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ÉLÉPHANT EMPLOYÉ POUR LA CONSTRUCTION D'UNE VOIE FERRÉE, EN AFRIQUE

Après trois jours de halte un orage épouvantable éclate et la Soala menace de déborder et d’inonder le terrain occupé par les troupes. Il fallait passer immédiatement le fleuve. Mais les vingt-et-un Eléphants d’arrière-garde, épouvantés par l’éclair et le tonnerre, refusèrent d’obéir et se mutinèrent. Aussitôt. M. Boar, capitaine des cipayes, qui les commandait, arriva. Il les fit former en carré et leur adressa un discours énergique.

Les Eléphants, émus à sa voix, se rangèrent en bataille et traversèrent avec sang-froid la rivière.

Ce sont encore les Eléphants qui servent, en Asie, à lutter contre cette véritable plaie : le tigre. Ce félin cause en effet, là-bas, de

terribles ravages et c’est ainsi qu'en 1904, on abattit dans la province centrale de l’Indoustan 190 tigres qui coûtèrent la vie à 200 hommes! Aussi, les Asiatiques, jaloux à juste titre du sublime Fartarin, qui prit part à de nombreuses chasses mémorables sans jamais recevoir la moindre égratignure, remplacèrent-ils, pour la destruction des tigres, la bande des innombrables rabatteurs par des Eléphants domestiqués.

De cette facon, dans le haute jungle du Bengale, où l’homme à pied ne saurait rien distinguer devant lui et constitue une proie facile pour le carnassier, la chasse devient beaucoup moins dangereuse. Les riches Européens, dans leurs Howdaws ou tourelles, affectionnent du reste tout spécialement ce genre de sport et peuvent à leur aise tuer plusieurs tigres dans une même expédition. ()

Les maçons cinghalais se servent également des Eléphants pour transporter les lourds blocs de pierre et ces excellents manœuvres savent même fort bien déposer leur fardeau sur la couche de

mortier préalablement étalée.

Pour l’agriculture, les Eléphants sont d’une utilité indiscutable. Attelés à des charrues ils tracent des sillons de soixante centimètres de profondeur, travail qui, d'ordinaire, demande cinq bœufs ou chevaux, avec de fréquents changements de bêtes dans la journée.

Les emplois de l’'Éléphant ne se bornent pas là. Des êtres qui n'ont d’humain que le nom, les ont encore dressés à combattre Pun contre l’autre. Voilà le profit que certains peuples ont su tirer de l’art de rendre furieux l’animal le plus doux et le plus docile.

Les Eléphants choisis pour devenir des bêtes de combat sont soumis à un entrainement tout particulier. Durant trois mois on les bourre d’une nourriture excitante composée en grande par- HédeSucre etde beurre et comme pour l'éducation des coqs de combat on leur enseigne avec soin la « haine mutuelle » en disposant entre eux des objets destinés à susciter leur jalousie. régime qui ne réussit du reste guère qu’avec les mâles.

(1) Ees Eléphantes sont généralement plus prisées que les mâles pour

ce genre de besogne, car leur bravoure est plus grande. Ciioi

M. Mathias Douline rapporte de la façon suivante un de ces combats dont il fut témoin : « Dans un vaste espace rectangulaire limité par de hautes murailles en briques où étaient percées à intervalles irréguliers de grandes portes, une foule de serviteurs du combat attendaient. La crète de ces murailles, épaissies d’un rempart de terre où avaient été érigées des tribunes assez primitives, était couverte d'une multitude grouillante et multicolore qui vociférait à qui mieux mieux. La scène se passait à Baroda, capitale de l'Etat de ce nom ; sa hautesse le Maharajah Gaekwar Sohid et ses invités, dont je faisais partie, occupaient une loge spéciale.

Âux deux extrémités de l’arène une porte massive s'ouvrit et nous apercûmes la trompe et la tête de deux Eléphants monstrueux que des coolies poussaient à coups de lances vers là lumière.

Cependant, tandis que lun d'eux avancçait sans trop de difficultés son adversaire se fit prier assez longtemps.

Le premier fut ainsi pendant une minute seul dans la lice et il en profita pour se lancer au

teurs du combat qui n’eurent d'autre ressource que de prendre à leur tour leurs jambes à leur cou et disparaître dans des UNE PIÈCE DIFFICILE A MANIER corridors ménagés dans la muraille, assez larges pour le passage d’un homme, mais trop étroits pour celui d’un Eléphant. Ces gens-là sont encore loin de l’art des toréadors, et, comme tactique, comme défense contre la bête furieuse, c’est tout ce qu'ils ont imaginé.

Les coolies avaient cependant réussi à faire entrer dans l’arène l'Eléphant récalcitrant. Les deux animaux s’apercurent et poussèrent un barrissement aigu. Leurs petits yeux s’allumèrent d’un

galop, et poursuivre les servi-.

sard de fureur etuils fondirent l’un sur l’autre, pour venir se heurter du front, en un choc formidable. Puis 1l restèrent en apparence immobiles.

PNPirnn de ce moment ils ne cherchèrent plus qu’une: chose : se pousser et se renverser mutuellement, la trompe et les défenses demeurant inertes et complètement inutiles au combat. C'est, parait-il, la tactique habituelle de ces monstres. Il faut que l’un d’eux ait été à terre pour que son adversaire essaie de le poignarder et l'empêche de se relever en le piétinant. Jusque-là, c'est la poussée seule qui agit. En l'espèce, d’ailleurs, les défenses avaient été sciées à la moitié de leur longueur.

Cette scène dura assez longtemps, les combattants avançant et reculant tour à tour mais sans prendre le dessus d'une façon bien apparente. Enfin, l’un des deux pachydermes, exténué de son s'smiesque eflort, fléchit sur les Jambes de derrière et s’assit. L'autre, comprenant qu'il allait être vainqueur, se mit à barrir en trompette et redoubla d'énergie. Quelques secondes plus tard son ennemi roulait dans la poussière. Un tonnerre d’acclamations s'éleva du mur d'enceinte.

Cependant, les Eléphants de combat coûtent cher à se procurer, à nourrir et à éduquer. En outre, 1l n’est pas absolument nécessaire que l’un d’eux soit mort pour que son adversaire puisse être proclamé vainqueur. Aussi, lorsqu'un des combattants est à terre, se hâte-t-on de tout terminer par un moyen aussi simple que radical. Un des serviteurs du combat s'approche, jette auprès des animaux une sorte de sachet de toile grise et s'éloigne. Bientôt, au bout du sachet quelque chose fuse, et une forte explosion se produit, tandis que les Eléphants sont enveloppés d’un épais nuage de fumée. Ahuris par le bruit, à demi asphyxiés par l'odeur de la poudre, les combattants se relèvent, se séparent, oublient leur colère et se sauvent, chacun vers la norte de son écurie.

On utilise parfois autrement, aux Indes, la férocité des Eléphants de combat. On les met dans l’arène à la poursuite d'un cheval, pauvre bête sacrifiée d'avance, car on la laisse jusqu'à ce qu’elle soit exténuée ou qu’elle vienne d'elle-même se ranger contre un des murs. Quelle que soit son attitude, son sort ne varie pas.

C’est toujours la mort par écrasement.

Le spectacle est hideux et lamentable. On le trouve là-bas de haut goût ». ()

Ce sont là, évidemment, des mœurs barbares et antiques qui ne sont plus de mise à notre époque.

Et pourtant, les Européens sont loin de donner le bon exemple avec leurs courses de taureaux, leurs combats de coqs, de poissons, de griilons et que sais-je encore ! Sous ce rapport nous n'avons vraiment rien à envier aux nations encore quelque peu barbares. (2)

(1) Le Globe Trotter. 21 mai 1005.

(2) Je passe sous silence l'énumération des tours que des barnums parviennent à faire exécuter aux Eléphants, tours qui parfois tiennent vraiment du prodige.

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