‹ Les éléphantsChapitre 34 sur 76 · EDEN · texte numérisé non relu

EDEN

avec du fourrage ou des branchages, tant pour éloigner les diptères que pour se débarrasser des parasites qui adhèrent à sa peau. (1)

Ils se grattent également contre les arbres de la steppe et comme ils suivent les clairières et les terrains plats où les arbres sont isolés, il arrive que ce sont toujours les mêmes troncs qui servent au grattage des peaux rugueuses, s! bien que leur écorce est souvent arrachée, couverte de boue et porte les traces indéniables de leur office. Certains gros troncs servent depuis des siècles d’étrilles pour pachydermes.

Il craint le froid et n’aime pas la chaleur. C’est pour cette dernière raison qu'il s'enfonce dans les forêts les plus épaisses et ne se promène guère que le matin de fort bonne heure ou le soir. (2?) Comme il lui faut une grande quantité de fourrage pour sa nourriture, les troupeaux changent continuellement de place. Il gâche également plus du double de ce qu'il consomme et cause parfois pour cette raison de terribles dégâts dans les plantations. Figurezvous, en effet, une centaine de ces colosses fourrageant durant plu-

sicurs heures dans un champ de riz et vous vous imaginerez aisé-

(1) « Un soir, peu de temps après mon arrivée dans la région Est de l’Assam, tandis que l’on donnait à manger comme d'habitude aux cinq Eléphants vis-à-vis de ma baraque, je vis un jeune de capture récente s'approcher de la palissade de bambou et arracher tout doucement un des piquets. I1 mit le pied dessus, en cassa un morceau qu'il porta à sa bouche et le rejeta presque aussitôt. Ayant fini par trouver un morceau à sa convenance, 1l le saisit avec sa trompe, avança sa jambe gauche de devant et se mit à gratter assez fort sous l’aiselle pour ainsi dire. Quelle ne fut pas ma surprise de voir tomber à terre une grosse sangsue d’Eléphant, longue de six pouces au moins et grosse comme le doigt! Je découvris par la suite que le cas est fréquent et que chaque Eléphant se sert quotidiennement d’un grattoir de ce genre Une antre fois que je voyageais à l'époqué de l’année où les grosses mouches s’attaquent plus particulièrement aux Eléphants, je remarquai que celui que je montais n'était muni de rien pour les chasser. J’ordonnai au mahout de ralentir le pas et de permettre à l'animal de gagner le côté de la route. Après avoir fureté pendant quelque temps parmi les bouquets du talus, il s'arrêta devant une touffe de jeunes pousses branchues, en choisit une, la dépouilla dé toutes ses branches sauf une sorte de plumet à l'extrémité, et l'ayant frottée à plusieurs reprises de haut en bas pour bien la nettoyer, la cassa par le bas. Il se trouva ainsi muni d’un éventail parfait d'environ 5 pieds de long, qui lui servit à tenir les mouches en respect en l’agitant de chaque côté.

: Quoiqu’on en dise, voilà bien deux instruments dans toute l’acception du mot, c'est-à-dire fabriqués avec intelligence dans un but déterminé ». G.E. PEar.— Nature, tom. XXI, p: 34.

(2) « M. J. J. Funiss se trouvant un jour dans « Central Park » par un temps très chaud on lui fit observer la conduite d’un Eléphant que l’on avait placé dans ure enceinte en plein air. L’intelligente bête puisait à pleine trompe dans un tas d'herbe nouvellement coupée et en couvrait soigneusement son dos échauffé par le soleil. Lorsqu'il l’eut complètement abrité sous ce toit de chaume improvisé, il se tint tranquille comme pour jouir du résultat de son ingéniosité ». G. E. Praz. — Nature, tom. XIX, p. 38.

ment ce qui peut subsister après une telle visite. (1) Il est vrai que ces pillages ne sont point aussi fréquents qu’on pourrait le croire car l'Eléphant craint l'approche des terres cultivées et ne se risque guère à quitter sa Jungle sauvage où 1l se sent plus en sûreté que partout ailleurs. (2)

L'Eléphant marche le plus souvent au pas. Quand il fuit son allure équivaut au trot d'un cheval. Ce trot est silencieux, etssi le sol est mou ou herbeux, pendant la nuit un troupeau fait à peine entendre un bruissement. Sur un terrain plus sec, il produit un roulement très sourd, comme celui d'un régiment de cavalerie galopant au loin. [l exécute avec assez de facilité et de promptitude tous les mouvements directs, mais la conformation de son corps, jointe à son grand poids, ne lui permet que difficilement les mouvements obliques ou rétrogrades. C’est pour cette raison que les nègres l'attaquent de préférence dans les chemins étroits ct creux où 1l lui est malaisé de se retourner. Il éprouve également beaucoup de difficulté à descendre les pentes rapides, le poids de sa tête et de ses défenses ayant toujours tendance à l’entrainer en avant. Cependant, dans les massifs montagneux, on rencontre leurs traces à 3.000 mètres d'altitude et on reste stupéfait de l’acrobatie qu'ils ont du accomplir, soit pour monter sur ces montagnes, soit pour en descendre. [ls ont au cours des siècles creusés de véritables couloirs sur les sommets les plus abrupts, dans les roches friables. ()

Certains auteurs prétendent que l'Eléphant ne se couche point. De même que le chéval et bien d’autres animaux, l'Eléphant peut

‘ (1) Lorsqu'un troupeau d’Eléphants pénètre dans un terrain cultivé il n’est guère facile de l'y en chasser. On y parvient néanmoins parfois en allumant de grands feux ou én faisant partir des pétards.

(2) Les Elcphants sauvages n'occasionnent pas que des dégâts dans les plantations, ils en causent aussi dans le service télégraphique, se faisant en effet un malin plaisir de déraciner les poteaux. Dans les Indes on garnit ces derniers jusqu’à 4 mètres de hauteur de pointes acérées et fortes, mais le remède n’est guère efficace, les Eléphants trouvant au contraire très agréable de se frotter le long de cette. étrille qu'ils arrachent lorsqu'elle commence à être un peu hors d'usage. Il paraîtrait que . l'administration des postes voudrait dressèr des Eléphants à la garde des lignes télégraphiques. Je crois que le plus simple et le moins coûteux est encore de relever le poteau lorsqu'il est renversé.

(3) Haxs MEver. — Le Kilimandjaro.

à volonté dormir étendu ou debout. Houel, dont l’ouvrage est pourtant loin d’être toujours exact, est peut-être un des premiers à nous prouver par des planches fort justes et prises d’après nature que cet animal se couche parfois et se relève même avec promptitude et facilité. (1)

En Afrique, dans les districts où 1l est vivement pourchassé REÉDhEnItNSs'e Coneremtranee ED NP OURS E HÉPOSER AIS ap puie contre un anbre pose ue clenses défenses sur une branche et reste 1MmIMObile Mlantromipe basse et l'orifice dirigé dans la di-

rection du vent.

DÉPART POUR LA CHASSE AU TIGRE pl est à remart- {d'après une photographie du Comte de Barthélemy.) quer que Des toujours la même défense qui sert à l’Eléphant soit pour s’appuyer, soit pour désécorser un arbre ou soulever une racine ; naturellement cette défense est plus usée que sa voisine, souvent même brisée à l'extrémité ou fendue. (2)

L’Éléphant passe pour avoir de nombreux ennemis, les tigres, les lions, les rhinocéros, les singes, mieux, les fourmis carnivores qui lui montent dans la trompe pendant qu’il dort (!) et les serpents qui le piquent au ventre (?)

Il est inutile de dire combien ces assertions sont fantaisistes, et quel accueil recevraient par exemple des fourmis qui seraient assez téméraires pour s’aventurer sur la muqueuse si sensible de la trompe d’un Eléphant: un cyclone les projeterait au dehors

G) HouEL. — Histoire naturelle des deux Eléphants mâle et femelle du Muséum de Paris, p. 115.

(2) Epouarp Fo. — Mes grandes chasses en Afrique Centrale.

avec violence. Quant au serpent comment ses crochets perceraientils le cuir épais du proboscidien ?

Cependant il arrive quelquefois que l’Eléphant est en difficulté avec un des animaux de la jungle. C’est ainsi que le bronze de M. Navellier intitulé « L'Eléphant et le Crocodile » (1) est la repro:duction d’une scène vécue dans le Bar-el-Ghazal, où l’Eléphant

n'eut pas d’ailleurs le plus beau rôle puisqu'il y mourut d’hémor-

ragie, le crocodile ayant lacéré sa trompe.

L'Eléphant n’a qu'un seul ennemi véritable : c’est l’homme.

Quant à ces fameux cimetières où ces animaux sont sensés se grouper pour mourir, ils n’existent vraiment que dans l’imagination des indigènes et dans celle de certains explorateurs dénués de tout esprit critique.

Je me contenterai de dire que ces amas de squelettes d’'Eléphants sont dus, tout prosaïquement, au carnage que faisaient partout et que font encore dans certaines régions les indigènes qui entourent en masse les troupeaux, mettant de tous côtés le feu à la brousse et décochant dans la bande d'Éléphants affolés, grillés, asphyxiés, des traits empoisonnés et des chevrotines qui les déciment sur place jusqu’au dernier. (2)

Domestiqué, l’Eléphant ne se départit pas de la sagesse et de la philosophie dont il fait si bien preuve à l’état sauvage. [1 semble professer à notre égard une sorte de pitié et de bienveillance, tout

en gardant une majesté très grande. Il daigne nous servir, il c con-

descent à l’esclavage, mais rien de plus.

À part peut-être le chien et le singe, c’est l'animal chez lequel

les facultés intellectuelles d'ordre supérieur atteignent le plus haut développement. Les anciens rapportent une multitude d’anec-

dotes à propos de ces animaux. Pline et Plutarque nous di-

sent entre autres qu'un Eléphant auquel on avait administré une correction pour avoir mal dansé, fut découvert s’exercant ensuite: tout seul au clair de la lune. Ë) J’admets encore que certains oiseaux:

(1) Ce bronze fait partie de la collection Rothschild. (2) On se souvient que le major Powel-Cotton, des fusiliers anglais de Northum-

berland, lors de son retour d’un voyage de trois ans et demi fait en Afrique décrivit,

avec force imagination, une de ces prétendues nécropoles. (3) Prin, — Hist. nat: VAL], 13.

PLuTARCH., — De solert anim. Cap.

LES ÉLÉPHANTS 107 répètent en solitude les leçons qu’on leur a apprises, mais la chose me semble plus extraordinaire de la part d’un Eléphant ; aussi, ne citerai-je ici que des faits récents et strictement véridiques et vérifiés. |

Un Eléphant nouvellement capturé était conduit au parc entre deux de ses congénères domestiqués. Il avait déjà pénétré assez avant dans le kraal lorsque, tout-à-coup, on le vit s'arrêter net, puis tomber à terre comme une masse. Ce que voyant le propriétaire fit retirer les liens et ordonna d'abandonner momentanément le cadavre. Mais, à peine les hommes avaient-ils fait quelques pas que l'Eléphant se releva d’un bond et s'enfuit vers la jungle où il fut impossible de le joindre. Sa ruse avait fort bien réussi...

Il en est arrivé une autre bien bonne aux environs de Bruxelles.

Un cornac parcourait les rues d’un faubourg de cette ville avec un Eléphant. Tout à coup, il lui vint une envie formidable de boire. Il laissa sa bête au milieu de la chaussée, en ayant soin de lui recommander d’être sage et en lui jurant qu'il ne resterait pas longtemps.

L'Eléphant, docile, demeura pendant quelque temps calme et tranquille, jouissant de la curiosité des badauds ; puis, le cornac prolongeant outre mesure sa station dans le cabaret, la bête se mit à s’agiter : elle s'ennuyait. D'abord on la vit piétiner, bailler, s’énerver, puis en fin de compte crier. Soudain, n’y tenant plus, elle se dirigea délibérément vers le cabaret, poussa la porte et fit mine d’entrer pour arracher son cornac à un alcoolisme évidemment interminable.

Mais la porte était trop basse. Furieux, l'animal s’y était engagé pensant pouvoir pénétrer tout à fait. Arrêté par les épaules, il n’en continua pas moins à crier et à piétiner. Personne ne répondait car le cabaret était vide et le cornac se trouvait avec quelques consommateurs et le patron dans le fond d’un grand jardin en train

de jouer aux boules.

= Muis, dans la rue l'émotion était intense. Les gesticulations de l'Elé phantébranlaient la maison et celle-ci, à un seul étage et peu solide, menaçait de s’écrouler ! A la fin le cornac accourut. Il calma son impatient compagnon, le pria de cesser ses exercices dangereux et s’enjoignit de repartir avec lui. Mais, impossible !

L'Eléphant avait si bien manœuvré qu’il ne pouvait plus se dégager de la porte.

I fallut aller chercher les maçons et démolir une partie du TUE

L'Eléphant est fort Juste, si juste même qu'il va jusqu’à proportionner la peine à la faute, selon le principe de Beccaria. Témoin ce fait qu’on nous racontait au Muséum d'Histoire naturelle. En 1709, c'est-à-dire au temps où les deux premiers Eléphants arrivèrent au Muséum, un gardien défendait aux visiteurs de donner quoi que ce fut aux animaux. L'un des Eléphants l'avait du reste déjà averti de l'inconvemance de ee consigne en l’aspergeant vigoureusement avec sa trompe. Or, il arriva un jour qu'une nombreuse compagnie vint, le mauvais gardien étant de service, L’Eléphant épia ce dernier et à la première défense donner du pain, 1l lui lanca à la tête une fusée d'eau. Lesamlien ne tenant aucun compte de ce premier avertissement ct recommencçant sa défense aux visiteurs, la bète se saisit de sou fusil.dle fit pirouetter, le foula aux pieds et le rendit polisient-rids comme un tire-bouchon. (1

M. Paul d’Estrée nous raconte la très curieuse histoire suivante qu'il eur du Journal de Calcutta de 1834. « Un détachement de cipayes (2) préposé à la garde d’un magasin de riz, dût un matin, sur l’ordre du gouvernement, partir immédiatement en expédition. Il ne resta dans ce poste isolé que deux Hindous et un Européen, retenu par la fièvre ; c'est ce dernier qui fut le témoin et le narrateur de la scène suivante:

« Une troupe d’Eléphants sauvages se présente inopinément devant le poste. Depuis quelques jours on avait signalé leur présence aux environs, et très peu de temps après le départ des soldats, un Eléphant était venu rôder aux abords du magasin : c'était apparemment l’éclaireur du petit corps d'armée. Les trois hommes n’ont que le temps de courir à l'arbre le Die voisin, d'y grimper et de s’y blottir.

(1) Voir à ce sujet : l'Écho de Paris, 21 nov. 05 — l'Avenir de la Dordogne, 4 déc. 03 et le Courrier de l'Ain, 4 déc. 03.

(2) Nom donné dans l’Inde aux indigènes qui servent militairement la cause européenne.

Mais les Eléphants n’ont même pas pris garde à leur présence. Arrivés en vue de l'enceinte qui défend le magasin, 1ls s'arrêtent et deux ou trois se détachent du groupe pour aller reconnaître la place.

La muraille était en briques, d’une épaisseur et d’une solidité qui défiaient toute attaque. [Il n’était guère possible de pénétrer dans le bâtiment que par l'escalier ou par le toit, et l’exécution de telles manœuvres présentait des difficultés insurmontables pour des Eléphants, si résolus et si adroits qu'ils fussent.

Mais un Eléphant ne se décourage pas aisément, il a conscience de sa force et possède le don de la patience.

Nos proboscidiens se mettent donc en devoir de commencer le siège du magasin. Ils l’attaquent par un des angles. Un vieil Eléphant, énorme, aux longues défenses brunies par l’âge se sert de cette arme comme d’un bélier pour enfoncer le mur. Quand il se trouve las d’un tel crercice le plus grand et le plus fort après lui le remplace et continue l’œuvre commencée, un troisième lui succède.

Soudain, un barrissement se fait entendre : une brique vient de tomber et l’assiégeant qui l’a vue se détacher entonne ainsi son chant de victoire. Ragaillardis par la perspective imminente d’un savoureux butin les Eléphants se remettent résolument au travail et redoublent d'activité.

Mais la brèche s’est agrandie progressivement et devient enfin praticable. Alors notre vieil Eléphant, le Nestor de la troupe, entre le premier, suivi de deux ou trois de ses camarades. Quand ils ont prélevé leur part, ils font place à un second groupe qui suit comme bien on pense l'exemple du premier et les vingt animaux dont se composait la bande défilent ainsi successivement dans le magasin.

Mais, tout à coup un nouveau barrissement réveille les échos endormis de cette solitude. C’était un des Eléphants de la première fournée, posté en sentinelle à trente mètres du magasin qui poussait ce cri d'alarme : 1l avait aperçu dans le lointain le bataillon de cipayes qui regagnait son poste.

Les derniers entrés sortent précipitamment de ce grenier d’abondance, la troupe se rallie et le plus doucement possible sous la

voûte ombreuse de la forêt, décampe en bon ordre, et trompes dressées. |

Il n’était que temps pour les Eléphants !.. mais trop tard pour les cipayes !... le magasin était presque vide! » ()

M. Jesse raconte qu’un jour, alors qu'il donnait quelques friandises à un Eléphant. une pomme de terre vint à tomber ; l'animal la regarda, essaya de la prendre et comme il ne pouvait l’atteindre il souffla dessus avec force, la fit rebondir contre le mur d’en face et parvint ainsi à s’en emparer. (2)

Darwin confirme ce fait de la façon suivante : « J’ai remarqué, dit-1l, comme d’autres sans doute ont dû le faire, que si l’on jette à terre quelque petit objet devant l’un des Eléphants du Jardin Zoologique, mais hors de sa portée, il dirige le souffle de sa trompe sur un point du sol situé bien au-delà de l’objet, de manière à ce que le courant d’air réfléchi le pousse de son côté. » (5)

On peut du reste voir les Eléphants de notre Muséum renvoyer de cette facon au donateur le morceau de pain tombé hors de leur portée, afin que celui-ci le leur représente.

« Comme preuve d'intelligence et de jugement de la part de l’'Eléphant, nous dit Watson, on peut encore citer l'exemple que mentionne Île docteur Daniel Wilson, évêque de Calcutta, dans une lettre à son fils. [Il paraît qu'un Eléphant appartenant à un officier du génie, dans son diocèse, souffrait d’une maladie des yeux. Depuis trois jours il n’y voyait plus, lorsque son maître demanda au docteur Webb, ami intime de l’évêque, de voir s’il ne pouvait rien faire pour soulager sa bête. Le docteur répondit qu'il voulait bien faire essai sur un œil, d’une application au nitrate d'argent, remède employé pour l'homme en pareil cas. On fit donc coucher l’animal et l’opération fut pratiquée, non sans un hurlement de douleur de sa part, sous le coup de la brûlure. Le résultat ayant été des plus heureux, et la vue de l’œil étant en partie rétablie, le docteur résolut d’opérer sur l’autre le jour suivant. Le moment venu, on amena l’Eléphant, mais sitôt qu’il entendit la voix du docteur il se coucha de lui-même, retroussa sa trompe,

Journal des Voyages, sept. 1803.

(1 2) Jesse. — Gleaming of Natural history, tom. IL, p. 10. Ë Darwin. — Descendance de l'Homme, p. 96.

retint son haleine comme une créature humaine à l’instant d’une opération douloureuse, et soupira d’aise lorsque tout fut terminé, témoignant par les mouvements de sa trompe et par d’autres gestes le désir qu’il avait d'exprimer sa reconnaissance. Voilà qui prouve que l’'Eléphant retient, comprend et rattache les faits par le raisonnement. » (1)

Bingley donne également un exemple du courage intelligent dont peut faire preuve l'Eléphant en présence d’une opération dou- Joureuse : « Durant la dernière guerre aux Indes, un jeune Eléphant Heçcut à la,tète une, blessure si sensible qu'il en devint intraitable. Il n’y avait pas moyen de le panser, il ne souffrait personne près de lui, sitôt qu’on approchait 1l se sauvait tout en furie. Son gardien finit par imaginer le moyen suivant pour s’en rendre maître. Tant par la parole que par le geste, il réussit à donner à la mère de l’animal une idée suffisante du but qu'il se

proposait, aussitôt l’intelligente bête enlaça son petit de sa trompe

et tout en gémissant de douleur, le maintint sans broncher pendant que le chirurgien pansait la blessure. Chaque jour, jusqu’à :

complète guérison, elle s’acquitta de ses fonctions d’aide. » ()

. A titre de confirmation j'emprunte à Tennent le passage sui-. yant : « Rien, dit-1l, ne prouve davantage l’inclination et l’obéissance de l'Eléphant que la patience avec laquelle, sur l’ordre de

leur gardien, ces animaux avalent les drogues nauséabondes des médecins indigènes, et l'on ne saurait être témoin de leur courage à supporter sans fléchir les cruelles opérations que nécessitent les

tumeurs et les ulcères auxquels ils sont sujets, sans être frappé de. leur douceur et de leur intelligence. Pendant son séjour à Ceylan, le D' Davy fut consulté au sujet d’un Eléphant appartenant au

Gouvernement, qui souffrait depuis longtemps d’une plaie rongeante sur le dos, juste au-dessus de l’épine dorsale. Comme elle

avaitirésisté au traitement usuel il recommanda l’usage du bistouri :

pour donner issue au pus accumulé, mais aucun des employés n'était capable d'entreprendre l’opération. Ayant recu l’assurane, raconte-t-1l, que l’animal ne regimberait pas, je consentis à l’opé- ‘rer moi-même. L’Iléphant ne fut point assujetti, 1l s’agenouilla

(1) WaTson. — Faculté de raisonner chez les Animaux, p. 54. (2) BixGLey. — Biographie Animale, tom. I, p. 155.

simplement sur l’ordre de son gardien et je lui fis l’incision nécessaire avec un couteau à amputer, usant de toute ma force pour vaincre la résistance des tissus. Un gémissement sourd et comme étouffé fut tout ce que fit entendre mon patient, dont la conduite fut plutôt celle d’une créature humaine tant il paraissait comprendre que l'opération était pour son bien et indispensable. » &) Le docteur Erasmus Darwin, sur la foi d’un témoin qu'il déclare entièrement véridique, cite le cas d’un Eléphant qui servait de bonne à l’enfant de son gardien quand celui-ci s’absentait ainsi que sa femme. L'animal était attaché par une chaîne et quand

l'enfant, dans ses ébats, arrivait à la limite de la longe 1l le ramenait tout doucement avec sa trompe.

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