SANG DES VERS
» et les Néphtys, il est incolore ou seulement jaunâtre chez Phyllodacés. )) Mais une anomalie plus remarquable encore est celle qui m'a été offerte )) par une belle et grande espèce de Sabelle assez commune à Cancale ; car » chez cet annélide, le sang est d'une couleur verte, tirant sur l'olive, bien » que dans les genres voisins ce liquide soit rouge (i). )) Dujardin, plus tard, a fait connaître un second exemple d'annélide à sang vert.
De l'ensemble des faits connus il résulte que la couleur du sang chez les annélides est loin d'offrir l'importance physiologique que lui ont attribuée beaucoup de naturalistes. Ces animaux, du reste, ne sont pas les seuls invertébrés dont le sang peut être rouge. M. Milne Edwards, dans son voyage sur les côtes de Sicile, en 1837, a pu constater que, chez un ver, la Lancette, le liquide nourricier est rouge comme chez la plupart des annélides, tandis qu'il est incolore chez les Planaires, les Nermettes et tous les autres animaux avec lesquels cet helminthe a le plus d'affinité.
Cet illustre zoologiste a soumis à l'examen microscopique le sang des vers à sang rouge. « Les globules qu'il renferme n'ont pas du tout l'aspect » de ceux propres au sang des animaux vertébrés : ce sont des corpuscules )) circulaires dont la surface a un aspect framboise et dont les dimensions )) varient extrêmement chez un même animal (2). »
Le principe colorant du sang des annélides, du reste, n'a pas son siège dans ces globules. M. Milne Edwards a reconnu le premier qu'il se trouvait dissous dans le plasma; et M. de Quatrefages, en 1846, l'a aussi très nettement constaté : ce Ce principe colorant, est ici dissous dans le sang luimême (3). » Il se présente, en effet, à l'état de dissolution; j'ai pu le précipiter, et j'ai acquis ainsi la certitude qu'il est constitué par des granulations d'hémoglobine.
Cependant, nous venons de voir que le sang des annélides renferme des corpuscules figurés signalés par M. Milne Edwards. M. de Quatrefages a observé aussi ces mêmes corpuscules; mais il fait remarquer qu'on les rencontre dans le liquide de la cavité générale du corps et non dans le sang, où je les ai, de mon côté, vainement cherchés. Flottant dans le liquide
(i) Milne Edwards, lîec/i. pour servir à Vhistoire de la circulation du sang chez les annéldies [Annales des se. nat., 2^ série, Zoologie, 1838, T. X, p. 196 et 197.
(2) Lococitato, p. 196.)
(3) De Quatrefages, Annales des se. natw^elles, 3* série, Zoologie, t. V, 1816, p. 380.
cavitaire, ces corpuscules lui donnent une importance qu'on n'avait pas jusqu'alors soupçonnée et que l'auteur précédent s'attache à mettre en lumière. Il nous montre les œul's et les spermatozoïdes tombant dans ce liquide sans conserver aucun lien avec les organes dans lesquels ils ont pris naissance, et se développant aussi complètement, aussi rapidement que s'ils avaient continué à résider dans l'ovaire ou le testicule. Le liquide cavitaire est donc un fluide nourricier; et M. de Quatrefages, partant de ce fait capital, n'hésite pas à admettre que ce fluide chargé d'éléments nutritifs peut nourrir aussi les divers organes dont il baigne la périphérie, ce Le liquide )) de la cavité générale du corps, chez les annélides errantes et tubicoles, » est sans cesse agité, par suite des contractions et des mouvements ^ généraux de l'organisme... Il semble même, dans quelques circonstances, » présenter des mouvements plus réguliers et qui ressemblent davantage » à une véritable circulation; c'est du moins ce que j'ai observé dans )) de très petits Siponcles qui habitent au milieu des touffes de coralines )) et de fucus... Ces globules sont dans un rapport marqué avec l'état » physiologique de l'animal qu'on observe; plus ce dernier est vigoureux, y> plus les globules sont nombreux et gros. Chez les annélides micro- )) scopiques, le nombre de ces derniers double ou triple lors de la gestation, » époque à laquelle ces animaux présentent un surcroît de vitalité très » prononcé (i). »
Dans un important mémoire sur la circulation des annélides, publié en 1850, M. de Quatrefages formule plus nettement encore son opinion sur les attributions du liquide cavitaire : (( Chez les invertébrés, à cavité généralement f) close, le développement de l'appareil vasculaire et celui de la cavité générale )) sont pour ainsi dire en raison inverse l'un de l'autre... Lorsque l'appareil de » la circulation est très développé, le sang suffit presque à lui seul à l'entre- » tien du corps; s'il reste très incomplet et si, au contraire, la cavité générale )) acquiert un grand développement, cette fonction est dévolue en entier au » liquide qu'elle renferme (2). » Dans son travail sur l'organisation des Pychnogonides, cet auteur n'est pas moins explicite : (c Chez ces annelés, » l'appareil de la digestion est placé dans une grande lacune occupant tout
(1) Loc. cit., p. 38L
(2) De Quatrefages, Études sur les types inférieurs de r embranchement des annelés {Annales des se. nat.y 3« séi-ie. Zoologie, 1850, t. IV, p. 316).