‹ Les éléments sociologiques de la moraleChapitre 29 sur 76 · NATURE DE LA VIE F · texte numérisé non relu

NATURE DE LA VIE F

Irition. La fonction entretient l'organe, au lieu de l’user par elle-même; l'usure est une conséquence dérivée de conditions autres que la fonction. On voit le grand contraste qui existe entre la matière inanimée etl’organisme vivant. Ainsi s'explique, chez ce dernier, l'équilibre mobile perpétuel, inconnu des autres êtres. L'ensemble des phénomènes vitaux a pour résultat la cons{ance de la composition chimique et la conservation de toutes les propriétés de l'être vivant.

En même temps, nous comprenons par quel déterminisme la vie 21/orme la matière. Le système déterministe de Claude Bernard s'était arrêté à moitié chemin et pendait interrompu. Il était obligé, pour ajouter une forme à la matière, de faire appel à je ne sais quelle finalité mystique, à je ne sais quelles Idées plastiques, où Ravaisson eroyait retrouver l’/dée platonicienne et la forme d’Aristote. Claude Bernard s’imaginait naïvement que la matière n’entraine pas la forme, que la substance vivante, que le protoplasme n’a point de morphologie par lui-même, ou que, s’il n'est pas « amorphe », il est du moins, selon l'expression de Claude Bernard, « monomorphe ». Dès lors, la forme ne serait pas une « conséquence de la nature de la matière vitale ». Un protoplasme identique dans son essence ne saurait, prétend Claude Bernard, « donner origine à tant de figures différentes »'. C'était raisonner comme un cristallographe qui croirait que la forme des cristaux ne dépend pas de leur nature même, des réactions que cette nature produit et de son équilibre final dans un Milieu déterminé; il faudrait alors que je ne sais quel démiurge vint ajouter à la substance chimique les formes de rhomboïde ou de parallélipipède! En réalité, pour un protoplasma dont la composition chimique est déterminée, il y a aussi une forme spécifique déterminée, qui est, comme l’a bien dit M. Le Dantec : « la forme d'équilibre de ce protoplasma à l’état de vie élémentaire manifestée?. » lonclionner, c'est construire et

1 Lecons sur les phénomènes de la vie, p. 292. 2 Le Dantec, Théorie nouvelle de la vie, p. 148.

FouiLrée. — Elém. sociol. de la morue,

informer : + voilà le grandprincipe auquel aboutit aujourd'hui la biologie. Réciproquement et indivisiblement, construire et informer, c’est fonctionner. Il y a identité profonde entre activité vitale et construction, entre la vraie fonction et l’organe dont elle détermine la forme. Le processus qui aboutit à la synthèse chimique et, conséquemment, morphologique d'un

organe ou, plus généralement, d’un plastide quel-

conque et d’un système de plastides, aboutit du même coup : 1° à des manifestations extérieures de mouvement et de chaleur; 2° à une plus ou moins vague

conscience intérieure d'action et de plaisir, toutes :

choses qui sont l’activité de l'organe ou de l'être vivant considéré. La matière (avec ses processus chimiques), la forme (résultant des conditions de l’équilibre dans un milieu déterminé), enfin l'action mêlée de passion, le fonctionnement mêlé de réceptivité, tout cela est donc un seul et même processus. On ne saurait trop le répéter pour le fixer dans la mémoire, l'être se construit physiologiquement et prend forme morphologiquement par son déploiement même ; d'autre part, il ne peut prendre matière et forme, il ne peut être organe ou organisme sans se manifester par telles actions et réactions. En d’autres termes encore, construire, c'est produire. Bien plus, se construire, c’est produire certains effets non seulement en soi, mais au dehors, et c'est construire quelque chose d'autre que soi; c’est modifier le milieu physique ou physiologique. La fonction et l'organe étant ainsi une seule et même évolution considérée sous des aspects différents, vivre est agir, travailler, se transformer et transformer le dehors. La biologie moderne confirme la théorie aristotélique, encore vague, qui faisait consister l’ére dans l'action ; et elle confirme aussi la même théorie aristotélique qui faisait consister le plais dans l’action, dans la fonction exercée, laquelle suppose production et, en dernière ana: lyse, construction, organisation, imposition de forme.

De ces considérations se dégage un résultat important, c'est que l’idée négative de destruction n'est pas

LA NUTRITION [rs

essentielle à l’idée positive de vie. Si vivre est construire et unir, ce n’est pas nécessairement détruire, sinon dans la mesure où une destruction peut devenir la condition préalable ou concomitante de la construction, le mal nécessaire au bien. Dès lors, la morale de la vie, la biologie pratique, n’est pas non plus, en son essence, ce qu'on pourrait appeler un code de destruction; l’idée de destruction n'y est pas absolument attachée à celle de construction comme en une antinomie insoluble; elle y demeure secondaire, progressivement éliminable, tandis que l’autre idée y est principale et rend possible l’Aarmonie progressive de l'être.

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