‹ Les éléments sociologiques de la moraleChapitre 35 sur 76 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

ler le plus possible les causes de destraction, au lieu d’entonner, comme Nietzsche, l'hymne aux grands Destrucleurs.

JI.— Les Allemands, amoureux des spéculations métaphysiques et religieuses jusque dans les sciences biologiques, n’ont pas manqué de déduire une morale et même une religion de « l’immortalité du protoplasme germinatif ». Selon quelques-uns, la fin de tout animal serait de préserver, de nourrir et de protéger la série de cellules reproductrices qui se développe continuellement en lui, de choisir un compagnon convenable et de soigner ses enfants. Toute la structure des êtres vivants n'aurait été acquise, par le moyen dela sélection, qu'avecce seul objet comme 'ésultante ou, à un autre point de vue, comme fin. L'individu, dans cette doctrine, perd sa signification propre et devient « l’esclave des cellules reproductrices, qui sont les parties importantes, essentielles et immortelles de son organisme ‘ ». La série des cellules germinales donne continuellement naissance à d’autres séries de cellules qui s’embranchent sur le tronc des germes, et, après une existence plus ou moins longue, aboutissent à la destruction; les rejetons de ces branches sont les « individus ». « À part la préservation de la série des cellules reproductrices, les individus sont sans but. » Le culte des ancêtres et le souci de la descendance, fondements de la morale, sont aussi les fondements de la religion; l’idée même de l’immortalité de l’âme est une traduction symbolique de l’immortalité du protoplasme germinatif. La sanction des bonnes actions, c’est qu’elles sont avantageuses après la mort, sinon à l’âme vulgairement conçue, du moins à la série des germes, qui est l'espèce immortene.

Enlevez les comparaisons, trop souvent prises en Allemagne et ailleurs pour des raisons, il reste cette vérité banale que les individus métazoaires sont mortels, que l'espèce est immortelle (comparativement), enfin que l'individu, au point de vue biologique,

1R. von Lendenfeld, in Æumboldt, 1891.

Fouisrée. — llém. sociol. de la morale. 6

est, dans une large mesure, subordonné à l'espèce

Mais, d'autre part, au point de vue biologique, l’espèce est tout aussi bien subordonnée à l'individu; car qu’est-elle, après tout, sinon une simple reproduction d'individus, en vertu de laréaction chimique circulaire ? Si lapremière onde produite dans un lac par une pierre se reproduit en s'étendant, peut-on dire que la première onde soit « subordonnée » aux suivantes? L'espèce est déterminée par les individus tout comme les individus par l'espèce; la supériorité de l’espèce n’est que celle d’une quantité plus grande d'individus ayant, par hypothèse, des qualités valables. Si la valeur de l'individu était zéro, celle de l'espèce serait aussi zéro. D’ailleurs, la conservation de l'individu est aussi bien un devoir. biologique que celle de l'espèce, et même elle en est la condition. Se maintenir en bonne santé, être fort, être « un bel animal », comme dit Spencer, c’est le meilleur moyen d’avoir beaucoup de « cellules reproductrices ». Toutes les considérations de ce genre sont donc insuffisantes pour déterminer de vraies valeurs morales. L’éthique des animaux elle-même, nous le verrons, n'a pas pour unique but la préservation de l'espèce comme telle; à plus forte raison l'éthique humaine. Si les naturalistes voulaient bien s’occuper d'histoire naturelle au lieu de faire des excursions aventureuses et folles en morale, tout le monde y gagnerait.

por sm To TT à 1e

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