CHAPITRE IX L’Eléphant blanc où gris
Ce qu'est en réalité l'Elépbant blanc. — Vénération que lai vouent certains peuples. — Honneurs dontil est l'objet. —
Un Dieux calte appelé à disparaître.
L’Eléphant blanc est ainsi nommé parce qu’il est... gris. C’est en effet un véritable albinos dont la couleur exacte tire sur tous les tons du gris, gris de granit, gris cendré ou gris rose à l’exception cependant des oreilles qui paraissent frottées d'une poudre blanche. Certains auteurs éclairés, qui ont pu examiner des Eléphants blancs vont même jusqu'à dire que leur couleur provient bien plutôt d'une maladie de l'individu que d’une variété de l’espèce. [ls ajoutent que ces Eléphants étaient toujours dans un état de souffrance et que leur peau était attaquée d'éruptions dartreuses ou sillonnée de crevasses en suppuration. (1) Cette particularité de couleur que certains peuples regardent comme un signe de perfection ne serait donc, au contraire, qu’une véritable dégénérescénice.
Cette hypothèse est fort admissible. M. Thomas Anquetil qui, comme on le sait, est demeuré l'historien peut-être le plus consciencieux et le plus attrayant de la Birmanie, s'exprime du reste à ce sujet de la facon suivante, non dénuée de faconde et de verve : « Figurez-vous, dit-il, de la gomme « en sorte » non triée, délayée avec ses scories, de la pâte de cordonnier surchargée de poussière, la croûte d'un vieux fromage : mélangez ces diverses nuances et
(1) ARMaANDI. — Histoire Militaire des Eléphants, liv. I, chap. I, p. 25.
vous aurez l’idée d'une teinte terne, sans nom, semblable à celle du revêtement cutané qui constitue l'épiderme de l'animal appelé improprement Eléphant blanc.
Sa véritable couleur est le gris sale...
Ajoutez à cela qu’il se manifeste, par places, à certaines parties de son corps, des tons blafards et rougeûtres, accompagnés de gercures, de légers effeuillements de la peau et qui -mainduisenthntes croire atteint d’un prurigo général.
À mon avis, cette couleur grise, accidentelle chez l'animal, estun mode anormal de l'économie entière, une affection morbide de l'organisme.
Il n'a rien de la patience, de la soumission, de la douceur, de la vivacité des Eléphants ordinaires. Je l’ai examiné avec la plus grande attention au repos et en mouvement. Sa peau est loin de présenter une couleur uniforme. On découvre aux oreilles, sur la trompe, à la commissure des lèvres, aux articulations, des pustules squirrheuses, des gercures entourées de teintes rougeûtres et des fissures d’où suinte une sérosité visqueuse…
Sa taille est élevée, sa tête excessivement grosse, sa démarche efflanquée; son aspect taciturne, son regard farouche, son œil terne et injecté tout ensemble. Il paraît mollasse, paresseux, pourtant ses gestes sont agressifs par spontanéité. On l'approche avec précaution, en tremblant, car 1l a tué plusieurs de ses mahouts, et on ne compte plus ceux de ses gardiens qu'il a estropiés. |
Dira-t-on par hasard que ce monstreux personnage croit rester dans l'esprit de son rôle ou bien que les honneurs, la vanité, lui ont tourné la tête ?.…
Je soutiens qu’il est malade... » ()
Quant à moi, n'ayant Jamais vu que l’Eléphant que M. Doumer, alors gouverneur général de l’Indo-Chine, envoya au Muséum d'histoire naturelle de Paris,(2) je ne puis guère discuter sciemment ce point, sans grande portée pratique du reste. J’ai seulement
remarqué que le sujet en question, quoiqu’appartenant à « la race
(1) Il s’agit ici de l'Eléphant blanc qui fut pris en 1806 et dont le R. P. Germano parle dans sa Description of the Burmes Empire. Le capitaine Yule qui vit cet animal en 1850 est bien de l’avis du père Germano qui affirme que l’animal était blanc, mais il ajoute aussi qu'il lui a paru être dans un mauvais état de santé.
(2) Cette Eléphante encore très jeune fut donnée au Muséum le 23 avril 1899.
dite des Eléphants blancs » (1) était tout simplement gris, avait les yeux roses et l’épiderme garni d'assez nombreux poils raides et droits, () sur lesquels une couche perpétuelle de poussière et de débris de foin et de paille contribuait pour beaucoup à lui donner son air franchement négligé et sale. ()
Il est assez curieux de lire dans Horace (4 un blâme contre le goût néfaste des Romains de son temps qui, au lieu de s'intéresser aux représentations des pièces dramatiques préféraient se rendre aux expositions de bêtes curieuses, telles que l'Éléphant blanc et la girafe. Il est très probable que l’empereur Auguste avait dû recevoir ce rarissime animal d’une des nombreuses ambassades que lui envoyèrent les princes de l’Inde qui le comblaient de présents.
Dans les temps modernes, comme nous l'avons vu 6), un autre Eléphant blanc fut amené en Europe, par les Hollandais, en 1055. C'est du reste les deux seuls spécimens qui, à ma connaissance, aient été vus jusqu'alors dans notre continent.
De temps immémorial de nombreux pays ont élevé cet animal aux plus grands honneurs et parfois même au rang de divinité.
(1) C'est ainsi qu'il figure sur les registres de l'établissement.
Piiberdessus de latète en était particulièrement couvert.
(3) Qu'on me permette de rapporter une petite anecdote assez amusante qui à justement trait à la coloration grise de l’Eléphant blanc :
Barnum, le célèbre banquiste américain, qui ne négligea aucune des curiosités capables d’attirer la foule, parvint à se procurer à prix d’or (100.000 dollars !) en 1884, « Toung-Ta-Loung » Eléphant blanc de Siam qui, attracticn sensationnelle, devait défiler avec sa cour sacerdotale de prêtres boudhistes, de soldats et de seigneurs, tous très authentiques.
L’intense réclame habituelle fut faite et les visiteurs arrivèrent en masse au cirque installé à Londres. Quel ne fut pas leur désappointement: le fameux Eléphant blanc était d’un gris sale... Une polémique de presse s’engagea: les Anglais attaquant et les
Américains défendant l’authenticité du « blanc » de l’'Eléphant sacré de Barnum. Et la défiance du public augmentait!
Or, un cirque des environs, annonça sur ces entrefaites qu’il possédait un Eléphant blanc d’une pureté absolue. Effectivement, deux semaines durant, il exhiba avec un énorme succès un Eléphant d’une blancheur de neige et entassa un nombre plus que respectable de dollars. L’invincible Barnum était battu, sa fraude découverte, son soidisant « bluff » démasqué !
Le dix-huitième jour l’Eléphant de neige mourct, il était peint à la céruse et le cirque rival n’était autre qu’un des «numéros » de Barnum !
Celui-ci s'empressa alors de faire connaître sa ruse. « Toung-Ta-Loung » fut réhabilité, reconnu « bon teint » et rapporta à son manager Barnum tous les millions qu’il était en droit d'espérer, sans préjudice du reste des dollars entassés pendant le règne éphémère de l’Eléphant à la céruse ! (d’après les Mémoires de Barnum).
CMoRar, > Æpist., lib. LE, 1, vrs.100:
Le vers est le suivant : « Sive Elephas albus vulgi converteret ora. »
SjChapitre LLp. 33.
Chez les Hindous, par exemple, l'Eléphant tenant, dans la nature, immédiatement le premier rang après l'homme, et le blanc étant le symbole de la pureté de l'âme, 1l est presque tout naturel que, dans leur religion imagée et leurcroyance en la métempsycose, l'Eléphant blanc, qui est très rare, soit considéré comme le lieu de résidence des mânes immaculées des grands rois ou des pontifes. Laissons parler à ce propos M. Louis Boussenard qui nous donne l'érudite explication suivante : « On peut fixer, sans exagération, à environ trois cent cinquante millions le nombre des adorateurs de Bouddha, étant donné que le bouddhisme prédomine surtout dans les grandes iles de la Malaisie, Java, Sumatra, Bornéo, dans le Thibet, la Mongolie, le Pégou, le Laos, le Népaul, le Boutan, l’Assam, Ceylan, l’Inde, le Munipouri, la Birmanie, le Siam, la presqu'ile Malaise, le Cambodge, la Cochinchine et surtout l’énorme empire Chinois. |
Issu du brahmanisme, dont 1l est en quelque sorte l’épuration ou la réforme, le bouddhisme comprend plusieurs sectes fort tolérantes les unes aux autres.
Quelle que soit la secte à laquelle 1ls appartiennent, tous les bouddhistes regardent le Bouddha suprême préexistant par essence, et représentant l'Intelligence dominante, la Raison absolue, comme. s'appliquant sans cesse à conduire l'humanité vers la perfection. Il s'incarne à cet effet, et à des intervalles indéterminés, en la personne de Sages ayant pour mission d'enseigner aux hommes la pratique du bien. | |
Ces apôtres, ces prédestinés, font partie de l’élément divinet les manifestations partielles et successives de cet élément doivent se prolonger pendant un temps dont la durée varie selon la croyance des différentes sectes.
Les opinions oscillent entre plusieurs milliers et plusieurs millions d'années, après quoi le Bouddha révélateur ouvrira l’ère des félicités humaines, de la perfection morale, du repos éternel, en un mot du Nibam, qui est uné espèce d’anéantissement contemplatif absolument dégagé des exigences matérielles de l’humanité.
Mis ces incarnations de Bouddha ne peuvent se produire qu’à la suite d'une série de transsubstantiations opérées à la mort de
tout être animé, grand ou petit. En un mot, Bouddha ne s’incarne en homme qu’après avoir traversé la série animale.
De là l'obligation pour les lamas, bonzes ou talapoins d’une nourriture exclusivement végétale et du respect absolu pour l’existence de tous les êtres vivants.
Puis, le principe de vie repasse successivement de l’homme à un animal : mammifère, oiseau, reptile, poisson, insecte, mollusque même et réciproquement.
Or, l’'Eléphant étant le plus puissant, le plus intelligent des animaux, les bouddhistes en ont conclu que les Eléphants en général servaient de lieu d'élection aux apôtres les plus recommandables. Quant au rarissime et presque introuvable Eléphant blanc, on conçoit que le mortel le plus digne parmi les élus doit nécessairement prendre son corps pour finir le cycle de l’évolution.
De cette façon, l’'Eléphant blanc renfermant l’âme d’un Bouddha, émanation du Bouddha suprême, devient lui-même une espèce de Bouddha. » (1)
Quant au Siam, dont les armes nationales sont : de gueule avec un Eléphant blanc, il a également mis dans cet animal une confiance et une vénération sans bornes. Mais, si sa capture est considérée comme un heureux présage pour le roi régnant elle n’est hélas pour ies habitants des contrées où elle s'opère que l’occasion d’un accroissement de corvées longues et pénibles. Celui qui parvient à s'emparer de l’animal est, paraît-il, seul dédommagé de ses fatigues car lui et ses descendants jusqu’à la troisième génération, sont exempts des corvées royales. De plus il recoit personnellement de son souverain autant de pièces d’or qu'il peut, en une seule fois, en attirer à lui avec une petite corde dont il tient les extrémités.
« L'Eléphant une fois pris, écrit Chevillard, (2) on lui fait descendre le fleuve jusqu’au palais sur un radeau pavoisé remorqué par de nombreuses barques et au son d'instruments de musique. Sitôt débarqué, il recoit avec de grands honneurs un titre mandarinal, une maison princière et ses serviteurs ne doivent plus lui parler que dans les termes les plus respectueux. Pendant plusieurs
(1) L. BousseNarD. — Aventures d'un gamin de Paris au Pays des Tigres. « Journal
des Voyages, 1° novembre 1888 ».
(2) S. CHEvizLar. — Le Siam.
jours 1l y a, à cause du nouveau mandarin à quatre pattes, des réjouissances publiques, des galas officiels, des comédies et des illuminations, puis sa majesté pachydermique rentre dans le silence de sa mandarinale écurie et le peuple reprend sa vie habituelle. »
M. Boussenard nous raconte encore de l’amusante facon suivante, les derniers moments d’un Eléphant blanc:
« Depuis plus d’une année, l'Eléphant blanc de l’empereur de Birmanie donnait à ses familiers les plus graves sujets d'inquiétude.
Morose, chagrin, irritable, privé d'appétit, miné par une consomption lente mais fatale, l’animal trois fois sacré qui depuis près de quatre-vingts ans symbolisait la triple suprématie: religieuse, militaire et civile, semblait de plus en plus approcher de sa fin.
En vain on avait multiplié autour de Sa Seigneurie toutes les séductions susceptibles de l’arracher à cette fatale torpeur.
Au fief qu'il possède en propre comme un prince du sang et dont le revenu est affecté à son entretien, avait été ajouté un autre fief une fois plus étendu et dont les richesses étaient incalculables.
C'était là une largesse qui faisait de lui le plus opulent seigneur de l'empire.
Son voon (son ministre, le chef de sa maison) convaincu de légers tripotages, — des peccadilles administratives et financières, — avait été livré à sa haute justice. Le S’hen-Mheng (le Seigneur Éléphant) après. l'avoir flairé dédaigneusement du bout de la trompe, s'était contenté de le Jeter sur le sol; de postes tête son pied monstrueux, et de l’écraser comme un œuf à la coque.
Il avait fait cela simplement, d’un air brutalement préoccupé, sans même paraitre y penser et sans se complaire le moins du monde dans ces petits raffinements qui accompagnaient jadis tous les « changements » de ministres. |
Il ne possédait autrefois qu'un seul driving-houk () en or incrusté de pierreries, avec un manche de cristal cerclé de rubis et de saphirs : l’empereur, toujours généreux, lui en avait offert un second.
Le drap de sa tiare écarlate, qui ruisselle de gros rubis et de dia-
(1) C’est l’aiguillon à crochet qui remplace le fouet et avec lequel le mahout conduit l'Eléphant.
mants merveilleux avait été renouvelé et l'empereur y avait attaché de son auguste main, sa fameuse aïigrette en diamants, celle-là même avec laquelle il est représenté sur le grand tableau exécuté, d’après une photographie, par un artiste français.
Les « cercles des neuf pierres précieuses » qui détournent les maléfices, ne quittaient plus son front, ‘et pour plus de sécurité, on en avait ajouté deux à chacune de ses défenses. Chaque jour on l’habillait en grand costume. Il portait sur sa tête, à linstar des hauts dignitaires birmans et de l’empereur lui-mème, la plaque en or où se lisent tous ses titres; entre ses yeux flamboyait le fameux croissant de pierres précieuses ; à ses oreilles se balançaient d’énormes pendeloques en or; son magnifique caparaçon, composé de bandes écarlates tissées d’or et de soie, couvert de perles et de pierreries, resplendissait comme un soleil sur ses formes amaigries ; ses mahouts préférés élevaient au-dessus de lui quatre ombrelles d'or, et pour qu'il put ainsi s’admirer dans toute sa splendeur et savourer les joies de son opulence, on avait installé derrière sa mangeoire en or, une immense glace venue tout exprès de la manufacture de Saint-Gobain et dont l'achat ainsi que le transport avaient coûtés un prix exorbitant. Enfin, cette fameuse mangeoire en or était toujours pleine d'herbes tendres et sucrées, de bourgeons exquis, de fruits délicieux, sur lesquels l'empereur faisait répandre des pierres précieuses, avec la folle prodigalité d’un monarque oriental. ()
(1) Voici quelques autres citations concernant la quasi-souveraineté qu'ont toujours ossédé les Eléphants blancs :
— « M. Constance mena M. l'ambassadeur voir l'Eléphant blanc qui est si estimé dans les Indes et qui est le sujet de tant de guerres : il est assez petit et si rieux qu'il est tout ridé ; plusieurs mandarins sont destinés pour en avoir soin, et on ne le sert qu’en vaisselle d’or, au moins les deux bassins qu’on avait mis devant lui étaient d'or massif d'une grandeur extraordinaire. Son appartement est magnifique et le lambris du pavillon où1il est logé est fort proprement doré. » — Premier Voyage du P. Tachard, p. 239 (Paris, 1686).
— «Dans une maison de campagne du rot, à une lieue de Siam, sur la rivière, je vis un petit Eléphant blanc qu’on destine pour être le successeur de celui qui est dans le palais, que l’on dit avoir près de trois cents ans /sic); ce petit Eléphant est un peu plus gros qu'un bœuf, il a beaucoup de mandarins à son service et, à sa considération, l'on a de très grands égards pour sa mère et pour sa tante que l'on élève avec lui.» — Premier Voyage du P. Tachard, p. 273 (Paris, 1680).
— Lorsque le roi de Pégu veut donner audience, on amène devant lui les quatre Eléphants blancs qui lui font la révérence en levant la trompe, ouvrant leur gueule. Jéetant trois cris bien distincts et s’agenouillant. Quand ils sont relevés, on les ramène a leurs écuries où on leur donne à manger à chacun dans un vaisseau d’or grand comme un quart de tonneau de bière ; on les lave d’une eau qui est dans un autre vaisseau d'argent, ce quise faitle plus souvent deux fois par jour. Pendant qu’on les panse ainsi, ils sont sous un dais qui a huit supports, qui sont tenus par autant de domestiques, atin de les garantir des ardeurs du soleil. En allant aux vaisseaux où est
Vains efforts! Le grand corps efflanqué du S'hen Mheng, haut de près de quatre mètres, tremblottait sur ses grosses jambes rugueuses. Sa trompe pendait tristement entre ses énormes défenses; son regard faux, désagréable, jadis cruel et d’une vivacité singulière, demeurait en quelque sorte figé dans son œil rougeâtre comme celui d’un albinos.
Bref, 1l restait insensible à tout.
À peine si de loin en loin, il grignotait languissamment une -des mille friandises que ses domestiques, ses gardiens, ses officiers et jusqu’à l’empereur, lui présentaient avec surabondance.
Tout faisait présager une catastrophe et il devenait visible, même aux yeux les moins clairvoyants, que Son Altesse S’hen-Mheng allait mourir.
Or, pour qui connaît l’importance de ce personnage, l'influence essentielle qu’il possède sur tout ce qui s'appelle la Birmanie, hommes et choses, 1l était évident que sa mort, survenue sans qu'il ait été préalablement pourvu à son remplacement, serait le signe des plus épouvantables catastrophes.
L'empereur et toute sa famille seraient victimes des plus grands malheurs et les fléaux les plus terribles, la peste, les tremblements de terre, l'inondation, la famine, ravageraient l'empire tout entier.
Aussi, pour obvier à cette formidable série d’infortunes, qui’
leur nourriture et leur eau, ils sont précédés de trois trompettes dontils entendent les accords avec beaucoup de gravité, règlantleurs pas sur le son deces instruments, etc... — Recueil de la Compagnie des Indes de Hollande, tom. IE, p. 40.
— « Lorsque le roi de Pégu va se promener, les quatre Eléphants marchent devant lui, ornés de pierreries et de divers enjolivements d’or. — Æecueil de la Compagnie des Indes de Hollande, tom. II, p. 43
— «Ils ont (les Eléphants blancs) chacun un palais, une maison composée de nombreux domestiques, une vaisselle d’or, des mets choisis, des vêtements magnifiques et sont dispensés de tout travail, de toute obéissance ; l'empereur vivant est le seul devant lequel ils fléchissent les genoux et ce salut leur est rendu par le monarque. » — Burron, Histoire Naturelle, tom. IV, p. 573. ‘
— € Tout ce que la magnificence asiatique a de plus éclatant est prodigué pour le service de cet être vénéré : des ministres et des officiers d’un rang élevé veillent à tous ses besoins; l'or, les perles, les pierreries, brillent sur ses harnais et il ne se montre jamais en public sans être précédé par une musique choisie et escorté d’une garde d'honneur.— Armanpr, Histoire militaire des Eléphants, liv. 1, ch. I, p. 25.
— « À l’'Eléphant sacré sont dévolus les honneurs et le rang d’un seigneur de cinquième classe.» — Journal des Voyages, 13 octobre 1878.
— « Lorsqu'il sort, six personnes de distinction portent un dais sur sa tête, une musique le précède, une garde l’escorte. — Dézogri et lBacuecer, Dictionnaire de Biographie et d'Histoire, p. 974.
— (Chaque Eléphant a sa maison princière comme un prince de sang et les condamnés aux travaux forcés n’ont d’autre occupation que de couper l'herbe destinée à lenourir. —"S. Cnevirrard, Le Siam,p. 10.6 4Btc.
dépuis l'empereur, se répercute de proche en proche au plus infime des sujets, les fonctionnaires de tout grade, de tout rang, de toute qualité, s'empressaient-ils de donner avis du moindre indice relatif à l’existence d’un Eléphant blanc destiné à devenir l’héritier du S’hen-Mheng.
[Ils provoquaient en outre des recherches par tous les moyens possibles, envoyaient à grands frais des expéditions dans les lieux où la présence de l’animal sacré est même soupçonnée, tant pour rassurer l’empereur et la dynastie, que pour gagner la fortune colossale qui est acquise à l’homme assez heureux pour trouver l’Eléphant blanc (1) »
Le Roi de Birmanie, dont les armoiries renferment également des Eléphants blancs, et le roi de Cambodge ont généralement un certain nombre de ces animaux dans leurs écuries.
La possession d’un de ces proboscidiens n'a pas été sans occasionner de grands troubles (2) et, à l'époque où l’Angleterre n'avait pas définitivement fixé la frontière entre l’état de Siam et celui de Birmanie, plus d'une guerre a souvent manqué éclater à propos de cet animal. Tantôt c'étaient des émisssaires du roi de Birmanie qui, se croyant chez eux dans l’indépendant pays du Laos, y avaient capturé un KEléphant blanc, tantôt, au contraire, c'étaient des sujets du roi de Siam qui avaient opéré cette chasse. Comme les deux pays prétendaient avoir droit à la possession du Laos, de nombreuses menaces et protestations en résultaient jusqu’au moment où les Anglais venaient offrir leur arbitrage. . . intéressé
Les ‘Eléphants blancs appartiennent de droit au souverain. Aussi, ceux-ci ont-ils interdit la chasse à l'Eléphant en général, d'abord parce qu’il commence à disparaitre, et ensuite parce que, dans le nombre, 1l pourrait s’en trouver un qui fut blanc.
Au Cambodge, par exemple, si le Maître des existences ordonne de temps en temps une battue, c'est uniquement afin de capturer
(1) L. BoussenarD. — Aventures d'un Gamin de Paris au Pays des tigres. — Journal des Voyages, 1‘* novembre 1885.
(2) En voici un exemple : « Les Péguans tiennent jes Eléphants blanés pour sacrés et ayant su que le roi de Siam en avait deux, ils envoyèrent des Ambassadeurs pour offrir tout le prix qu'on en désirait. Le roi de Siam ne voulut pas les vendre: celui de Pégu, offensé de ce relus, vint et non seulement les enleva de force, mais il rendit tout le pays tributaire. » — Xecueil des Voyages de la Compagnie des Indes de Hollande, tom. 11, p. 223.
(3) Indépendance Belge, 13 décembre 1903.
des Eléphants pour son besoin personnel. Tant dans son palais de Pnom-Penh que dans ses différentes résidences de province, il en possède en effet une centaine... uniquement occupés à promener les nombreux petits princes et petites princesses.
Aujourd’hui, le culte de l'Eléphant blanc tend à disparaître comme toutes les vieilles coutumes et les vieilles croyances. Les grands seigneurs sans cesse en rapport avec les Européens ne peuvent s'empêcher, à leur tour, de considérer comme un peu primitive et barbare cette adoration pardonnable tout au plus aux peuples de l’antiquité. C’est du reste pour essayer d’enrayer cette indifférence progressive et reconquérir tout son beau prestige de jadis que le roi de Siam fit massacrer en 1881 un grand nombre de pauvres gens soupçonnés d’avoir, par leur négligence, laissé mourir un Eléphant blanc.
Hélas ! les rois auront beau lutter, le temps et le progrès qui n'épargnent rien feront bien vite disparaitre l'antique adoration qu'ils s'efforcent de conserver pour ce proboscidien. Ce vieux culte s’évanouira bientôt dans le passé, comme s’est évanoui celui du crocodile, de l’ibis, du chat et du scarabée chez les Egyptiens… et avec lui s’en ira une partie de l’autorité du souverain. Celui-là seul y perdra quelque chose, car l'Eléphant blanc ne pouvant jamais être qu’une rareté inférieure aux autres individus, n’est par cela même d’aucune utilité réelle.
NS