SANG DES INSECTES
nombre et de longueur, ainsi que les veines, et le système lacunaire s'agrandit à leurs dépens; il continue de croître ainsi en importance jusqu'aux insectes, chez lesquels l'appareil circulatoire descend à sa plus simple expression.
Telles sont les conclusions qui découlent de l'observation attentive des faits. Elles sont aujourd'hui généralement admises. Mais elles ont été longtemps contestées, et le sont encore par quelques anatomistes éminents. En passant de l'homme et des vertébrés aux animaux inférieurs, la différence est si grande, si étrange même au premier aspect, qu'il devient presque nécessaire, pour voir les faits dans toute leur réalité, d'oublier ce qu'on a vu sur des organismes plus parfaits. Dans mes recherches sur l'appareil circulatoire des insectes et des autres invertébrés, j'ai dû faire un semblable retour sur moi-même, et j'ai pu reconnaître que cet appareil se dégrade en effet. Il est aujourd'hui bien démontré que sa dégradation s'accuse d'abord par la substitution des lacunes aux capillaires généraux; à un degré plus avancé les lacunes prennent aussi la place des veines; chez les insectes, elles se substituent en outre à toutes les divisions artérielles; le cœur et l'aorte échappent seuls à la ruine presque totale de l'appareil. Des eff'orts considérables ont été nécessaires pour suivre pas à pas cette dégradation successive. En prenant connaissance des travaux, si nombreux et si remarquables pour la plupart, des zoologistes modernes sur cette branche de la science, j'ai pu admirer souvent leur rare sagacité à laquelle je m'empresse de rendre hommage. Cet hommage, je l'adresse plus particulièrement à M. Milne- Edwards, qui a pris la direction du progrès, puis à M. Blanchart, à M. de Quatrefages, à M. Lacaze-Duthiers auxquels la science est redevable de tant de découvertes importantes, et aussi à MM. Verloren, Bowerbanck, Tyrrel et tant d'autres, dont les recherches sont si honorablement connues.
Mais il était important de savoir si l'appareil de la circulation, en se dégradant, entraîne une dégradation correspondante dans la constitution du fluide nourricier. Ce liquide se dégrade-t-il? Les éléments figurés qu'il tient en suspension subissent-ils quelques modifications notables lorsqu'ils cessent de circuler dans des tubes conducteurs? Considérée sous ce point de vue la science est beaucoup moins avancée. Les parties contenantes de l'appareil ont absorbé presque exclusivement l'attention des auteurs. Les parties contenues n'ont obtenu de leur part qu'une courte mention; ils les passent sous
silence le plus souvent, ou ne leur consacrent que quelques rares détails, insuffisants pour répondre à la question qui vient d'être posée.
Nos connaissances sur les éléments figurés du sang chez les animaux dont l'appareil circulatoire est plus ou moins dégradé n'étant pas au niveau de celles que nous possédons actuellement sur ce grand appareil, j'ai cru devoir reprendre leur étude et je me suis plus spécialement attaché à reconnaître leur conformation et leur mode de constitution. Mes recherches ont porté sur un très grand nombre d'insectes. Le liquide nourricier pénétrant dans chaque patte, il convient, pour multiplier les observations, d'exciser successivement toutes les pattes à leur base; en les pressant légèrement on en fait sortir une gouttelette de liquide qui s'étale sur le porte-objet. A celle-ci on ajoute une goutte d'acide acétique au ISO*" ou au 200^ Aussitôt les globules blancs se montrent dans tous leurs détails. Ils sont nombreux et de volume extrêmement inégal ; on en voit de très petits, de moyens, de plus volumineux. Les plus gros se distinguent en général par leur forme arrondie et leur aspect framboise. Parmi les moyens quelquesuns sont allongés, ovoïdes ou elliptiques. Les petits sont remarquables, dans certaines espèces, mais particulièrement chez le hanneton, par leur extrême multiplicité et leur configuration sphérique.
Lorsqu'on les observe sur le vivant, leur forme ne diffère pas autant. Chez l'adulte, on peut les voir par transparence dans les élytres, où ils forment des courants anastomosés, et on constate qu'ils sont assez régulièrement sphériques pour la plupart.
Après avoir incisé les pattes, on coupe la tête à son union avec le thorax; l'aorte, perpendiculairement divisée, laisse échapper encore de nombreux globules qui permettent de continuer l'observation.
Considérés dans leur constitution, tous ces globules se montrent composés d'une enveloppe, d'un protoplasma et d'un noyau. Ils ne diffèrent pas de ceux que nous avons rencontrés sur les vers. Ces trois éléments, sous l'influence de l'acide acétique, se voient bien et presque immédiatement (1).
De ce fait il résulte que si l'appareil circulatoire arrive chez les insectes à une extrême dégradation, il n'en est pas de même du liquide nourricier qui conserve au contraire tous ses attributs essentiels. L'appareil se dégrade ana-
(1) PI. I, fig. 1,^2,3.