DRESSAGE DES ÉLÉPHANTS DANS: UN KRAAL
Les Eléphants se vendent en Birmanie et aux [Indes absolument comme nos bœufs et nos chevaux. |
Par malheur, les marchands d'Eléphants ne possèdent pas cette honnêteté commerciale qui empêche de « truquer » l’objet à vendre. Hs sont à ce point de vue comme nos marchands de :chevaux qui s’ingénient à cacher les infirmités, les défauts etles vices de leurs bites. Aussi me semble-t-il utile de reproduire l’énumération des. signes de santé apparents qu'Evans nous indique : « Ceux en bon état sont toujours en mouvement, soit en balancant leur trompe et leur queue, battant les oreilles, penchant la tête ou le ‘corps de droite à gauche, frottant leurs jambes l’une contre l’autre ‘ou les balancant. La peau est douce, d’une couleur presque : noire et les soies couvrant le corps sont fermes au toucher. La membrane muqueuse de la langue et de la bouche est d’une riche couleur rose, les yeux clairs et vifs. Les taches et pustules légèrement colorées, sur la tête et la trompe, sont de couleur rosée.
Une sécrétion humide suinte autour et au-dessus des ongles, ce qui est aisément constaté en y jetant de la poussière, ceci cependant ne doit pas être confondu avec une vilaine décharge de matière venant d’en-dessous des ongles, véritable pourriture s'étendant très haut, la partie affectée étant brülante et douloureuse. L'appétit est bon et l'animal dort quelques heures chaque nuit, commencant à manger aussitôt réveillé.
Les signes d’indisposition sont : l'animal n'écoute pas, il ya une langueur générale et absence de cet incessant mouvement si caractéristique en bonne santé. La peau parait grisàtre et pendante, elle est sèche et parfois écailleuse, les taches et les pustules pâlissent également. La trompe présente une apparence ridée. La couleur de la membrane muqueuse de la bouche et de la langue devient terreuse ou rouge foncé, avec ou sans pustules sur le palais. La partie basse de l’oreille est très souvent froide au toucher, les yeux mornes paraissent rétractés, et il en découle souvent une quantité d’eau anormale. L'animal peut être en mauvais état et fiévreux; peu d’appétit et fréquent besoin de manger, ne peut se reposer convenablement, il peut aussi se coucher et se relever consécutivement, plusieurs fois — généralement c'est un mauvais signe. — Si les excrétions sont examinées, on remarquera que l'urine est en petite quantité et fortement colorée, que la fiente est dure et recourente de släires, où bien la diarrhée peut se présenter. Les Eléphants diffèrent aussi largement entre eux que les chevaux et les autres animaux. Les principaux points à considérer, pour un bon Eléphant, sont les suivants : Une 1aille moyenne, un bon gros ventre, la peau douce et ridée — les Birmans la désignent comme peau de crocodile — la tête massive, les joues pleines et un front large, les oreilles grandes, les yeux brillants d'intelligence et d’une bonne expression sans opacité ou émission lacrymale excessive, la trompe d’une bonne longueur appropriée, large à la base et marquée devant de taches rosées. Le cou court, épais et plein, la poitrine bien développée, le derrière droit et large, les reins solides, les jambes de devant courtes, convexes de face. L’arrière-train plein, obliquant bien vers le bas et supporté par des membres courts et Épais Pa sole-dés pieds dure, l’action. libre, lés-pas vifs et aisés: la queue doit être d’une bonne longueur, sans duretés et pourvue
d'une houppe de soie bien garnie. Des animaux conformes à cette description ne sont pas souvent rencontrés ; néanmoins, lors d’un choix, il serait bon de préférer ceux qui réunissent le plus grand nombre des points énumérés.
Les défauts à éviter sont nombreux; quelques animaux ont les côtés plats ; d’autres ont le dos hautement arqué, avec une épine dorsale très proéminente, d’autres ont la poitrine étroite avec un arrière-train bas et maigre, ou sont hauts sur jambes et dépourvus de ces énormes masses de muscles qu’on voit sur les jambes de devant d’un bon Eléphant. Chez quelques animaux, elles ont une circonférence presque uniforme, dans toute leur longueur ; grands animaux à longues jambes et ceux avec une mauvaise croupe sont invariablement durs dans les mouvements et de pas lents, ils sont, de plus, facilement harassés et généralement de médiocres travailleurs. Les Eléphants à peau mince et claire, même s'ils possèdent beaucoup de bonnes quaïités, doivent être évincés ; règle constante, ils ne sont pas forts et tombent fréquemment malades. Ceux ayant une tête maigre, une trompe mince et courte doivent être traités avec défiance, car ils sont très souvent colé-
reUux.
Forsyth, dans son travail les Montagnes de l'Inde centrale fait connaître que là, il n'y a pas de trucs que n’emploient les marchands d’Eléphants pour tromper et dont 1l a eu, pour sa part, quelques expériences personnelles, à la foire de Sonpour. Parmi ces Eléphants, les uns sont des tueurs d'hommes, rendus temporairement inoffensifs par l'administration journalière de pilules contenant de l’opium et du chanvre de l'Inde. G) Les plaies des pieds sont tamponnées, les gercures sont remplies avec de la filasse et maquillées, les écorchures du dos sont guéries superficiellement. Il est, par conséquent, très important que l’examen des animaux soit fait avec le plus grand soin, l'attention se portant particulièrement sur toutes les parties sujettes à se gercer, pour voir si elles sont exemptes d’écorchures, de cicatrices ou de sensibilité ; enfin, tout le corps doit être inspecté, les oreilles examinées
as
(1) Ganja.
pour les écorchures ou les croûtes, l'ouverture des oreilles pour les écoulements et les yeux doivent être exempts de voiles.
Le bourrelet des pieds devra être bien sondé, avant et après l'exercice ; si une sensibilité se manifestait, cette partie devra être examinée à fond. Les parties sensibles, provenant d’un travail excessif, peuvent être facilement découvertes par leur apparence unie et leur couleur rosée. La peau autour des ongles et aussi les ongles seront bien inspectés. Du fourrage et de l’eau doivent également être présentés, afin de voir si la trompe est en bon état, car cet important organe pourrait avoir été blessé par des bambeus des coups de piques ou de sabres, etc... » ü)
Généralement les Eléphants se paient comptant et l’acheteur s'en va avec son acquisition. Il est cependant prudent, afin d'éviter des surprises désagréables, d’user de certaines mesures avec le vendeur. On lui avancera par exemple une centaine de francs pour mettre à l’essai l'animal et si, au bout de quelques jours, celui-ci ne convient pas on le rend à son propriétaire qui aura toujours. gagné l'avance. |
L'acheteur pourra ainsi se rendre compte des capacités de l’Eléphant, observer ses idiosÿncrasies ou savoir si la bête n’a pas été volée (comme il arrive souvent). Un acte de vente est nécessaire pour se dégager de toute responsabilité à ce sujet.
Les prix de vente des Eléphants varient suivant les individus. Les ordinaires en sont cependant les suivants :
AERIQUE: Jeunes Eléphants non dressés... .... de 3 à 6oo fr.
l'a) tuskers où mâles
1° Eléphants pour dressés et porteurs
» = 7) lo UTC éIENSeS. er de 4 à 8.500 fr.
HER ue 7: bhnales dressés ARE STa5 "000 tr.
ASIE chremellés drèssées \del2 à 4 o00o:fr. \
2° Eléphants pour voyages
SCEAMSDONtS NI. 2, ler 00% oo.
3° Jeunes Eléphants non
dressés (de 5 à 6 ans).. de 5 à goo fr.
(1) Evans. — Traité sur les Eléphants, Dora 1e 410;
Les tuskers servent à empiler les troncs d’arbres et à Les faire passer par dessus les obstacles. Ces besognes leur sont plus faciles qu'aux autres à cause des défenses dont ils sont munis. Leur prix varie selon la longueur et la grosseur des pointes, leur âge, leur ératileurdressaseretc
Les mâles sans défenses et les femelles sont destinés aux travaux de halage.
Les Eléphants de cette catégorie sont presque toujours des Eléphants birmans, quelquefois hindous, tandis que ceux que l’on emploie pour le voyage et les transports sont le plus souvent des Eléphants siamois, cette espèce ayant le pas court et rapide. G)
Chaque Eléphant domestique possède un cornac ou mahout. Ce cornac doit être doué de beaucoup de patience et de douceur. Il est monté sur le cou de sa bête et la dirige au moyen de la parole ainsi qu’à l’aide d’un petit crochet de fer, des genoux ou des pieds, placés derrière les oreilles.
Un cornac doit aimer son Eléphant et en être fier. C’est là une importante condition et une des meilleures preuves que lanimal est bien soigné.
Il doit veiller à ne pas surmener sa bête, lui éviter tout travail inutile, s'assurer qu’elle a bien l’eau indispensable à sa santé, que son fourrage est propre, sa nourriture saine et abondante, son corps dans un état complet de propreté. Il doit surveiller le harnachement, visiter les pieds, soigner la peau, prévenir l’échauffement de la tête, interdire les charges trop lourdes et administrer avec grand soin les médicaments prescrits.
Le cornac étant tout pour sa bête, on doit s'abstenir de le changer lorsqu'il est bon pour elle. I faudra, par suite, passer sur bien des petites choses et feindre de ne pas s’apercevoir de ses spéculations malhonnêtes. On doit seulement veiller à ce que la nourriture soit octroyée en son entier, ce qui n'arrive presque Jamais, les mahouts s’appropriant et vendant à leur profit une bonne partie du riz, de la farine et des fourrages destinés à leurs Eléphants.
Les cornacs sont le plus souvent Birmans, Hindous ou Chans. Ce sont les Hindous les meilleurs, les Birmans et les Karians
(1) On se sert principalement des femelles.
étant parfois paresseux, brutaux et cruels quoique possédant en général beaucoup de bonne volonté et de gaité.
Les cornacs sont d'ordinaire secondés par un aide nommé pai-si Em birmanie et cozardie dans les Indes. L’aide monte derrière l'animal ou est chargé de sa nourriture et de l’entretien des écuries. Il précède également lEléphant dans les marches, afin de reconnaître l2 route et d'éviter les endroits mouvants ou dangereux. Geshencore lur quifixe la chaîne de tirage. aux troncs d'arbres, dans les travaux de halage. C’est en quelque sorte un apprenti cornac et un palefrenier.
Lorsque les Éléphants sont nombreux les cornacs sont placés sous la direction d’une sorte de contre-maître ou d’inspecteur qu’on nomme /emadar ou gaung et dont les connaissances médicales doivent être assez nettes, de facon à pouvoir remplacer parfois le vétérinaire dans les premiers soins et les petites opérations.
Le salaire d’un contre-maître varie entre 50 et 100 francs par mois celui d'un cornac entre 25 et bo francs. Quant à l’aidecornac 1l touche ordinairement de 20 à 35 francs. Les cornacs sont généralement nourris et recoivent une légère gratification annuelle.