VII. Zoarchie, un seul Eléphant
(5). On a pu de cette façon suivre les exploits de quelques Eléphants célèbres,
comme l’Ajax, d'Alexandre et le Nicon (le vainqueur) de Pyrrhus. (4) Les Latins nommaient cet instrument cuspis ou stimulus.
léger et se démonter facilement. Elles pouvaient contenir six guerriers d’après Héliodore, quatre suivant Elien, Strabon, Pline et l’Amära-Cocha. () et l’on y accédait à l’aide d’une échelle de cordes qui faisait partie de l’attirail de guerre de chaque Eléphant. Flaubert, dans Salamimbo, évoque de la merveilleuse facon suivante l'entrée en bataille des énormes auxiliaires des Carthaginois : «... Un cri, un cri épouvantable éclata, un rugissement de douleur et de colère: C’étaient les soixante-douze Eléphants qui se précipitaient sur une double ligne... Leurs trompes barbouillées de minium se tenaient droites en l'air, pareilles à des serpents rouges; (2) leurs poitrines étaient garnies d’un épieu, leur dos d’une cuirasse, () leurs défenses allongées par des lances de fer courbes comme des sabres... (4) Afin de mieux leur résister, les barbares se ruèrent en foule compacte ; les Eléphants se jetèrent au milieu. impétueusement. Les éperons de leur poitrail, comme des proues de navire, fendaient les cohortes ; elles refluaient à gros bouillons. Avec leurs trompes, 1ls étouffaient les hommes ou bien les arrachant du sol, par dessus leurs têtes, ils les livraient aux soldats dans les tours ; avec leurs défenses, ils les éventraient, les lançaient en l'air, et de longues entrailles pendaient à leurs crocs d'ivoire. » Les moyens employés pour la destruction de ces animaux étaient nombreux sinon toujours très efficaces. Celui qu'on employait le plus fréquemment était d'envoyer contre eux des vélites, jeunes soldats légèrement armés et très agiles, qui s’efforçcaient de harceler l'animal de toutes parts, tandis que d’autres visaient le cornac sans lequel la bête était vite faite prisonnière. On employait égale-
(1) Tous les Eléphants d’une armée n'étaient pas munis de ces tours, ce qui eut été incommode et encombrant. On n’en chargeait généralement que les plus forts et les plus dociles, préférant se servir des autres pour percer Iles lignes ennemies, traîner des chars ou porter des balistes et des catapultes.
(2). Afin d’accentuer davantage la terreur que les Eléphants causaient aux nations non habituées à les combattre, on les parait de bizarres façons, les recouvrant de housses de drap rouge et leur peignant les oreilles et le front en blanc, en bleu ou en rouge.
(3). Pour les protéger contre les coups furieux que leur portait l'ennemi, on bardait les proboscidiens de plaques de fer, de préférence à la tête et au poitrail et parfois même entièrement, comme cela se produisit pour les Eléphants de Juba, dans la guerre d'Afrique.
(4). On adaptait en effet aux défenses des pointes d'acier et au poitrail des "pieux ferrés destinés à faciliter le percement des lignes ennemies. Il paraîtrait même que l'on armait les trompes de sabres et de fauix. Quinte-Curce nous dit aussi quon avait coutume, les jours de bataille, d’énivrer les Eléphants à l’aide de boissons ou de drogues propres a les exciter. En Europe, on faisait usage de vin aromatisé et mêlé à de l’encens ; en Orient, c'était. une liqueur extraite du n7°,et de ancmme sucre ; à Ceylan, l’on se servait de l’opiüum.
ment avec succès des soldats calaphractes, c’est-à-dire des hommes intrépides et revêtus d’une armure toute hérissée de pointes d’acier qui les rendaient invulnérables. Ces soldats pouvaient s’approcher sans danger des Eléphants et, à l’aide d’une pique, ils les attaquaient au ventre, aux aisselles, aux yeux, ou bien cherchaient à leur couper la trompe ou les jarrets.
Mais le moyen le plus certain était assurément le feu car rien n’effraie autant l’Eléphant que la vue des flammes. Aussi, lançait-on sur lui, sous forme de torches d’étoupes imbibées, toutes sortes de matières inflammables : goudron, suif, pétrole ou soufre, tant pour l’effrayer que pour incendier les tours. ()
Il faut dire que peu à peu les Romains s’habituèrent à ces animaux et nen furent plus effrayés. [ls en montraient le plus possible à leurs soldats, les exerçaient à les combattre et accoutumaient les chevaux aux cris et à l’odeur de ces géants. Les luttes entre gladiateurs et Eléphants tenaient également une place importante dans les jeux du cirque et lorsqu’arriva la seconde guerre Punique, les soldats Romains se trouvaient si bien fortifiés contre ce danger, qu’ils n’y prêtèrent plus aucune attention. (2)
Quant à la proportion entre le nombre des troupes et celui des Eléphants, elle était loin d’être toujours constante et déterminée comme aux Indes. |
En Occident, le nombre de ces animaux dans une armée dépendait de beaucoup de circonstances, entre autres de la difficulté plus ou moins grande de se procurer ces mammifères et de la nature du pays où devait s'effectuer la guerre. Néanmoins, la proportion moyenne était d'environ cinq pour deux mille.
Dans les batailles, on rangeait généralement les Eléphants sur une seule ligne et lorsque ces animaux étaient très nombreux, on en garnissait tout le front de l’armée. (6) Lorsque, par contre, ils étaient en petit nombre, on les placait de préférence sur les ailes,
(1) On pointait également sur les Eléphants des carrobalistes, sortes de machines destinées à lancer de gros traits et l’on utilisait le cri du porc ou le son des trompettes qui les effraient tout particulièrement. Enfin, parfois, on semait sur leur passage des tranchées couvertes et des chausses-trappes et l'on ménageait entre les manipules de la légion des espaces dans lesquels on les attirait et où ils se trouvaient entre deux murs de piques et de boucliers.
t (2) Notamment en Asie, dans l’armée d’Antiochus, et en Numidie danscelle deJugurtha. (3) Comme aux batailles de l’'Hydaspe et de Zama.
pour renforcer ces parties, généralement moins fortes que les autres.
C’étaient là les moyens les plus fréquemment employés. Quelques généraux eurent aussi l’idée de masquer leurs lignes d’Eléphants par une autre ligne de soldats, mais les résultats furent désastreux, car 1ls amenèrent la confusion dans l’armée et, par suite, sa ruine complète. |
On employait donc les Eléphants presque exclusivement pour les batailles ; cependant, il y a dans l’histoire des cas"assez nombreux où 1ls servirent à assièger les villes ou les places fortes. Ils arrachaient avec leurs trompes les palissades d’un camp, démolissaient les créneaux des murailles, servaient à l'escalade des lieux fortifiés. Elien nous affirme même qu’un roi de l'Inde avait un train de trois mille Eléphants, choisis parmi les plus forts, et destinés uniquement à abattre les murailles ex les poussant de leurs poitrines. 4) Agatharchide va jusqu’à nous dire qu’on désignait ces sortes d’Eléphants sous le nom de démolisseurs. Toutes proportions gardées, ces faits peuvent fort bien être vrais. N'y a-t-1l pas des Eléphants qui déracinent des arbres et démolissent les murs de leur écurie ? ()
Pline a dit quelque part Ë) que lorsque les Eléphants sont une fois effrayés et blessés, ils reculent obstinément et sont alors aussi redoutables à leur parti qu’ils l’étaient à l'ennemi. Cette croyance des anciens, passée en proverbe et citée maintes fois, est fondée. L’Eléphant veut très bien servir l’homme à condition qu’on le traite avec douceur et qu'on ait des égards pour lui. S'il advient qu'il voit souffrir un de ses semblables ou qu'il souffre lui-même, sa fureur devient extrême. [Il frappe à tort et à travers, fuit devant lui et le maître qu'il aimait il y a quelques instants, devient une de ses premières victimes.
Ce sont là des actes que nous devons lui pardonner car ils sont causés presque toujours par les mauvais traitements ou les exigences des hommes. [l n’en est pas moins vrai que cette colère occa-
(1) ÆzraN., — Animal. XVII, 20.
(2) Voir 4 ce sujet, outre Elien déjà cité, Strabon, Phne Aristote Cobientatdutnest BMPEINS ASTON are NAN ro; |
St
sionnait le désordre dans les rangs de leur propre armée et causait bien souvent la perte d’une bataille. Le cri d'un Eléphant blessé suffisait parfois pour remplir ces bons géants de rage et de férocité etrien ne pouvait alors arrêter leur terrible charge.
Ce fut là une des principales causes qui empêchèrent les grands guerriers de l'antiquité de les utiliser pour la guerre. Alexandre, Scipion, Marius, Pompée et César les regardèrent comme aussi dangereux pour leur armée que pour celle qu'ils devaient combattre. Aussi, la défaveur des Eléphants devint bientôt générale et gagna vite l'Asie. On comprit que l'embarras, les frais et les risques dépassaient de beaucoup les services qu’on pouvait en attendre et l’on ne les employa plus que pour les jeux et les grandes cérémomes de la Ville Ete. nelle.
Au dire de Pline, ce fut l’édile curule Claudius Pulcher qui, en l'an 655 de Rome, exposa le premier des Eléphants dans larène ; Pompée, César et Antoine s’en servirent ensuite dans les Jeux et dans les parades. Mis, de tous les spectacles auxquels prirent part les Eléphants, les plus étonnants furent sans contredit ceux qu’organisa Germanicus. Ces intelligentes bêtes y firent, non seulement des passes-d’armes et dansèrent la pyrrhique, mais donnèrentdes représentations et joutrent des pantomimes : « Douze Éléphants, écrit Armandi,(ü) parurent dans l’arène, accoutrés d’une manière bizarre et avec des costumes d'acteurs dramatiques; se divisantetse réunissant comme des chœurs de danse. D’autres furent dressés à marcher par groupe de quatre, dont chacun portait dans une litière un cinquième Eléphant qui contrefaisait une nouvelle accouchée. Ils allèrent s'asseoir ensuite autour d’une table qu’on leur avait dressée, en passant au milieu des coussins et à travers les lits sans les déranger et prirent leur repas dans des plats d’or et d'argent, avec une aisance grotesque qui excita au plus haut degré l’hilarité des spectateurs. Mais l'épreuve la plus extraordinaire pour d'aussi lourds personnages, c'était de grimper sur un ou peut-être sur deux câbles tendus depuis le fond de l’arène jusqu’au sommet de l'enceinte et, ce qu'il y eut d’encore plus surprenant, de revenir par ce périlleux chemin. On refuserait de croire à de semblables faits, s’ils n’étaient
(1) ARmanDi. — Histoire militaire des Eléphants, liv. II, chap. X, p. 381.
attestés par des témoignages contemporains ». (1) Ces exercices merveilleux furént répétés du temps de Néron et de Galbanees Romains n’étaient-1ls pas du reste, passés maïîtres dans l’art de dresser les animaux les plus féroces ? (2) Le plus souvent on mettait aux prises des Eléphants et des gladiateurs, appelés bestiarix, mais on vit également des combats d’'Eléphants et de taureaux, comme sous Domitien, et même d'Eléphants et de tigres, comme du temps d’'Héliogabale. Bientôt, lorsque Rome ne fut plus résidence impériale, les fêtes brillantes et les jeux du cirque disparurent presque totalement n'ayant eu, eux aussi, qu’un règne éphémere no
L'histoire des Eléphants de guerre se termine donc en Occident vers la fin du nf siècle. Après cette époque, l'enrresenses gulier de ces animaux dans les armées n'existait plus. Pourtant, trois siècles plus tard, ils firent à nouveau une réapparition dans les armées des rois Sassanides, réapparition du reste très courte et d’une importance tout à fait secondaire.
Dans l'Inde, les souverains modernes entretinrent toujours un très grand nombre d'Eléphants de guerre.
Lorsqu’en 1191, Mohammed-Ghuri entra dans l’état de Delhi à
la tête de 12.000 cavaliers turcs, persans et laighans, tousules princes du pays se liguèrent pour repousser cette invasion et réunirent dans ce but une armée de 300.000 hommes et de 3.000 Eléphants commandés par les rajahs de Delhi et d’Adjémir.
Vers 1247, les Mogols ayant fait une grande irruption dans l’Inde, Djebel-ed-Dyn, le sultan d'alors, marcha sur eux avec 300.000 chevaux et 2.700 Eléphants et, après leur avoir livré bataille, il les forca à la retraite.
Tamerlan employa de même ces colosses dans ses différentes expéditions (4) et notamment à la célèbre bataille des plaines d’An-
(1) Elien et Columelle disent à ce propos que les Eléphants de Germanicus étaient nés à Rome.
(2) Voir à ce sujet la note A. s
(3) Comme nous l’avons vu, on employait encore des Eléphants dans les parades, où ils étaient attelés aux chars qui devaient porter les images des dieux et les empereurs. On considérait ces proboscidiens comme une prérogative du chef de l'Etat et peu de particuliers parvinrent à l’obtenir.
(4) Tamerlan s’est plutôt servi d'Eléphants pour éblouir ses adversaires que pour les combattre, n'ayant lui non plus qu'une confiance très limitée dans l'utilité de ces auxiliaires.
LES ÉLÉPHANTS Di
cyre, livrée aux troupes du puissant Bajazet. Cette terrible boucherie qui eut lieu en juillet 1402, mit aux prises durant trois jours 1.200.000 combattants acharnés à se détruire et dont 240.000 restèrent sur le terrain !
En 1571, les établissements portugais devenant de jour en jour plus menaçants pour la liberté de la péninsule cisgangétique, la plupart des Etats de cette vaillante contrée se réunirent pour expulser les étrangers et l'on put voir sous les murs de Goa, une arméé forte, dit-on, de 250.000 hommes, 2.500 Eléphants et 500 bouehes à feu. ()
C'est vers la même époque qu Akbar entretenait d’une facon constante G.o00o Eléphants. Quant à Djiham-Guyr, 1l possédait Mooode ces animaux pour la guerre et 1.000 de moindre taille destinés au transport des bagages. Suivant le capitaine William Hawkins, qui demeura de 1609 à 1612 à Agrah, 1l y avait alors dans l'empire 40.000 Eléphants domestiqués.
En 1735, lorsque Nadir-Chach vint pour envahir l’'Hindoustan, Mohammed-Chach possédait près de 2.000 Eléphants dans son armée. |
Enfin, en 1750, le puissant nabab du Dekkan parut à deux reprises différentes devant Pondichéry ; la première fois avec 300.000 Hommes, Soo pièces à feu et 1.300 Eléphants.et [a seconde avec 102.000 hommes et 700 Eléphants. Les Français, quoique en très pétbuombre, parvinrent quand même à vaincre.ces forces et le
nabab y perdit la vie.
En Europe, les Eléphants, après avoir été assez communs du-
rant la splendeur de Rome, devinrent bientôt d’une rareté exceptionnelle pendant plusieurs siècles. Aussi, les quelques individus que l’on y vit trouvent-ils une place marquée dans Fhistoire en général et dans celle de ces animaux en particulier. C'est tout d’abord l'Eléphant que le calife Haroun-al-Raschid envoya à Charlemagne et qui fut débarqué à Pise en 8or. Ce proboscidien, qui exc:ta une véritable admiration dans l'Allemagne entière, ne vécut que huit ou neuf ans à Aïx-la-Chapelle, où son royal maître, qui y tenait alors sa cour, l'avait transporté.
(1} LariTEeAuU. — Histoire des découvertes et des conquêtes des Portugais, liv. XIV.
En 1220, lorsque Frédéric IT revint de Terre-Sainte il amena en Italie le second Eléphant que l’on y voyait depuis la chute de l'empire romain. Peu après, en 1254, Saint-Louis, de retour de Syrie, amena également en France un Eléphant. Cet animal ne séjourna du reste que fort peu sur notre sol, Louis [X en ayant fait cadeau au roi d'Angleterre, Henri IT.
En 1514, à la suite des victoires que les armées du roi de Por tugal Emmanuel avaient remportées dans l’Inde, une solennelle ambassade fut envoyée au pape Léon X. Parmi les riches présents, on remarquait un Eléphanteau de quatre ans, qui excita l’enthousiasme des Romains. () Ce gamin d'Eléphant ne fit pourtant rien pour mériter ces faveurs, car le naturaliste Mattioli raconte qu'aux fêtes données à l’occasion du mariage de Julien de Médicis, on l’avait chargé d’une tour pleine de monde et qu’au premier coup de canon, 1l prit la fuite et alla se jeter dans le Tibre, à la grande frayeur des gens qu'il portait. Cet exemple ne découragea cependant point ses maitres qui essayèrent à nouveau de s’en servir pour le triomphe burlesque du poète Baraballo. Cette fois-ci, 1l se montra de fort méchante humeur et s'étant arrêté tout court dans sa marche grotesque, 1l forçca le pauvre poète à descendre plus mort que vif de dessus son dos où on l'avait juché à grand peine.
Pierre Gilles (Gyllius), ce savant qui, vers l’année 15504 l’occasion de voir deux Eléphants à Constantinople, s’empressa d'en adresser une description détaillée au cardinal d'Armagnac. Juste Lipse, lui non plus, ne manqua pas de mentionner dans sa correspondance littéraire, le voyage à travers l’Allemagne d’un jeune Eléphant envoyé d’Espagne par Philippe IT à l'empereur Ferdinand [®, dans les environs de 1562.
En 1629, à Francfort et à Nuremberg, la vue d’un Eléphant mit en émoi tous les savants et lettrés d'Allemagne. Il se trouva même quelqu'un pour publier à cette occasion un volume où se trouve relaté tout ce qui avait été dit de vrai et de faux sur cet animal, par les anciens et par les modernes.
(1) ARMaNDI. — Histoire militaire des Eléphants. — Note h., p. 528 et suiv. Roscor. — Vie de Léon X. (annoté par Bossi) ch. 12.
Enfin, en 1633, on put voir en Hollande, le premier Eléphant blanc qui fut amené en Europe. (1)
L'admiration et la curiosité incroyables que ces animaux excitaient alors ne prouvent-elles pas que ce mammifère fut très rare en Europe durant près de dix siècles ? Cela s'explique du reste aisément puisqu'ils ne servaient à cette époque qu'à contenter la curiosité du peuple.
Si les Occidentaux utilisèrent durant relativement peu de temps les Eléphants de guerre, les Orientaux persévérèrent au contraire dans leur emploi. Ce fut, 1l est vrai, bien plus par tradition et par culte que par besoin, ayant constaté, eux aussi, qu'ils constituaient souvent un danger réel pour l'armée.
Néanmoins, vers la fin du xvin® siècle, devant le perfectionnement des armes à feu et la tactique européenne, ils abandonnèrent à leur tour l'emploi de l’Eléphant comme combattant et le placèrent dans l’armée comme porteur.
C’est ainsi que dans l’armée combinée qui, sous les ordres de Lord Cornwallis, marcha en 1700 et 1701 à la conquête de Mysore, 200 Eléphants se trouvaient uniquement employés à transporter la caisse militaire. Vers la même époque, le nabab de Oude, allant avec un corps de troupe faire une grande chasse à travers les campagnes, se fit suivre par un millier d'Eléphants chargés de ses bagages. Enfin, en 1831, le voyageur français Victor Jacquemont vint à rencontrer dans le Bengale le gouverneur général de l'Inde, lord Bentink, qui faisait sa tournée avec une nombreuse escorte dont les bagages étaient portés par 1.300 chameaux, Soo chariots et 103 Eléphants. (2)
Suivant un ancien préjugé qui date de Porus et de Stratobates, les Hindous ont toujours continué à donner des Eléphants comme monture à leurs rois et à leurs officiers. Cette vieille coutume, qui n’est pas sans noblesse, permet aux chefs, tout en étant pour eux un signe de distinction, d’avoir constamment sous les yeux leurs
(1) Gazette de France. — 30 juillet 1633.
(2) V. JAcQUEMONT. — Correspondance.
troupes qu’ils guident ainsi plus facilement au combat et encouragent par la vue de leur personne. Durant les dernières guerres, l’on vit toujours l’intrépide et courageux Hyder-Aly commander ses armées jJuché sur son Eléphant et servir ainsi, sans s’'émouvoir le moins du monde, de cible aux balles et aux boulets dont les Anglais s’efforçcaient de le gratifier.