‹ Les éléments figurés du sang dans la série animale: constitution, origineChapitre 57 sur 78 · OPINION DE M. HAYEM · texte numérisé non relu

OPINION DE M. HAYEM

Ainsi M. Hayeiti tient pour non avenues toutes les recherches antérieures aux siennes, saris daigner même les mentionner. Ce qu'il y a de vrai dans ces recherches, il le nie. Ce qui a été jugé utile, il le repousse. C'est sur des ruines qu'il reconstruit; et avec quels matériaux? avec des faits qu'il déclare exacts et que nous avons reconnus erronés; avec des procédés d'étude qu'il proclame excellents, et que nous avons dû rejeter comme défectueux. Édifiée sur une telle base, son œuvre était bien fragile ! Et cependant il la présente à ses contemporains, en prenant le ton superbe d'un réformateur qui a une foi pleine et entière dans sa solidité, dans sa valeur, dans son avenir, et qui confie à la postérité le soin d'en assurer le triomphe ! Pour se faire pardonner une si fière attitude, après tant de dédain et tant d'erreurs, il ne fallait rien moins qu'une grande découverte. Ses travaux sur le sang se recommandent-ils, en effet, par une supériorité éclatante? Ayons le courage et la douleur de l'avouer, sa théorie de l'hématogénèse imprimerait à la science une marche rétrograde, s'il était donné à un auteur, quel que soit son mérite,' d'en arrêter les progrès. Que M. Hayem ne s'épuise donc pas en vains efforts pour la défendre; elle n'est pas née viable. Elle tombe devant ces deux faits sans réplique :

l'* L'observation démontre que ses hématoblastes ne sont pas de petits globules rouges, mais des globules blancs en voie d'évolution ;

2* Elle atteste avec non moins d'évidence que les globules rouges sont aussi des globules blancs, qui se sont modifiés en se chargeant d'hémoglobine et dont les trois parties constituantes semblent alors avoir disparu, mais qu'on fait immédiatement réapparaître en supprimant l'action chimique de l'oxygénation par une action chimique inverse. En d'autres termes, ce sont des globules blancs qui ont changé de couleur, et qui, en. changeant de couleur, semblent avoir changé de nature; mais en les décolorant, on voit qu'ils n'ont rien perdu de leur nature primitive; ils reprennent la forme, l'aspect, la constitution qu'ils offraient avant leur coloration ; ils reviennent, en un mot, à l'état de globules blancs, et protestent alors, par leurs attributs les plus caractéristiques, contre l'opinion qui leur refuse toute parenté avec ces corpuscules.

Je dois ajouter que lorsqu'on se propose de ramener les globules rouges à l'état de globules blancs, on éprouve parfois des déceptions assez grandes. Les réactifs que j'ai recommandés donnent ce résultat, mais à la condition que le sang soumis à l'action de ces réactifs est en état de bonne conservation.

M. Hayem pense que le sang doit être examiné au moment même où il sort des vaisseaux, et qu'il s'altère presque aussitôt si on le laisse exposé au contact de Tair. C'est une immense exagération. Les hématies peuvent être ramenées à l'état de leucocytes un jour, deux jours, et quelquefois même trois jours après leur sortie de l'appareil circulatoire. Mais souvent aussi elles s'altèrent assez rapidement. C'est donc, dès le premier jour et même dès les premières heures, qu'il convient de les soumettre à l'examen microscopique.

Il ne suffit pas de savoir que pendant un ou deux jours les hématies et les leucocytes se conservent assez bien pour se prêter à de bonnes observations; il importe encore d'être prévenu que le sang pris dans les abattoirs peut être déjà altéré dès qu'il a été soumis au battage. C'est là la cause principale des déceptions qu'aura a subir tout observateur. Ainsi j'ai reçu hier matin, 21 mai, du sang provenant d'un cheval abattu depuis deux heures ; ce sang était profondément altéré. J'ai reçu aujourd'hui, 22 mai, du sang de bœuf et du sang de veau, recueilli quelques heures avant mon examen; il était altéré aussi, et déjà môme il contenait des bactéries. On ne saurait donc prendre trop de précautions pour obtenir du sang véritablement pur. Dans ce but, le parti le plus sur est de se rendre à l'abattoir, de le recueillir à sa sortie, de le battre soimême dans un vase [avec un assemblage de fils de fer ou de laiton, préalablement bien lavés, et de l'enfermer ensuite dans un flacon bouché à l'émeri. En usant de ces soins dont la nécessité s'impose, les réactifs que j'ai conseillés donneront les résultats indiqués, et les donneront immédiatement.

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