CHAPITRE VII
LES FORMES CLINIQUES DE L’'HYPERTROPHIE DU THYMUS ET LEUR DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
L’hypertrophie du thymus se manifeste cliniquement par des signes fonctionnels et des signes physiques. Aueun d’eux n’est pathognomonique.
Les signes fonctionnels n’ont rien de caractéristique,
puisque, nous le redisons, ils sont seulement des signes banals de compression qu’un grand nombre d’affections provoquent aussi bien. Cependant, par leur groupement, leur évolution, ces signes donnent parfois au syndrome thymique ‘des formes cliniques suffisamment différenciées pour que la possibilité d’une hypertrophie du thymus se présente à l’esprit. :
. [1 faut essayer d’appuyer ce qui n’est jusque-là qu’une impression : on recherche et on analyse les signes physiques que présente le malade. Ces signes sont nets, sont douteux ou manquent totalement. Quand ils sont présents, iis peuvent, eux aussi, donner lien à des erreurs d’interprétation : nous venons. de les signaler.
On est conduit alors à passer en revue les affections où
quelques-uns de ces signes fonctionnels et physiques se rencontrent également : on diseute le diagnostic différenhel de l’affection.
Au total, on arrive à soupconner l’hypertrophie du thymus
1° En y pensant systématiquement et en en recherchant les signes devant toute manifestation de sténose laryngée ou trachéale, de compression des vaisseaux et des nerfs de la partie supérieure du thorax se produisant de façon continue ou paroxystique chez le jeune enfant et en particulier chez le nourrisson ; s
2° En discutant la valeur de ces signes et en cherchant si leur groupement et leur évolution rentrent plutôt dans le cadre de l’hypertrophie du thymus ou des affections ‘du
jeune âge qui peuvent revêtir une symptomatologie ana-
logue.
Nous avons désormais à l’esprit tous ces signes ; voyons dans quelles affections on peut les rencontrer et cherchons
quelles nuances, quelles dispositions particulières de ces.
signes caractérisent plus spécialement telle ou telle affection, tel ou tel syndrome.
Nous nous rappellerons toutefois que chacune de ces
affections, chacun de ces syndromes peut coexister avec.
l'hypertrophie du thymus.
A. Diagnostic différentiel des formes latentes de l’hypertro-
phie du thymus se traduisant par des accidents brusques
et graves de suffocation et de cyanose.
Les corps étrangers des voies aériennes, les papillomes du larynx, l'œdème de la glotte, le croup d'emblée, la la-
ryngite striduleuse, le spasme de la glotte peuvent donner
lieu à des accidents brusques et graves de suffocation,
accompagnés de tirage et de eyanose, analogues à ceux.
où \ < que l’on observe dans les formes jusque-là silencieuses ou latentes de l’hypertrophie du thymus.
1° CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AÉRIENNES, — L’introduetion des corps étrangers dans l’arbre respiratoire se fait, dans la grande majorité des cas, par les voies naturelles. Les anamnéstiques suffiront donc fréquemment à assurer le diagnostic. C'ependant, il peut arriver que l’origine de l’accident soit passée inaperçue, et'c’est ce qu’on ob-
serve souvent quand il s’agit de très jeunes enfants. Il peut arriver aussi que l'introduction se soit faite par des voies artificielles : par une plaie accidentelle ou opératoire portant sur le canal aérien, par le passage, de l’œæsophage dans la trachée, d’un corps étranger des voies digestives qui a provoqué une ulcération, par le passage dans la trachée ou les bronches d’un fragment de ganglion altéré qui a ramolli les parois.
La récente observation suivante de MM. Halipré et Perchepied (1) mérite d’être résumée
Une fillette de 4 ans, en bonne santé, meurt en état d’asphyxie aiguë au bout de trois heures. A l’autopsie, la trachée incisée, on trouve au niveau de l’éperon, un COrpS jaunâtre d’une longueur de deux centimètres environ, dont l’aspect rappelle celui
d’un gros haricot blane gonflé et légèrement macéré. A deux x - centimètres “de l’éperon, on trouve sur la face latérale de la | trachée un orifice arrondi de la grosseur d'une très petite lentille. Un stylet introduit dans l’ouverture s'engage dans une miasse ganglionnaire voisine qui renferme un gros ganglion caséeux. L'examen du corps allongé trouvé dans la trachée prouve qu'il s’agit d’une masse caséeuse, sorte de fongus provenant du ganglion. ;
(1) Haueré et Percuepien. Arch. de Méd. des Enfants. Avril 1910, p. 277
je fongus ad} é-ant aux parois trachéales, ne provoqua d’abord aucune gêne. Puis, sous l'influence d’une cause fortuite, le fongus se détacha, formant un corps étranger mobile, et provoqua les accidents qui devaient entraîner la mort d’une façon si tragique.
Enfin, des corps vivants, larves, insectes, ascaris Sont
susceptibles de passer également des voies digestives dans
le larynx et la trachée.
Quel que soit le point de l’appareil aérien où il s’arrête, lie corps étranger donne lieu généralement à des symptôjues immédiats, en grande partie d'ordre réflexe et qui sont souvent graves. Exceptionnellement cependant, son 1introduction passe inapereue. Mais dans l’un ou l’autre cas, ii arrive qu'après une période silencieuse, ces symptômes réapparaissent ou apparaissent, l’accident peut avoir été
ignoré ou oublié et le diagnostic en est rendu de nouveau
particulièrement difficile.
On observe des phénomènes de suffocation, s’accompaenant de violents accès de toux, quelquefois de vomissements et ‘de convulsions. Ces efforts peuvent amener le rejet du corps étranger, ou bien l’accoutumance se fait, jusqu’à ce que, sous une influence quelconque, le plus souvent la mobilisation secondaire de l’objet, du débris ou de l’agent vivant, les mêmes phénomènes se reproduisent.
Dans l'intervalle des accidents aigus d’intolérance, les signes fonctionnels s’atténuent, mais disparaissent rare-
ment entièrement.
Le diagnostie des corps étrangers des voies aériennes -
doit donc être fait également avec les formes d’hypertrophie thymique à manifestations permanentes coupées de paroxysmes. Nous le signalons en passant. ,
Pour les corps étrangers dn larynx, les signes de loca.
EN
sation éclairenc peu le diagnostic. La dyspnée porte sur les deux temps de l’acte respiratoire, les accès de suffocation sont bruyants et graves. La voix est souvent rauque ou sourde, cu hitonale, La foux est convulsive, coqueluchoïde. Il y a une douleur fixe ou une sensation de gêne persistante qui s’exaspèrent à l’occasion ‘le la déglutition. Les corps étrangers de la frachée ont souvent, au contraire, une physionomie plus tranchée. Les symptômes “auw’ils déterminent ont un caractère nettement intermaittent. À l’occasion d’un effort de toux, d’un changement de position. un accès de suffocation se produit, alors que l’enfant était parfaitement tranquille.
Les mouvements de va-et-vient se traduisent par des bruits de grelottement, de choc, de soupape, de drapeau qui s'entendent à l’auscultation ou même à distance,
Mais quand le corps est fixé, on peut observer les signes de sténose trachéale : dyspnée, tirage, cornage, même dysphagie, si le corps est volumineux et comprime l’œsophage.
La trachéoscopie seule à pu affirmer le diagnostic dans un certain nombre de faits. Mais l’on conçoit que cette exploration ne puisse être pratiquée dans les cas de suffocation, et les difficultés du diagnostic immédiat restent entières.
Quand il s’agit de corps étrangers des bronches, la dyspnée est intense ou modérée, suivant l’étendue du champ respiratoire supprimé. Mais la disparition du murmure vésiculaire dans une partie déterminée du poumon, avec conservation de la sonorité, excellent signe en soi, ne suffit pas cependant à éliminer l’hypothèse d’une compression bronehique par un ganglion ou un thymus hypertrophié. Les anamnéstiques seuls ou la bronchoscopie pourront, dans certains cas, l’affirmer, Quoique moims précise,