LA NUTRITION
. La question qui se pose maintenant est la suivante : Est-il exact de définir la vie par la /4im ou même, comme le soutient le AURAS allemand Rolph, par P « insatiabilité » ? — Théorie que Nietzsche n’a fait qu'emprunter à Rolph. — La cellule vivante {ravaille, se répare et se divise : Voilà ses trois caractères essentiels. Mais, nous l’avons vu, c'est le /ravail seul qui est fondamental et non pas la nutrition; c’est la synthèse chimique avec production de mouvement, non pas la restitution ultérieure d'énergie à l’organisme par la nourriture. Même pour la locomotive, l'essentiel est de fonctionner, non de recevoir du charbon dans son foyer ou de l’eau dans sa chaudière. La nutrition n’est jamaïs qu’un moyen de réintégration, les organes intérieurs, dont Bichat a montré l'importance et qui servent à l'appropriation de la nourriture, ne sont, en définitive qu’un simple département culinaire, chargé de la préparation complexe et délicate des matériaux qui serviront à restaurer la vie dans ses rapports avec le milieu. Mais ces rapports avec le milieu demeurent toujours à déterminer, surtout du côté psychique, encore bien mieux du côté moral.
Quant à la faim, elle est encore plus secondaire ; elle est un signe exprimant pour la conscience des animaux le besoin d'emprunter au milieu pour pouvoir agir dans etswr le milieu. Rolph, Stirner et Nietzsche ont confondu la conséquence avec le principe. La faim est si peu essentielle qu'il serait possible qu’un organisme simple fût altéré physiquement par le manque de nourriture sans l'être en même temps d’une manière psychique. Peut-être en est-il ainsi dans la plante, où il est difficile de constater la faim. Il est cependant plus probable, selon nous, qu'il y à partout un accompagnement psychique, un sentiment ou pressentiment plüs ou moins
vague de manque et de malaise, germe de la faim. Mais, à coup sûr, l'être ne vit pas pour avoir faim; il a faim pour pouvoir préserver sa vie avec ses /onclions essentielles, quelles qu’elles soient. L’ « insatiabilité » n’est donc que la conséquence d’une incessante activité, et ce n’est pas le besoin, c’est, ici encore, la fonction qui constitue la vie. Le besoin résulte, au contraire, comme nous l'avons vu, de ce que la fonction, en produisant une synthèse d'éléments chimiques, ‘doit emprunter ces éléments aux matières de « réserve » et à celles du « milieu », qui s’usent.
À la réparation de l'organisme se rattache cette faim de repos qui est le sommeil, moyen de restauration ét de rajeunissement silencieux, où, dans une demi-inconscience, s'organisent les résultats de l'expérience consciente. Il est clair que l'appétit de sommeil, comme l'appétit de nourriture, est un simple moyen, non une fin. Au point de vue biologique, pas plus que l'être ne vit pour manger, il ne vit pour dormir. S'il dort, c’est pour pouvoir veiller et agir.
Considérez maintenant la nutrition au point de vue psychologique et moral, elle vous paraîtra sans doute en elle-même une fonction égoïste. Si elle a pour but une organisation de substance et, en dernière analyse, une harmonie interne, son moyen est le plus souvent la destruction d’une autre harmonie et la subordination forcée d’une autre vie par le moyen de la mort. La fonc-
Aug 20