LE BAIN
ont coutume de passer à des époques fixes dans les lieux où ils savent devoir trouver leurs fruits préférés en pleine maturité. Tout ceci, implique une somme de connaissances acquises au cours de nombreuses générations et dénote avec une acuité des sens merveilleux une intelligence assez développée chez ces énormes animaux. (1)
Ïl arrive parfois que des vieux solitaires trouvant décidément peu sûres les broussailles qu’ils affectionnaient autrefois, battues qu'elles sont par des bandes de noirs, chasseurs armés jusqu'aux dents, se rendent auprès de certains villages nègres où les habitants paisibles et dépourvus d’armes à feu les laissent dans une tranquillité relative. C’est ainsi, par exemple, qu’un commerçant
* (1) BRenm. — Les Mammifères.
grec installé à Moschi, dans l'Afrique orientale allemande, tua près d'un petit village indigène un vieux solitaire qui lui avait été signalé depuis longtemps.
L’Eléphant nage avec facilité et adore se baigner et se doucher avec sa trompe. Ces ablutions sont du reste indispensables pour le bon maintien de sa santé. De plus, comme sa peau a toujours une tendance à se fendiller et qu’elle est très sensible aux attaques des mouches ou autres parasites, 1l a soin, dès qu'il est sorti du bain, de saupoudrer son corps de sable à l’aide de sa trompe ou de se rouler longuement dans la poussière ou la boue qu'il pétrit avec ses pieds ce qui, dans les régions à terrains ferrugineux, leur donne une couleur brique du plus curieux effet. ()
Il pousse même l’ingéniosité jusqu’à se fabriquer des éventails
(1) « Sur les huit ou neuf heures avant midi nous fûmes au bord de la rivière pour voir comme on lave les Eléphants du roi et des grands seigneurs ; l’'Eléphant rentre dans l’eau jusqu’au ventre et, se couchant sur un côté, prend à diverses fois de l’eau avec sa trompe qu’il jette sur celui qui est à l’air pour le bien laver ; le maître vient ensuite avec une espèce de pierre ponce et frottant la peau de l’Eléphant, la nettoie de toutes les ordures qui ont pu S'y amasser. Quelques-uns croient que lorsque cet animal est couché par terre, il ne peut se relever de soi-même, ce qui est bien contrairé à ce que j'ai vu ; dès que le maître l’a bien frotté d’un côté, il lui commande de se tourner de l’autre, ce que l’Eléphant fait promptement et après qu'il est bien lavé des deux côtés, il sort de la rivière et demeure quelque temps debout sur le bord pour se sécher, puis le maître vient avec un pot plein de couleur rouge ou'de couleur jaune et lui en fait des raies sur le front, autour des yeux, sur la poitrine, sur le derrière ; le frottant ensuite d'huile de coque pour lui renforcer les nerfs ». TAVERNIER. — Voyage, tom. TL, p 264, 265(Rouen, 1713).
— « La piqûre des mouches se fait si bien sentir à l'Eléphant qu’il emploie non seulement ses mouvements naturels, mais même les ressources de son intelligence pour s'en délivrer ; il se sert de sa queue, de ses oreilles, de sa trompe pour les frapper ; il fronce sa peau partout où elle peut se contracter et les écrase entre ses rides ; il prend des Drames ee d'arbres, des rameaux, des poignées de longue paille pour les chasser et lorsque tout cela lui manque, il ramasse de la poussière avec sa trompe et en couvre tous les endroits sensibles ; on en a vu se poudrer ainsi plusieurs fois par Jour et se -poudrer à propos, c'est-à-dire en sortant du bain. L'usage de l’eau est presque aussi nécessaire à ces animaux que celui de l'air et de la terre; lorsqu'ils sont libres, 1ls quittent rarement le bord des rivières, ils se mettent souvent dans l’eau jusqu’au ventre et ils y passent quelques heures tous les jours. Aux Indes, où l’on a appris à les traiter de la manière qui convient le mieux à leur naturel et à leur tempérament, on les lave avec soin et on leur donne tout le temps nécessaire et toutes les facilités possibles pour se laver eux-mêmes ; on nettoie leur peau en la frottant avec de la pierre ponce et ensuite on leur met des essences, de l'huile et des couleurs ». BurFFoN. — Histoire Naturelle, tou. IV, p.387.
— «Dans leur moment de loisir ils s'éventaient avec un paquet de feuilles que leur trompe agitait avec l’aisance qui en rend le mouvement gracieux en pareille occasion. La raison en est sans doute dans le jeu à la fois circulaire et horizontal de ce membre flexible ; en tout cas, il est impossible de ne pas être frappé de l'élégance du geste chez un Eléphant qui s'évente. Nos bêtes n'étaient pas sans se payer également le luxe d'un bain de poussière qu’elles répandaient avec leur trompe ; mais, par un curieux raffinement de sagacité, tant que le mahout se trouvait sur leur cou, elles se contentaient de jeter de la poussière sur leurs flancs et leur estomac,comme si elles savaient qu’en en jetant sur leur tête et sur leur dos elles auraient incommodé leur conducteur ». E. TENNENT. — Natural History of Ceylon, p. 104. ;
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