IV. Sauvagerie de la race
V. Emploi de l’'Eléphant asiatique pour le dressage. VI. Reproduction en captivité.
Ï. PROPORTION DES DEUX RACES. — Nous avons vu dans le chapitre des « Considéralions générales » la tendance qu'on a de se représenter l’Eléphant d'Afrique beaucoup plus petit que son congénère asiatique. La vérité est que l’'Eléphant d'Afrique peut
mesurer Jusqu'à 4 mètres de hauteur alors que l’'Eléphant des Indes atteint avec peine 3 mètres! La prétendue inféricrité de l'EÉléphant africain comme force et comme vigueur disparait donc complètement devant l’éloquence de ces chiffres.
IT. Caprure ET ACHAT. — L'objection concernant la difficulté de capturer les Éléphants sauvages est la seule, à mon avis, qui renferme une part de vérité. Cependant, quoique importante, elle ne doit pas être de nature à nous décourager. Comment, en effet, a-ton capturé les 250 Éléphants que l’on a pu voir en Europe depuis quarante ans ! Là encore ne pourrait-on faire en Afrique ce que les Anglais ont fait dans l’Inde ?
Les fosses me paraissent être excellentes pour la capture des Éléphanteaux et au Congo français où cette méthode est employée on n'a Jusqu'à présent qu’à s’en féliciter. Tous les jeunes à l’exception d’un seul, celui du R. P. Allaire, furent capturés sains et saufs. ()
D'autres préfèrent néanmoins rechercher la trace de l’'Eléphant dans la brousse et celle-ci une fois découverte, s’aventurer sans bruit jusqu'à la rencontre de la famille, Dès qu'ils l’aperçoivent ils poussent de grands cris et tirent des coups de fusil pour effrayer les bêtes qui fuient alors en débandade. À ce moment on s’élance en nombre sur les jeunes qui, tout interdits, se laissent facilement emmener.
On pourrait encore procéder par le système des enceintes palissadées qui donne d’assez bons résultats. M. Louettière écrivait à Paul Bourdarie au sujet de la capture des jeunes: « La chasse au Pool est relativement facile et au lieu de tirer les petits Eléphants et ceux de taille moyenne, :| serait possible d’en opérer la capture et d’avoir en très peu de temps un nombre assez grand d'animaux.
C'est ainsi que j'ai pu, en un même jour, en capturer trois, ce quineme profita guère puisqu'ils furent tués ou noyés par un homme pendant qu’il les transportait à mes embarcations; ces Eléphants mesuraient un mètre de hauteur environ et pouvaient avoir
(1) L’Eléphant du KR. P. Allaire s'était fait une blessure qui entraîna la mort. Les autres au nombre de 5 à 6 furent tués par leurs propriétaires ou empoisonnés par les
indigènes.
au plus 8 à g mois. Leur capture avait été cependant assez diffhicile, car 1ls chargaient dès qu’on les approchait ; je fus même assez maltraité par l’un d’eux, sans toutefois recevoir de graves bles- Sures:umes homines se précipitèrent, tous ensemble sur lui et le ligotèrent solidement. La capture des deux autres fut plus facile : pendant que deux ou trois de mes hommes taquinaient la bête de face, d’autres s’approchaient doucement par derrière ; à un moment donné, l’un d’eux s’élançait sur l'Eléphanteau et le saisissant par la queue tirait de toutes ses forces en suivant les mouvements désordonnés de l’animal. Aussitôt, les noirs placés de face s’'élançaient à leur tour et, empoignant solidement la trompe, tiraient également de leur côté, de manière à immobiliser l'Eléphant: l’amarrage était alors chose facile et s’effectuait rapidement.»
Et Louettière ajoute plus loin: « Quant au nombre des animaux capturés, 1l serait possible en trois mois d'en capturer au moins cent cinquante. »
Qu'y a-t-1l encore à ajouter après cette déclaration, sinon que les indigènes, qui n’ont plus guère l'habitude de chasser l'Eléphant à la piste et à la lance, le chasseraient volontiers exclusivement au moyen de fosses lorsqu'ils sauraient que les captures vivantes leur seraient bien payées.
Quant au prix d'achat, il ne serait pas considérable, et si un Eléphant adulte vaut en Europe de 10 à 15.000 francs on peut aisément, là-bas, s'en procurer de jeunes pour 3 à Goo francs au maximum.
III. DressaGr. — La seule difficulté dans le dressage d’un Eléphant d'Afrique est l’inaptitude des indigènes pour cette délicate besogne. Seuls, les Sénégalais pourraient y être employés ; mais le mieux est de faire venir quelques mahouts de l'Inde qui pourraient ainsi donner des leçons aux indigènes.
Ce nest pas que ce dressage soit d’une grande difficulté, mais, quoique plus aisé que celui de beaucoup de nos chevaux,
il exige encore une certaine expérience mêlée de patience et de douceur. L’Hindou possédant un véritable culte pour l'Eléphant, nul autre mieux que lui ne serait plus apte à remplir et à mener à bien cette importante besogne. M. Hagenbeck
s’est du reste offert à éduquer quelques indigènes qui serviraient ensuite d’instructeurs, et ce absolument à ses frais. On ne saurait être plus dévoué à la cause.
Quant à la durée du dressage, elle serait de quelques semaines et au bout de six mois, l’élève pourra parfaitement exécuter différents travaux que l'on proportionnera, naturellement, selon sa force et son âge.
D’après M. Hagenbeck, à deux ans, on peut déjà l’employer très bien comme monture, et chargé d’un poids de 190 kilos, 1l pourra facilement fournir une étape de 50 kilomètres par jour. Que peuton lui demander de plus ?