DE SAINT-PÉTERSBOURG
et où un train spécial l’attendait pour la conduire directement à Sant-Pétersbourg.
Et c’est ainsi que le 18 février r902, Otto Ferz fit; après plis neuf mois d'absence, sa rentrée en la wille: de Prerre-le-Gramer apportant à sa suite les restes précieux du contemporain des premiers humains.
Après de nombreuses difficuités, on parvint à conserver la peau ct à donner à l'animal la position qu'il occupait lorsqu'il fut trouvé
«englacé ». Et c’est dans cette posture qu’il figure actuellement Ms la capitale de l'empire russe, où 1l est le seul spécimen du monde entier monté dans ces conditions. (1)
Pallas dit que le nom « Mammouth » est tiré du mot #7amma, qui veut dire lerre dans quelque idiome tartare.
D'autres sont d’avis qu’il provient du mot arabe behemot qui, dans le livre de Job, désigne un animal inconnu et énorme. Certains enfin prétendent qu’il viendrait de l’épithète #7ehemot, que les Arabes ajoutent au nom d’un très grand EÉléphant. ()
Pe peuple qui habite les terres glacées, nomme les Elephas primigenius : #7ammanlu (creuseurs de terre). [ls disent que ces animaux vivent exclusivement dans le sol à la manière des taupes, et qu'ils expirent aussitôt qu'ils parviennent à la surface de la terre. Il est curieux de remarquer que ces légendes existent aussi chez les Tartares et les Chinois qui désignent sous le nom de fien-schu, le pseudo-animal souterrain. On peut même lire dans la grande Histoire Naturelle, qui fut composée en Chine au XVI* siècle, l’intéressant passage suivant :
« L'animal nommé fien-schu, dont il est déjà parlé dans l’ancien ouvrage sur le cérémonial intitulé Ly-Ki, (ouvrage du V® siècle avant Jésus-Christ) s'appelle aussi sy n-schu, c'est-à-dire la souris qui se cache. Il se tient dans des cavernes souterraines; 1l ressemble à une souris, mais égale en grandeur un buffle ou un bœuf. Il n’a Hondetueue, sa couleur est obscure. [l est très fort et se creuse des cavernes dans les lieux pleins de rochers et de forêts. »
(1) D’autres Mammouths furent également trouvés entiers, mais on ne les rapporta point. C’est ainsi qu’en 1800, un naturaliste russe nommé Gabriel Sarytschew qui voyageait dans le Nord de la Sibérie, découvrit sur les bords de l’Alasœia un cadavre entier et intact de Mammouth.
Le 28 avril 1843, les journaux de Saint-Pétersbourg annoncèrent également une découverte identique sur le rivage du Tas. Par malheur, cet animal se trouvait déjà dans un état complet de décomposition lorsqu'il parvint à Tobolsk. /Bulletin de la Société d'Histoire Naturelle de Moscou, 1846, p. 108 et suiv.)
Cuvier dit aussi : M. Tilesuis avait reçu en 1805 et envoyé à M. Blumenbach, un faisceau de poils arrachés par un nommé Patapof d’un cadavre de Mammouth, trouvé près des bords de la Mer Glaciale. /Recherches sur les ossements fossiles).
Cette touffe de poils figure dans les galeries du Muséum, lesquelles renferment également de nombreux restes de Mammouths (os, dents, défenses, peau, poils, laine).
Il convient aussi de citer le gigantesque moulage que M. Martin, de Berg, près Stutteard, entreprit à grands frais. En 1876, cette reconstitution fut transportée en Amérique et elle figure actuellement dans le Musée de M. Ward, à Rochester, aux Etats-Unis.
(2) Les défenses de Mammouth se nomment en russe Mammon-tob-kost.
Quant aux naturels de l'Amérique du Nord, ils assurent avoir rencontré le Mammouth vivant. Ils disent qu'il a le poil noir, la forme d'un ours, une hauteur dé six brassés er mange n'importe quoi. Des voyageurs, qui ont prêté foi à ce récit, pensent que le Mammouth est le même animal que le père aux bœufs des Canadiens etle grand ours noir des Groënlandais.
Il est curieux de remarquer que, d’après cet arbre généalogique, le type des Proboscidiens, parti de Patagonie avec le Pyrotherium, a fait — tout en se développant — en quelque sorte le {our du moide. 11 passe de l'Amérique méridionale à l'Afrique (Mæritherium), couvre de ses descendants (Mastodon, Elephas) tout le nord de l'Ancien et du Nouveau Continent où l’espèce la plus spécialisée, le Mammouth, (Elephas primigenius) s'éteint à l’époque quaternaire dans les régions arctiques.
Les Mastodontes qui, sur l'Ancien Continent, disparaissent dans le Pliocène, survivent en Amérique jusqu'à l’'Epoque Quaternaire. Venant du Nord, après avoir colonisé successivement les Etats-Unis, le Mexique, l'Amérique Centrale, le Pérou, la Bolivie, le Chili et la République Argentine, ils s'éteignent définitivement dans ce dernier pays (Mastodon maderianus, M. chilensis ete) à une époque contemporaine des premiers hommes. Les derniers descendants de la souche des Proboscidiens sont ainsi revenus, après de longues migrations et un nombre de siècles incalculable, au berceau primitif de leur arbre généalogique. ()
(1) Au moment de mettre sous presse j apprends que le Muséum de Saint-Pétersbourg vient de recevoir les restes d'un nouveau Mammouth. — Il fut trouvé sur la berge de la rivière Sangaiourakha, affluent de la Vana (district de Verkhoyank) par MM. Volossowiich et Pfitmeyer — Ce Mammouth n'est pas entier mais il posséde une partie de la trompe (l'extrémité manque). Le côté droit est particulièrement bien conservé. On en a recueilli sept côtes, la jambe antérieure avec une partie de la plante du pied, la jambe postérieure et les parties molles jusqu’au genou. De la partie yauche on n'a pu rapporter aue deux côtes et la plante du pied de la jambe de derrière. Les incisives étaient absentes, par contre les molaires sont intactes. Le crâne: était recouvert par places des parties molles et par la peau.
CHSPITRE IT
L'Eléphant dans l'Histoire
Influence de l'Eléphant sar la religion, les mœars, les arts et la littérature des anciens. — Emploi de cet animal dans les armées occidenta'es. — Son rôle dans les guerres. — Principales façons de le combaltre. — Dangers que présentait son utilisation. — Les Jeux dau cirque. — L'Elépbant de gaerre en
Orient. — Rareté des Eléphants en Europe, depuis la chute de Rome Jasqu au XVHH siècle.
Les Hindous furent, par ordre chronologique, le premier peuple qui songea à se servir des Eléphants pour la guerre et depuis les temps les plus reculés jusqu'à de nos jours, ils en ont toujours entretenu à cet effet un nombre assez considérable. (1)
On ne saurait exactement déterminer l’époque à laquelle l'Eléphant fut domestiqué dans l'Inde. Tout ce que l’on peut afhrmer, c'est que ses habitants ont toujours professé pour lui un véritable culte.
Il remplace dans leur mythologie lAïgle du Jupiter des Grecs. Indra, le plus puissant de leurs dieux secondaires, le souverain mutre de l'air et du tonnerre, est figuré assis sur un Eléphant. Enfin, Ganésa, leur dieu des sciences et de la sagesse, est repré-
(1) Les anciennes armées des Ilindous étaient composées dans les proportions suivantes : 1 Eléphant, 1 char de guerre, 5 cavaliers, 5 fantassirs. = EC
Chaque Eléphant devait être monté par quatre hommes et chaque char par deux, ce qui fait que cette sorte d'escouade comprenait 14 hommes, 5 chevaux et 1 Eléphant. Une division était donc formée d’un certain nombre de ces escouades et une armée, de plusieurs divisions. Une urinee entière se composait, d’après l'Amara-Cocha, sorte de dictionnaire par ordre de matières et le Mahabharat, recueil d'anciennes épopées indiennes, antérieur d’au moins quatré siècles à notre ère, d'environ 100.050 fantas- Sins, 03.000 cavaliers, 20.000 Chars et 20.000 Elephants.
Voir egalement Armanpi. — /istoire militaire des Eléphants, ch. IT, page 33.
SCHLEGEL. — /ndische Bibliothck, tom. I.
RiTTER. — Erdkunde.
senté sous la figure d’un homme à tête d’Eléphant, tandis que la terre entière est portée sur le dos de huit de ces animaux tournés vers les huit points différents de l’espace. | ,
La haute opinion des Hindous à l'égard de ce proboscidien n’a pas seulement laissé des traces dans leur religion, mais encore dans leurs arts et leur littérature. Le nom de cet animal se trouve, en effet, souvent associé dans les romans et les épopées à ceux des souverains et des héros. G) Il sert de monture aux rois et aux seigneurs et figure dans toutes les parades comme élément de décoration. Les artistes, guidés par des inspirations identiques, les ont représentés partout, aussi bien à la porte des temples sous forme de gigantesques cariatides que peints ou sculptés sur les murs des pagodes, des édifices de toutes sortes, des châteaux et des mausolées. ()
Les mœurs austères que les Hindous exigeaient du sexe faible ne se virent même pas épargnées par cette vénération, Car si une femme pouvait prouver qu’elle avait recu un de ces animaux en échange de ses faveurs, loin dela blâmer on était au contraire très fier pour elle d’un si grand hommage rendu à sa beauté. 6)
Diodore de Sicile fut le premier à mentionner les Eléphants de guerre dans l'Inde, et cette citation se rapporte à dix-sept ou dixhuit siècles avant l’ère actuelle, c'est-à-dire au temps combien lointain de Sémiramis. Le récit en est du reste tellement fantaisiste et agrémenté, que le vraisemblable disparait presque entièrement dans le merveilleux.
Cet animal, si commun dans l’Inde d’alors, est resté très longtemps inconnu en Europe et en Asie Occidentale. 4 Une chose quine manque cependant pas d'importance et qu'on nest pas encore arrivé à éclaircir complètement c’est que la Grèce. l'Italie, la Syrie et les côtes de la Méditerranée ont connu de temps immémorial l’ivoire, alors même qu'elles ignoraient l'animal qui le pro-
(1) LaxGLois. — Mélanges de littérature sanscrite.
(2) Les figures colossales d'Eléphants sculptées en plein et en bas-relief, dans les basaltes des îles d’Elephanta (Gharipour) et de Salsette, sur la côte de Bombay, sont justement célèbres. Le temple d’'Elloia, auquel les brahmanes accordent huit mille ans d'existence, et celui de Mawalipouram contiennent de semblables sculptures.
M)Voina cest): ME: Neras: Monuments de l'Hindoustan ancien et moderne.
ARRIEN., — De /èeb. indic., XVII. |
STRAB., — Géogr., XV. I, p. 281.
(4) Homère parle souvent de l'ivoire, mais, de même qu'Hésiode, il ne cite jamais l’Eléphant.
duisait. [Il est vrai que le commerce d'alors se faisait de si bizarre Mon ctoque les” denrées de: l'Inde et de Afrique passaient dans de si nombreuses mains avant d'arriver dans les entrepôts de Phénicie, qu'on pouvait n’en pas connaitre la véritable prove- "nance. Du reste, ne s’est-on pas servi des perles et de la soie bien avant que de connaître leur nature et leur origine ? (1)
Aristote fut le premier naturaliste qui donna une description assez complète et exacte de l’'Eléphant. Aucun point ne fut omis par ce grand savant, ce qui fait croire, non sans raison, que son illustre protecteur et ami Alexandre avait dû lui offrir quelques masdéices animaux. Ce qu'il y a de certain c'est que. comme l’a fait remarquer si justément Cuvier, @) Aristote a beaucoup mieux étudié cet animal que le grand Buffon lui-même.
La première apparition d'Eléphants dans les armées date réelmémrenndes environs de l'an 331 avant Jésus-Christ, à la bataille d’Arbelles, où Alexandre-le-Grand vainquit Darius.
Les Lagides en possédaient un grand nombre dans leurs armées et les introduisirent en Occident. Il en fut de même des Séleucides, surtout depuis que Seleucus Nicator en eut recu cinquante de Sandro-Cottus en échange d’un canton entier des bords de RS Mitipaten amena en Grèce, les premiers de ces animaux qu'on y vitet Pyrrhus, dans sa célèbre expédition en Italie Ô fournit aux Romains l’occasion de faire connaissance avec ce nouveau moyen de guerre, qu'ils allaient avoir si souvent à vaincre dans leur future guerre à mort contre Carthage.
À l'instar des Carthaginoiss les rois de Numidie enrôlèrent bientôt dans leurs armées un certain nombre d’Eléphants et ce fut en vain que Jugurtha opposa ces animaux aux légions de Métellus.(4)
1) QUATREMÈRE DE QUINCY. — Jupiter Olyÿmpien.
PEmrEN. — Recherches sur la pul.tique ét le commerce des peuples de l'antiquité, tom. IT.
MACPHERSON’‘S. — Annals of commerce and navigation.
ARMANDI. — Histoire militaire des Eléphants, liv. I, ch. II.
2) Cüvier. — Rérolutions du globe.
(3) Qui ne connait les fameux vers que Boileau fait prononcer à cette occasion au Sage Linéas, ministre de Pyrrhus :
GW} Juba, roi de Mauritanie, ne fut du reste guère plus heurcux dans l'essai qu'il fit des siens contre César.
Quant aux Romains, après avoir combattu les Eléphants de Pyrrhus, ils mirent encore plus de quatre-vingts ans avant d’introduire cette sorte de combattants dans leurs troupes. Ils ne placèrent d’ailleurs jamais qu’une très faible confiance dans ces animaux et un siècle ne s'était pas écoulé depuis leur premier essai qu’ils renoncçaient à s’en servir. (1)
Cependant, les Eléphants n'étaient pas sans influencer l'issue des guerres de cette époque et Quinte-Curce s’est plùû maintes fois à décrire l'impression néfaste que causait la vue de ces animaux sur les soldats Macédoniens. Alexandre, lui-même, fut tellement frappé en voyant ces colosses rangés en ligne de bataille qu’il ne put s'empêcher de s’écrier que : « ce combat était un danger digne de son courage ». (2)
Le principal service rendu par les Eléphants était de rompre les lignes et l'ordonnance de l'ennemi. Rien ne résistait à leur terrible masse ; pas même la phalange d'Alexandre, toute hérissée de piques et pourtant intrépide et éprouvée. TIsMansenemt de plus un merveilleux emploi de leurs armes naturelles. Leur trompe savait « cueillir » et étouffer les combattants, leurs défenses labourer et déchirer horriblement les flancs des ennemis, leurs pieds énormes écraser et piétiner à plaisir. 6)
Pour la cavalerie, 1ls étaient particulièrement dangereux"car leur vue, leur cris et leur odeur effrayaient les chevaux et les incitaient à prendre la fuite. (4)
Les soldats Romains furent eux-mêmes très longs à s’habituer à la vue de ces animaux, dont ils s'exagéraient la force et la bravoure. Florus, Tite-Live, Arrien, Ammien, Marcellin, en parlent avec emphase et les comparent soit à des vaisseaux errant sans gouvernail au milieu des flots, soit même à des collines s’avancant dans la plaine. Aussi, lorsque Rome fut en état de faire la loi aux autres peuples, s’empressa-t-elle d'imposer à ses ennemis (et notamment aux Carthaginois) de livrer ou de détruire leurs Eléphants, redou-
(1) La défaite des Arvernes “ des Allobroges paraît avoir été la dernière occasion où les Romains firent usage d'Eléphants. Il y avait exactement ëo ans qu'ils s’en servaient.
(2) QuixtT-CurrT., — VIII, c. 14.
(3) Driopor Sicurz., = IT u6, 17, recto".
(4) C’est ce qui se produisit aux batailles d' Héraclée, de la Trébie et de Zamar
tant d’avoir à combattre à nouveau de semblables adversaires et cherchant constamment à abolir ce moyen de guerre dans les autres pays. (1)
Il est à remarquer qu'aucun auteur latin ne décrit l’organisation militaire des Eléphants et que le peu de renseignements que nous ayions sur cette disposition est dû au Grec Elien, qui n’en parle du reste que très vaguement. Selon lui, les Eléphants étaient réunis par détachements de soixante-quatre et chacun de ces détachements se trouvait partagé en divisions et en subdivisions qui portaient des noms tirés de la tactique des Grecs. (2)
Le commandant supérieur des Eléphants se nommait chez les Grecs l’élévhantarque, et chez les latins agister éléphantorum (maître des Eléphants). Il jouissait d’une grande autorité et avait sous ses ordres le cératarque, l’ilarque et les autres chefs des subdivisions de la brigade.
Chaque Eléphant portait un nom, afin de le reconnaitre et de le désigner plus facilement &) et un conducteur était spécialement désigné pour chaque animal. Ce conducteur s'appelait chez les Grecs éléphantagogue ou éléphantiste, et chez les Latins rector, moderator belluæ, magisier ou indi. [Il montait sur le cou de l’animal et le dirigeait à l’aide de la voix et d’une sorte de harpon en fer 4) du genre de celui dont se servent encore actuellement les cornacs.
La pièce principale de l’armement de l’Eléphant de guerre comprenait une tour que l’on plaçait sur son dos et dans laquelle pouvaient prendre place plusieurs combattants armés de piques, de traits et parfois aussi de projectiles incendiaires. Ces tours, quoique nous ne les connaissions que très mal, devaient être en bois
(Gr) Tir-Liv., — XXX, 37 et 45.
ARMANDI. — Histoire militaire des Eléphants, liv. II, chap. I, p. 248 et 249, etc.
(2) Ces noms et ces divisions étaient les suivants :