‹ Les éléments du caractèreChapitre 3 sur 26 · C’est moi qui souligne ce membre de phrase · texte numérisé non relu

C’est moi qui souligne ce membre de phrase

INTRODUCTION

pour une a Psychologie appliquée )) comme il dit, qui envisagerait les êtres et leurs caractères spécifiques, les individus réels, vivants, agissants, sentants et pensants. La première, par définition même, néglige tout ce qui n’est pas général; la seconde s’intéresse avant tout à ce qui est individuel, — ou plutôt, car en ce cas elle ne serait pas une science, elle se tient à mi-chemin entre l’individuel et l’universel, s’appliquant à déterminer et à classer les formes principales que peut revêtir la nature humaine, en un mot à distinguer et à définir des types. Il y a des types en psychologie comme en zoologie : les fixer appartient à l’Ethologie.

Le problème ainsi posé ne nous semble comporter qu’une méthode : l’observation et la comparaison. Sans aucun doute, dans cette étude il conviendra d’avoir constamment présents à l’esprit les faits et les lois que détermine la psychologie générale, les conclusions les plus élevées auxquelles elle est arrivée, concernant la nature de l’esprit humain et de ses opérations ; mais ce seront là des principes régulateurs plutôt que des prémisses dont il s’agirait de déployer les conséquences. De même que des lois de la Physiologie générale on ne saurait déduire les formes variables sous lesquelles apparaissent les divers systèmes organiques dans les espèces animales ou végétales et les lois de corrélation de ces organes ; — de même, des lois de la Psychologie générale il nous semble impossible de tirer par déduction les difïérents aspects essentiels que présentent la sensibilité, l’activité, etc., chez les individus humains, non plus que leurs modes de combinaison. Il s’agit en effet ici de quelque chose de tout à fait analogue à une Morphologie et à une Taxinomie.

De tout ce qui précède se dégage une conclusion. L’Ethologie, envisagée dans toute sa généralité, comprend, ainsi que A. Comte l’a établi pour la Sociologie, deux parties ; une statique et une dynamique. La première étudiera le caractère

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dans sa structure, si j’ose dire, dans ses organes et dans ses fonctions, dans les lois de coexistence qui relient les uns aux autres les organes et les fonctions ; la seconde l’étudiera dans ses manifestations, dans ses transformations, dans les causes qui déterminent cette évolution, dans les lois de succession qui y président. Or, la dynamique présuppose et tout à la fois complète nécessairement la statique. Cela semble évident surtout à qui estime que le caractère est essentiellement chose modifiable, perpétuellement en voie de changement. C’est pourquoi, — bien que nous nous sovons surtout placé au point de vue statique et pour ainsi dire morphologique, — il nous a paru impossible de faire totalement abstraction de l’autre face du problème. Sans doute nous ne pouvions songer à aborder dans son ensemble un sujet si vaste, si complexe, si digne aussi de tenter la plume d’un moraliste. Toute la science de l’Education y entrerait, avec la détermination de son but, de ses moyens, de ses méthodes, de ses résultats moraux et sociaux. Il était nécessaire d’imposer h nos investigations des limites très étroites. Nous devions étudier l’évolution du caractère à un double point de vue, et pour une double raison. Tout d’abord notre conception du caractère serait apparue singulièrement défigurée et inexacte, si nous avions laissé supposer que le caractère est fixe et immuable. L’étude morphologique des animaux à métamorphoses ne serait-elle pas irrémédiablement faussée, si l’on ne tenait nul compte de ces métamorphoses. D’autre part, en vertu même des lois de combinaison, d’action et de réaction mutuelles que nous avons à rechercher, les éléments constitutifs du caractère tendent à s’altérer réciproquement, à modifier profondément la physionomie primitive de l’individu. Les lois de composition du caractère ne prendront à nos yeux leur véritable signification que si nous avons soin d’en indiquer ces effets nouveaux et d’une capitale importance.

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Ainsi se dessinaient les grandes lignes de notre étude, ainsi s’imposait à nous notre plan. Trois grands ordres de questions doivent être successivement abordés.

Tout d’abord, il s’agissait de déterminer quels sont les éléments du caractère, j’entends par là les divers modes spécifiques de chacune des fonctions de la vie mentale. La sensibilité, l’intelligence, l’activité, la volonté, envisagées, non dans leurs phénomènes mais dans leur nature individuelle, se présentent chez les hommes avec mille et mille nuances variées ; mais ces différences sont d’inégale importance, les unes sont superficielles, les autres profondes; certaines expriment simplement des variétés au sein d’une même espèce, d’autres ont une valeur spécifique ou générique. Dégager ces formes essentielles et les distribuer méthodiquement, tel était le premier problème.

Maintenant, ces formes définies des diverses fonctions psychiques ne se peuvent unir indifféremment et comme au hasard, et de toutes les manières logiquement possibles; certains traits de physionomie morale vont ordinairement ensemble, certains autres répugnent en quelque sorte à se trouver associés et s’excluent normalement. De même qu’entre les formes organiques, il y a des rapports constants de coexistence ou d’exclusion, de même il doit y avoir des lois de composition des éléments du caractère. Il faudra les rechercher. C’est par là que l’Ethologie, telle que nous venons de la définir, est une science. C’est, pensons- nous, un des points essentiels d’une étude du caractère, un point aussi qui nous semble avoir été presque entièrement négligé par les auteurs qui ont traité la question.

Enfin, nous aurons à nous demander si, en vertu de la nature même de ces éléments et de leurs lois de combinaison, tout caractère n’est pas soumis à la loi du changement, quelles causes essentielles conditionnent cette évolution, enfin si elle ne dépend pas, partiellement au moins,

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de la réaction propre que l’individu est en possession d’exercer sur sa nature primitive et donnée.

III. — Une dernière observation. Nous ne traitons ici que de l’Éthologie individuelle, et même uniquement de l’Ethologie normale. Nous demanderons à la pathologie un très grand nombre de renseignements, mais seulement afin de nous éclairer sur ce qui a lieu dans la santé ou ce qu’on nomme ainsi. C’est là à coup sûr une limitation du sujet qui est arbitraire, mais qui ne nous paraît pas absolument illégitime. Théoriquement, l’Ethologie individuelle pour se constituer d’une manière scientifique supposerait peut-être achevées l’Éthologie des races, des peuples, des sexes, des groupes sociaux, etc. Car le caractère d’un individu donné peut être considéré comme constitué par un certain nombre de couches successives de plus en plus profondes ; sous les traits qui le diversifient, le distinguent de tous les hommes qui l’entourent, il y a des traits communs à tous les individus appartenant au même type sociaU ; plus au fond les traits du type national, puis ceux de la race, du sexe, et enfin ceux de l’humanité et de l’animalité même. L’Anthropologie générale doit évidemment creuser de plus en plus dans chacune de ces directions, et c’est de l’ensemble de toutes Ces découvertes partielles que pourra un jour sortir une théorie complète de l’homme. Mais il n’est pas possible d’oublier que la loi de la division du travail nous oblige à n’explorer que successivement et chacun pour soi ces multiples cantons de la science. Nous avons donc laissé de côté, dans la limite du possible, toutes ces considérations de sexe, de race, etc. ; nous avons aussi écarté la question de savoir si le caractère de l’enfant n’est pas autre chose que celui de l’adulte. Nous

l. Voir les intéressantes observations de M. Tarde sur les « types professionnels » ; — La Criminalité comparée, p. 51 et suiv.

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ne parlons que de l’adulte civilisé, indépendamment de sa nationalité, de sa profession ; et nous cherchons à déterminer en quoi consiste son caractère, et quels divers types on peut rencontrer, à cet égard, dans l’infinie multiplicité des individus donnés. Le problème, même ainsi restreint, ' nous a paru suffisamment délicat et complexe.

Enfin nous n’avons pas voulu proposer une théorie explicatwe : l’état actuel de la science ne nous semble guère en comporter de définitive. Avant qu’une interprétation rigoureuse des faits soit devenue possible, il faudra accumuler encore une masse considérable d’observations. Nous voudrions seulement en apporter quelques-unes.

En résumé, le caractère d’un homme, tel qu’il se manifeste à nous, c’est-à-dire sa physionomie psychique propre, ce qu’on pourrait nommer son « idiosyncrasie morale )), est constitué par un certain nombre de traits essentiels, d’éléments fondamentaux, c’est à savoir l’aspect particulier que présentent chez lui les diverses fonctions psychiques : sa sensibilité, son intelligence, son activité ; et chacune de ces fonctions peut revêtir un nombre défini de formes spécifiques assez nettement définies. — Ces éléments sont combinés entre eux suivant certaines relations constantes, qui donnent ainsi naissance à une pluralité de genres, d’espèces, de variétés, en un mot de types ; quelques-unes de ces lois de composition, quelques-uns de ces types peuvent être dégagés. — En dernier lieu, le caractère qui, en un certain sens, est inné, est néanmoins soumis à une évolution individuelle et la volonté peut être un des agents les plus importants de cette transformation. Voilà ce qu’on voudrait faire voir ici, et là pourrait être, dans la mesure où l’on y aurait réussi, l’intérêt de ce travail.

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