‹ Les éléments sociologiques de la moraleChapitre 48 sur 76 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Interprétation pseudo-scientifique des théories biologiques. — Antinomie entre la loi de lutte pour 14,vie ct la loi. de solidarité. — Nécessité, pour l'éthique, de concilier ces deux lois.

1. — Causes ET EFFETS DE LA CONGURRENCE VITALE, — Comment elle sert généralement au progrès dans le domaine de la vie.

IE. — LimirES DE LA CONCURRENCE VITALE DANS LA NATURE. — Effort intérieur pour l'existence. — Lutte contre les conditions nuisibles du milieu inanimé ou animé. — Ajustement aux conditions favorables, négligé par Jes partisans dé la lutte universelle pour la vie. — Caractère anthropomorphique de cette lutte, — Toute compétition est-elle une lutte. — Les deux procédés de compétition chez les végétaux et animaux. Concours des aptitudes vitales. Concours des fécondités vitales.

IL. — LIMITES DE LA CONCURRENCE VITALE DANS LES SOCIÈTÉS HUMAINES . — Darwinisme radical, selon lequel la coopération serait elle-même une forme de la lutte. — Valeur de cette théorie. — L'essence dela société est-elle la compétition ou est-elle la coopération. — Différence entre la loi de concurrence appliquée aux individus isolés et la même loi appliquée aux membres. des sociétés. — La lutte estelle une fin ou un moyen pour la société. — La lutte et des pertes de force vive.

IV. — Les DIVERS PROCÉDÉS DE L'ÉVOLUTION SOCIALE SONT-ÎLS RÉDUC- TIBLES À LA CONCURRENCE. — La propagation de l'espèce et la famille, — L'attrait sexuel, — L'éducation. — L'invention. — L’imitation. — Substitution de la compétition productive à la compétition destructive. — La force et le droit. |

V. — RÔLE DE LA coopéRaTION. — Ses effets sur la puissance : 4° des espèces ; 2° des sociétés. — Conclusion. — La vie animale fournit-elle la loi de la vie humaine. — Les biens matériels et la compétition ; les biens intellectuels et l'union. -

La sociolog'e (ouche de si près à la morale que, d'elle-même, elle tend à changer ses théories en pratiques. D'autre part, hommes ou sociétés ayant pour caractère distinctif de tendre à un idéal et de modi-

fier sans cesse le réel en vue de cet idéal, l’objet de la sociologie est plus mouvant que tout autre. Enfin, la sociologie même étant une conscience que la société prend en nous de sa nature réelle et de ses aspirations, cette conscience tend sans cesse à devenir modificatrice de la réalité. La sociologie est obligée de considérer son propre objet comme provisoire en partie, comme non achevé, comme modifiable à l'avenir par la connaissance même qu'elle en aura acquis : cette connaissance entrera à titre d’élément essentiel dans l’achèvement de la société. Si j’étudie un cristal, mon étude ne change rien à ses facettes et à sa forme géométrique; mais la société, en se rendant compte de ses formes, devient capable de changer sa propre cristallisation et d'entrer dans des formes meilleures. À vrai dire, la société n’est jamais cristallisée. Aussi, en même temps qu'elle s’étudie par la science, elle se transforme sans cesse par l’action et empêche ainsi sa science d’elle-. même de trouver jamais un terme. C’est le propre de tout ce qui participe à la vie spirituelle que de réagir indéfiniment sur soi et. par l’auto-détermination, de réaliser la liberté.

On le voit, sociologie et morale se trouvent en per- » pétuel point de contact, et les idées sociologiques sont, par excellence, des idées-forces toutes prêtes à se changer en idées morales.

Puisque l'éthique est ainsi, en grande partie, une sociologie pratique, elle est directement intéressée à ce que les vraies lois fondamentales de la vie en société’ soient dégagées par la science.

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