‹ Les éléments sociologiques de la moraleChapitre 18 sur 76 · RES · texte numérisé non relu

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‘apathiques etinactives. Tout au contraire, ne parle-t-on “pas sans cesse de l’activité Jébrile qui caractérise l’âge

contemporain, de la passion qui soutient toute celte activité et qui, au lieu d’être tournée exclusivement

… vers le dehors, se tourne de plus en plus vers les idées ?

S'il y a des intérêts en Intte dans les questions sociales,

ily a aussi en lutte des idées d'intérêts, 11 y a surtout des intérêts d'idées. Les convictions sont des idées qui mettent

en jeu tout l'être sentant et voulant, en même temps que pensant. On prétend que, de nos jours, ces convictions se font plus rares : elles changent plutôt d’objets. Si elles étaient tellement rares, il n'y aurait pas dans les sociétés modernes un tel déploiement d’action. Le dilettantisme de quelques blasés et de quelques sceptiques ne doit pas nous faire croire que la masse de l'humanité, nimême la vraie élite intelligente, résume son état d'esprit en ces mots : « Que m'importe ? » Jamais ne fut moins doux et mou le prétendu oreiller de l'insouciance. Le renanisme ne fut qu'une mode passagère, une attitude, un « geste », et, dans le fond, ce

n’était pas un « beau geste ». La paralysie des volontés, qui suivit alors celle des intelligences, a fini par être reconnue comme le pire des fléaux, en un âge où nous avons tant de vérités à découvrir, tant de transformations sociales à accomplir. La prétendue intelligence supérieure des renanistes et de Renan lui-même était,

au fond, un manque d'intelligence. Incalculable est le

nombre d’ignorances dont les paradoxes de Renan font

preuve et, s’il fut souvent sceptique, ce n’est certes pas parce qu’il avait trop de science, mais parce qu'ilnen avait pas assez. Un savant amateur et un philosophe amateur, fût-il doublé d’un érudit et d’un grand artiste, ne sera jamais qu'un demi-savant et un demi-philosophe. Les beaux côtés de Renan furent ceux où son prétendu intellectualisme détaché de tout, qui croyait que tout comprendre est tout confondre, fit place à un enthousiasme réel, quoique encore trop honteux de soi. Au reste, Renan passa sa vie à penser et à chercher, son indifférence n’était donc qu'un masque de vanité littéraire *. :

III. — Les idées manitestent, dans l'individu et surtout dans la société, une véritable force 2mpulsive, modificatrice et même constructive. Cette force est sans doute moins visible que celle des intérêts et des passions, dont la puissance éclate aux yeux et produit des transfor=

mations matérielles faciles à constater ; mais elle est

plus profonde et plus durable. L'idée, en effet, exprime non un état particulier et passager du système nerveux,

mais une modification acquise, qui, par l'éducation, …

devient le patrimoine d’un peuple entier.

On objectera peut-être que, plus la représentation s'éloigne de la sensation pure, comme dans l’idée morale, plus l’élément moteur perd d'importance et d'efficacité

! Les imitateurs arriérés de son altitude et de son style ont fini par sentir le besoin de chercher quelque titre plus sérieux, aux yeux de ‘humanité, que l'adresse qui consiste à jongler avec les idées. « M. Bergeret » lui-même, le principal imitateur de Renan pour le fond et pour la forme, tend aujourd'hui à nous instruire, à nous faire réfléchir et, en conséquence, à nous faire agir.

| pratique. — Oui, quand vous ne considérez l’idée que dans les effets moteurs qu’elle pourrait produire s2 e/le était seule et sans rapport avec d’autres idées. L'idée de devoir, l’idée d'honneur, l’idée de patrie, en tant que pures conceptions abstraites et abstraitement considérées, ne mettent pas en branle tout notre être; mais, quand elles surgissent au milieu d’un cas concret, d’une action à accomplir ou en train de s’accomplir, leur relation avec toute la masse de nos autres idées, de nos sentiments, de notre caractère, leur communique une force impulsive ou inhibilive qui est considérable. Cette force tire sans doute son origine, en grande partie, du caractère même, mais, quand l’idée se trouve précisément en harmonie avec le caractère, elle devient comme la clef sans laquelle rien ne peut entrer ou sortir. De plus, ce que cette clef ouvre à l'individu, c’est le monde social ; le « caractère individuel » est mis par elle en rapport avec la totalité des autres caractères qui, en se combinant, forment la patrie et l'humanité. Comment de pareilles idées demeureraient-elles sans force ? Aussi les idées abstraites, qu'on prétend incapables de rien mouvoir, se montrent souvent plus puissantes encore que les autres, par la force latente qu’elles ont extraite de tout le reste, emmagasinée, rendue prête pour l’action. Dégagées des « contingences » de temps, de lieu, de personnes, elles survivent aux circonstances où elles sont nées. Quant aux idées générales, elles acquièrent aussi une fixité singulière, parce qu’elles ne représentent plus des impressions momentanées et fugitives : elles répondent à un élément stable de la consütution mentale, à un élément stable de la constitution des choses. Par cela même, de générales, elles deviennent facilement co//ectives : elles sont partagées par un grand nombre d'hommes. Comme une série de sensations particulières trouve son point de coïncidence dans l’idée générale, qui résume ainsi une série d'événements extérieurs, de même une série d’esprits particuliers coïncide dans l’idée générale et y forme société. Les plus générales des idées, devenant les plus sociales, deviennent aussi, comme nous l'avons souvent

Fouicuée. — Élém. sociol. de la morale. 3

répété, les plus généreuses. Elles exercent dès lors une influence prépondérante sur le développement de la société et sur les formes sociales qui en résultent. Nous ne méconnaissons pas que, si des idées morales nouvelles, comme celles du christianisme, ont pu réussir, se propager, construire une société nouvelle, c’est qu'elles répondaient dans le fond à un besoin. Mais ce n’était pas seulement un besoin économique, comme le soutient Marx : c'était un besoin social et moral. Mille aspirations intellectuelles et sentimentales trouvaient dans le christianisme leur satisfaction. Le succès d’une doctrine morale ou religieuse, à coup sûr, n’est pas

l'œuvre exclusive du raisonnement philosophique : “à

on peut ne pas professer les mêmes théories et s'accorder dans les mêmes pratiques ; mais ce n est là qu’un état provisoire de la pensée et du sentiment. Dans nos sociétés de plus en plus éclairées, les hommes ne peuvent s'unir d'une manière solide et durable en faisant abstraction de leurs idées et de leurs doctrines; ils ne peuvent vraiment fraterniser sans savoir pour quel but, par queis moyens, et même, grâce à un besoin logique de plus en plus irrésistible, en vertu de quels principes.

IV. — Fortes pour élever et construire, les idées ne le sontpas moins pour renverser et détruire. Elles peuvent même, chez les individus etles sociétés, être un agent de démoralisation, non moins que de moralisation. Notre époque troublée en estun frappantexemple. On a contesté

l'influence dissolvante de l'analyse, sur laquelle Mill eï -

Guyau avaient tant insisté ; «toute valeur morale scientifiquement analysée et connue, dit Simmel, n’est pas pour cela une valeur perdue ».— Sans-doute, mais à la condi-

tion que l'analyse et la connaissance scientifiques n’abou-

tissent pas précisément à montrer que la « valeur » en question n’est qu'une idée /usoire. Aucune analyse scientifique ne dissoudra la valeur attribuée à la santé,

car toutes les études d'anatomie ou de physiologie ne font,

que démontrer combien l'hygiéniste a raison de croire la santé précieuse. Si la science prouve que l’absinthe.

au lieu d’être un tonique comme le croit le peuple, est : x

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