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X... (Portrait IX). Impressionnable et ardente, a

mais de sensibilité instable, passant du rire aux larmes, de l’emballement le plus déraisonnable au désespoir le moins justifié. Tempérament amoureux ; a des caprices très vifs et qui seraient des passions s’ils étaient plus durables. Coquette, cherche k plaire, aime attirer l’attention, se donne tout entière k l’affection actuelle; pas de naïveté.

mais beaucoup de spontanéité et d’irréflexion dans l’élan passionné.

La mémoire, l’imagination, le jugement sont sous la dépendance presque exclusive des émotions du moment. Voit les choses et les gens suivant l’état actuel de son cœur ; ne songe pas à ce qui ne la séduit pas ; le passé est pour elle presque aboli, du moment qu’il ne la touche plus : j’ai relevé chez elle des exemples d’oubli qui vont presque jusqu’à l’inconscience. Une intelligence intuitive assez vive et assez souple, du reste ; mais manque de bon sens, d’ordre dans les idées, de mesure et de tact, de fermeté et de stabilité.

Peu d’activité spontanée, de l’indolence même ; mais capable de danser toute une nuit, de patiner tout un jour ; ne faisant que ce qui lui plaît, et allant vite à l’excès. Des impulsions violentes, parfois tenaces, au service desquelles elle peut mettre beaucoup de souplesse et de rouerie câline. Mais pas de volonté réfléchie, froide, persévérante ; pas de suite dans la conduite, pas d’esprit d’ordre, ni pour l’ensemble, ni pour le détail. Abandonnant tout d’un coup : des volte-face subites, des coups de tête ; pas précisément fausse ou fourbe, et pourtant un caractère sur lequel il n’y a pas de fonds à faire, parce que la direction, la maîtrise de soi lui font complètement défaut, parce qu’elle se laissera toujours emporter par son cœur ou son tempérament et ne soumettra jamais sa vie à des principes arrêtés et immuables.

M. X... (Portrait X). Voici maintenant un type très supérieur du même groupe. — C’est un émotif, mais dont les émotions ont un caractère infiniment moins personnel : elles sont essentiellement d’ordre altruiste, ou social, ou idéal. Pas de trace d’égoïsme : affectueux, enthousiaste.

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généreux jusqu’à la duperie, confiant jusqu’à la naïveté, épris de littérature, de science, de justice sociale. Et tout cela avec exubérance. — Intelligence supérieure, vive, pénétrante, ingénieuse, riche, originale, mais un peu encombrée d’idées, manquant un peu d’ordre et de méthode, poussant dans toutes sortes de direction, capable néanmoins de s’attacher d’une façon exclusive et pendant longtemps à un certain ordre d’études, avec quelque chose d’excessif précisément dans son emballement et son exclusivisme ; des poussées et des soubresauts. N’a pas, au plus faible degré, le sens de la vie pratique. — De l’activité spontanée, aime le mouvement, a du ressort, est entreprenant, volontiers jusqu’à l’agitation. Nulle fermeté de volonté; imprévoyance et insouciance; c’est un impulsif aussi, mais un impulsif conscient, qui se rend compte de sa faiblesse de vouloir et en prend son parti, et se laisse aller, si l’on peut dire, par, principe. Pourra être entêté par accès, pour de petites choses, et cédera, dans des circonstances graves, à la première sollicitation : n’a pas de volonté de résistance et s’accommode très volontiers de n’être pas maître de soi.

C’est dans ce groupe que je rangerais des hommes comme B. Cellini, J. -J. Rousseau, Byron, Mozart, Musset, Berlioz, etc.

3° Les PassiojiJiés. — Chez quelques-uns des individus que nous venons de citer, en particulier chez B. Cellini ou chez Berlioz, nous voyons apparaître une violence, une fougue du désir qui les rapproche singulièrement des passionnés. Ils forment transition. Les vrais passionnés se distinguent en effet par certains caractères sur lesquels il est nécessaire de s’entendre. Ce qui fait la passion, ce n’est pas seulement l’ardeur, la force des tendances, c’est surtout

la prépondérance et la stabilité d’une certaine tendance exaltée à l’exclusion et au détriment des autres. La passion, c’est une inclination qui s’exagère, surtout qui s’installe à demeure, se fait centre de tout, se subordonne les autres inclinations et les entraîne à sa suite. La passion est, comme on l’a dit, dans le domaine de la sensibilité ce qu’est l’idée fixe dans celui de l’intelligence. Sans doute, pour être un véritable passionné, il n’est pas nécessaire de n’avoir eu dans sa vie qu’une seule passion, qui ait imposé à toute l’existence une sorte d’unité absolue, encore qu’elle soit pour ainsi dire extérieure et subie. Il est des hommes chez qui plusieurs grandes passions ont pu se succéder ou même, quoique plus rarement, coexister; uiais nous ne rencontrerons pas dans cette classe ce quelque chose de tumultueux, de désordonné, d’incohérent dans l’impétuosité qui caractérice les émotifs-impulsifs, même quand ils paraissent ressembler étrangement au type que nous avons maintenant à décrire.

Le Passionné est donc un homme dont la sensibilité profonde, ardente s’emporte tout entière en un sens défini, avec plus ou moins de fièvre, de bouillonnement intérieur, de saccades violentes, ou au contraire de continuité dans le développement et d’unité, de permanence, dans la fougue elle-même. C’est le tempérament des amours et des haines puissantes et exclusives. Ces hommes sacrifient tout à leur passion, en deviennent plus ou moins les esclaves. Ils peuvent être lents à s’émouvoir, mais leur impressionnabilité est lente aussi à changer, elle est tenace et profonde et durable; elle est beaucoup moins affectivité, aptitude à être ébranlé, que tendance, appétit, désir. Pour les juger d’ailleurs, il est nécessaire de tenir compte de la nature même, de la qualité

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de leurs passions : il en est qui ne sont que des brutes violentes et imbéciles, il en est d’autres qui, au service de passions égoïstes encore, mettent une intelligence supérieure, il en est enfin dont les passions sont essentiellement généreuses, désintéressées, altruistes ou idéales.

L’intelligence, ai-je dit, peut être très diversement développée ; mais elle présente toujours comme une physionomie commune. Cette physionomie, nous avons essayé ailleurs de la préciser; je n’en rappelle ici que les traits principaux. L’imagination, en général assez développée, est concrète et ardente, avec une certaine partialité, un certain manque de souplesse; elle n’est pas volontiers contemplative. La pensée abstraite, logique, méthodique, prudente, circonspecte, se rencontre rarement chez les hommes de cette classe ; elle peut avoir une très grande vigueur, mais elle a des préventions, des prédilections, des exagérations qui dénotent un défaut grave de réflexion froide et de pondération. — L’activité est d’ordinaire puissante, énergique, mais violente, emportée, fougueuse, dominée par l’intensité même de la passion. Les passionnés sont capables de puissants efforts et d’une ténacité remarquable. L’excès d’impulsion donne h leur volonté quelque chose de vibrant et d’énergique, mais en même temps supprime en grande partie le pouvoir de contrôle et d’arrêt. Ils sont faits pour dominer les autres beaucoup plus que pour se dominer eux-mêmes.

On pourrait distinguer diverses variétés au sein de cette espèce, et d’après l’élévation de l’intelligence, et d’après la somme d’énergie active, et surtout d’après la nature des passions. Les deux variétés essentielles seraient, comme je l’ai dit : les égoïstes et les altruistes . — Mais nous avons toujours en somme un même type fondamental de caractère.

Je ne sens pas ici la nécessité de présenter un portrait anonyme, car ce groupe est riche en hommes célèbres : ce sont ceux que M. Ribot appelle les héros fougueux: hommes de guerre, grands prédicateurs, ou apôtres, révolutionnaires, orateurs, écrivains, artistes ou poètes ; — c’est Alexandre et Napoléon, Pierre l’Ermite et Luther, saint Vincent de Paul ou Savonarole et Danton et Mirabeau, et Vallès et Lamennais et Michel-Ange et Alfiéri, et vingt autres dont le nom vient à la mémoire de tous.

C. Les Intellectuels . — Il est des hommes chez qui la vie psychique entière semble se concentrer dans l’intellection. Les idées sont pour eux la seule chose importante : ils vivent pour elles et par elles. L’intelligence chez eux, non seulement s’organise en un systèiîïe distinct, mais devient le système prépondérant et dominateur ; ils prendraient volontiers pour devise et pour formule ce mot de BufFon : « notre âme ne nous a été donnée que pour connaître. » Ce sont les Intellectuels, j’entends les intellectuels-exclusifs, les intellectuels purs. Ils ne manquent pas nécessairement de sensibilité et d’activité, mais elles semblent s’être concentrées dans le cerveau. — Schopenhauer les nomme des monstra per excessum, mais cette monstruosité n’est pas plus extranaturelle que celle d’un de ces grands ambitieux qui ont bouleversé l’univers. — On les pourrait subdiviser, d’après le tour d’esprit de chacun, l’objet particulier de leurs études, en concrets et abstraits, observateurs, systématisateurs, déductifs. — J’ai préféré les diviser en affectifs et spéculatifs ; et le premier groupe se subdiviserait lui-même en dilettanti et passionnés, ces distinctions me paraissent résulter des relations existant entre l’intelligence et la sensibilité. Le dilettante est celui qui, dans le jeu des idées.

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cherche le plaisir même qu’il y a à se prêter à toutes les formes de la pensée; c’est à sa manière un sensuel. Le spéculatif poursuit la vérité pour la vérité même; il cherche, pourrait-on dire en retournant le mot de Pascal, les choses et non la recherche des choses. Enfin il peut se passionner pour cette possession du savoir au point de sacrifier aux choses de l’esprit, au besoin de connaître, tout ce qui charme et attire les autres hommes.

11 s’en faut donc de beaucoup que l’intellectuel soit nécessairement un apathique. Sans doute il peut se faire, en vertu même de cette loi de balancement qui régit l’ame comme le corps, que le développement de l’intelligence se fasse au détriment de la sensibilité et de l’activité. Surtout il arrivera que la pensée, étendant son empire sur tout l’organisme psychique, refrène et modère les élans tumultueux de la sensibilité et, donnant à l’âme le calme et la sérénité, paraisse créer une sorte d’apathie supérieure et acquise. Mais la domination que peut exercer l’intelligence n’est nullement exclusive d’une sensibilité forte, d’une énergie puissante. Seulement il est à penser qu’elles prendront une tournure et une direction particulières. L’agitation vulgaire'et extérieure et contingente disparaîtra pour faire place à des sentiments plus hauts, à des joies plus austères et moins périssables, à une activité plus intérieure, mais non moins féconde.

1° Les Intellectuels- Affectifs. — Faute d’un meilleur mot, j’appelle ainsi ceux chez qui l’activité intellectuelle tout en étant prépondérante apparaît comme pénétrée pour ainsi dire de sensibilité, comme ne se développant ainsi que parce qu’elle est par elle-même source de plaisirs sans cesse renouvelés ou objet de passion inassouvie. D’où les dilettanti et les passionnés.

23i LES LOIS DE COMPOSITION DES ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE.

a. Les dilettanti. On a si souvent analysé le dilettantisme de Renan qu’il semble le représentant le plus caractéristique de cette variété : et on y a tant insisté que cela ne me paraît qu’à moitié exact. Il entre pourtant bien dans cette catégorie où je rangerais volontiers aussi des hommes comme Léonard de Vinci peut-être, et à coup sûr Montaigne et Bayle.

Voici un homme que je connais et qui est un représentant moyen de ce type.

M. X... (Portrait XI). C’est un esprit avisé, ouvert et curieux ; d’une curiosité universelle, s’intéressant aussi volontiers aux choses de l’art, de la poésie qu’à celles de la science. Liseur infatigable, sachant beaucoup, apprenant beaucoup, pour le plaisir de lire, de savoir et d’apprendre. C’est le seul goût vif que je lui connaisse, mais il le porte à un rare degré. Ce n’est pas d’ailleurs une intelligence puissante, capable de construire de nouveaux systèmes, de poser les questions d’une façon originale, de laisser même une œuvre solide. Il ne songe guère à tirer parti de ses connaissances : il y trouve simplement son plaisir. — De tempérament calme et d’humeur égale, il pourrait au premier abord passer pour un apathique aimable. Ni vif, ni émotif, ni expansif, ni irritable ou susceptible c’est le modèle du galant homme et de l’homme du monde. Possesseur d’une jolie fortune il n’a pas eu besoin de rechercher une occupation pratique, et je suis convaincu qu’il y eût peu réussi s’il lui avait fallu beaucoup d’activité et d’énergie. Sa volonté n’a jamais trouvé d’occasions graves pour s’exercer; elle est assez faible en somme, s’accommode facilement de toutes choses pourvu c^u’il puisse se livrer à sa distraction favorite.

h. Les passionnés. — Ils ne se confondent pas avec les pas-

CIASSIFICATION DES CARACTÈRES.

sionnés proprement dits, la passion purement intellectuelle qui les anime étant d’une nature toute spéciale et ayant des effets très particuliers. Bordas-Demoulin et ce Mentelli dont j’ai déjà parlé sont des expressions remarquables de cette variété. (Voir F. Huet, Histoire de la vie et des ouvrages de Bordas-Demoulin, et Descuret, Médecine des Passions.)

2° Les Spéculatifs. — Ce sont les grands intellectuels, les intelligences souveraines. Je me borne à citer au hasard du souvenir Cuvier, Gibbon, Kant, Helmholtz, Spinoza, Wœpke, Ampère. — « A quoi sert le monde? )) disait ce dernier. « A donner des pensées aux esprits, » Et M. Fouillée qui cite cette parole, ajoute : « Voici l’intellectuel et sa vision de l’univers. Ce même Ampère, peu de temps avant sa mort, discutait philosophie avec un de ses amis, et comme ce dernier lui conseillait de ménager ses forces et sa santé : « Ma santé ! s’écria-t-il, il s’agit bien de ma santé ! 11 ne doit être question entre nous que de ce qui est éternel. )) [Tempérament et Caractère, p. 153.) Et si l’on veut voir comment la sensibilité et la volonté peuvent être transformées et pour ainsi dire transfigurées par une pensée qui ne s’attache qu’aux choses éternelles, on n’a qu’à relire la biographie de celui que Schleiermacher appelait « le grand, le saint Spinoza ».

D. Les Actifs. — A l’encontre de M. Fouillée, je considère les actifs comme constituant un genre à part et qui se distingue des volontaires. Ce genre, M. Ribotme semble l’avoir excellemment décrit : tendance naturelle et sans cesse renaissante à l’action; ressemblant à des machines solides, bien munies d’énergie potentielle, vivant surtout extérieurement; surabondance de vie; gais, entreprenants, expansifs, hardis, audacieux, téméraires, en général optimistes, parce

qu’ils se sentent assez de force pour lutter contre les obstacles, les vaincre, et parce qu’ils prennent plaisir à la lutte. Le besoin d’agir, de se dépenser, voilà ce qui est dominant chez eux. « Considérez, écrit M. Ribot, un petit marchand, sans esprit, sans culture, appartenant h ce type : il se dépense en allées et venues, offres de service, bavardage sans fin ni trêve ; ce n’est pas le seul appât du gain qui le soutient ; c’est sa nature qui le pousse; il faut qu’il agisse. Mettez un sensitif à sa place, il ne fera que le strict nécessaire ou ce qui l’intéresse. » (Ribot, Article cité^ p. 493.)

Chez les actifs la sensibilité est en général, nous venons de le voir, tournée vers le plaisir ; elle est expansive et mobile. Ce ne sont pas des émotifs, ce ne sont pas non plus de purs sensitifs, bien qu’ils se rapprochent parfois de ces derniers. Ce qui les en distingue c’est que l’activité chez eux vit d’elle-même, n’est pas subordonnée h la sensibilité, n’en attend pas les impulsions, mais semble au contraire les prévenir.

L’intelligence qui peut être, tantôt très médiocre, tantôt très élevée, pèche toujours par un défaut de réflexion, de méditation ; elle est un peu capricieuse et dispersive, insuffisamment calculatrice et spéculative. Pour agir vite, il ne faut pas trop comparer les motifs et les mobiles, il ne faut pas trop considérer surtout les raisons de s’abstenir. Aussi les vrais actifs n’ont-ils jamais le souci de ce qu’ils ne peuvent atteindre, de l’idéal; ils se soucient peu de subtiliser; ils ont le mépris de l’idéologie. Ils manquent de vie intérieure, précisément parce qu’ils ne vivent que pour l’action, pour le dehors.

Et cela donne à leur existence un caractère très remarquable de légèreté. Je veux dire par là que leur vie ne se

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déroule pas avec un enchaînement logique et progressif ; ils n’en relient pas les divers moments par une série de méditations ; elle ne se prolonge pas, elle recommence sans cesse ; l’expérience les instruit peu, parce qu’ils ne retiennent d’elle que ce qui peut les engager à agir encore. Leur volonté présente donc des lacunes graves. Ils veulent pour ainsi dire au jour le jour, et leurs voûtions forment une succession et non pas une série continue : leur volonté et par conséquent leur caractère manque de cette unité intérieure [idem velle, idem noUe) dont les stoïciens faisaient la condition essentielle de la force morale.

Suivant que cette activité est plus ou moins puissante, qu’elle revêt des aspects différents dans sa façon de se dépenser, qu’elle est unie à une intelligence faible ou remarquable, nous avons affaire à des variétés diverses de ce type: les médiocres, les agités, les grands-actifs.

Les actifs-médiocres. — Ce sont ceux dont l’activité, encore que robuste et riche, ne se dépense pas avec une grande vivacité, et n’est pas mise au service d’une intelligence bien développée. La sensibilité chez eux est médiocrement impressionnable; les émotions sont rares et fugitives ; ils conservent perpétuellement une égalité de bonne humeur assez terne et un peu molle. Us manquent d’enthousiasme et d’exubérance. Leur intelligence est routinière et monotone. Leur volonté pèche par défaut d’originalité et de personnalité, de suite et de ténacité; ils se laissent volontiers conduire et agissent pour agir, par besoin avant tout, et dans la direction qui se présente ou qu’on lui indique.

M. X... (Portrait XII) est bien un de ces hommes. C’est un homme facile à vivre, bon garçon, pas précisément enjoué et rieur et boute-en-train, mais de belle santé et de belle

humeur, ne s’inquiétant pas, ne se troublant pas, ne perdant pas facilement son sang-froid. Passablement égoïste, peutêtre tout simplement parce qu’il lui faudrait un grain de nervosité de plus : un agréable compagnon au demeurant, nullement contrariant, nullement susceptible ou irritable. — L’intelligence est moins que brillante; il n’a jamais eu grand goûta le cultiver; il n’aime point discuter, ne s’intéresse guère aux choses. de la science, de l’art, de la littérature, de la politique : quelques idées peu originales, peu profondes, peu larges, peu variées lui suffisent à cet égard. Il ne manque pas de sens pratique et positif. — C’est un actif : il aime le mouvement, l’occupation, monte à cheval, chasse, fait de l’escrime, s’adonne à tous les exercices du corps, a le goût des voyages, le tout sans emportement, sans frénésie, comme si c’était un métier auquel il se serait consacré. — La volonté chez lui manque de relief; il se décide vite, ou du moins ne délibère pas longtemps, mais accepte presque toujours ce qu’on lui propose, n’est ni persévérant, ni tenace, est un homme d’habitudes beaucoup plus que de principes.

2® Les Agités. — Ici apparaît une forme très différente d’activité, que nous avons eu précédemment à décrire. Voici des hommes qui entreprennent mille choses, quitte à n’en achever aucune ; ils sont toujours en quête de projets nouveaux ; ils vont, viennent, ne peuvent se fixer, brassent des affaires, changent de but, de métier. Leur activité n’en est pas plus féconde, bien au contraire; mais ils s’étourdissent et étourdissent les autres ; le rôle de mouche du coche leur convient à merveille. — Les désirs et les sentiments sont vifs mais très superficiels; ils se prennent et se déprennent, s’intéressent aux choses et n’y songent plus; sont toujours

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gesticulant, riant, plaisantant ; amis universels, disposés à rendre service à tout le monde, démonstratifs et bruyants, mais sur lesquels il ne faut pas compter : ils sont tellement occupés qu’ils vous oublient dès que vous n’êtes plus là, pour se mettre à la disposition d’un autre. — D’esprit brouillon, bien que parfois amusants dans leur vivacité primesautière ; passant d’une idée à une autre, distraits et dissipés. — Leur volonté présente les mêmes caractères: elle est instable et dispersée ; leur existence pourrait être figurée par une série de lignes brisées se succédant à peu près au hasard.

Je ne crois pas nécessaire de donner ici un portrait individuel, les traits que je viens de rassembler étant précisément empruntés presque tous à une personne qui me paraît un exemplaire à peu près typique de cette espèce de caractère. 11 ne serait pas impossible d’ailleurs de trouver dans l’histoire des noms à citer ici, et qui seraient des représentants éminents de cette espèce, Law, par exemple, et Beaumarchais.

3® Les grands actifs. — Chez ceux-ci l’activité apparaît à la fois plus puissante et plus régulière, plus continue; le besoin d’agir ne se dépense pas sans but ou pour mille buts. Ils combinent avec une intelligence plus ou moins puissante et raffinée les moyens nécessaires à la réalisation de leurs projets, qu’ils poursuivent avec hardiesse et persévérance. Ils s’intéressent sans doute vivement à ce qu’ils entreprennent, mais ce ne sont pas pourtant des hommes de grande sensibilité, ce ne sont pas des passionnés : parfois même ils semblent des sortes d’apathiques partiels. De même encore ce ne sont pas nécessairement de grands volontaires ; ils sont capables d’une énergie singulière dans l’accomplissement de

leur œuvre, et peuvent être de volonté indécise et faible dans tout ce qui lui est étranger. Leur témérité témoigne même souvent d’une certaine absence de sang-froid réfléchi et de possession de soi. C’est à ce groupe qu’appartiennent, dit M. Ribot, « les conquistadores du xvi® siècle, ces capitaines espagnols (F. Cortez, Pizarre) dont les expéditions ressemblent à un roman, qui, avec une poignée d’hommes hardis comme eux, renversent les grands empires du Mexique et du Pérou et apparaissent aux vaincus comme des dieux ». J’ai connu un homme, qui depuis s’est fait un nom comme explorateur, et que je retrouve dans mes souvenirs à peu près tel que voici :

M. X... (Portrait XIII). Un grand garçon en apparence assez mou, indifférent et calme, d’air un peu ennuyé: c’est qu’aussi bien au lycée, où nous étions, son goût de l’action, des voyages ne trouvait guère à se satisfaire. Peut-être aussi ce goût sommeillait-il encore en lui; déjà pourtant il rêvait d’aventures. Il ne me parut alors de sensibilité ni très impressionnable, ni très ardente. Les études classiques ne le séduisaient pas vivement, bien qu’il fût d’intelligence assez ouverte et vivante. Sorti du lycée il trouva sa voie, bien qu’il prît pour gagner l’Afrique un chemin d’abord singulièrement détourné. Il se prit de passion pour les voyages, mena pendant quelque temps une vie assez aventureuse et bizarre, partit pour l’Afrique un peu par hasard et dès lors ne songea plus qu’à se livrer à cet attrait irrésistible qu’exerçait sur lui le continent noir. Il y a fait plusieurs explorations remarquables et y a trouvé la mort.

E. Les Tempérés. — Jusqu’à présent, nous avons étudié des types caractérisés par la prépondérance nettement accusée d’une certaine fonction de la vie psychique. Nous rencon-

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Irons maintenant des hommes chez qui ce qui frappe au premier abord c’est au contraire un juste équilibre entre ces diverses fonctions. Et c’est là une forme de caractère qui me paraît aussi naturelle et aussi typique que celles qui proviennent d’une rupture d’équilibre. Les hommes de ce genre se subdivisent tout naturellement en plusieurs espèces : 1® suivant que l’équilibre est pour ainsi dire plutôt spontané et primitif ou au contraire acquis et dans une certaine mesure artificiel ; 2® suivant que les fonctions qui se tempèrent mutuellement et s’organisent entre elles sont ou médiocres ou puissantes. — C’est ainsi que je crois pouvoir distinguer : les amorphes et les équilibrés supérieurs.

1® amorphes. — C’est l’équilibre dans la médiocrité; ils se distinguent des apathiques en ce qu’ils n’ont même pas leur force de résistance et d’inertie. M. Ribot, qui refuse d’en faire des caractères, les dépeint excellemment : « En eux, rien d’inné, rien qui ressemble h une vocation ; la nature les a faits plastiques à l’excès. Ils sont intégralement le produit des circonstances, de leur milieu, de l’éducation qu’ils ont reçue des hommes et des choses... Ils sont ceci ou cela, au gré des circonstances. Le hasard décide de leur métier, de leur mariage et du reste : une fois pris dans l’engrenage, ils font comme tout le monde )). — Ils peuvent devenir « table ou cuvette )), mais jamais « dieu ». — C’est le moins intéressant peut-être, ce n’est pas le plus rare des caractères : on n’a qu’à regarder autour de soi pour trouver des gens de cette sorte ; c’est d’eux que l’on dit : c’est « une bonne pâte d’homme ». On en rencontre à tous les degrés de l’échelle sociale, dans toutes les professions et ils y ont leur utilité : on en obtient ce qu’on veut, à condition de ne leur demander qu’une bonne volonté assez molle, une application sans Malapert. 16

vigueur, une intelligence assez bornée, une initiative nulle. — Je n’ai évidemment pas de noms propres à citer, si ce n’est peut-être quelque royal personnage dans le genre de Louis XVI. Je ne vois pas de nécessité de donner un portrait, qui ne serait guère qu’une répétition monotone du mot : médiocre.

^ 2® Les équilibrés supérieurs . — Nous passons du groupe précédent à celui-ci par toute une série de degrés intermédiaires sur lesquels je n’ai pas à insister: une classification ne doit pas s’arrêter aux cas douteux ou ambigus, aux formes transitoires, mais dégager plutôt les formes nettes et fortement différenciées. — Chez les équilibrés-supérieurs l’harmonie se concilie avec la plénitude et la richesse de la vie psychologique dans toutes ses fonctions : c’est la modération dans la force. La sensibilité peut être fine et douée d’une certaine impressionnabilité forte et même d’une certaine ardeur ; mais elle ne s’épanche pas avec brusquerie et violence ; accessible à un très grand nombre de sentiments, elle trouve dans son étendue même et son élévation les conditions de son équilibre. L’intelligence est souple et variée, capable de s’intéresser h une foule de choses ; de la promptitude et de la netteté ; de la sûreté et un grand amour de la clarté ; beaucoup de modération plutôt encore que de force dans la pensée. Activité persévérante et réglée, de la patience et du calme, une énergie tranquille et éclairée, bien consciente de ses ressources, sans impétuosité fiévreuse, sans vibrance exagérée, mais puissante, nette dans ses déterminations, bien arrêtée dans ses fins et dans ses motifs.

Avec des nuances differentes et une légère prépondérance peut-être tantôt de la sensibilité, tantôt de l’intelligence, tantôt de l’activité, je retrouve cette forme de caractère chez

CLASSIFICATION DES CARACTÈRES

Raphaël et chez Gœthe, chez Descartes et Montesquieu, chez Biiffon et chez Michel de l’Hospital ou Hampden.

Tel, par exemple, Bufïon, dont M. Faguet nous donne le portrait que voici ; u Le fond de ce tempérament, c’est l’énergie tranquille, la patience, la lucidité, et la fierté sans inquiétude, c’est-à-dire sans vanité... La qualité essentielle de BufFon, c’est la bonne santé. Personne n’a eu, appuyée sur une robuste constitution physique, une plus magnifique santé morale. Il n’a vraiment pas connu les passions. Ce que, dans sa vie, on peut, à la rigueur, appeler de ce nom, n’est que caprices, délassements, ou plutôt distractions d’un tempérament vigoureux. Il n’a jamais ni brigué, ni tracassé, ni demandé, ni exigé. Jamais il n’a été irrité, jamais il n’a été jaloux. Son dédain vrai des critiques est quelque chose d’admirable. Il n’a pas fait attention même aux louanges; car, une fois pour toutes, il s’était accordé très franchement celles dont il se jugeait digne, et l’on eût été mal venu tout autant de les surfaire que d’en retrancher... Une chose humaine est inconnue de cet homme, c’est l’inquiétude. Il a trouvé la vie admirablement bonne... On définit avec netteté parles contraires. Songez à Pascal pour comprendre BufFon. Ce sont les antipodes. Ici le malade, le passionné, l’éternel inquiet et l’éternel efFrayé. Là le parfait équilibre, la puissance calme, le regard tranquille, le travail facile et régulier, la parfaite sérénité d’esprit et d’âme. )> (E. Faguet, Dix-huitième siècle.)

F. Les Volontaires. — H y a des hommes enfin chez qui ce qui est dominateur c’est la volonté même. Elle y apparaît, non plus comme un pouvoir subordonné, comme un élément conditionné, mais comme le principe supérieur, le

2ii LES LOIS DE COMPOSITION DES ÉLÉMENTS DU CARACTÈRE.

ressort capital auquel tout le reste se soumet plus ou moins complètement, duquel tout le reste dépend et reçoit son impulsion et sa direction. Ce sont proprement les volontaires, qui se présentent eux-mêmes sous deux aspects principaux, selon que la volonté s’y manifeste plutôt sous sa forme inhibitrice, ou sous sa forme agissante : d’où nos deux variétés : les Maîtres de soi, les Hommes d’Action. Il va de soi d’ailleurs que ces deux éléments constitutifs de la volonté ne sont jamais séparés l’un de l’autre et c’est pourquoi je distingue l’homme d’action de l’actif proprement dit. C’est pourquoi aussi il y a un certain nombre d’hommes qui sont h la fois de grands hommes d’action et des maîtres de soi, Wellington par exemple, pour ne citer que celui-là. Il est inutile enfin de faire observer que leur nature primitive peut être très diversement riche et puissante. Il y a, de l’une et l’autre de ces deux catégories, des représentants assez effacés, d’autres très supérieurs.

1*^ Les Maîtres de soi sont ceux qui emploient plus particulièrement leur énergie à se dominer, à se surveiller, à acquérir sur leurs passions un empire toujours plus complet. Si la sensibilité est naturellement ardente, ce gouvernement de soi suppose une lutte qui peut être sans cesse renaissante ; aussi sent-on chez eux comme un constant effort, quelque chose de contenu, le souci constant de se refréner; d’où parfois comme une sorte d’angoisse, une réserve un peu froide, de la défiance, une fierté un peu ombrageuse, quelque chose de hautain, mais avec cette nuance particulière qui ne se rencontre que dans les âmes hautes. Ils peuvent d’ailleurs, si la nature était moins rebelle, ou si la victoire a été plus définitive, arriver à un équilibre d’une nature spéciale que j’appellerais volontiers la pondération acquise ou voulue.

CLASSIFICATION DES CAUACÏÈRES.

Comme exemples je puis citer J. Reynaudet J. de Maistre, comme aussi M""® Swetchine et P. Mérimée, ou encore Épictète et Franklin.

Ce qui frappe le plus dans le caractère de J. de Maistre, tel qu’il se révèle surtout par ses lettres intimes, c’est une volonté constante de se surveiller, de se soumettre à de certains principes qu’il s’est faits ou qu’il a acceptés, mais qu’il veut immuables. Sa nature n’est pas de même espèce que son caractère. Il a une sensibilité vive, ardente et emportée même, impressionnable et irritable; le cœur est chaud, l’affection énergique, et on sent qu’il surveille son cœur. (( Allez bravement votre chemin, mon cher Rodolphe, écritil à son fils. Vive la conscience et l’honneur! Jamais vous ne trouverez dans mes lettres ni craintes ni lamentations. Tout cela sans préjudice de ce qui se passe dans mon cœur. » — (( Il est toujours bon de se surveiller )>, écrit-il ailleurs; et encore : a Je fais consister la prudence, ou ma prudence bien moins dans l’art de cacher ses pensées que dans celui de nettoyer son cœur, de manière à n’y laisser aucun sentiment qui puisse perdre à se montrer. )> — C’est là ce qui nous explique que son intelligence paraisse au premier abord en contradiction presque avec son cœur. « Il était très bon, a-t-on dit, et il a fait un système méchant. )) (E. Faguet.) C’est qu’il s’attache à des principes et que, dans le domaine des principes, il va jusqu’au bout, en tire avec une rigueur étrange toutes les conséquences qui lui semblent en découler ; et en théorie il est intransigeant, outrancier, violent même, car y il voyait un devoir impérieux, il y mettait son honneur et sa fierté, a Je continuerai toujours à dire ce qui me paraît bon et juste, sans me gêner le moins du monde. C’est par là que je vaux, si je vaux quelque chose. )) —

Cette volonté très ferme et très réfléchie, il l’appliquait surtout à se dominer. L’action proprement dite en souffre même d’une façon assez frappante. D’une prudence très calculatrice dans la préparation, d’une volonté très arrêtée, très hardie dans les décisions de principe, capable d’une très grande persévérance, il reste souvent hésitant dans l’action, irrésolu même, dans les petites circonstances de la vie pratique, lorsque son devoir, tel qu’il le conçoit, n’est pas en jeu. Et c’est en ce sens, je crois, qu’il faut prendre des passages de sa correspondance comme ceux-ci : a L’action me manque... Je voudrais vouloir, mais je finis toujours par penser... Je ne sais pas agir, je passe mon temps à contempler L »

Dans la même catégorie, comme type plus particulièrement de ceux qu’on pourrait nommer les pondérés, voici un homme dont je voudrais très brièvement esquisser la physionomie morale.

(Portait XIV.) — Sensibilité vive et expansive, modérée par l’intervention habituelle de la réflexion et des tendances morales ; altruisme et générosité, bienveillance et bonté ; goûts esthétiques et moraux délicats; droiture et sincérité; de la fierté sans vanité et sans hauteur. — ^ Intelligence naturellement fine, souple et ingénieuse, ouverte et franche, amoureuse de netteté, voyant les difficultés et les objections, très modérée et très réfléchie, avec plus de charme et de grâce que de profondeur, remarquable surtout par un souci constant de mesure, de justesse et de justice.

L’activité naturelle et physique est plutôt médiocre : le

1. Lettres et opuscules inédits du comte J. de Maistre, publiés par son fils le comte Rodolphe de Maistre, 2 vol. — Cf. Paulhan, J. de Maistre et sa Philosophie.

CLASSIFICATION DES CAIIACTÈRES.

tempérament est maladif. Mais l’énergie morale est grande ; la volonté est ferme, persévérante, bien déterminée par des motifs attentivement pesés et appréciés, sans emballements ni entêtements irréfléchis, capable toutefois d’aller au but fixé malgré qu’il en coûte et de sacrifier ses intérêts à sa dignité et à ses convictions. Plus disposée d’ailleurs à réaliser en soi un certain idéal moral, d’harmonie autant que de force, à acquérir la sérénité du sage, que tournée vers l’activité extérieure, individuelle ou sociale.

2® Les Hommes d’action. — Je les ai caractérisés, en somme, en en distinguant ceux que j’ai désignés sous le nom de maîtres de soi et de pondérés. C’est dans cette classe que nous devrons faire entrer tous les individus qui ont su poursuivre sans défaillance et avec une énergie tranquille le but qu’ils s’étaient fixé. Ils peuvent être, sans doute, plus ou moins intelligents, par là même s’être proposé des fins plus ou moins hautes ; ils peuvent avoir restreint leur activité et leur fermeté et leur persévérance dans les limites • de leur fonction sociale assez humble ou les avoir portées dans le domaine de la vie publique ; dans tous les cas ce sont des caractères d’une trempe supérieure, ce sont vraiment des hommes. Ils peuvent, d’ailleurs, avoir les défauts de leurs qualités, être de caractère rude et impérieux, autoritaires et sévères aux antres, d’honnêteté obstinée et non sans sécheresse et sans dureté, avoir ainsi de la raideur et je ne sais quoi d’étroit ; ils peuvent ne pas inspirer la tendresse, ne pas se faire aimer, mais ils commandent le respect; on sent qu’on peut compter sur eux et qu’on doit compter avec eux. Je me borne à en citer quelques-uns et juste assez pour fixer les idées : Bernard Palissy et Washington, ou encore Harrisson et Guizot.

Cette classification paraîtra sans doute à quelques-uns trop ^

compliquée, à d’autres trop simplifiée et n’enserrant pas ^ i dans ses cadres l’infinie complexité de la nature. Elle serait ^

assez large et assez restreinte à la fois, si tous les divers '

caractères que l’observation permet de constater, pouvaient ^

en somme entrer dans quelqu’une de ces divisions et subdi- j

visions, et si chacun des types que nous avons décrits parais- , ; sait assez nettement différencié de tous les autres. — Pour A

permettre de l’embrasser plus aisément d’un seul coup d’œil, nous devons la présenter en un tableau schématique, où nous indiquons les genres, les espèces et seulement les variétés essentielles.

Les Apathiques.

Les Affectifs. .

Les Intellectuels.

Les Actifs. .

Apathiques-purs.

Apathiques-intelligents, les calculateurs.

Apathiques -actifs. ji ‘

Sensitifs.

Sensitifs-passifs.

Sensitifs-vifs.

Émotifs.

Passionnés.

Les Intellectuels-affectifs

Émotifs-mélancoliques.

Emotifs-impulsifs.

Dilettanti. buP Passionnés.

Les Spéculatifs.

Actifs-médiocres.

Agités.

Grands-actifs.

Ç Urw'i

Les Tempérés .

Les Volontaires.

Amorphes.

Equilihrés-supérieurs .

Maîtres de soi. Hommes d’action.

Les types de lutte. U Les pondérés,

Avant de clore ce chapitre, nous devons prévenir deux objections qui semblent se présenter spontanément à l’esprit au sujet de cette classification. Il faut rappeler en premier

CLASSIFJ CATION DES CARACTÈRES

lieu que nous avons délibérément écarté les cas nettement pathologiques et que nous n’avons voulu décrire et classer que les caractères normaux b Ensuite il apparaît manifestement que le dernier genre que nous avons compté, n’est pas naturel au même sens et au même titre que les autres. Chez les Volontaires, le caractère n’est pas primitif et inné comme chez les Apathiques ou les Affectifs par exemple; il est quelque chose d’acquis. Mais nous devions examiner les hommes tels qu’en fait ils se présentent à nous, sans rechercher quelles causes ont contribué à les rendre tels qu’ils sont. Nous voulions seulement montrer comment, sous l’action des lois que nous avions essayé de dégager, les divers éléments du caractère peuvent, en se combinant et se subordonnant selon des relations définies, donner naissance à un certain nombre de types suffisamment généraux et caractéristiques.

C’est maintenant seulement que nous pouvons aborder la question de savoir si le caractère est toujours un don de la nature ou s’il ne peut être une création personnelle, si, en vertu de ces mêmes lois de réaction mutuelle, sa destinée interne n’est pas de se transformer et d’évoluer, si enfin la volonté ne constitue pas une force capable d’opérer cette transformation, la force souveraine qui du caractère psychologique fait sortir le caractère moral. Ce sera là l’objet de notre troisième partie.

1. Voir une très intéressante classification des caractères anormaux et morbides dans le récent ouvrage deM. Ribot : La Psychologie des sentiments, pp. 396-413.

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