Millier, Manuel de Physiologie, trad. fr. II, p
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moraux )) et des caractères. — Laissons-même de côté cette objection — capitale en somme — que M. Fouillée luimême, quand il propose sa classification des caractères, ne la fait plus reposer sur celle des Tempéraments physiques et moraux qu’il a d’abord esquissée. Le caractère, nous dit- on en effet, consiste dans « la réaction de l’intelligence et de la volonté sur le naturel ». Ce qu’il fallait donc, c’était montrer comment cette réaction personnelle peut agir, pour les transformer, sur chacune des formes typiques de tempérament. On ne le fait pas, ce qui semble bien autoriser quelques doutes sur la légitimité de l’entreprise. — Demandons-nous simplement comment on peut rattacher certains traits psychologiques définis à chacun des genres qu’on a biologiquement distingués. Nous avons vu qu’il y a deux grandes classes de Tempéraments : les uns, d’épargne, les autres, de dépense. On nous apprend alors que les individus chez qui dominent les processus constructifs ou d’intégration sont des sensitifs, ceux chez qui dominent les processus destructifs ou de désintégration sont des actifs. Et pourquoi ? Parce que « la volition et l’action musculaire sont manifestement une dépense d’énergie », et que « sentir c’est recevoir une impression ». N’est-ce pas par une sorte de symbolisme pythagoricien, on serait presque tenté de dire par une simple analogie verbale, qu’on en arrive à établir un tel rapprochement ? Ne serait-il pas plus juste de renverser les termes et de dire que les actifs ce sont ceux chez qui une intégration très énergique permet et provoque une dépense plus considérable d’énergie motrice ? La sensation n’est-elle pas une dépense aussi, et une émotion violente ne provoque-t-elle pas un épuisement nerveux plus profond que des mouvements musculaires ? Tous les travaux des
neiiropathologiies ne conduisent-ils pas à cette conclusion que les névroses avec exagération de la sensibilité, de l’émotivité, tiennent à un défaut de nutrition des cellules ? — Ajoutons d’ailleurs qu’il ne s’agit nullement de prendre le contre-pied des affirmations de M. Fouillée, ce qui serait tout aussi faux. Ce qu’il faut simplement retenir c’est qu’ici encore et malgré tout, le vrai point de départ c’est la description psychologique qu’on s’efforce ensuite et bien artificiellement de rattacher à des hypothèses biologiques fort contestables.
III. — Qu’on ne se méprenne point du reste sur le sens de ces conclusions. 11 ne peut être dans notre pensée de nier les rapports singulièrement étroits et vraisemblablement très constants qui existent entre l’activité biologique et l’activité psychologique. Tout ce qui se passe dans l’organisme retentit dans la conscience ; les crises physiologiques, les maladies modifient profondément notre sensibilité, notre activité, notre intelligence même ; le ton vital, l’état de nos viscères, le mouvement régulier ou irrégulier des organes, la structure et le mode particulier de fonctionnement du système nerveux en particulier, font en partie notre « nature psychique », du moins notre humeur. Mais l’humeur elle-même n’est pas sous la dépendance exclusive du tempérament ; il y a des nerveux gais et des nerveux tristes. Une foule de psychoses qui transforment l’humeur peuvent se développer sur n’importe quel tempérament, comme l’hystérie par exemple.
Nous sommes tout disposés à admettre que tout fait psychique suppose des conditions physiologiques, que chacun des modes de sensibilité, d’intelligence, d’activité
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que l’on peut distinguer chez les différents individus a sa base physique dans l’état du système nerveux. Ce que nous refusons d’admettre c’est qu’on doive partir de la considération de l’organisme, et demander à la théorie du tempérament des lumières qu’elle est actuellement dans l’impuissance absolue de nous fournir. Les aliénistes sont bien plus vraiment psychologues que certains psychologues. Sur quoi fondent-ils leurs classifications? Et pour prendre un exemple, comment arrive-t-on h une détermination nosographique de l’hystérie ? A coup sûr elle a ses conditions organiques définies ; mais on les ignore. On la considérera donc comme une maladie a sans lésion et sans localisation »; on la définira (( un mode particulier de sentir et de réagir », a une manière de fonctionner du cerveau » ; on la caractérisera par des « symptômes moraux », on l’étudiera dans ses (( stigmates et accidents mentaux ». (Briquet, Charcot, Legrand du Saulle, P. Janet, etc.) C’est cette sagesse, cette méthode vraiment scientifiques qu’il faut apporter dans l’étude du caractère et de ses rapports avec le tempérament. Il ne faut pas s’obstiner à prendre pour point de départ l’obscur et l’inconnu : la question est assez compliquée sans cela.
C’est de l’observation psychologique qu’il faut partir ; il faut constater quelles sont, en fait, les diverses façons de penser, de sentir, d’agir, qui caractérisent les hommes. Ce qui importe, c’est beaucoup moins le tempérament du corps que ce que Kant appelait le tempérament de l’ame, c’est-àdire, en donnant au mot un sens plus large que ne faisait Kant, la consrtitution psychique individuelle.