SANG DES INSECTES
cellents résultats et met en évidence presque immédiatement les globules en montrant leurs trois parties constituantes (1).
§ 2. — Éléments figurés du sang des insectes
Les insectes sont pourvus d'un appareil dans lequel le sang se meut circulairement. Cet appareil circulatoire comprend : 1^ Une partie centrale et médiane, de nature musculaire, située sur la face dorsale de l'abdomen, et jouant le rôle d'organe moteur; 2^ un tube, médian aussi, qui s'étend de cet organe vers l'extrémité céphalique où il se termine, tantôt par un orifice unique, et tantôt par deux ou plusieurs orifices; 3° un système de lacunes interorganiques, disposées de manière à former deux courants latéraux dans lesquels viennent se déverser un grand nombre de courants secondaires. Ces courants, qui proviennent des membres et de la trame des viscères, se dirigent d'avant en arrière; ils ramènent le sang dans le cœur qui lui imprime une nouvelle impulsion, en sorte que le liquide nourricier se meut comme chez les vertébrés, dans une direction constante.
A Malpighi et Swammerdam revient le mérite d'avoir signalé, vers la lin du dix-septième siècle, l'agent principal de cette circulation, sur des larves d'insectes assez transparentes pour laisser voir les pulsations dont il est agité, et l'aorte qui part de son extrémité antérieure. Beaucoup plus tard, en 1827, Carus, en fixant son attention sur des larves d'éphémères, aperçut les courants qui cheminent d'avant en arrière dans les interstices des viscères et de leurs parties constituantes, et qui ramènent le liquide nourricier à son point de départ. Dès lors la voie était ouverte. De nombreux naturalistes voulurent explorer cet appareil, si semblable à celui des vertébrés par la marche régulière du sang, si différent de ce dernier par l'absence presque complète de canaux conducteurs. Les uns, comme Straus-Durkheim, Newport, Verloren, Blanchart, Wagner, étudièrent plus spécialement le vaisseau dorsal, dont nous possédons aujourd'hui, grâce à leurs recherches, une notion à peu près complète. Les autres prirent pour sujet de leurs investigations les lacunes.
Cette circulation lacunaire, nous l'avons déjà rencontrée dans tout l'embranchement des vers, et nous la retrouverons dans les arachnides, les crus-
(1) PI. I, fig.5et6. T
tacés et les mollusques. Dans les vers, à côté du système des lacunes se montrent de nombreux vaisseaux ramifiés, en partie indépendants et dépourvus de cœur; leur sang ne circule pas; il oscille tantôtdans une direction et tantôt dans une autre. Chez les insectes, au contraire, ce liquide parcourt un trajet circulaire. Leur appareil circulatoire est pourvu d'un cœur et d'une aorte; mais celle-ci se termine brusquement à l'entrée du système des lacunes; Leur appareil circulatoire est donc très incomplet, puisqu'il n'est représenté en définitive que par le cœur et le tronc aortique. Dans les arachnides, les divisions artérielles apparaissent. Dans les crustacés, les gros veineux se développent, en même temps que le système des lacunes se raccourcit pour ainsi dire et perd peu à peu son importance primitive. Chez les mollusques, l'aorte se prolonge par ses ramifications dans tous les organes, et des troncs veineux, mieux caractérisés, viennent s'aboucher dans le cœur; les vaisseaux capillaires seuls sont encore représentés par des lacunes. En parcourant ces lacunes le sang ne se trouve du reste nulle part en contact immédiat avec les organes; M. Legros a constaté sur les parois de tous les espaces lacunaires la présence d'une couche épithéliale continue, qui a été vue également par M. Ch. Robin, et qui les porte l'un et Tautre à considérer ces espaces comme des capillaires très largement dilatés (1). Mais ces capillaires se présentant ici dans des conditions toutes spéciales, il convient de leur appliquer une dénomination qui les distingue des capillaires ordinaires ; le nom de lacunes aujourd'hui généralement accepté me paraît bien répondre à cette nécessité.
Le grand appareil de la circulation se développe donc graduellement à mesure qu'on remonte la série zoologique; et pendant qu'il se perfectionne, le système lacunaire se réduit de plus en plus, mais ne disparaît entièrement qu'en passant des mollusques aux vertébrés. Si au lieu de le suivre dans ses perfectionnements successifs, on descend l'échelle animale, c'est un spectacle inverse qui se présente aux yeux de l'observateur; on dit alors que l'appareil circulatoire se dégrade. Une large solution de continuité semble se montrer d'abord entre les artères et les veines : c'est le système capillaire qui se trouve remplacé par des lacunes. Puis les divisions artérielles diminuent de
(1) Legros, Note eur VépithéUuni des vaisseaux sanguins {Journ. de Vanat. et de la phys., 1868, p. 282).