SANG DES TÊTARDS
noyau n'offre aucune trace de segmentation, et d'autres dont le noyau commence à se diviser ou se trouve déjà partagé en trois ou quatre globulins. La prolifération des globules blancs se montre dès le début de la vie pour mettre le nombre des éléments figurés en rapport avec les exigences croissantes de la nutrition et du développement de l'organisme (1).
Les leucocytes, chez les Têtards, participent à la diapédèse des hématies. Mais comme leur nombre est relativement très peu considérable, leur sortie devient moins facile à étudier. J'ai pu voir, néanmoins, des globules blancs traverser les parois des capillaires. Tous les observateurs savent qu'ils se trouvent en rapport, le plus habituellement, avec ces parois, et qu'ils ne suivent pas le courant des globules rouges; situés entre ceux-ci et la surface des vaisseaux, ils progressent lentement, s'arrêtent souvent, puis se déplacent et rentrent encore dans l'immobilité, comme si une sorte de matière glutineuse les unissait à la paroi sur laquelle ils glissent. Leur diapédèse est du reste caractérisée par les mêmes phénomènes que celle des globules rouges (2).
2° Sang des Têtards vu hors des vaisseaux. Diapédèse des noijaux^ duprotop/asmaet de r hémoglobine. — Les globules rouges et blancs du sang des Têtards ne diffèrent pas de ceux des Batraciens adultes, lorsqu'on les soumet à l'action des réactifs que j'ai précédemment mentionnés. Mais sous l'influence de plusieurs poisons ils deviennent le siège de phénomènes très inattendus et bien étranges au premier aspect. On voit alors, suivant le poison qu'on emploie et selon la dose dont on fait usage : tantôt le noyau sortir lentement, passer à travers l'enveloppe, et tomber dans le liquide ambiant ; tantôt le protoplasma et le noyau s'échapper simultanément en masse. Quelquefois, c'est la matière colorante qui se répand dans le liquide de la préparation, sous forme pulvérulente. A la diapédèse des globules rouges viennent donc s'en joindre d'autres qui méritent chacune de nous arrêter un instant.
a. Diapédèse du noyau. — On peut faire usage, pour observer cette diapédèse, sur un têtard de grenouille de l'eau chloroformée, ou bien de l'acide cyanhydrique au 100% ou bien encore du curare au 300". Dans ce but, sur une goutte de sang du têtard, on dépose une goutte de l'un de ces trois
(1)P1. VI,fig. 10.
(2) PI. vu, fig. 11, 12,13, 14.
poisons, et l'on étale les deux liquides en laissant tomber sur eux une mince lamelle de verre; puis on observe les phénomènes qui vont se produire. Dans l'espace d'une minute, on verra pâlir le protoplasma des globules rouges, et se dessiner très nettement leur noyau avec ses granulations. Sur un certain nombre de globules, le noyau reste immobile. Sur d'autres, il s'avance vers la périphérie, s'engage dans son enveloppe, la traverse lentement, sans se déformer et sans que celle-ci subisse la moindre modification ; bientôt il ne lui adhère plus que par un point; et enfin s*en détache en conservant toujours sa forme très régulièrement arrondie (1).
Pour le têtard du crapaud les mômes réactifs produisent les mêmes effets. Quelquefois cependant l'eau chloroformée reste insuffisante; et parfois aussi le curare doit être un peu moins dilué (2).
Je n'ai eu à ma disposition qu'un très petit nombre de têtards de triton, j'ai vu aussi sur ces têtards se produire la diapédèse des noyaux sous l'influence du curare au 400'' et de l'acide cyanhydrique au 300*" (3).
Cette diapédèse des noyaux peut être observée aussi sur de jeunes grenouilles, ou sur des grenouilles de petites espèces, comme les grenouilles à ventouses, et même sur certains crapauds encore peu développés. Mais le phénomène est plus lent à se produire, et souvent il n'a pas lieu.
b. Diapédèse du protoplasmà. — L'eau chloroformée, l'acide cyanhydrique au 100' ou au 200% et le curare a une dose variant du ^OO*" au GOO*" produisent quelquefois sur les globules rouges des têtards un autre effet non moins surprenant que la diapédèse des noyaux. Ces réactifs déterminent souvent la rétraction en masse du protoplasma ; on voit celui-ci se séparer de l'enveloppe des globules pour se porter vers le noyau avec lequel il se confond le plus habituellement; il forme une petite masse sphérique, festonnée sur son contour, et adhérente d'abord aux parois de la cavité qui la contient par les angles saillants des festons. Réduit à un volume qui surpasse à peine celui du noyau, il sort de l'hématie en le poussant au devant de lui, tantôt en l'englobant, tantôt en formant avec lui une sorte de gourde dont il constitue la grosse extrémité. Après sa sortie, l'hématie, extrêmement pâle et
(1) PI. VI, fig. 12,13,14.
(2) PI. VII, fig. 7.
(3) L V, fig. 10.
SANG DES REPTILES. 105
vide, n'est plus représentée que par un mince trait circulaire, c'est-à-dire par son enveloppe. C'est principalement sur les têtards de la salamandre et du triton que Ton peut bien observer cette diapédèse du protoplasma. Pour en faciliter l'étude, j'ajoute ordinairement sur le bord de la lamelle qui recouvre la préparation une goutte d'acide acétique au 50 . Le phénomène devient alors plus manifeste. Ce complément de réactif n'est pas^ moins utile pour l'étude de la diapédèse des noyaux (;J).
c. Diapédèse de la matière colorante. — En recouvrant les globules rouges d'une goutte d'acide cyanhydrique au 100% particulièrement chez les têtards du triton, ce n'est quelquefois ni le protoplasma, ni le noyau qui sortent de l'hématie, mais seulement la matière colorante qui traverse, sous la forme de poussière, les parois de l'enveloppe et qui se répand dans le liquide ambiant. Dans ce cas, le liquide de la préparation chargé d'une innombrable quantité de granulations d'hémoglobine devient rouge ou rose, tandis que les hématies se décolorent en prenant un contour circulaire (2). Leur cavité contient seulement des granulations fines et transparentes de globuline, laquelle semble faire aussi éruption; car il existe d'autres granulations tout à fait semblables sur le contour de l'enveloppe.
§ 4. — Sang des reptiles
L'appareil de la circulation chez les Reptiles est formé, comme chez les Batraciens, d'un organe central et de deux cercles, dont l'un a pour partie essentielle les capillaires pulmonaires et l'autre les capillaires généraux.
L'organe central, ou le cœur, se compose aussi de deux oreillettes et d'un ventricule. L'oreillette gauche reçoit le sang qui vient des poumons, ou sang artériel ; l'oreillette droite reçoit le sang veineux. Le ventricule n'offre encore qu'une seule cavité; mais ses parois sont recouvertes de piliers charnus. Les extrémités libres de ces piliers, en se dirigeant vers son axe, constituent par leur ensemble une sorte de cloison dirigée de sa pointe vers
(1) PI. V, Gg. 9 et il (2)P1. V, fig. 1-2.
sa base. Il se trouve ainsi partagé en deux loges. La loge gauche, plus petite, reçoit le sang artériel et ne donne naissance à aucun vaisseau. La loge droite est le point de départ des artères pulmonaires et du tronc aortique, lequel se divise presque aussitôt en deux ou plusieurs crosses qui en se recourbant et s'unissant au-dessus de Toesophage forment Taorte.
Telle est la disposition qu'on observe chez les Ghéloniens. Elle a pour résultat le mélange des deux sangs, celui de la loge gauche passant dans la loge droite à travers les aréoles de la cloison. Le mélange, cependant, n'est pas aussi complet que chez les Batraciens. M. Brucke a démontré que sous l'influence de conditions anatomiques spéciales les artères puhnonaires et la crosse aortique droite reçoivent surtout du sang noir et la crosse aortique gauche surtout du sang rouge (i). Mais les deux crosses communiquant à leur origine et s'unissant à leur terminaison, l'aorte contient à la fois du sang noir et du sang rouge. Le perfectionnement apporté à la circulation consiste donc, en définitive, dans la projection d'un sang presque exclusivement veineux vers les poumons, tandis que chez les Batraciens, ces organes ne recevaient qu'en petite quantité un mélange des deux sangs.
Chez les Ophidiens la cloison est constituée en général par une lame charnue et moins imparfaite par conséquent. Mais elle présente vers la base du ventricule un assez large orifice qui met les deux loges en communication ; c'est par cet orifice que le sang artériel passe de la loge gauche dans la loge droite. Chez eux aussi il y a mélange des deux sangs ; et ce mélange s'opère à peu près dans les mêmes conditions que chez les Ghéloniens. Le sang qui se rend aux poumons est également veineux.
Chez plusieurs Sauriens la cloison interventriculaire rappelle celle des Ophidiens, et entraîne les mômes conséquences physiologiques. Chez d'autres, elle divise le ventricule en deux cavités, qui ont chacune un orifice d'entrée ou auriculo-ventriculaire, et un ou deux orifices de sortie. La cavité gauche donne naissance à la crosse aortique correspondante. De la cavité droite, plus grande, partent la crosse aortique droite et les artères pulmonaires. Ici les deux sangs ne se mélangent plus dans le cœur; mais ils se mêlent encore à la sortie de cet organe. Enfin dans la famille des Crocodiliens la cloison se complète. H existe alors deux ventricules,
(I) Milne Ewards, Leçons sur la physiologie et Caiiatomie conparée, t. RI, p. 415.