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AIRE DE L'HABITAT IDE L'ÉLÉPHANT D'AFRIQUE

C’est vers 1830 que les chasseurs européens se mirent à le poursuivre dans l’est de la colonie et en Cafrerie.

Vers 1887, sa destruction commença dans le Transvaal, menée par le capitaine Cornwalis-Harris et par le boer Voer Trekkers ; le Transvaal, entièrement dépeuplé, ce fut le tour du Matabele et du Mashona-Land, situés plus au Nord.

De 1846 à 1850, Gordon Cumming, Oswell, Varden et Balwin

Ce

(nous ne citons que les principaux) en purgent et en appauvrissent le Bechuanaland ; puis, progressivement, poursuivent leur œuvre jusqu’au N’Gami, jusqu’au Zambèze et au Mababe-Veld.

Entre 1850 et 1860, l’œuvre de destruction s’accomplit au Kalahari, dans le pays des Namaquas et celui des Damaras, où les explorations du voyageur Anderson frayèrent la voie aux spéculations des chasseurs. |

De 1850 à 1875, Baldwin, Drumond et autres pourvoyeurs du commerce d'ivoire anéantissent les immenses troupeaux qui promenaient cette riche matière par les forêts du Zoulouland : ceux des régions plus septentrionales de l’Amatongasland ont ensuite le même sort.

Aujourd’hui on ne trouve plus d’'Eléphants ni à Natal, ni en Cafrerie. Le Zoulouland n’en a plus guère et 1l en est de même au Transvaal, sauf dans la zone insalubre signalée ci-dessus. Le Matabele et le Mashona-Land où ils abondaient encore vers 1871 et 1675 men comptent pas un seul à l'heure qu'il est, d'après le chasseur C. Selous. On en peut dire autant des pays de l’ouest : Bechuanaland, etc.

Ï1 faut, pour en rencontrer quelques-uns, remonter au nord du pays des Damaras jusqu’à l’'Ovampoland, non loin de l'Atlantique, dont les indigènes interdisent rigoureusement l’entrée aux chasseurs. Grâce à la protection qui couvre ceux des forêts méridionales de la colonie du Cap, on en trouve plus à une faible distance de la mer qu’à 2.500 kilomètres dans l’intérieur. ()

D’après les récits de Schweinfurth, qui datent de vingt ans, l’'Eléphant est traité avec tout autant d’inintelligence et de cruauté par l’Afrique du Centre que par celle du Sud.

. Dans ce pays des Niams-Niams, d’où les frères Poncet tirèrent naguère tant d'ivoire, l’illustre voyageur constate qu’on pourrait voyager pendant des journées entières sans rencontrer traces d'Eléphants. On va voir quelle guerre sauvage y est faite aux restes de cette noble espèce. On a soin, lors de l’incendie annuel des prairies, de réserver de véritables îles de grands chaumes, (1) C’est surtout dans la forêt d’Addo, non loin de Port-Elisabeth, dans celles de

Knuyma et du Zitzikamma et sur les pentes broussailleuses des monts Winterhæk qu’ils sont nombreux.

dont le plus remarquable, un panis, montrera avec quelle exubérance la végétation se développe là, dès la saison chaude. Cette herbe, d’un beau jaune d’or brillant, est grosse comme le doigt, haute de cinq mètres et devient presque ligneuse.

Elle sert à beaucoup de choses : à faire des tuyaux de pipes, mais pour cela 1l faut la perforer, car elle est pleine ; à faire des nattes tenant lieu de literie, à faire d'excellentes portes, etc... Sur pied eteniles c’est un piège à Eléphants, le plus lâche et le moins ingénieux, le plus ignoble qui soit.

Des Eléphants sont-ils signalés, le tambour résonne, des milliers d'hommes accourent, se rassemblent, la battue s'organise, l’immense gibier se jette dans le refuge du plus prochain chaume aussitôt allumé en mille endroits de son pourtour : nul moyen d'échapper ! Reculant devant le cercle de feu qui se rétrécit rapidement les malheureuses bêtes arrivent à se serrer les unes contre les autres, se couvrant d'herbes, s’arrosant de l’eau qu’elles puisent en elles-mêmes, hélas ! inutilement. Suffloquées, asphyxiées, brûlées vives, elles meurent d’une mort dont à peine leurs bourreaux seraient jugés dignes. « Massacre insensé dont le cui bono ? a pour toute réponse — c'est Schweinfurth qui parle — nos billes de billard, nos pommes de cannes, nos peignes, nos éventails et autres objets de même importance. Après cela, quoi d'étonnant, si de nos jours cette noble bête, dont l’homme pourrait se faire un auxiliaire inappréciable, devait être rangée, comme le lamentin, l’aurochs et le dronte parmi les espèces éteintes ? » (1)

Voici qui est convaincant. Je ne m'arrêterat néanmoins pas à ce seul exemple et continuerai ma marche « démonstrative ».

A titre de mémoire je rappellerai simplement ici que l’importation et la vente de l'ivoire qui étaient en 1888 de 6.400 kilogrammes sur le marché d'Anvers atteignait, sept ans plus tard, 362.000 kilogrammes.

Je sais ce qu’on peut opposer à l’éloquence de ces chiffres : l’on me dira que cette augmentation est due à l’écoulement des anciens stocks, mais, si j’admets fort bien que cet écoulement ait pu sen-

net

(1) Vicror Meunier. — L'Esprit et le cœur des bêtes, p. 153 à 155.

siblement influencer la statistique durant quelques années je soûtiens qu'il ne peut plus en ètre de même aujourd'hui.

Les Arabes esclavagistes qui, autrefois, tenaient entre leurs mains tout le commerce de l’ivoire du centre africain et avaient souvent dû laisser s'’accumuler d'énormes quantités de cette matière, par suite du manque de moyens de communication, ont eu tout le loisir d’écouler ces stocks durant ces vingt dernières années. Ce qui le prouve du reste en partie c’est qu'on ne voit plus, sur les marchés, de ces superbes défenses qui provenaient de ces réserves et dans lesquelles Houdon pouvait tailler trois Christ d’un mètre dix de hauteur! Le poids moyen diminue au contraire rapidement de jour en jour et montre bien, par là, la rareté des vieux indidus En 1889 la moyenne était de 12,5 kilos, en 1890 de 10,9 kilos, en 1806 de 6,4 kilos ! |

Cette diminution du poids moyen suffit donc pour faire dispa-

raître cette légende. Car les stocks africains ne sont plus qu'un prétexte habilement imaginé par un astucieux chef d'Etat. Ce «champion » de la civilisation, qui a grand soin de ses intérêts, pense que la production de l'ivoire pourra encore se soutenir jusqu'à la fin de son règne. Pour lui, c’est là le principal. « Après moi la fin du monde » comine disait Louis XV le Bien-Aimé. Néanmoins comme 1l faut masquer son jeu et faire paraitre humanitaire de qumnestique du commerce, il se servit à merveille. de la légende des stocks d’ivoire pour expliquer cette surproduct'on ct éloigner les inquiétudes.

MN Te Conte quelque peu usé on cherche à substituer celui de l'ivoire-mort ou ivoire dont la matière organique a été détruite et où la matière minérale subsiste seule dans son agrégat. Mais cette trouvaille est encore moins heureuse que la précédente.

La production réelle de l'ivoire dépasse 800.000 kilogrammes HAE OT combien Ce chitire représente-1l de défenses et, par Site, d'animaux exterminés ? C'est bien simple. Si l’on évalué à 15 kilos le poids d'ivoire fourni par chaque individu, (ce qui est encore bien supérieur à la véritable moyenne) on arrivera au total de plus de 50.000 bêtes massacrées annuellement! L'on m'objectera que tout cet ivoire ne provient pas uniquement de la produc-

tion zouvelle et qu'il faut tenir compte des réserves (ces fameuses

réserves !) Soit, mais Je répondrai qu’en admettant ces stocks, la balance sera largement rétablie par le massacre des animaux qui ne fournissent rien et par ceux (nombreux) qui, blessées nous mourir dans la jungle. Je suis donc, malheureusement, plutôt au dessous de la vérité.

Ce qui est encore démonstratif c’est la rareté toujours croissante de l'Eléphant et même (comme le disait plus haut Meunier) sa disparition totale en certaines contrées du continent noir. C’est ainsi qu’en partant du Cap et en remontant la côte orientale et occidentale nous assistons à cette fin imminente. L'instant est proche où nous verrons dans l'Afrique entière le même phénomène que celui qui s’est produit dans l’Afrique du nord (Algérie, Tunisie, Maroc) après la chute de Carthage, alors que la consommation que Rome fit de ces animaux pour les jeux du cirque les fit totalement disparaitre. ()

« Laissez avancer l’ère nouvelle de la vapeur et des chemins de fer, disait Méry, laissez envahir par la civilisation les forêts et les vallons vierges et l'Eléphant disparaîtra comme le Mastodonte son aïeul. Nos neveux iront admirer ces colosses au Jardin zoologique mais ils seront immobiles et empaillés ! »

Le principal danger de la marche croissante de la production de l'ivoire provient du besoin de satisfaire et de soutenir cette marche et, par conséquent, de chercher à se procurer cette matière par tous les moyens possibles. C’est pour cette cause que les indigènes etes Européens massacrent aujourd'hui indistinctement les mâles et les femelles, les vieux et les jeunes.

Autrefois, une sorte de logique instinctive faisait épargner les jeunes qui, dès lors, pouvaient grandir et se reproduire. À présent, il est loin d’en être de même : on fait un massacre général et à la vue d’un Eléphanteau on tient ce raisonnement ad hoc: « Voilà un jeune qui ne doit posséder que quelques kilogrammes d'ivoire, tuons-le quand même; si nous le laissions vivre un concurrent s’en emparerait demain ». C’est, en la circonstance, un véri-

table acte de vandalisme !

Voulez-vous connaître le résultat de quelques mois de chasse

(1) BoURDARIE.

dans la région de Brazzaville, en 1897? Eh bien! d’après les renseignements fournis par Louettière, sur les cent Eléphants qui y furent tués, les pointes les plus fortes ne dépassèrent pas quinze kilos ; la plupart pesaient à peine quelques kilogrammes et près de la moitié des animaux massacrés ne fournirent rien du tout! Et lorsque, dans ces conditions, on parvient néanmoins à jeter annuellement sur nos marchés 8oo tonnes d'ivoire, s’étonnera-tbhiéncone que cette race menace de s'éteindre ?

« Il nous est arrivé, à Zongo, dit le capitaine Hanolct, de tirer cinq Eléphants en moins de dix minutes... Cinquante pas nous séparaient des pachydermes. Un premier coup de feu tua raide le plus petit de la bande. Des coups de trompe stridents déchiraient l’air. Les quatre Eléphants adultes se groupaient autour du jeune, essayant de le relever. Un second coup d’Albini, tiré à trente pas, hHautmediune termitière, fit une deuxième victime. Ce succès nous enhardit. Nous approchant encore, nous tuons les trois autres Eléphants, sans même nous apercevoir du danger... Quelques mois après le directeur de la société anonyme belge, M. Greffly, a abattu à la sortie du Pool, huit Eléphants, un buffle et une antliope. (1)

Et quel est le poids total de l'ivoire fourni par ces cinq proboscidiens ? Dix kilogrammes à peine !.….

Louettière, le chasseur d'Éléphants bien connu que je citais plus haut ec qui mourut assassiné au cours d’une palabre, tua à lui seul, d'avril 1895 à avril 1896, 101 hippopotames et 113 Eléphants. D’avril 1896, à octobre 1896, le tableau fut de 152 hippopotames ét Eléphants. Soit au total 371 animaux de grande espèce en dix-huit mois !

Au mois de novembre 1908 on pouvait lire dans les journaux la stupéfiante nouvelle que voici : |

« L'Etat libre du Congo ayant cessé d’administrer l'enclave de Lado, un grand nombre d'Européens font la chasse à l’'Eléphant dans la région.

Ils auraient cerné un troupeau d'Eléphants de huit mille tètes et seraient en train d’abattre tous les mâles.

(1) Conférence de M. le Capitaine-Commandant Hanolet, /Bulletin de la Société d'Études coloniales;-11.-154;, 155). --

Deux des chasseurs, revenus à Entebbe après quatre mois de chasse, auraient, dans cette période, gagné 125.000 francs. »

Charles Buet nous dit qu’à quatre chasseurs ils tuèrent dans un seul jour vingt-huit Eléphants chez les Chir. Pendant une nuit, ils en massacrèrent douze sur le Galago. (1)

Mais ce n’est pas cette destruction du fait des Européens que je redoute. Si Louettière a tué 113 Eléphants en une année, si Buet en massacra 28 en un jour, si la mission Marchand dut en abattre une centaine pour assurer son existence durant sa longue et rude traversée, ce n’est rien pour toute l’étendue du continent africain ! Si l’on admet en effet que tous les Européens qui s’adonnent à Ja chasse tuent annuellement 500 Eléphants (ce qui est bien exagéré) qu'est-ce donc que cela par rapport aux 45.000 qu’exterminent les indigènes ?

Le développement exagéré donné au commerce de l’ivoire constitue donc pour l’Eléphant d'Afrique une menace imminente de disparition.

L'industrie de l’ivoire qui a succédé à l’art de l’ivoire pourrait du même coup cesser d'exister à cause de sa trop grande extension. Il est donc d'intérêt universel de chercher à protéger les 325.000 Eléphants qui vivent encore dans le continent et qui, si on n’y remédie pas au plus tôt, sont appelés à disparaître rapidement.

Mais, comment empêcher ce massacre ou tout au moins le restreindre ? C’est ce que nous allons étudier.

Tout d’abord, quelles sont les mesures prises jusqu’à ce jour dans le but de protéger l'Eléphant d'Afrique et quel est l’état actuel de la question ?

Exposons-le brièvement pour chacun des pays intéressés.

En Allemagne, c’est au major Wismann, à MM. Bronsart, (de Schellendorf), Carl Hagenbeck (de Hambourg) et au docteur Beerwald que revient la fondation du Comité de l'Eléphant, comité un peu analogue à celui qui fut institué sous le patronage de la Société nalionale d’Acclimatation de France et que je viens de reprendre avec l’illustre savant Edmond Perrier et mon ami Paul Bourdarie. Le major Wismann, soutenu et encouragé par l’importante

(1) CHarLes BueT. — Les premiers explorateurs français du Soudan équatorial.

Société coloniale allemande, fixa dans l'Afrique orientale (alle mande), deux zones de protection où l’on ne pouvait chasser l'Eléphant qu’à des époques déterminées et moyennant certaines conditions. Ces mesures furent malheureusement sans effet, l'impôt en nature, d’une défense sur deux, établi sur livoire, ayant d'avance détruit tout ce qu’on était en demeure d'espérer.

M. Bronsart (de Schellendorff) demanda: 1° que la chasse à l’'Eléphant, ainsi que le commerce de l'ivoire, fussent strictement réglementés ; 2° qu'il fut procédé à des essais de domestications (essais qu'il estime très facilement réalisables, même par la méthode hindoue des captures par bandes). Le Comité adopta les propositions de M. Bronsart et en poursuivit l'exécution. J’ignore ce qu’il en résulta.

En Angleterre, M. Bryce, membre de la Chambre des Communes (Aberdeen) demanda à la fin du mois de juin 1896, au secretaire d'Etat pour l'Inde : « si l’attention de l'Office de l'Inde avait été appelée sur l'utilité de prévenir l'extinction de l'Eléphant africain dans le pays des Somalis, par l’établissement d’une réserve ou d'un refuge pour les animaux dans le protectorat du pays anglais des Somalis ; s’il avait recu un mémoire à ce sujet d’un M. Buxton qui venait de visiter le pays des Somalis et avait examiné la question, et si l’on avait l'intention de prendre des mesures pour empêcher la destruction totale des Eléphants dans le pays des Somalis. »

Ce à quoi, lord Hamilton répondit :

« La réponse à la première et à la seconde question du très honorable membre est affirmative. J'ai invité le gouvernement de Bombay à exprimer son opinion sur les modifications qui peuvent être prises selon les lois, en vue de prévenir l’extermination des Eléphants sauvages et dès le reçu de sa réponse je serais heureux d'examiner les mesures qu'il serait sage et possible de prendre pour assurer cet objet. »

Dès le mois de novembre suivant, sur les instances du gouvernement de Bombay, les autorités britanniques déterminaient une zone de protection des Eléphants dans le pays des Somalis. Cette zone s'étend : dü passage appelé « Cheickh », à l’est, jusqu’à la frontière abyssine, à l’ouest, et occupe une superficie d'environ

520 kilomètres sur 8o, soit 26.600 kilomètres carrés. Pour chasser dans cette zone, 1l faut être muni d'un permis en forme. De plus, un district d'une soixantaine de kilomètres carrés a été délimité. qui comprend les monts Gadabursi, et dans lequel la chasse est absolument interdite.

Ces mesures ayant été jugées insuffisantes, M. Sharpe, dans le Beachwyoods Magazine proposa une entente internationale et demanda l'interdiction du commerce des défenses inférieures à 6 k. 300. (1)

. Dans l'Etat indépendant du Congo, la chasse a recu des règlementations. Les commissaires des districts l'interdisent dans les forêts, à certaines époques déterminées. Ces mêmes commissaires des districts peuvent autoriser les chefs reconnus parte chasser ou faire chasser l'Eléphant dans les domaines qu’ils désignent. La taxe qu'ils ont à acquitter ne peut excéder la moitié de l'ivoire provenant de la chasse.

Enfin, un permis de chasse est délivré aux Européens, contre la somme de 500 francs.

J'ai dit plus haut que les Européens n'étaient pas à craindre mais que seuls les indigènes constituaient un véritable danger. Alors, pourquoi ne pas exiger une somme de 500 francs identique pour fous les chasseurs ? Du reste, cet article d’un décret signé : Lécpold, dans lequel il est spécifié que la moitié de tout ivoire apporté ou vendu par les indigènes appartient au D. P. (domaine privé) à titre d'impôt en nature, établit une véritable prime à la destruction en ce sens que l’indigène est obligé de se procurer une quantité double d'ivoire pour pouvoir posséder, par voie d'échange, les produits européens dont il a besoin.

o1 le rot Léopold veut protéger d'une manière efficace l'Eléphant

(1) Il me faut citer également l'intéressante détermination qu’on aurait prise detniérement. Le titulaire du Colonial Office, au cours d’une audience accordée par lui a sir Harry Johnston, au haut commissaire de l'Ouganda et aux autres délégués d’une ligue formée pour la defense des grands fauves, promit de prendre des mesures très sévères Ct énergiques contre Les sportsmen dont les exploits cynégétiques menaçent d'amener à bref délai l'extermination totale de plusieurs éspèces.

Ces mesures seront tout d’abord adoptées dans l'Afrique du Sud et dans l'Afrique orientale anglaise où les Eléphants, les girafes et les zèbres sont l’objet d’une destruction systématique.

(2). ne sont guère en effet plus de quinze cents dans tout le Congo belge.

d'Afrique, il doit avant toute chose supprimer cet impôt. Mais le sacrifice est bien gros pour qu’il soit obtenu.

Néanmoins, le Congo belge possède actuellement trente-cinq Eléphants domestiqués par les soins du commandant Lapliume, spécialement envoyé en Afrique pour résoudre cet intéressant problème. Voici du reste la note fournie par le gouvernement de l'Etat du Congo sur les travaux de cet officier pour la capture et le dressage des Eléphants :

« Monsieur le commandant Laplume, durant ses deux derniers séjours au Congo, s’est plus spécialement occupé de la capture de jeunes Eléphants et accessoirement de leur dressage.

« En 1899, M. Laplume s'embarque pour le Congo, avec mission de chercher à résoudre la question de la domestication de l’'Éléphant africain. Au cours de son voyage vers le Congo, il fit un séjour de deux mois à la mission apostolique « Sainte-Anne du Fernan-Vaz » qui possédait un Eléphanteau domestiqué. Arrivé au Congo, la première préoccupation de M. Laplume fut de capturer quelques sujets. Mais cette capture, simple en apparence, ne fut pas sans présenter des difficultés et même des dangers. L'endroit où opéra M. Laplume se trouvait dans l’Uele (rive du Bomokandi) où les Eléphants sont nombreux, et où les chances de capture étaient par conséquent plus favorables.

« Différents moyens furent tentés pour s'emparer des Eléphants — on établit des pièges consistant en fosses recouvertes de branchages et d'herbes : mais à la saison des pluies, le poids des matières, recouvrant les fosses augmentait, et amenait l’effondrement du recouvrement.

« Ce moyen n'ayant pas donné de bons résultats, des traques furent organisées. [l ne fut pas possible de s'emparer d’Eléphants adultes. D'ailleurs, outre les difficultés de la surveillance, de l’entretien et de la nourriture de ces pachydermes, ils étaient très sauvages et très dangereux. M. Laplume dut donc se borner à tâcher de capturer de jeunes Eléphants, plus doux, plus faciles à surveiller, et dont l'éducation semblait devoir se faire avec moins de difficultés. Mais ici, d'autres causes d'insuccès se présentèrent. Lorsque les bêtes capturées étaient trop jeunes, elles mouraient peu de

inexplicables les terrassaient en peu de jours (1): certaines, les grandes, parvenaient à s'enfuir. Bref, après deux années d’un travail opinitre, M. Laplume possédait trois Eléphanteaux femelles (31 déc. 1901). Un de ces Eléphants avait été pris au piège, les deux autres dans des traques.

« Depuis, le nombre des Eléphants capturés a augmenté progressivement et 1l atteint actuellement une quinzaine de sujets.

On s'attacha surtout, à l’origine, à rendre les pachydermes familiers, à leur faire trainer de légers fardeaux, à les charger progressivement. Ces essais se poursuivent depuis quelque temps déjà, et tout fait espérer que l’on arrivera à des résultats sérieux. Mais il faudra assez de temps, car il faut ménager les jeunes animaux et éviter de les surmener en leur imposant des travaux dépassant leurs forces.

« En résumé, M. Laplume est le premier qui, au Congo, ait capturé des Eléphants et se soit appliqué à leur domestication. »

En 1898. Paul Bourdarie fondait en France, sous l'égide de la Société nalionale d’Acclimatation, un Comité d’'Initiation scientifique cl économique pour la domeslication de l'Eléphant africain. Je ne puis mieux expliquer le but de ce Comité qu’en reproduisant la lettre envoyée aux personnages sollicités pour constituer la Société :

« Monsieur,

« Considérant que l'étude théorique de la domestication de « FEléphant d'Afrique est terminée et que le moment d'en faire « l'application est venu, voulant aussi donner une plus grande « portée pratique à la mission que Monsieur le Ministre des Co- « lonies vient de confier à M. Paul Bourdarie sur cette question « spéciale, la Société nationale d'Acclimatation de France n'hésite «pas à provoquer la constitution d’un Comité d'Initiation Scientifi- « que el Economique. Déjà, à la suite d’une conférence faite le 10 « juillet dernier, sous la présidence de M: Ie Myre de Miles « député, assisté d'un délégué de M. le Ministre des Colonies, par « M. Paul Bourdarie, un certain nombre d’adhésions ont été don- « nées à la constitution d'un Comité. Ce sont celles de MM. : |

« Milne-Edwards. membre de l’Institut, directeur du Muséum ;

(DMoimaccstemammoeren,

« Le Myre de Villers, député ;

« Pavie, ministre plénipotentiaire ;

« Camille Saint-Saëns, membre de l’Institut;

« Oustalet, assistant au Muséum, ancien président de la Société Zoologique de France ;

« Blanchard, membre de l’Académie de Médecine, secrétaire de la dite Société, tous deux délégués pour la représenter ;

« J. Chaïlley-Bert, secrétaire de l’Union Coloniale Française, représentant cette Société ;

« Edouard Blanc, de la Société de Géographie de Paris ;

© A. Grandidier, membre de l'Institut, etc.

« Dans l'esprit de ces initiateurs, le but de ce Comité sera:

« 1° De poursuivre aux points de vue scientifique et économique la domestication de l’Eléphant d'Afrique :

« 2° De provoquer l'émigration en Afrique d’un nombre restreint de cornacs siamois ou cambodgiens qui seraient installés dans les stations de capture et de dressage créés par les soins du Comité.

« 3° De diriger la mission de M. Paul Bourdarie et d'assurer la continuité des essais en lui donnant un successeur s’il se trouvait dans l'impossibilité de continuer l'œuvre.

« 4° De grouper les initiatives collectives ou particulières qui consentiront à poursuivre ce but.

«€ 5° De réunir par subvention (ministères, gouvernements coloniaux, sociétés savantes et coloniales, établissements commer- Caux, etc...) où par souscriptions et dons, les sommes nécessaires à ces essais.

« 6° Enfin, les essais pratiques accomplis, de déterminer l'initiative, soit d’une Société à capital intéressé, soit de l’administration de nos colonies africaines pour l’emploi, transports, chantuers agricoles et industriels de l’'Eléphant africain.

« Ce Comité serait constitué pour une durée de cinq ans.

« Sur ce terrain pratique et nettement déterminé, il nous parait qu'il ya une œuvre utile et féconde à réaliser.

« Le but de ce Comité serait atteint et la période des essais close, le jour où des transports et des travaux plus ou moins importants

« suivant l’âge et la force des animaux auront été effectués dans la « Colonie du Congo.

« Assuré du bienveillant appui de M. le Ministre des Colonies, « la Soctélé nalionale d’Acclimatation de France sollicite, aussi « bien que votre concours précieux, les observations que vous croi- « riez devoir lui présenter à cet égard.

« Personnellement, nous serions infiniment honorés et flattés « de pouvoir inscrire votre nom parmi ceux des membres fonda- € teurs de ce Comité ; de ce que vous voudrez bien faire dans ce « sens, nous vous sommes d’avance reconnaissants, et nous avons « l'honneur de vous prier de vouloir bien agréer l'expression de « nos sentiments les plus distingués.

Le Secrétaire général de la Société nationale d'Acclimatation de France :

Signé : Baron J. DE GUERNE.

Par malheur, les résultats ne répondirent point aux espérances et le Comité s’évanouit bientôtcomme un beau rêve. [l n’alla point cependant comme le dit M. Lecomte () jusqu'à entraîner dans sa chute la Société qui avait bien voulu lui prêter son appui.

C’est en mars 1889 que fut prise la première mesure officielle de protection de l’Eléphant africain. Mais cette mesure n’est contenue que dans le cahier des charges des concessions données dans la Colonie du Congo français, elle n’est pas encore applicable ailleurs. Voici cette clause :

« Art. 8, $ 5. — La domestication et l’entretien des Eléphants donneront également lieu à l'attribution, en toute propriété, de terres choisies par le concessionnaire, à raison de cent hectares par tête d'Eléphant. » |

Il faut espérer que la même détermination sera prise pour les autres colonies françaises qui possèdent des Eléphants (Sénégal, Côte-d'Ivoire, Dahomey). Il est vrai qu'aujourd'hui: (j ans après la mesure officielle), on n’a même pas encore mis en vigueur cette clause dans le Congo!

Dans un rapport que M. Gentil envoyait au mois de mai 1905 à M. Clementel alors ministre des Colonies, le gouverneur général

(1) Lettre particulière du 5 juin 1904.

du Congo français disait que les transactions sur l’ivoire accusaient une augmentation de 60°, sur celle de l’année précédente. M. Gentil prenait également vers la même époque un arrêté intéressant. Il interdisait dans toute l'étendue du Congo français et dépendances la vente et l'exportation des pointes d'ivoire de 2 kilogrammes et au-dessous. De plus, un second arrêté spécifiait qu’à dater du i* décembre 1906, l’ivoire ne serait plus admis au nombre des produits à recevoir à titre d'impôt indigène.

Comme mesure transitoire et jusqu’au 31 décembre 1905 inclus l'ivoire ne serait plus accepté au titre de l'impôt que dans la proportion du tiers, par rapport à la quantité de caoutchouc remise, au même titre, à l'administration par chaque tribu ou groupe d'indigènes.

C'est évidemment là une première étape, mais, tout en étant fort appréciable, elle aurait dû être suivie de mesures plus énergiques. Nous verrons du reste que la France n’a pas fait beaucoup plus pour la domestication de l’Eléphant d'Afrique.

Notre pays a pourtant grand intérêt à ne pas voir s’éteindre une semblable race et l’incurie dont 1l fait preuve pour la protéger et la domestiquer sont indignes d’une grande nation qui sait intelligemment comprendre et servir ses intérêts.

C’est afin de lutter contre cette inertie que nous avons fondé le 6 décembre :905, l'illustre maître Edmond Perrier, Paul Bourdarié et moi, la Société des Amis de l'Eléphant qui possède à peu de chose près le même programme que le défunt Comité patronné par la Soctélé nalionale d’Acclimatalion. 4) Jusqu'à présent, les résultats

(1) Le Comité des « Amis de l'Eléphant », pour l’année 1909 est composé comme suit :

Président : M. Fdmond Perrier, membre de l’Institut et de l’Académie de Médecine, Directeur du Muséum d'Histoire Naturelle.

.Vice-Présidents : MM. le D' Raphaël Blanchard, membre de l’Académie de médecine, professeur à la Faculté de Médecine ; Paul Bourdarie, explorateur, directeur de la Revue Indigène ; Adolphe Brisson, directeur des Annales Politiques et Littéraires ; Général Famin, ancien directeur des troupes coloniales ; Emile Levasseur, membre de l’Institut, administrateur du Collège de France.

Secrétaire général : M. Gaston Tournier.

lrésorier : M. Maurice Braibant, conseiller général des Ardennes.

Membres du Conseil: S. A. I. le prince Roland Bonaparte, membre de l’Académie des sciences; MM. Gabriel Bonvalot, ancien député, explorateur ; Albert Coutaud, Président de la Société protectrice des animaux, Président du Syndicat des journaux et publications périodiques ; Yves Delage, membre de l’Institut, professeur à la Faculté des Sciences ; Charles Deloncle, député de la Seine ; François Deloncle, député de la Cochinchine, ministre plénipotentiaire, membre du Conseil supérieur des colonies ;

Georges Desplas, député de Paris, ancien président du Conseil municipal, avocat à la Cour d'appel; Auguste Dorchain, président honoraire de la Société des Poètes

pratiques que nous avons obtenus sont pour ainsi dire nuls, mais, loin de nous décourager, nous espérons bientôt voir se réaliser notre grand projet d’une mission scientifique envoyée au Congo français, pour faire pendant à la mission Laplume du Congo belge.

Voyons à présent les mesures qu’il conviendrait de prendre pour l'avenir.

Tout d’abord, de quelle efficacité peut bien être la réglementation de la chasse ? Cette efflcacité est contestable. S'il est aisé de faire respecter la réglementation par les Européens, il est presque impossible de surveiller et de contrôler les indigènes. Or, comme

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