‹ Les éléphantsChapitre 53 sur 76 · EMILE LEVASSEUR · texte numérisé non relu

EMILE LEVASSEUR

Membre de l’Institut, Administrateur du Collège de France.

A l'heure actuelle, la domestication de l’Eléphant d'Afrique est encore dans la période d’essai. Des tentatives ont été ou sont faites au Congo français, en Abyssinie, mais surtout au Cameroun allemand et au Congo belge. Dans ce dernier pays, 1l ÿ a une vingtaine de jeunes Eléphants au dressage et les résultats obtenus ne laissent pas de doute sur la possibilité du dressage ou, si vous aimez mieux, de la domestication. L’Eléphant dressé peut certainement rendre des services.

Il est bien difficile de parler du temps nécessaire à l’éducation de l’Eléphant. Le jeune Eléphant se laisse dresser en quelques mois ; mais son éducation n’est pas terminée : il faut la poursuivre en utilisant l'animal.

Il paraît difficile d'interdire complètement la chasse. Il serait, par contre, d’une très grande utilité de constituer des réserves.

ALFRED MALÈVRE, Sous-directeur du Jardin colonial de Nogent.

Il est incontestable, à mor avis, que la domestication de l’Éléphant soit possible et puisse rendre divers services. Il est non moins évident que la difficulté de capturer de jeunes Eléphants n'est peut-être pas plus grande pour l'Afrique que pour l'Asie et ne saurait constituer un obstacle sérieux à la domestication.

De même, s’il est démontré qu'il n’est pas nécessaire d’avoir des Eléphants d'Asie comme moniteurs, il est certain que le temps nécessaire pour le dressage variera suivant l’âge plus ou moins tendre des Eléphants capturés et suivant l'adresse des dompteurs.

L'Eléphant d'Afrique a été classé parmi les animaux destinés à ètre protégés par la convention diplomatique internationale signée il y a quelques années. Une loi plus précise serait d’une application impossible dans les vastes territoires de l’Afrique centrale.

Elle ne pourrait être mise en vigueur que dans certaines cons trées déjà civilisées, où précisément les Eléphants se font rares.

E. OuSTALET, Professeur de Zoologie au Muséum National d'Histoire Naturelle.

J'ignore les mœurs et la vie des Eléphants d'Afrique, mais il est très probable qu'avec des procédés convenables on arriverait à les domestiquer comme on a fait des Eléphants d'Asie.

Quant à la disparition de la race, permettez-moi de vous conter ce que pensait notre regretté maitre Georges Pouchet, professeur au Muséum avec qui j'ai été en Laponie, lors d’une mission dont il a été chargé en 1881. Pouchet pensait alors qu'il fallait recueillir des squelettes de baleines, parce que la chasse effrénée qu'on faisait à ces mammifères l’exposait à un anéantissement prochain. En effet, au cours de la mission qui a duré deux mois, nous avons vu à Vadsoë, dans le Varoogerfjord, 80 baleines sur le chantier, ce qui fait plusieurs centaines de baleines de tuées tous les ans sur les côtes de Laponie. Eh bien! nous sommes revenus de notre expédition avec des idées toutes autres. Pour capturer la baleine on se sert de bateaux à vapeur munis de canons. Les frais sont considérables. Alors, supposons que la chasse ne soit plus fructueuse pendant quelques années, les armateurs cesseront d’exploiter ce commerce, les baleines qui restent vivront en paix et se multiplieront durant ce laps de temps.

Il est infiniment probable que les choses se passeront de même pour les Éléphants d'Afrique.

D' RETTERER, Professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Paris

La domestication en grand de l'Eléphant d'Afrique me parait devoir rendre des services considérables à l'humanité. J’ai tout lieu de m'étonner qu'en raison des avantages immenses qu’on est en droit d'en espérer, le Parlement français ne se soit déjà préoccupé

de résoudre cette question qui est, non seulement d'intérêt général, mais plus encore d'importance capitale pour l'avenir et la prospérité de notre Patrie.

La somme nécessaire à l’achat d’un Eléphant sauvage ne peut être fixée que d’une manière très approximative. Une foule de circonstances plus ou moins extraordinaires peuvent faire varier le prix d'acquisition dans des proportions qui me semblent, si j'ose dire, hors de toute proportion.

Quant au prix du dressage, il doit varier aussi entre des limites inimaginables suivant, d’une part, l’aptitude intellectuelle et éducative de l’animal à dresser, suivant, d’autre part, les facultés et méthodes pédagogiques du cornac.

La capture des Eléphants ne présentera des difficultés sérieuses qu’à l’époque, malheureusement trop prochaine, où cette espèce animale aura disparu de notre planète.

L’interdiction de chasser l’Eléphant d'Afrique pendant 20 à 50 ans, n’est pas, à mon avis, une mesure protectrice sufhisante. Il n’est pas téméraire de se demander si la durée d’une période géologique ne serait pas nécessaire en pareil cas. Quant aux encouragements à accorder pour la capture de ces animaux, 1l faut les donner sans compter, primes, distinctions honorifiques, etc., etc.

SAINT-CYR, Professeur d'Histoire Naturelle au lycée de Beauvais.

Cette question des Eléphants n’est pas de ma compétence ; néanmoins elle me préoccupe depuis longtemps et 1l y a déjà plusieurs années que, ne voulant pas avoir l’air de me mêler de choses trop étrangères à mes occupations et peut-être même de vouloir me faire de la réclame sur le dos de ces malheureuses bêtes, j'ai prié des journalistes de mes amis de prendre la défense des Eléphants d'Afrique, ce qu'ils ont fait.

Il me semble que l’histoire des armées d’Annibal prouve la possibilité de domestiquer l’'Eléphant d'Afrique ; il parait malheureusement que depuis qu’il est chassé à outrance, il est devenu plus sauvage.

Mais quel avantage on aurait à posséder une pareille bête de somme, au lieu de se faire suivre par une armée de porteurs! Et

combien cela vaudrait mieux que de sacrifier ces supérbes animaux pour faire de leurs défenses des billes de billard ? Il est vrai qu'on y gagne beaucoup d’argent, pour un lemps ! et l’on agit comme les sauvages qui abattent un arbre pour avoir les fruits, sans songer à l’avenir. L’extermination de races intéressantes, est une chose déplorable à laquelle les gens intelligents devraient, à mon hum-

ble avis, s'opposer de tout leur pouvoir.

CAMILLE SAINT-SAENS, Membre de l'Institut.

La domestication de l'Eléphant d'Afrique est possible, puisque les anciens Numides de Messinissa et Jugurtha l'avaient réalisée et vendatent aux Carthaginois des Eléphants dressés. Ce sont des Eléphants de cette espèce qu'Annibal mena en Italie après leur avoir fait traverser les Pyrénées et les Alpes. Elle doit rendre des services tant que l'on n'aura pas de chemins de ferer deéroutes tracées dans l’Afrique Occidentale.

On ne peut songer, pour le moment au moins, à prendre des Eléphants adultes. Il faut capturer des jeunes, après avoir tué la mère ; l'expérience a été faite par des missionnaires au Gabon. Le jeune Eléphant s’est parfaitement apprivoisé et on l’a dressé facilement à porter un homme, à traîner une poutre, une voiture,

Par suite, les Eléphants d'Asie semblent inutiles.

L’interdiction de la chasse absolue ne serait peut-être qu’une prime au braconnage et une limite de 20 à 50 ans serait peu de chose pour un animal qui porte son petit près de 2 ans, et par conséquent ne se reproduit que tous les 4 ans. L’impôt actuel sur l'exportation de l’ivoire (qui est très lourd) semble suffisant pour limiter la destruction. Malheureusement on n’a aucune prise sur les animaux détruits comme viande de boucherie, notamment sur les jeunes et les femelles dont l’ivoire a peu ou point de valeur commerciale. Il est évident que des primes à l'élevage el au dressage des jeunes seraient très utiles. Mais il y a là toute une organisation à faire (fermes à Eléphants, etc..), et il faudrait une grosse avance de fonds à ceux qui risqueraient la chose. On a déjà essayé

mais la difficulté est de réunir les fonds (par actions ou par souscriptions) et il faudra attendre de longues années avant que cet élevage soit rémunérateur.

D' TROUESSART, Professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle.

Ne croyez pas que je sois un destructeur d’Eléphants, parce que j'en ai tué quelques-uns. Comme vous, je reconnais toute l'importance que possède la question de la domestication de ces pachydermes.

Dans ces régions africaines, où les animaux domestiques ne peuvent vivre, il y a un intérêt primordial à tenter l’éducation des espèces indigènes qui résistent aux atteintes de la tsé-tsé. C’est pourquoi j'ai beaucoup poussé les Portugais qui possèdent le territoire où j'ai voyagé pendant trois années, à tenter l'élevage de l’'Eléphant, du zèbre et de deux ou trois espèces d’antilopes qui m'ont parues plus particulièrement appropriées aux travaux du sol. Malheureusement, les Portugais sont des gens absolument réfractaires à toute idée de progrès. (1)

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