se gouverner, de se rendre maître de soi. Car le mot volonté, comme le mot liberté, se peut prendre en un double sens. On peut être « doué de volonté » sans être « une volonté », de môme qu on peut posséder une sorte de puissance de liberté sans être encore un agent vraiment libre. C'est pourquoi, dire, d'une part, comme nous l'avons fait, que Tacte volontaire est déterminé par le caractère, qu'il est la réaction propre du « moi », et dire ensuite que le caractère est déterminé par la volonté, ce n'est pas se contredire. La volonté, en effet, c'est, en dernière analyse, la conscience que je prends de tout ce que je suis, de tout ce que je peux, de mes appétits et de mes désirs clairs ou confus, de ce résidu obscur qu'ont laissé après elles toutes mes joies et toutes mes peines passées, de tous mes souvenirs, de toutes les idées lentement emmagasinées" en moi, de toutes mes habitudes de sentir, de penser et d'agir, et c'est aussi la conscience que j'ai de pouvoir combiner suivant un dessein constant et invariable cette masse d'éléments ; c'est la conscience de tout ce moi agissant. Par cela même qu'il devient conscient de soi, de sa puissance et de ses effets, qu'il se réfléchit, qu'il est transparent à lui-même, le moi devient une force nouvelle, un principe d'évolution et de progrès : il en arrive à se vouloir et à se faire. Mais pour y parvenir, il est nécessaire de croire d'abord à la possibilité de l'œuvre ; il est nécessaire de la tenter. Pour mériter et conquérir la liberté, il faut d'abord se vouloir libre. « La première des lois pratiques, avant ce qu'on appelle un bon usage de la liberté, c'est l'usage même. » (Renouvier.)
Maintenant, « se vouloir », au sens où nous venons de
prendre ce mot, c'est avoir « du caractère », c'est à ce qu'on
pourrait appeler le caractère psychologique, substituer, ou du
moins ajouter, le caractère moral. « Au point de vue prag-
Malapert. V^
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matiqiio. (*rril kiint. lu séinôiotique universelle emploie le mot car«icU>rc dans un double sens,puisquonditd*une part qu'un hoMinie a //7 caraclùre ou tel autre, et d*autre part qu'il a en ^'énéral dit caractère... Pouvoir dire absolument d'un homme : «« 11 a du caractère », ce n'est pas seulement avoir dit beaucoup de lui, c'est encore avoir fait son éloge... Avoir du caractère absolument, c'est posséder cette propriété de la volonté par laquelle le sujet s'attache à des principes déterminés qu'il s'est invariablement posés par sa propre raison*. » Avoir un certain caractère, c'est être, si Ton peut dire, le siôjje d'une association de phénomènes et de besoins qui font que l'individu sent, pense, agit d'une certaine manière. Mais être un caractère, c'est être l'auteur, le directeur responsable de ce système de pouvoirs, de forces, de tendances. Dans le premier cas, nos états, nos actes sont bien en nous et à nous^ et en un certain sens ils sont bien nous ; dans le second cas, ils sont de nous et par nous. Par l'effet de cette transformation du « naturel » en <c caractère », 1' « individu » devient « personne ». — «c Lorsque la liberté, dit profondément M. Renouvier, fait son apparition dans un être donné, cet être, lié par mille rapports aux autres êtres et à ce que lui-même était, à toutes les lois qui le constituent en le liant à soi et au monde, cet être acquiert une existence incomparablement plus propre; il se distinguait, il se sépare; il était lui, il devient par lui : de là une essence, ou, si l'on veut, une substance, dans le sens donné quelquefois à ces mots, un individu et le .plus individuel qui nous soit connu, l'individu humain, la personne humaine'. »
C'est ainsi, enfin, que se réalise la véritable unité, sans laquelle on n'est pas un caractère. Etre quelqu'un, c'est être un, pourrait-on dire, en modifiant légèrement le mot de Leib-